‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 35 sur 40 · SEIZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

SEIZIÈME MÉDITATION

De la pauvreté ecclésiastique»

r.° Pensez que Dieu vous voit, et faites un acte de foi et d'adoration. 2.0 Reconnoissez- vous indigne de paroitre devant une si grande Majesté, et après avoir renoncé à vos péchés et à vous-même, unissez-vons à Jésus-Christ pour paroitre en son nom en la personne de son Père, 3.° Invoquez son Esprit et renoncez au vôtre.

premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'amour tout extraordinaire qu'il a pour la pauvreté, et dans l'exemple tout-à-fait admirable qu'il vous en donne; car, i.° c'est une chose digne d'étonnement et de vénération , de voir qu'ayant droit par sa naissance à tous les biens de la terre, et en étant le maître , il s'en est néanmoins si universellement dépouillé en venant dans le monde , qu'il a voulu naître dans une étable, privé de tout, mourir sur la croix, dépouillé de tout, vivre sur la terre dans une indigence de tout , jusque-là même que quelquefois il n'avoit pas seulement de quoi se couvrir, de quoi s'entretenir et de quoi se nourrir avec ses disciples. Oh! le rare exemple de pauvreté! adorez le Fils de Dieu qui vous le donne , et étonnez-vous de voir qu'il se dépouille de la sorte pour vous remplir, et qu'il s'appauvrit pour vous enrichir par ce moyen des richesses de sa grâce et de sa pauvreté : Propter nos egenusfactus est, ut ejus inopiâ ditaremur. ^.° Admirez comme il a tellement aimé cette vertu , que nonseulement il a été très-pauvre lui-même, mais il a encore voulu avoir un père très-pauvre , une mère très-pauvre , des disciples très-pauvres , et pauvres jusqu'au point qu'il leui a expressément défendu d'avoir

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ni or ni argent en leur possession , et qu'il ne les a reçus qu'après qu'ils ont renoncé à tout ce qu'ils avoient et à tout ce qu ils pouvoient prétendre en cette vie. 3.° Admirons encore comme il a tellement chéri cette vertu , que pour la rendre toute aimable à ses sujets, à ses disciples, à ses enfans , il a voulu que ce fût la première loi de son royaume , la première leçon de son école, la première maxime de sa famille, laquelle fit le bonheur et la félicité de tous ceux qui voudroient vivre dans son service : Beati pauperts , quoniam ipsorum est regnum cœlorum. Adorez cette conduite, et remerciez, louez, aimez, bénissez ce divin Sauveur de tout ce qu'il a fait pour rendre celte vertu recommandable et en établir l'amour en votre cœur.

deuxième point. Communion. Outre les raisons générales qui obligent tous les chrétiens à aimer la pauvreté, comme la bien-aimée du Fils de Dieu, et à s'occuper fidèlement aux exercices de cette vertu selon les occasions qui s'en présentent, il y a plusieurs motifs bien considérables et bien pressans pour y engager très-particulièrement tous les Ecclésiastiques. En voici troia principaux que vous pourrez méditer à présent.

Le premier est l'engagement particulier et tout-àfait pressant où l'Eglise vous met de pratiquer cette vertu ; mais comme ce qu'elle fait sur ce point est très-remarquable , nous pouvons , ce nie semble , le réduire à trois chefs : le premier, à la profession qu'elle nous a l'ait faire; le second, à la manière dont elle nous Ta fait faire ; le troisième, aux soins qu'elle apporte et à ce qu'elle tait pour nous obliger de l'accomplir et pour nous ôter toutes les excuses sous lesquelles

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nous pourrions prendre le prétexte de nous en dispenser.

