DOUZIÈME MÉDITATION
Combien les Ecclésiastiques doivent fuir la fréquentation des femmes.
i.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. 2.0 Renoncez à vos péchés et à vous-même, et donnez-vous à Jésus -Christ. 3.° Invoquez le Saint- Esprit et renoncez au vôtre.
premier point. Adoration. Considérez i.° comme la pureté des Piètres trouve sa première image dans le Père éternel qui est pur et fécond tout ensemble , et que saint Grégoire de Nazianze nomme pour cette raison le premier vierge. Sa virginité est si féconde, qu'elle engendre un Verbe, lequel étant vierge et fécond comme son principe , produit avec lui, dans une admirable unité, un amour substantiel. Considérez, 2.0 comme le Verbe se faisant chair retient ces
deux admirables perfections , naissant d'une mère qui est plus vierge, s'il est permis de parler ainsi , après qu'elle a conçu et enfanté , qu'elle n'étoit dans le berceau ou après son vœu. Le Très-Haut, c'est-à-dire le Père éternel la couvre de sa vertu qui n'est autre chose que sa fécondité virginale dont il lui fait une admirable communication , et par laquelle , n'étant qu'une pure créature, elle est rendue capable d'engendrer dans le temps le même Fils qu'il engendre dans l'éternité , et en la pureté de sa génération. Considérez, 3.° que ce Verbe étant homme, donne encore à son Eglise cette admirable virginité; car par la communication de sa pureté féconde , il lui donne la vertu d'engendrer spirituellement de nouveaux enfans, qui sont tous les Fidèles qui la reconnoissent pour leur Mère. Adorez ces premières et divines sources de la virginité et de la pureté des Prêtres , qui , pour être pères des chrétiens , n'en sont pas moins purs ; et qui sont même en état d'engendrer spirituellement d'autant plus d'enfans en Jésus-Christ , qu'ils ont une pureté plus grande. Désirez beaucoup cette pureté, et, comme elle ne peut se conserver parfaite dans la fréquentation des femmes, méditez bien à présent les motifs qui peuvent vous obliger de vous en éloigner.
second point. Communion. Le premier motif qui doit vous obliger de fuir la fréquentation de toutes sortes de femmes, est que cette fréquentation est l'ennemie ordinaire de la pureté : c'est là que les plus grands Saints ont fait naufrage ; c'est là ce qui a renversé des cèdres du Liban ; c'est là que se sont perdues des personnes aussi illustres en vertus qu'éminentes en dignité. Combien de clercs , dit saint Cypiien , combien d'Evèques et de grands Evêques , après avoir soutenu constamment la foi devant les tyrans , après
avoir triomphé généreusement de leurs persécutions f après avoir fait un grand nombre de miracles , sont venus misérablement échouer à cet écueil! Combien de lions ont été domptés par la délicatesse et l'infirmité de ce sexe ! Croyez-moi , dit saint Augustin , je parle en Evêque et en homme qui en a l'expérience , les cèdres du Liban ne sont pas assurés, il y en a qui ont été abattus, quoiqu'ils fussent dans un état de perfection si sublime que je ne les aurois pas plus Soupçonnés de tomber dans ce vice que les Jérôme et les Ambroise. Sans aller fouiller dans l'antiquité et remonter jusqu'aux premiers siècles , nous n'avons que trop d'exemples dans ces derniers temps, et vous-même n'en savez que trop sur ce sujet. Pour peu que vous en ayez vu dans le monde, rappelez-les dans votre esprit, et après avoir bien médité tant d'effroyables chutes , faites à loisir ces deux réflexions.
