ONZIÈME MÉDITATION
Combien les Prêtres doivent craindre l'impureté*
i.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. 2.0 Renoncez à vos péchés et à vous-même, et priez Notre-Seigneur de vous présenter à son Père , afin qu'il vous souffre en sa divine présence. 3.° Renoncez aussi à votre propre esprit , et demandez à Notre-Seigneur la grâce de vous donner le sien, afin qu'il vous conduise dans l'oraison , et que vous puissiez la faire pour sa gloire et pour votre salut.
premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ sous cette belle qualité que lui donne l'apôtre saint Paul : Talis decebat ut nobis esset Pontifex impollutus , segregatus à peccaloribus. Sa pureté est si grande , qu'elle le tient dans un dégagement total de toute souillure et de toute corruption. i.° Considérez qu'il est si pur , qu'il ne peut admettre dans son corps non plus que dans son cœur la moindre impureté; car il est la pureté même, il est la pureté essentielle, il est la source de toute pureté. a.° Considérez qu'il a eu un amour si extraordinaire pour cette vertu , que , quoiqu'il ait bien voulu être tenté par le démon contre les autres vertus, et qu'il en ait souffert extérieurement quelques attaques , il n'a jamais permis qu'il l'ait attaqué sur celle-ci : il le tente de superbe , de gourmandise , d'avarice , mais jamais d'impureté. 3.° Considérez que par ce même amour de la pureté, il tint une conduite si sainte en toute sa vie, que ses ennemis même n'ont pas la première pensée de former sur lui le moindre soupçon qui choque cette vertu , ni de lui faire aucun reproche sur ce sujet s et s'ils l'accusent , dans leurs
emportemens , dans leur aveuglement et leurs passions, d'être un ivrogne, un séducteur, un menteur, un démoniaque, un séditieux, ils n'ont jamais pu , dans tout l'excès de leur rage et de leur fureur , le soupçonner d'être impur. 4-° Considérez que par ce même amour il a voulu choisir une mère vierge , il a aimé par-dessus ses autres Disciples celui d'entre eux qui étoit vierge ; il se donne tellement à posséder à ceux qui sont vierges , qu'il ne peut avoir pour eux aucune réserve. Rendez vos devoirs à Jésus , ce grand amateur de la pureté : Jesu , amator puritatis.
second point. Communion. Considérez les sujets de craindre tout ce qui peut choquer cette vertu que Notre Seigneur a tant aimée, et combien tous les péchés d'impureté qui lui sont opposés doivent vous être effroyables. Voilà trois motils qui peuvent vous servir pour cet effet. Le premier sont les sentimens de Dieu même: or, vous 'pouvez les tirer de trois sources : h première , du désir qu'il a que les Prêtres soient saints, et de l'obligation qu'il leur en impose ; la seconde , des expressions remarquables dont il se sert pour exprimer le vice et le crime des Prêtres impudiques ; la troisième, des redoutables chàtimens dont il les punit dans cette vie. Premièrement , pour l'obligation qu'il leur impose d'être saints, elle est si étroite , et il faut croire qu'il l'a tellement à cœur par les préceptes réitérés et les avis continuels qu'il en donne , qu'on ne peut douter de ses sentimens sur ce sujet. Nétoyez-vous , dit-il par ses Prophètes, lavezvous, purifiez-vous, soyez saints: or, il est vrai que cela demande un éloignement de tous les vices ; mais il est vrai aussi que, comme il n'y en a point qui soit plus opposé à cette pureté et netteté que celui de la chair , qui souille honteusement notre ame et notre
corps , il n'y en a point aussi que le Prêtre doive plus détester.