i.° Pour la profession qu'elle nous en fait faire, vous n'en sauriez douter, elle a éteMrop solennelle et tror> publique pour l'avoir oubliée ; ressouvenez- vous seulement de votre parole : Ne exr.idat quomodo in tort' tara , quando electus es in sortem Domina, renuntiasti ignominiœ seculari. Ce fut au jour de votre tonsure que vous protestâtes , au pied des saints autels , que vous vouliez prendre N. S. pour votre part et pour votre héritage : IJominus pars hœreditutis mrœ et calicis mei; c'est ce que vous dites hau'ement, clairement , intelligiblement quand l'iiglise vous reçut au nombre de ses clercs. Vous vous en souvenez bien et vous le savez. Mais peut-être ne savez- vous pas , ou du moins ne faites-vous pas assez de réflexion à ce qui est renfermé dans cette profession et à ce que vous avez promis par ces paroles : c'est à quoi il faut que vous pensiez ; sachez donc que c'est une profession que vous avez faile d'un total dénùment, d'un véritable détachement de tous les biens du monde et d'une très-parfaite pureté : Opnrtet ut clerici qui in sortem hœreditatis Du mini duntur , abaque uilo impedimenlo seculi Deo servir e studeant , ut pauperes spuitu esse contendant , ut congrue ilfud Psalmistœ dictre possint : Dommus pars hœreditatis meœ. C'est ainsi que tous les Saints et l'Eglise même nous l'expliquent ; et pour vous taire connoître jusqu'où doil aller ce dénùment et cette grande pauvreté dont vous avez fait profession, vous remarquerez que dans le sentiment de tous les Saints Pères, il y a trois choses qui y sont renfermées.

La première est que vous vous êtes engagé à prendre Notre -Seigneur pour votre unique portion et pour

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votre seul héritage. Cela mérite que l'on y pense ; et il y en a peu qui le conçoivent. Vous n'avez donc pas seulement protesté que vous le preniez pour une partie de l'héritage que vous en attendiez ; oh non ; l'E* giise ne vous auroit pas reçu clerc à cette condition ; c'est pourtant où est l'illusion commune, et à quoi la plupart des Ecclésiastiques se trompent. On croit qu'on ne l'a pris que pour une partie des biens auxquels en prétend , et qu'ainsi l'on peut sans scrupule s'attacher encore aux autres biens terrestres, les aimer avec lui et les rechercher tout comme si l'on n'avoit rien promis sur ce sujet dans la tonsure, et c'est en cela que la plupart sont abusés. Toutefois ce n'est ni le sens ni la vérité de vos paroles ; car vous avez dit et protesté que vous preniez Notre-Seigneur pour votre lot, votre portion, votre héritage : Qui cum Propheta âicit : pars mea Dominus , nihil extra Dominum habere potest. ; c'est-à-dire que vous ne vouliez que lui , que vous vous contentiez de lui , que vous vous dépouilliez volontiers de toute autre prétention , et que pour le posséder vous renonciez de bon cœur à tous les biens du monde. Voilà en substance le contenu de votre promesse et la première chose que tous les saints Pères déclarent y être renfermée : Qui cum Propheta dicit : pars mea Dominus , si quidquam aliud habueril, pars ejus non erit Dominus ; v. g., si aurum , si argentum1 etc. cum istis partibus Dominus fieri pars ejus non dignatur (S. Hieron.). L'Eglise pourroit- elle vous parler plus nettement? C'est là son intention ; je ne sais pas si telle a été la votre, mais vous l'avez promis, et c'est pourquoi persuadez-vous bien que quand vous avez dit : Dominus pars , vous lavez dit comme un enfant qui prend son lot dans l'héritage 3e son père. Le lot qui