La première est qu'après que tant de grands hommes ont perdu leur chasteté dans la fréquentation des femmes , vous ne devez en aucune façon prétendre de pouvoir jamais l'y conserver; car enfin, quelque bonnes résolutions que vous ayez prises, vous n'êtes pas plus saint que David , vous n'êtes pas plus fort que Samson , vous n'êtes pas plus sage que Salomon. Si donc David et les hommes les plus justes, après une longue suite d'années employées au service de Dieu , y perdent leur innocence et le mérite de leur vie passée , et y deviennent des adultères et des homicides ; si les Samsons invincibles y deviennent de misérables captifs ; si toutes les lumières de la sagesse et de la prudence des Saljmons y sont obscurcies , et s'ils y deviennent eux - mêmes idolâtres , quelle vertu et quel degré de sainteté pourra être à l'épreuve de leurs embûches ? Quand même vous auriez plus de force ?
plus
plus de sagesse, plus de sainteté , dit saint Cyprien, vous ne devriez point marcher dans un endroit où vous voyez que la plupart de ceux qui y passent tombent et se perdent. Quand il s'agit d'aller dans un endroit où il y a du danger d'intéresser votre santé , ou de perdre la vie, vous êtes si précautionné, vous le fuyez avec soin; et pour votre ame, et pour votre salut éternel, vous vous exposez sans crainte, sans appréhension, dans les occasions où plusieurs périssent : ce n'est point aimer son ame.
La seconde réflexion est que cette seule témérité de s'exposer de la sorte, mérite que Dieu vous délaisse et vous abandonne. Celui qui aime le péril, dit le Saint-Esprit , périt dans le péril. 11 nous a bien promis de nous aider à sortir du péché , mais il ne nous a jamais promis d'assister dans les occasions ceux qui s'y exposeroient et y demeureroient volontairement. H a bien promis la grâce pours'en retirer, si l'on veut ; mais qu'il donne la grâce pour ne point pécher , lorsqu'on n'en veut point sortir , lorsqu'on s'y expose de sang-froid, lorsqu'on y demeure volontairement, c'est à quoi vous ne devez point vous attendre , dit saint Cyprien , et c'est ce qui doit vous faire croire que quelque force que vous ressentiez en vous-même , quelque expérience que vous ayez faite de votre pureté; quelque désir que vous ayez de plaire à Dieu , quelque forte que soit votre haine contre le péché , quelque affermie que soit votre grâce et votre sainteté , vous tomberez infailliblement dans quelque impureté, si pouvant vous retrancher cette grande fréquentation et familiarité avec les femmes, vous ne le faites pas. Voilà le premier motif qui doit vous obliger de fuir la fréquentation des femmes, c'e^t on écueil assuré de la pureté, et ce seroit un plus grand
miracle si vous la conserviez , dit saint Bernard , que si vous ressuscitiez un mort; si vous ne sauriez faire l'un , comment oseriez-vous espérer de réussir en l'autre ? C'est vous tromper que de le croire, disent les Saints , et ii est aussi peu possible de ne point offenser Dieu parmi les femmes, qu'il vous est possible de marcher sur des charbons ardens sans vous brûler. Le second motif est que, quand vous seriez même assuré de ne pas perdre la pureté dans la fréquentation des femmes , ce serait assez pour vous obliger à les fuir , que de penser que cette vertu y est toujours assurément en péril : c'est le second motif que nous donnent les Saints. Et en effet , soit que vous fassiez attention aux exemples que vous venez de méditer , et à ce que les saints Pères nous en disent , soit que vous considériez les différens attraits dont la volupté se sert pour amollir insensiblement, et s'emparer du cœur de l'homme ; soit que vous consultiez l'inclination naturelle, et ]a pente qui est dans le fond de la nature corrompue pour ce péché ; soit que vous examiniez votre propre foiblesse sur ce point , et en quel état vous êtes lorsque vous vous trouvez avec les femmes , vous avouerez aisément que votre chasteté est en péril dans ces occasions, et que vous vous y perdrez, à moins d'y apporter une extrême vigilance. Or, après cela, si vous vous trouvez dans la conversation des femmes , i ,° c'est une tentation très-manifeste; car c'est dormir sur le bord d'un précipice, c'est respirer un air contagieux, c'est avaler du poison , c'est s'exposer auprès des serpens , des scorpions et des vipères ; et c'est néanmoins ce que le démon vous persuade pour vous surprendre. Pensez-y bien sérieusement, et songez que la femme, dans le sentiment des sainîs Pères, étant une fontaine et un che-