Pour la manière dont Dieu exprime l'énormitéde ce crime , elle est surprenante : les Prêtres , dit-il par ses Prophètes, ont pollué le lieu saint, et ils ont souillé mes sanctuaires; et ce qui est plus étrange, c'est qu'il ajoute qu'ils le salissent et l'infectent lui-même : j'étois , dit-il, pollué au milieu d'eux. Ne faut -il pas que ce vice ait pour cela une étrange infection ? puisque Dieu qui est la pureté même, qui ne peut recevoir en soi aucune tache , assure néanmoins qu'il est infecté, sali, souillé, corrompu par les Prêtres qui l'offrent sans avoir la pureté requise ? Voilà quelle est l'énormité de ce crime tout-à-fait horrible. Il ne corrompt pas seulement le corps et l'ame du Prêtre qui le commet, disent les Saints, mais il souille encore Jésus- Christ même que le Prêtre reçoit et immole à l'autel.
Troisièmement, les chàtimcns que Dieu a exercés sur les ministres des autels adonnés à ce crime , font assez connoître l'horreur extrême qu'il en a , et les sujets que nous avons de les craindre: i.° nous en voyons une étrange punition en la personne d'Osa. Ce pauvre lévite , voyant l'arche en danger de tomber par terre, étend la main pour la soutenir; et Dieu, au lieu d'agréer cette action qui semble mériter quelque récompense, le punit sur-le-champ d'une mort soudaine , à cause seulement , disent plusieurs , qu'il ne s'étoit pas abstenu de sa femme le jour précédent, et qu'ainsi il n'étoit pas assez pur pour toucher l'arche. Quelle rigueur ! quel sujet de crainte pour les Prêtres du Fils de Dieu , qui n'ont pas seulement à toucher Tarche , mais Jésus-Christ même, et qui doivent être pour cela mille fois plus saints que ceux de l'ancienne loi ! a.d Nous voyons , dans
ll'Exode, que les enfans d'Aaron , Nadab et Abiu , furent brûlés tout vifs pour avoir mis du feu étranger dans leurs encensoirs ; ce qui étoit , dans le sentiment des saints Pères , une figure de l'affection charnelle et déréglée des Prêtres, et du châtiment qu'ils doivent attendre du feu de la vengeance de Dieu , lorsqu'ils sont si téméraires que d'approcher des saints ministères sans être tout-à-fait purifiés de ce vice. 3.° Le bienheureux Pierre Damien rapporte que de son temps un Prêtre adonné à l'impureté , ne voulant point profiter des avis qu'on lui donnoit sur ce sujet , fut puni de mort subite , et rendit son ame dans l'acte même de son péché, éprouvant en lui celte terrible sentence de l'Apôtre , que c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. N'est-ce pas assez pour vous faire craindre ? Car enfin , si vous êtes si misérable que de vous abandonner à ce vice , n'avez-vous pas sujet d'appréhender que la même chose ne vous arrive ? et après cela où en serez - vous ? Le vénérable abbé Pierre de Cluny rapporte qu'un autre Prêtre abandonné à ce vice fut emporté par le diable , sans avoir jamais voulu se convertir; il y a une infinité d'exemples pareils qui tous doivent vous faire trembler.
Le second motif qui doit vous obliger d'éviter l'impureté, est la conduite de l'Eglise , et les précautions qu'elle a prises pour empêcher ce vice et pour écarter l'impureté de ses autels. i.° Elle a voulu qu'on y ait pourvu dès la jeunesse ; et pour cet effet elle a ordonné qu'on élabîiroit des séminaires pour retirer les jeunes Ecclésiastiques , afin qu'étant assemblés sous les yeux des Evêques et sous une direction sainte dans une même communauté, ils pussent plus aisément se préserver de la corruption qui est ordi-«
naire à cet âge , et se conserver dans la sainteté et pureté nécessaires pour approcher des saints autels. C'est pour cela qu'elle a fait plusieurs ordonnances sur ce sujet, qu'elle a réitérées de temps en temps pour empêcher la discipline primitive de s'affoiblir ; qu'elle en a fait un décret solennel dans son dernier Concile œcuménique , qui en fait admirablement bien cunnoître l'importance , et qu'enfin les plus célèbres Conciles qui ont été tenus depuis ce temps , suivant le même esprit , en ont renouvelé les ordonnances. 2.0 Elle n'a pas seulement fait ses efforts et apporté ses soins pour conserver la pureté des Prêtres, mais, quand elle remarquoit que quelques personnes étoient tombées dans quelque impureté , elle ne les admettoit jamais à la tonsure , quoique même elles n'y fussent tombées qu'une seule fois , et que d'ailleurs elles eussent tous les talens imaginables pour servir dans l'Eglise. 3.° S'il arrivoit qu'une personne , après avoir été élevée dans l'état ecclésiastique , fût ensuite assez misérable pour tomber dans ce péché , elle étoit exclue pour toujours, ou du moins pour de longues années , du ministère des autels : et l'Eglise ne les rétablissoit jamais dans les fonctions de ses ordres , qu'après un long temps d'une très-sévère et très -exacte pénitence. Voilà quelles étoient les précautions de l'Eglise pour empêcher l'impureté dans ses ministres , d'où vous pouvez tirer deux instructions considérables.
