TREIZIÈME MÉDITATION
De l'oisiveté et de l'obligation que tous les Ecclésiastiques ont Je l'éviter.
î.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. -i.° Renoncez à vous-même et donnez-vous à Jésus-Christ. 3.° Invoquez son Esprit et renoncez au vôtre.
premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ travaillant en ce monde et ne pouvant demeurer un seul moment en toute sa vie dans l'oisiveté. Considérez-le en quelque état que vous voudrez, vous le trouverez toujours dans le travail depuis sa naissance jusqu'à sa mort, et pas un seul instant sans quelque occupation. Tantôt il prêche, tantôt il prie, tantôt il sacrifie, tantôt il pardonne les péchés, réconcilie les pécheurs , guérit les malades , instruit les ignorans , corrige les coupables, fortifie les foibles. Quelquefois on le voit dans les villes, d'autres fois aller à la campagne, quelquefois même se retirer dans le désert, mais partout il y a son emploi; jamais dans ia paresse, jamais dans l'oisiveté, jamais à ne rien faire; il alloit en faisant du bien, dit l'Evangile, et même dès son enfance : Et in laboribus à juventute mea. Oh ! le bel exemple contre l'oisiveté î Rendez vos devoirs à Jésus-Christ qui vous le donne.
deuxième poist. Communion. Considérez les motifs qui doivent vous obliger de fuir l'oisiveté. En voici trois considérables : le premier est le tort qu'elle fait à un Ecclésiastique ; le second est le dommage qu'elle apporte à tout le clergé ; le troisième est le préjudice qu'en soutire toute l'Eglise.
i.° Pour le tort que l'oisiveté fait à un Ecclésias-
tique , il est plus considérable que l'on ne pense. i.° Ce vice est une source presque infaillible de l'impureté, et rarement trouvera-t-on une personne adonnée à l'oisiveté qui soit chaste. Car en ne faisant rien on apprend à mal faire , et c'est ce que le Saint-Esprit à voulu nous faire entendre, quand il attribue l'iniquité de Sodome à son oisiveté : Hœc fuit iniquitas Sodomœ ,otiumjiliorum ejus\ et quand il nous représente l'adultère de David, il marque expressément qu'il en conçut la pensée dans le temps où les autres rois avoient coutume de travailler, et qu'il étoit oisif : Eo tempore quo soient reges ad bellu procédera C'est aussi ce vice, dit saint Bernard, qui enveloppa Salomon dans tant de voluptés charnelles et qui causa sa perte : Rex Sulomon par otium semetipsum invohit in muîtis fornicationibus , et propter cupidiiatem fornicalionis adoravit idola ( S. Bern. ). Et c'est pareillement ce qui ne manquera jamais de vous précipiter dans le même abîme , quelque bonne intention que vous ayez ; car enfin , dit saint Bernard , l'impureté gagne bientôt le cœur d'un homme oisif; elle l'abat plus aisément et le presse ensuite plus vivement. Autant donc que vous devez avoir d'horreur de l'impureté comme Ecclésiastique, autant devezvous apporter de soin pour éviter l'oisiveté qui ne manque jamais de la produire : Luxuria cito decipit hominem otiositer vagantem; luxuria graviùs ruit quem otiosum invenit. — Dtîectatio carnis per laborem vincitur', luxuria cedit operibus , cedit industriœ et labori ( S. Bern. ). 2.0 Non-seulement l'oisiveté est la source de l'impureté, mais encore elle est le principe et comme la mère nourrice de tous les vices. Car il n'y en pas un qu'elle ne soit capable de produire et qu'elle n'enseigne, selon la parole du Sage ;
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Qui tectalur otium, ait Salomon , replebitur egpstate ; paupertate , scilicet , vel visibili vel invi.ibili; quia necesse est oîiosum quemque et diverses vitiis involutum teneri et alienum semper existere à contemplatinne Dei et divitiis spiritualibus ( Cass. ). Par elle, dit saint Augustin, nous sommes portés à la superbe, au luxe, à la bonne chère, à la délicatesse , à la luxure. C'est elle , dit saint Bernard , qui est le réceptacle de toutes sortes de tentations et de mauvaises pensées ; et comme une terre, quoique bonne, si elle n'est cultivée, ne peut rapporter que des ronces, des épines , des orties et toutes sortes de mauvaises herbes , ainsi une ame qui , étant dans l'oisiveté, n'est point cultivée par le travail, ne peut être féconde qu'en toutes sortes de vices et de déréglemens : Per agrum hominib pigri transivi, et vum totum rephbanturiicœ , et operuerant superfciem ejus spinœ. 5.° Nonseulement l'impureté précipite une ame dans le péché et la rend susceptible de toutes sortes de délectations, et capable de toutes sortes de vices , mais elle la met dans un état à ne s'en retirer jamais. Car quand on est une fois tombé, on ne se relève qu'avec peine, et surtout quand la chute est grande. Comme dans les Ecclésiastiques il faut des efforts, des violences, des fidélités extraordinaires, c'est ce qui fait qu'on en voit si peu se convertir dans cet état, parce qu'il y en a très-peu qui veulent se faire une si grande violence. Que si donc ils sont adonnés avec cela à l'oisiveté, comment pourra-t-on espérer qu'ils se relèvent ? La nature accoutumée à ne rien faire et à chercher ses aises, ses satisfactions, ses plaisirs dans la paresse et la fainéantise, ne se résoudra pas aisément à prendre toute la peine qui seroit nécessaire pour sortir du précipice ; elle en aura bien quelques souhaits et queL-
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ques velléités ; mais de se résoudre à mettre la main à l'œuvre, oh jamais! tous ses désirs ne seront qu'imparfaits, et de la nature de ceux dont parle le Sage, qui ne vivifient pas , mais qui donnent la mort : Desideria occidunt pigrum (Prov. 2.1 , s5.).