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ne fait qu'une partie des biens du père, fait néanmoins tout l'héritage du fils, et il ne peut pas justement prétendre à autre chose dans les autres parties. Ainsi Dieu ayant fait la distribution de ses biens, il a mis à part les biens du monde et les richesses de la terre, et c'est le lot et la part des laïques et des séculiers: Terram dédit fi liis hominum ; mais pour les clercs, nihil accipient de postessione fratrum suorum... Ego pars et hœreditas eorum in medio filiorum Israël, dicit Dominus ( Lévit. 19, 20.)- Notre-Seigneur se donne tout seul à eux ; quand donc ils le prennent pour leur part en recevant la tonsure , ils déclarent qu'ils renoncent à tous les autres biens temporels et aux richesses de la terre; ainsi quand nous avons dit : Dominus pars, c'est tout comme si , dans le sentiment des saints Pères , nous avions dit et dédaré que nous nous consentions de Notre-Seigneur, et que pour le posséder nous renoncions de bon cœur à tout le reste : Qui in terra prœsumûnt habere fac altatem , quomodo non erubescunt dicere : Dominus pars hœreditatis meœ ? et c'est ce qui doit nous faire connoitre la seconde chose qui est renfermée dans ces mêmes paroles , à laquelle vous vous êtes engagé, et qui suit nécessairement de la première, qui est de n'avoir plus aucune attache, aucun amour, aucune affection pour tous les biens du monde ; car comme par l'amour notre cœur entre en possession de ce qu'il aime, en sorte que celui qui aime véritablement les richesses du monde les possède encore, au jugement de Dieu, quoiqu'il en soit dépouillé devant les hommes : Pauper biquidem Dei in animo est, non in seculo, dit saint Augustin , ne seroit-ce pas se moquer de Dieu et de son Eglise, de croire qu'on n'a pas promis de ne point aimer les biens du monde , quand on a

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'promis d'avoir J. C. pour son unique héritage et pour son unique possession ? Il faut donc de nécessité ou désavouer tout-à-fait notre promesse, ou reconnoïtre qu'en nous engageant ainsi à prendre Jésus-Christ , nous nous sommes engagés en même temps à n'avoir plus d'affection pour les richesses ni d'attache pour aucun bien de la terre ; et c'est la seconde chose renfermée dans notre promesse : Cui portio Dominus.... nihil amare débet prœter Dominum.... undè qui aliud quœrit quàrn Dominum , nec ipse à Domino eîectus est, nec ipse elrgit Dominun , La troisième chose qui suit nécessairement de la seconde, est que, puisque vous avez protesté de ne plus aimer les biens du monde , vous vous êtes donc en même temps engagé à ne plus les rechercher quand vous ne les auriez pas, à n'avoir plus de peine à quitter tous ceux que vous auriez, à ne point regretter la perte de ceux que vous n'auriez plus ; car autrement ce seroit une marque certaine que vous les aimeriez. Voilà en général ce que porte votre engagement; approfondissez bien jusqu'où va son étendue, et voyez par-là jusqu'où doit aller votre pauvreté. Ainsi, première chose qui nous fait connoître les soins de l Eglise pour nous porter à cette vertu , la protestation qu'elle nous en fait taire, La seconde chose qui n'est pas moins considérable sur ce sujet, est la manière dont elle nous fait faire cette protestation; car il y a trois circonstances notables qui i'accompagnent et qui fortifient encore de beaucoup notre engagement. La première est qu'elle nous en fait faire une manière de promesse ; car n'estil pas vrai que vous l'avez promis? Or, vous savez quel est l'engagement d'une promesse : on rougiroit de ne pas la tenir; dans le monde la parole d un honnête homme est inviolable 1 et y avoir manqué est un