La première , l'horreur étrange que l'Eglise a de ce vice, quoiqu'elle n'observe plus à présent une si grande rigueur pour la discipline extérieure ; et si dans le besoin qu'elle a de ministres , elle en reçoit qui ont été autrefois dans ce vice, après qu'ils en ont fait une longue et exacte pénitence , elle ne
laisse pas d'en conserver dans le fond le même sentiment , et d'avoir toujours la même aversion de ce vice qui est toujours également horrible aux yeux de Dieu. La seconde , comme Dieu ne déteste pas moins ce vice qu'il faisoit autrefois , que l'Eglise n'en a pas moins d'horreur , qu'il n'est pas moins contraire à la sainteté de notre état , vous devez l'éviter avec le même soin que si l'Eglise le châtioit avec la même rigueur et sévérité de son ancienne discipline.
Le troisième motif qui doit vous obliger de fuir l'impureté, est la raison; et pour cela vous ferez les trois considérations suivantes, sur lesquelles vous aurez bien à réfléchir. La première , qu'il n'y a point de crime dans les Prêtres, dont Dieu se tienne plus offensé que de l'impureté. i.° Ce péché souille l'image du Père qui est très-accomplie dans les Prêtres, et la souille de la manière la plus honteuse et la plus sale qui puisse être. 2.0 Il corrompt les membres du Fils d'une manière abominable , et les membres les plus nobles et les plus considérables, qui sont les Ecclésiastiques. 3.° Il profane le temple du Saint-Esprit, et le temple où il réside d'une manière plus spéciale et plus sainte. Quel outrage ! c'est là néanmoins l'injure véritable que l'impureté fait à la très-sainte Trinité dans les Prêtres. De plus , comme le Prêtre représente Jésus-Christ , qu'il tient sa place et qu'il n'est qu'un avec lui, s'il est impur, son impureté semble retomber sur Jésus-Christ même qui paroît dans le Prêtre , et qui semble même être ce Jésus-Christ dont il est parlé dans Zacharie : Jésus erat indutus vestibus sordidis. Quel habillement pour le Fils de Dieu ! quel vêtement pour un Dieu de toute pureté ! Ajoutez encore que , comme le Prêtre immole Jésus- Christ à l'autel , il semble souiller Jésus-Christ même
comme victime, qui est la plainte que Dieu fait par son Prophète.
La seconde est qu'il n'y a point de crime plus scandaleux à l'Eglise, que l'impureté d'un Prêtre; car* i.° il fait que le peuple s'y adonne plus librement » 2.0 il fait que le peuple méprise les choses saintes, qu'il n'a plus de respect pour l'état ecclésiastique , qu'il se retire de la fréquentation des sacremens, qu'il n'a plus la révérence qu'il doit avoir pour la sainte Messe , qu'il perd la religion pour les redoutables mystères, 3.° C'est la désolation et la ruine de l'Eglise , car l'on souille ce qu'elle a de plus saint; et c'est de là que viennent, par une suite nécessaire, tant d'hérésies, tant d'impiétés, tant d'apostasies dont les histoires sont remplies, et dont nous voyons tant de funestes et de tragiques exemples en nos jours, dans la perversion de tant de religieux et d'Ecclésiastiques» qui se portent à cet excès que de quitter même la religion pour satisfaire leur passion.