D'où vous devez conclure qu'un Ecclésiastique , à moins qu'il ne renonce à l'oisiveté , à moins qu'il n'apporte tous ses soins et n'emploie tous ses efforts pour s'en défaire, sa ruine est infaillible , sa perte est inévitable, sa damnation est assurée; car enfin c'est un sel affadi , il sera donc jeté dehors ; c'est un serviteur inutile, il sera donc envoyé dans les ténèbres extérieures ; c'est un arbre infructueux , il sera donc jeté dans les flammes. Méditez bien ces trois comparaisons ; comme elles sont de i'Ecriture-Sainte toutes les trois, elles vous représentent bien nettement les Ecclésiastiques oisifs , et dans les chàtimens éternels qu'elles nous expriment que Notre-Seigneur leur prépare en l'autre vie, elles no^s donnent assez de quoi nous convaincre et de !a crainte que nous devons avoir de ce vice , et de l'obligation spéciale que nous avons de l'éviter , afin de n'être point tourmentés avec les démons : Timendum ne flageUentur cum dœmoniis ( S. Bern. ).
Le second motif qui doit exciter les Ecclésiastiques à fuir l'oisiveté est le très-grand tort qu'elle fait à leur état. Voici trois principes qui nous feront voir jusqu'où va ce dommage. i.° C'est que l'oisiveté détruit absolument la fin pour laquelle Notre-Seigneur a établi cet état dans l'Eglise, et elle ne tâche que de le rendre tout-à-fait inutile. Car jamais Notre-Seigneur ne l'a établi que pour le travail : c'est à quoi tout homme est obligé par sa naissance ; mais c'est à quoi tout Ecclésiastique est plus engagé par sa profession,
OJ2. ENTRETIENS
Je ne vous ai mis dans mon Eglise , dit Notre-Seigneur, qu'afin que vous travailliez et fructifiiez. Ce sont des ouvriers dans la vigne du père de famille , il faut qu'ils la cultivent : Quid statis totd die otiosi ! ite et vos in vineam meam. Ce sont des soldats dans la milice spirituelle et cléricale , il faut qu'ils combattent : Labora sicut bonus miles. En un mot, ce sont des ministres, il faut qu'ils travaillent, et c'est à quoi s'oppose l'oisiveté qui, tenant les Ecclésiastiques sans rien faire , ne tend qu'à rendre cet état inutile et infructueux dans l'Eglise.
2..0 Non-seulement elle veut le rendre inutile, mais elle tend aussi à le rendre tout-à-fait méprisable aux yeux du monde; car c'est ce qui fait que la plupart ne l'estiment point comme il le mérite, et qu'ils ne le regardent que comme un état de pure fainéantise. Vous savez que c'est le sentiment ordinaire des gens du siècle , et il n'y a pas sujet de s'en étonner. Car quand on voit des Ecclésiastiques demeurer sans rien faire depuis le matin jusqu'au soir, qu'on les voit s'amuser indécemment dans les rues et les places publiques à regarder les passans, entendre des sornettes, niaiser sur la boutique d'un artisan ; quand on remarque qu'ils ne font autre chose que jouer, se promeneF, se divertir , s'entretenir de discours badins, inutiles et souvent indéY.ens, le moyen que le peuple fasse un autre jugement de cet état, sinon que c'est un état de iainéans et de paresseux? et le moyen ensuite qu'il n'en ait un grand mépris ? Voilà ce que fait , en second lieu , l'oisiveté.
3.° Elle fait enfin qu'il tombe dans une extrême confusion et le dernier dérèglement. Car sur ce fondement , que l'état ecclésiastique est un état de fainéanise, aussitôt qu'on voit dans une famille une per-
sonne qui n'a point d'esprit, qui n'a nul talent, qui n'est propre à rien , on le jette dans l'Eglise , parce qu'on croit que, n'étant bon à rien, il ne sauroit être mieux que dans un état où l'on se persuade qu'il n'y a rien à faire. IN'est-ce pas la source d'où sont venus les plus grands désordres du clergé ? N'est-ce pas ce qui a fait qu'il a été, pendant un temps, en opprobre et en ignominie devant le monde , jusquelà qu'un gentilhomme auroit rougi d'être simple prêtre et auroit cru manquer à sa noblesse ? N'est-ce pas encore ce qui a fait qu'on a traité souvent ceux qui étoient honorés de ce caractère, comme des valets, et que , perdant toute l'estime qu'on devoit avoir de ce très-saint état, on a perdu aussi tout le respect qu'on devoit au divin sacerdoce ? Réfléchissez un peu sur tous les désordres qui sont venus de cette source , et vous verrez ensuite le sentiment que vous devez avoir de l'oisiveté qui les enfante.