reproche qu'un homme d'honneur ne peut souffrir. En vérité, sera-t-il dit qu'on y soit si fidèle dans le monde , et qu'on n'y manque que pour Dieu ! Quelle honte ! quelle confusion ! quel reproche pour nous ! 2.0 pour nous y engager plus étroitement , elle nous l'a fait promettre dans le temps où elle-même nous a aussi promis et s'est engagée particulièrement à nous; car elle nous l'a fait promettre dans le temps où elle nous a donné la tonsure : or, alors elle nous a promis de nous faire jouir de ses droits et de ses privilèges , et de nous donner part à ses libertés , ses immunités et toutes ses grâces , de sorte que la promesse qu'elle nous a fait faire n'est plus une simple promesse , elle est mutuelle, ce n'est plus une protestation purement libérale, purement gratuite, elle est onéreuse, elle est de part et d'autre ; c'est-à-dire , en un mot , que c'est une espèce de contrat et de convention qui s'est faite entre vous et l'Eglise ; elle vous donne ses biens et l'honneur de la cléricature, mais en même temps vous vous donnez à elle avec engagement de la servir avec détachement et une très-parfaite pauvreté. Voilà le contrat réciproque : or, vous savez quelle est l'obligation de ces sortes de conventions réciproques , et combien le lien en est étroit; car ce m'est plus un engagement de fidélité, mais il est de justice. 3.° Pour nous obliger par un troisième titre , elle nous l'a fait faire hautement, publiquement, solennellement, au pied des saints autels , à la face de toute l'Eglise , entre les mains de 1 Evèque qui la reçoit au nom de Notre-Seigneur et de toute l'Eglise ; en un mot, dans des circonstances si saintes, et avec des cérémonies si pleines de religion , que nous pouvons dire que d'y manquer ensuite ce n'est plus manquer seulement à la fidélité et violer la justice, mais c'est manquer ou-

vertement à la religion ; et voilà jusqu'où va l'étroite obligation où l'Eglise nous met de pratiquer la pauvreté : elle nous y lie par un triple lien , et nous y contraint par la fidélité , la justice et la religion : or , funiculus triplex difficile rumpitur , particulièrement quand il serre de si près que font ces trois vertus.

La troisième chose que fait l'Eglise , est qu'elle nous ôte toutes les excuses que nous pourrions prendre pour nous dégager de cette obligation et nous dispenser en ce point de notre devoir. Il y a trois principales excuses qui peuvent être , à mon avis , plus ordinaires. Là première seroit de se persuader qu'on n'a pas fait cette promesse ; la seconde seroit d'avouer ingénument qu'on l'a faite, mais qu'en la faisant on n'a jamais prétendu s'engager de* la sorte; la troisième seroit de dire qu'en aurait oublié ce qu'on auroit promis. Or , c'est à quoi l'Eglise remédie d'une manière admirable; et elle prévient tellement ces excuses par sa conduite, qu'il faut avouer que nous serons éternellement inexcusables , si nous ne nous rendons pas fidèles à cette promesse. Car i.° pour nous ôter tout fondement de pouvoir dire que nous n'avons point fait cette promesse , non-seulement elle nous la fait faire hautement à la face de toute l'Eglise et en présence de témoins irréprochables , mais encore elle en fait une loi générale pour tous ceux qu'elle reçoit à la tonsure, en sorte qu'elle n'en dispense jamais ; et quelques talens, quelque science, quelque sainteté, quelque capacité qu'elle puisse remarquer en une personne, et quelque considérables que soient les avantages qu'elle puisse espérer de ses services, ellene le recevra jamais qu'elle ne lui fasse faire cette promesse. C'est une obligation qu'elle impose à tous, elle est générale, il

n'y a point de dispense ; vous ne sauriez donc avoir aucun fondement , ni même aucun prétexte pour dire que vous ne l'avez pas faite.

