QUATORZIÈME MÉDITATION
Que les Ecclésiastiques sont obligés de vaquer aux fonctions extérieures de leurs ordres.
i.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration, a.0 Renoncez à vous-même et donnez vous à Jésus Christ. 3.* Invoquez le Saint-Esprit et renoncez au vôtre.
premier point, adoration. Considérez que la damnation ou le salut de chaque personne étant particulièrement attaché aux emplois ou fonctions de sa condition et à l'usage qu'il en fait, il est difficile qu'un Ecclésiastique qui néglige de s'acquitter des fonctions de ses ordres , puisse éviter le jugement de Dieu. Car ce sont là proprement les fonctions de son état, ce sont les obligations de sa condilion, ce sont ses premiers engagemens ; et c'est pourquoi, comme il aurcit tout sujet d'espérer une bonne récompense s'il s'y rendoit fidèle : qui enim benè ministraverint bonum gradum sibi acquirent et multam fiduciam in spe quœ est in Christo Jesu , ( i. Timoth. 3. ) ; aussi a-t-il tout sujet de craindre , quand il les néglige et qu'il ne s'acquitte pas de son ministère , d'être condamné comme un serviteur inutile qui n'a point fait profiter les talens de son maître : lnutilem servurn ejicite in tenebras exteriores. Craignez cette sentence , adorez et aimez le divin Maître qui la prononce, mais redoutez sa justice; et pour mieux connoitre le sujet que vous avez de craindre sur ce point, et vous mettre en même temps en état de l'éviter , considérez les motifs qui doivent obliger tous les Ecclésiastiques, même ceux qui n'ont reçu que la
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tonsure et les mineurs , de faire les fonctions de leurs ordres.
second point. Communion. Voici trois moiifs que vous méditerez à loisir. Le premier motif se tire de l'engagement même où l'on entre par la réception de l'ordre. Car l'intention de Notre-Seigneur qui y appelle, le dessein de l'Eglise qui le confère , la promesse de l'Ecclésiastique qui le reçoit, sont trois engagemens qui font connoître comment on en doit faire les fonctions. Pour l'intention de Notre-Seigneur , il a institué ce sacrement , et ne nous donne la puissance de l'ordre , et ne nous promet ses grâces que pour en faire un saint usage et en exercer dignement les fonctions : Aon enim negligendam gratiam dédit Dominus , dit le Pape Alexandre HT, sed Jideiiter exercendam . C'est pourquoi entre toutes les qualités qu'il requiert de ses ministres , il désire particulièrement la fidélité même dans les moindres choses, comme il paroît en une infinité d'endroits de l'Ecriture-Sainte. Or , cette fidélité consiste uniquement à s'acquitter du ministère qu'il confie.
Pour le dessein de l'Eglise, il est tout manifeste; car , si vous prenez garde aux paroles dont elle se sert dans la collation de tous les ordres , elle ne nous inculque et ne nous marque autre chose qu'exercice , office et pratique: Dans la tonsure, utjidelem Dto cultum prœstent. — Prima tonsurâ non initientur de quibus probabilis conjectura non sit eos ut fidelem cultum prœstent hoc genus vitœ elegisse. ( Trident. ). Pour les portiers, elle prie, ut famulos suos benedi'cere dignetur quos in officium ostiariorum eligere dignetur, et ut sit eis Jidelissima cura in domo Dei diebus et noctibus. Aux lecteurs t officium vtstrum agnoscile et impiété. Aux exorcis-
3;8 nvTREriE.xs
tes , ut studeant e! di^cant per qfficium vitia imperare. Aux acolytes , sacris aharibus Jideliter subministrent. Aux sous-diacres, ut in conspectu ejus Jideliter setviant. Aux diacres , émit te in eos spirilum. titumquo in opusministerii lui fideliter exsequendi septiformis grutier tuo munere roborentur. Enfin aux Prôtres , sint providi cooperatores ordinis swî, bonam rationem dispensationis sibi créditas reddituri , ut œternœ b<uilitudinis prœmia consequantur. En sorte qu'à moins d'imputer des mensonges à l'Eglise, et de regarder ses cérémonies comme une absurdité , les Ecclésiastiques ne peuvent aucunement se dispenser de faire leurs fonctions.