Le troisième motif qui doit obliger les Ecclésiastiques à fuir l'oisiveté , c'est le grand préjudice qu'elle apporte à l'Eglise. Car il est vrai que les Ecclésiastiques oisifs la trompent , la désolent et l'avilissent d'une manière pitoyable. i.° Ils la trompent: car elle s'attend à avoir dans les Ecclésiastiques des ministres fidèles et des services nécessaires ; et néanmoins elle se voit frustrée de son intention par l'oisiveté qui les tient dans la paresse et la fainéantise. i.° Ils la désolent ; car elle voit ensuite ses enfans périr sans aucun secours; elle sait leurs besoins, elle les entend gémir et demander quelque assistance, et néanmoins elle ne trouve personne qui les soulage, et qui veuille seulement prendre la peine de rompre le pain qu'ils demandent et qui est nécessaire pour les nourrir. 3.° Ils l'avilissent ; car quelle estime en peuvent ayoir les
étrangers, et quelle gloire lui peut-il rester parmi fe3 nations , lorsqu'on sait partout que les âmes, faute d'être instruites et secourues , y pe'rissent tous "les jours par milliers, et que l'on voit d'ailleurs une infinité de Prêtres , qui sont pourtant ses principaux entans et ceux qui doivent participer davantage à son esprit et à son zèle, les laisser périr , et aimer mieux demeurer sans rien faire depuis le matin jusqu'au soir, que de leur donner la moindre assistance dans cette extrémité ? N'est-ce pas une confusion qui retombe sur l'Eglise , et qui fait qu'on blasphème souvent contre elle?
Après avoir considéré ces motifs qui doivent vous obliger de fuir l'oisiveté , faites réflexion sur vousmême, et voyez si vous n'en êtes point coupable devant Dieu. Etre oisif, au jugement de Dieu , c'est ne rien faire, ne point s'occuper, ne point s'adonner à aucune chose sérieuse; c'est passer toute la journée à se divertir , à jouer , à se promener , à boire , à manger , à dormir , et autres choses semblables qui ne vont qu'à contenter la chair et satisfaire la mollesse. C'est même faire toute autre chose que ce qu'on doit faire dans son état, quoiqu'on soit d'ailleurs dans une bonne occupation. C'est, après avoir dit la sainte Messe et le bréviaire , s'imaginer que tout est fait, et ne plus s'occuper sérieusement le reste de la journée. C'est , pour un Ecclésiastique, s'occuper à toutes soi tes d'affaires ou d'emplois séculiers, comme aller à la chasse, solliciter des procès, vaquer aux affaires de la famille, conduire le ménage , faire quelque négoce ou trafic, etc. En un mot, c'est ou mal faire, ou ne rien faire, ou faire autre chose que ce qu'on doit. Voyez par ces marques si vous n'avez pas sujet de vous confondre devant Dieu peur avoir été une grande
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partie de votre vie dans l'oisiveté. Demandez-lui pardon du passé, et la grâce de travailler fidèlement à l'avenir.
troisième poiiyt. Coopération. i.° Résolvezvous de bien régler tout votre temps, et de le régler en sorte , 1 .° que vous marquiez au moins, autant que vous pourrez , tout ce que vous aurez à faire; 2.0 que s'il se peut vous le déterminiez pour chaque jour , en sorte que vous "n'y laissiez point d'heure vide ; o.° que vous n'y mettiez pour le divertissement que ce que la nécessité demande et que la bienséance de votre état pourra souffrir, vous débarrassant entièrement de tout ce qui est incompatible avec votre profession. 2.,0 Observez le règlement que vous vous prescrivez avec toute la fidélité possible, et pour cela évitez autant que vous pourrez les compagnies mondaines , les entretiens séculiers , les amitiés que vous savez n'être bonnes qu'à vous faire perdre le temps. 3.° Quand vous y manquerez , imposez-vous à vousmême quelque bonne pénitence que vous accomplirez avant que le jour soit passé.
Remerciez.. Priez.. Offrez...
bouquet spirituel. Il n'y a que ceux qui ont travaillé à la vigne du Seigneur qui sont récompensés: Voca operarios et redde Mis unicuique aecundùm opéra ejus , unicuique prout gessit. — Amor JUd nunquam est otiosus (S. Bern. de modobenè vivendi, ch. Si. )• — fiegnum Dei non dabitur otio*is,sed in servilio Dei studiosis. JS'on dabitur vagantibus ysed pro Deo digne laborantibus.