Oh mais , je n'y pensois pas quand je l'ai faite : c'est la seconde excuse; je n'entendois pas ce que je disois ; je n'avois point su que cela portât un tel engagement. Ah ! vous ne l'avez point su ! tant pis pour vous ! Pourquoi vous êtes-vous si précipitamment engagé dans cet état? que ne vous êtes-vous fait instruire auparavant ? pourquoi vous y êtes-vous ainsi jeté en étourdi ? Encore une fois , tant pis pour vous i De plus, l'Eglise pouvoit-elle faireautre chose que de vous en avertir, et de vous expliquer elle - même votre promesse ? Or, c'est ce qu'elle fait dans l'avertissement aux tonsurés qu'elle met dans son pontifi— cal,où elle leur dit qu'ils liennent dans la loi nouvelle le même rang que tenoient dans l'ancienne loi les lévites , à qui il étoit expressément ordonné de ne rien posséder sur la terre , et de se contenter de Dieu seul. C'est l'avis qu'elle leur donne , et l'obligation qu'elle dit qu'ils contractent dans la tunsure. ÎVÏais spiès tout, si après cela vous prétendez encore n'en avoir point été averti , si vous dites encore que vous n'avez point entendu ce que vous avez dit, si vous prétendez avoir été trompé en ne comprenant point ce qui étoit renfermé dans votre promesse, et qu'ainsi vous n'êtes point obligé de tenir votre parole ; à la bonne heure, ne la tenez point; mais renoncez donc au contrat que vous avez fait avec l'Eglise ; car c'est sur votre parole que l'Eglise vous a conféré la tonsure et vous a donné part à ses grâces et à ses immunités. Si donc vous ne tenez pas la parole que vous lui avez donnée, vous n'avez aucun droit de retenir ce qu'elle vous a accordé sur cette promesse ; car c'est

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ia nature de ces contrats. Ainsi, ou tenez votre parole , ou si vous ne voulez pas la tenir, renoncez à votre tonsure , et reprenez l'ignominie de l'habit séculier.

Oh mais , je suis engagé dans les ordres sacrés, et je ne puis plus m'en dégager, je ne puis plus quitter et retourner au siècle. Vous ne le pouvez plus ! si vous ne le pouvez plus , il ne vous reste qu'une voie , faites-en pénitence toute votre vie ; et pour le premier point de votre pénitence, renoncez à ce que vous n'avez pas droit de posséder , et mettez- vous dans le dénùment que l'Eglise demande. Ce ne vous est donc pas une excuse suffisante de dire que vous ne saviez pas ce que vous promettiez en recevant la tonsure.

Enfin l'Eglise vous ôte la troisième excuse que vous pourriez tirer de l'inadvertance ou de l'oubli ; car elle vous met dans la nécessité de ne l'oublier jamais et d'y penser toujours. Voici trois choses qu'elle fait pour ce sujet : i.° elle vous donne un nom qui vous en rappelle sans cesse le souvenir , elle'vous appelle clerc. Et que signifie ce mot de clerc ? Elle nous l'explique elle-même, afin que vous n'en doutiez pas : JSec aliud quœral clericus, quàm ut Dominum Jiœreditate poasideat; hoc enim in grœco nomen clerici xonat , et c'est ainsi que tous les Saints l'entendent : clericus inttrpretetur vocabulum suum , et nominis définition* probatd , nitatur esse qwtd dicitur. Il faut donc ou que vous ayez oublié votre nom , ce qui n'est pas facile encore , ou que vous reconnoissiez de bonne foi l'obligation qu'il vous impose. 2..0 Quand vous auriez oublié votre nom , elle vous oblige de porter continuellement la tonsure et de la renouveler pour cela de temps en temps. Pour-

quoi cette tonsure, cette couronne et cette coupe de cheveux renouvelée de temps en temps , sinon pour vous avertir sans cesse de votre promesse , et vous tenir toujours présente l'obligation que vous avez de renoncer aux biens du monde, et de retrancher l'affection pour toutes les richesses terrestres , comme étant des superfluités et des excrémens auxquels nous ne devons pas avoir plus d'attache qu;à nos cheveux que nous retranchons avec joie , et que nous faisons couper sans douleur? 3.° L'Eglise nous donne un habit qui nous couvre tout le corps , et qui par son extérieur que nous avons toujours présent, et qu'elle veut être simple , modeste, pauvre, sans ornement , nous avertit sans cesse de la pauvreté dont nous avons fait profession. Aprèscela, que pouvons-nous dire pour notre excuse, et ne faut-il pas avouer que nous sommes coupables , si nous ne voulons pas renoncer aux richesses du siècle , et nous détacher des biens du monde? Voilà le premier motif qui nous engage à la pauvreté comme Ecclésiastiques , l'engagement indispensable que nous avons contracté.