min d'iniquité , la perle des âmes et la porte ponr aller à tous les diables, les armes dont les démons se servent contre les Saints, l'amorce et l'appât avec lequel ils les attirent , le piège qui les arrête , les liens qui les captivent et par lesquels ils se les assuj ettissent , il n'y a que le démon qui puisse vous donner cette inclination pour la société des femmes, et qui puisse vous porter à les fréquenter de la sorte. Que vous ne rompiez pas cette familiarité et fréquentation , il faut avouer que c'est une grande folie ; car y a-t-il personne qui voulut se tenir long-temps dans un lieu où l'on est obligé de combattre tous les jours , et où rarement on remporte la victoire , et où néanmoins il faut se résoudre à vaincre tous les jours , ou à se perdre ? Ne faut-il pas avoir perdu tout-à-fait l'esprit pour en user de la sorte.7 2.0 N'est-ce pas aussi une marque , si vous n'évitez point ces fréquentations , que vous n'aimez pas beaucoup la chasteté , puisque vous l'exposez si aisément ? On n'a garde d'exposer ce que l'on aime; on se donne bien garde de hasarder ce que l'on estime et ce que l'on chérit ; il faut donc que le péril où Ton se trouve dans les conversations et familiarités avec les femmes vous oblige de les quitter autant que vous pourrez. Le troisième motif de les éviter est l'intérêt de votre réputation, que vous êtes obligé de conserver et que vous perdrez assurément dans leurs conversations. C'est pourquoi quand votre pureté n'y seroit pas intéressée , quand votre chasteté n'y courroit aucun risque , c'est assez que vous donniez occasion de faire un mauvais jugement de votre conduite, c'est assez que vous soyez un sujet de scandale à vos frères , c'est assez que vous scandalisiez l'Eglise , pour vous rendre coupable devant Dieu ; c'est le
sentiment des Saints. Vous êtes toujours avec des femmes , disent-ils , et vous voulez qu'on ait bonne opinion de vous et que l'on vous croie continent ! Je veux que vous le soyez , mais vous causez du scandale , vous scandalisez l'Eglise de Dieu ; ôtez donc le scandale arrivé , ou vous n'êtes point sans crime de donner ainsi fondement à la mauvaise opinion que l'on peut avoir de votre vertu , et de ne vouloir point le retrancher. Car, après tout, vous savez ce que l'on pense et ce que l'on a raison de croire des Ecclésiastiques qui sont ordinairement avec les femmes : et ne me dites pas que vous ne vous mettez pas en peine de ce que l'on pense de vous ^ que les jugemens des hommes vous sont indifférens , que le témoignage de votre propre conscience vous suffit ; que pourvu qu'elle ne vous reproche rien devant Dieu qui est votre juge , vous êtes content. Car i.° , l'Apôtre vous commande de faire le bien non-seulement devant Dieu , mais devant les hommes ; et saint Augustin ajoute : Nobis necessaria vita nostra , aliis fama nostra. 2.0 Ecoutez ce que vous dit un fameux Concile après ce saint Docteur : Pour nous , dit-il, notre conscience nous suffit, mais pour le peuple notre réputation est nécessaire ; nous devons la conserver , et c'est une cruauté que de la négliger en se contentant du témoignage de sa seule conscience.
Considérez , en outre, que quand ces fréquentations seroient innocentes , si vous n'ôtez toute occasion de murmure et de scandale , vous donnerez aux autres occasion de vous imiter, et vous ne serez pas en état de les avertir , bien loin de les reprendre avec vigueur, lorsqu'ils s'exposeront à ce péril , et que vous verrez qu'ils s'y perdent en ne
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Pévitant pas. Méditez bien tontes ces raisons ; car c'est sur ces fondemens , i.° que les saints Conciles dans tous les temps ont défendu très-expressément aux Ecclésiastiques de tenir aucune femme chez eux ; 2.0 que plusieurs dans les siècles avancés en ont exclu même les plus proches parens ; 3.° que les saints Pères dans tous les temps ont toujours condamné cette fréquentation comme une très-grande corruption ; 4-° <\ue samt Basile en particulier menace d'anathème un certain Ecclésiastique nommé Grégoire, quoiqu'il eut soixante et dix ans et qu'il ne le crût pas capable de tomber dans ce péché , qu'il sera anathème s'il ne chasse une femme qui demeuroit chez lui ; 5.° qu'on ne voulut point souffrir cette cohabitation en Paul de Samozate , et que les Evêques déclarèrent qu'il devoit la quitter, quand même on accorderait qu'elle fut- innocente , et qu'il n'eût aucun mauvais commerce. Voyez maintenant comment vous vous êtes comporté sur ce sujet ; humiliez-vous-en ; demandez- en pardon à Dieu , et la grâce de faire de bonnes résolutions.
troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de ne demeurer jamais, si vous pouvez, avec aucune femme ; car il y a à craindre avec vos proches parentes ; il y a d'autant plus à craindre , que l'on s'en défie moins et qu'on s'y donne ordinairement plus de liberté ; et le désastre de la pauvre Thamar , causé par son frère Ammon , fait assez voir si l'on peut sans danger converser familièrement avec ses proches et alliées, et si la sœur même peut être en assurance avec son propre frère. De plus , comment empêcher que plusieurs autres femmes ne viennent visiter vos parentes ? Ajoutez même qu'elles ont souvent besoin de servantes ; et tout cela se trouve dans la
raiison où vousête s ; le moyen donc que votre vertu ou votre réputation ne soient intéressées? ce qui a fait que quelques Conciles ont défendu de demeurer avec des parens. Pour d'autres femmes qui ne sont point vos parentes , vous avez vu le péril qu'il y a. Pour des servantes , le danger y est d'autant plus évident que l'on a plus d'autorité sur elles : ce qui a donné Heu aussi à plusieurs Conciles de défendre expressément à tous les Ecclésiastiques d'en retenir chez eux. 2.0 Résolvez-vous non-seulement de ne point demeurer , s'il se peut , avec des femmes , mais encore de ne les visiter jamais, au moins le plus rarement que vous pourrez; et pour cela , i.° ne les visitez jamais par divertissement , jamais par complaisance et jamais sans nécessité. 2.0 Quand dans la nécessité vous vous trouverez avec elles , que ce ne soit jamais seul , mais ayez toujours quelque bonne personne en votre, compagnie, qui puisse être témoin de ce que vous faites. 3.° Finissez-en le plus tôt que vous pourrez. 4-° En quelque façon que vous vous rencontriez avec elles, tachez de mortifier tellement votre vue, que vous ne l'arrêtiez jamais sur elles, particulièrement sur leur visage , et de vous comporter en telle sorte , que par ta retenue de tous vos sens , la modestie de votre extérieur , et surtout par la sainteté de vos discours, vous puissiez prévenir toutes les embûches de l'ennemi , et lui ôter toutes les occasions de vgus perdre.
Remerciez Dieu. ..Demandez-lui pardon... OfTVezvous à la très-sainte Vierge.
bouquet spirituel. Nulïus clericorum pro occasions necessitatis faciendœ vestis , aul etiam ordinandœ dornûs , exlraneam mulierem in domo su;î habere prœsumat. Nulïus Episcopus , presbrter aul diaconus ancillam propriam in domo sud stabilire prœsumat , quœ etiam pronior , propinquiorque ad culpam dignoscitur subjecta dominatui , etc. ( Concil. Turon. ).... Cum clerico femina nulla commaneat non despecta , non vetula ad domesticum obsequium , quia magis illicito delinquiiur , ubi sine suspicio?ie securum esse potest àclictum , maxime quia cupidini nec deformitas , et nulla despectio fastidii vel vilis existit ( S.Cypr. ). Feminis transeunter exhibenda est accessio quodam modo fugxûva ( S. Basil. ). Ne velis cum eis uti Ion gis et otiosis fabulis , ne per plurimas fornicationes utrarumque mens poîlualur ( S.Basil.). Prohibe virgines tecum commemorari , etiam quœ de génère tuo sunt ( S. Hier. ). 0 quàm vilis ! 6 quàm miser et pusillanimis reputatur clericus qui fréquenter cum mulieribus conversatur ! Nec in prœterita castitate confidas ; nec sanctior Davide , nec Samsone fortior , nec Salomone potes este sapientior (S.Hieron. ).