Nous voyons qu'elle a été si exacte à faire exercer les fonctions des ordres que l'on avoit reçus, et si sévère envers ceux qui s'en dispensoient , qu'elle refusoit de conférer les ordres supérieurs à ceux qui n'avoient pas exercé les inférieurs, qu'elle ne recevoit personne dans l'état ecclésiastique, qu'elle ne l'attachât à quelque église pour l'y servir par les fonctions de son ministère , et qu'elle déclaroit que sans cela les ordinations étoient irritas et inanes. Nous voyons, enfin, qu'elle continue tellement dans le dessein que tous les Ecclésiastiques exercent leurs fonctions , que , nous parlant encore par la bouche des Pères assemblés dans son dernier concile œcuménique, i.° elle témoigne le désir qu'elle a que ceux qu'on reçoit au sacerdoce aient été fidèles à exercer les offices et ministères inférieurs. 2..0 Elle dit quelle souhaite qu'on en renouvelle l'usage dans les lieux où Ton en auroit interrompu l'exercice , et qu'elle brûle du désir de voir cet ordre rétabli. 3.° Elle établit pour cela les interstices. 4-° Elle prie, elle exhorte, elle conjure tous les prélats d'y tenir la main. N'est-ce
pas assez pour faire connoitre la volonté d'une mère à ses enfans; et bien qu'elle ne punisse pas cette omission et cette négligence comme autrefois , bien qu'elle ne menace pas à présent des mêmes peines et de si grands chàtimens , ne doit-il pas nous suifire que nous connoissions ce qu'elle désire, pour ne pas abuser de sa bonté, et pour ne pas nous licenciera ne rien faire que ce que nous voudrons , sous prétexte qu'elle se contente de nous exhorter en mère , et qu'elle ne nous menace pas en souveraine ? Quoi 1 parce qu'elle est bonne , faut-il que nous soyons médians ? quelle injustice !
Pour notre promesse elle nous oblige encore à faire les fonctions des ordres que nous recevons : c'est à quoi nous nous sommes engagés dans notre ordination. Car, quand l'Evêque , en nous la conférant, nous en a marqué les fonctions en particulier, ce n'a été qu'à dessein de nous y obliger, et nous y avons suffisamment consenti et acquiescé par notre siknee ; ce qui est si véritable, que si quelqu'un s'approchoit, disent les docteurs, même des ordres mineurs n'ayant pas la volonté d'en faire les fonctions , il commettroit un péché énorme , d'autant qu'il profaneroit et violeroit un sacrement , le frustrant de sa fin, c'està-dire le recevant pour une autre fin que celle pour Laquelle il est institué, qui n'est autre que l'exercice. A moins donc que de vous rendre parjure et frustrer en même temps Notre-Seigneur de son désir, aussibien que l'Eglise de son attente, il faut nous résoudre à l'aire les fonctions des ordres que l'on doit recevoir; et c'est le grand engagement que l'on contracte dans l'ordination, auquel il faut que vous pensiez, et qui doit vous servir de premier motif pour vous convaincre sur ce sujet.
Le second motif qui doit porter les Ecclésiastiques aux fonctions et exercices de leurs ordres, sont les grands biens qui en résultent : i.° à Dieu , 2.0 à l'Eglise, 3.° à celui qui les exerce. i.° A Dieu : car toute la sainte Trinité en est souverainement glorifiée, d'autant que toutes nos fonctions sont autant d'actes de religion très-parfaits , et qu'elles font que Dieu est honoré des peuples. Car on voit par expérience qu'il n'y a rien qui les anime tant à la dévotion que ces fonctions bien faites. A la vue même de ces saints et sacrés ministères , les libertins sont quelquefois portés a rendre gloire et louange à Dieu , et à s'écrier comme ceux de l'Evangile: Benedictus Deus qui dédit potestatem talem liominibus,
2..0 A l'Eglise; car i.° elle est par ce moyen toute remplie de grâces à cause de l'application des mérites de la mort et passion de Notre- Seigneur qui se fait aux Fidèles par l'exercice de ces fonctions. 2..0 Tout le peuple en est édifié. 3.° Les âmes du purgatoire en sont soulagées. Enfin , c'est pour lors que cette armée de l'Eglise militante étant si bien rangée, parce que chacun se tient dans son rang, est rendue terrible et redoutable à ses ennemis.
3.° A celui qui les exerce; car, i.° c'est le plus grand honneur qu:il puisse recevoir, que de servir Dieu dans un ministère si relevé, et par des fonctions si sublimes et qui surpassent infiniment tous les emplois les plus considérables que l'on puisse avoir chez les grands de la terre. 2.0 Il reçoit toujours de nouvelles grâces par cet exercice. 3.° Il se remplit peu à peu de l'esprit ecclésiastique. 4-° U se forme par ce moyen pour les ordres supérieurs. 5.° Enfin il apprend lotrice divin , l'administration des sacremens , les cérémonies , leurs significations, en un mot, il
, s'instruit insensiblement de tout ce qui regarde son état. En vérité , voudriez-vous bien ravir à Dieu la
. gloire qu'il ^prétend de notre ministère , frustrer l'E-
. glise des services et des avantages qu'elle en attend, vous priver vous-même des avantages si considérables
I que vous recevriez si vous vouliez vaquer à ces
: fonctions ? Qu'en dites-vous ?