La troisième raison est qu'il n'y a point de crime qui fasse plus de tort aux Ecclésiastiques et qui attire après soi plus de malheurs que l'impureté. i.° Il rend l'homme tout stupide et hébété ; il aveugle son esprit , il renverse sa prudence et le rend semblable aux bêtes. 2.0 Il bouche toutes les avenues au Saint- Esprit et à ses grâces ; car le Saint-Esprit, dit l'Ecriture-Sainte, ne demeure pas dans un homme charnel. 3.° Ce n'est pas une simple fornication , mais un sacrilège, à raison de la violation solennelle du vœu qu'on en a fait dans l'ordination; de plus, c'est une espèce d'adultère : voilà donc trois péchés en une même action, auxquels si vous ajoutez le scandale, que peut-on concevoir de plus affreux? 4-° Un Ecclésiastique adonné à l'impureté, quelle qu'elle soit, en revient à
peine. Il ne s'en corrige jamais , à moins d'un miracle , ce vice ayant cela de pardculier,qu'il endurcit un homme et le rend insensible à tous les avertissemens qu'on peut lui donner , à cause de la facilité qui mène à la coutume , et puis à la nécessité; et c'est ce qui fait que dans les missions, quoique les plus grands pécheurs se convertissent et fassent pénitence , quoiqu'il n'y en ait point qu'on ne réduise , l'on ne voit jamais les Prêtres adonnés à ce vice se converlir et se rendre ; au contraire, l'on ne voit personne s'opposer si opiniâtrement aux instructions que les Ecclésiastiques impurs. 5.° C'est aussi une marque que donne saint Paul de la réprobation. Ils ont suivi , dit-il , les désirs de leur chair; c'est pourquoi Dieu les a abandonnés à leur sens réprouvé. 6.° Il est en horreur , en exécration à tout le monde. Après cela voyez si vous n'avez pas tous les sujets du monde de craindre ce vice. Demandez à Dieu la grâce qu'il vous en préserve à jamais, et pour cela faites les résolutions suivantes.
troisième point. Coopération, i.° Résolvez-vous de fuir toutes les occasions dangereuses qui pourront vous porter au mal, pour petites et légères qu'elles vous paroissent ; car il n'y a rien de léger en cette matière , et tout y est très - dangereux. 2.0 Voyez en particulier ce qui vous porte et excite plus ardemment à ce mal , afin d'appliquer particulièrement vos soins à l'éviter : par exemple , la bonne chère , la liberté de la vue , cette lecture , telle conversation , tel entretien, telle personne, tel passe-temps. 3.° Mortifiez la chair et les sens. C'est le remède dont se servoit l'Apôtre contre les furieuses tentations de la chair dont il étoit tourmenté : Corpus meum castigo et in servitutem redigo.
Remerciez Dieu.... Demandez - lui pardon.... Offrez -vous à la très-sainte Vierge...
bouquet spirituel. Scicerdotes polîuerunt sanctuaria mea... Coinquinabar in medio eorum ( Ezech. 22 , 26. ). — Cur , 6 Sacerdos ! qui sacrijicium. débet, qfferre temetipsum , prtùs rnaligno spiritui non vereris victimam immolare ( Pet. Damian. ) ? Quisquis flammâ libidinis œstuat , quâ fronte , quâ conscientiâ dwinis altaribus appropinquat (Id.) ? — Fermentum cujus admixtione tota massa corrumpitur^ incontinentia est Ecclesiasdcorum , qua* subditos perversâ imitatione corrumpit. Quid enim facitt laicus , nisi quod patrem suum spiritualem viderit facientem (Petr. Blés.) ?