Mais si tout cela n'est pas suffisant pour vous faire prendre la résolution de vaquer dorénavant à vos fonctions , considérez enfin les grands maux qui nais-
! sent de cette négligence, pour ne pas dire, de ce mépris que font les Ecclésiastiques de s'appliquer aux fonctions de leurs ordres; et c'est le troisième motif dont vous vous entretiendrez à présent. i.° Cette négligence fait que les ministères sacrés sont vilipendés, méprisés et considérés comme des choses de néant , et tout-à-fait inutiles à l'Eglise. En effet , quelle estime en pourroient faire les peuples , quand ils voient des Ecclésiastiques même qui les méprisent et qui en font si peu d'état, qu'ils ne les exercent pas seulement une fois dans toute leur vie ? Faut-il s'étonner, après cela, si les hérétiques s'en moquent et se les croient pas d'institution divine? 11 faut donc bn renouveler l'exercice, dit le concile de Trente, si m veut en renouveler le respect. 2..0 Cette négligence ait encore que les laïques et les femmes même se mêent dans ces fonctions et s'ingèrent de les exercer; }u'on voit des laïques servir au sacrifice pendant que les Ecclésiastiques rougiroient de le faire ; qu'on voit ies femmes même orner les églises , parer les autels, ivoir soin des ornemens , à la honte et à la confusion , ît souvent au scandale des chrétiens et à la condamlation de ceux qui y sont obligés par office. 3.° Cette îégligence cause enfin une horrible confusion , et fait
que l'Eglise , qui est si belle et si ravissante par soft bel ordre , devient une horrible Bab)lone pleine dun épouvantable désordre. N'est-ce pas ce que nous voyons à présent par l'indolence de la plupart des Ecclésiastiques qui s'engagent dans cet état sans y vouloir servir?
Mais voyez si vous ne contribuez pas vous-même à ce désordre ; car quelles fonctions avez - vous faites depuis que vous êtes Ecclésiastiques ? ne rougissez-vous point quelquefois quand il faut vous y appliquer ? n'en évitez-vous point les occasions autant que vous pouvez? n'auriez- vous pas honte s'il vous falloit servir à une Messe basse, balayer une église, nétoyer un autel, chanter une leçon , etc. , etc. ? Me croyez- vous pas que cela seroit trop ravalé pour vous, et indigne de votre condition? N'en parlez-vous point aussi avec mépris , et et ne méprisez-vous point même peut-être ceux qui les estiment et qui s'y appliquent toute leur vie: n'évitez - vous point même d'aller au service à votre paroisse et d'y assister en surplis , de peur qu'on ne vous engage insensiblement a y faire quelque fonction : Examinez-vous sur ce sujet, confondez - vous devanl Dieu de vos sentimens présens , regrettez le passé priez Noire - Seigneur de vous donner amour et zèk pour vos fonctions.
troisième ijoist. Coopération. i.° Estimez toute; les fonctions de votre ministère plus que les emplois ie; plus relevés que vous pourriez avoir dans le monde . puisque Dieu , les Anges et les Saints les estiment plu; que toutes les grandeurs de la terre. Quoi ! ces fonctions que les saints Pères appellent angéliques , qw les empereurs appellent beaiissima ministeria , qu nous élèvent par-dessus toutes les dignités du monde qui font courber devant nous les princes , les rois e
les empereurs, sont -elles avilies depuis le temps des Apôtres? Sommes-nous meilleurs que saint Etienne, saint Laurent , saint Vincent, si célèbres dans l'Eglise.? Etes-vous de meilleure maison que quantité de rois qui tenoient à grand honneur de servir à la sainte Messe l Mais oseriez - vous sans blasphème vous comparer à PSotre-Seigneur , lequel , dit saint Ambroise, sic ad omnia se curvavk officia, ut nelectoris quidem aspernaretur ojficium. C'est ce qui doit vous faire prendre une seconde résolution , qui est d'exercer avec amour les fonctions de vos ordres , même des ordres mineurs , et de ne monter jamais aux ordres supérieurs sans vous être exercés dans la pratique des ministères inférieurs. Que si vous êtes déjà Prêtre, ne cessez pas , dans les occasions d'exercer les ministères inférieurs, afin de rendre service à l'Eglise ; et en lui satisfaisant pour vos négligences passées , tâchez de réparer les péchés que vous avez faits par ces omissions et ces négligences. 3.° Pour avoir plus d'occasion de les exercer et moins de prétexte de vous en dispenser , tachez de vous attacher à quelque église où vous portiez le surplis, et assistez au service en habit décent les Dimanches et les fêtes ; vous ne l'aurez pas fait longtemps que vous trouverez occasion de vous y emplo)er.
I.° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites dans l'oraison. 2.° Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez faites. 3.° Offrez-vous à la très-sainte Vierge, et priez - la de vous prendre en sa sainte protection
bouquet spiRrTUEL. Ego elegi vos et posui vos ut
eatis , et fructum ajferatis , et f rue tus vester maneat
ji (S.Joan. i5, ib.)« — Mens CJiristo dedita œquè
in majoribus et in minoribus intenta est ( S. Hier. ). Qui benè ministraverint , bonum gradum sibi acquirent , et multam fiduciam in Jide quœ est in Christo Jesu.