Le second sont les grands avantages que les Ecclésiastiques retirent de la pauvreté. En voici trois entre beaucoup d'autres auxquels vous pourrez particulièrement vous arrêter. Le premier est une possession de Dieu plus pleine, plus entière et plus abondante ; car , comme nous venons de dire , Jésus-Christ se donne plus pleinement à eux en échange de ce qu'ils ont tout abandonné pour son amour. C'est ce qu'il dit plus particulièrement aux premiers Prêtres de la loi nouvelle, et, en leur personne, à tous les Ecclésiastiques qui, imitant leur exemple , se dépouilleroient pour lui de tous leurs biens : Vos qui reliquibtis omnia, eentuplum accipietis. Car qu'est-ce que ce centuple

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qu'il leur promet en récompense de leur détachement , sinon la possession qu'il donne de lui-même à proportion qu'on se détache pour son amour ? C'est ainsi que les saints Pères l'expliquent : Iste enim Deum possidei-e incipit. — Ea est portio quam terrenœ partes mdœcjuare non possunt... An non centuplum habetqui impletuv spirituel Christum habetin pectore ? Voilà la récompense que reçoivent les Ecclésiastiques dès cette vie : s'en peut-il voir une plus grande ? c'est le premier avantage que leur procure la pauvreté. Le second , qui nous est encore rapporté par les saints Pères , est une entière liberté d'esprit qu'apporte avec soi le dénùment des biens du monde. Une ame dont le cœur est plein de l'affection des biens du monde n'est jamais en repos; elle est toujours inquiétée, toujours embarrassée , toujours agitée ; rien ne la contente ; et gémissant sous le dur empire de la cupidilé qui la tient esclave, elle ne peut trouver une parfaite paix; elle est comme ces personnes qui étoient autrefois condamnées aux métaux; elle souffre d'étranges martyres , et ne trouve point de relâche dans ses travaux et dans ses peines. C'est le motif dont se sont servis les saints Pères pour en détourner les Ecclésiastiques. Mais ajoutons , pour le fortifier, que lorsque, par l'amour de la pauvreté et par le détachement des biens du monde, elle se sent délivrée de cette servitude, qu'elle se voit dégagée de la tyrannie de sa convoitise sous laquelle elle gémissoit,et que, déchargée du poids de ses richesses , elle voit qu'elle respire avec une pleine liberté , qu'elle s'élève à Dieu sans peine , qu'elle s'applique au prochain sans intérêt , qu'elle s'acquitte de ses emplois avec désintéressement, elle entre dans une telle satisfaction, que la joie de son cœur, jointe à la paix que Dieu lui donne, lui fait

goûter cent fois plus de consolations dans la disette , • qu'elle n'en avoit éprouvé dans la plus grande abondance : Pro centuple* ajfectuum terrenorum spéciale gaudium et pretiosissirme charitatis jucunditas centupla major atque prœclarior. Et voilà la félicité souveraine de cette vie ; mais c'est particulièrement le bonheur des Ecclésiastiques pauvres que les saints Pères appellent pour ce sujet bienheureux dès cette vie : Beatijilii quorum Iota est in charitate patris substantia , beatijilii quibus tola manet in obsequio patris et in ejus culturâ possessio.

Enfin , le troisième avantage que les Ecclésiastiques reçoivent de la pauvreté , est la force toute extraordinaire qu'ils ont dans cet état pour attirer les âmes et gagner les pécheurs. Car enfin , quand on voit un Evèque dégagé de tout , qui renonce à tout , qui se prive de tout, il n'y a personne qui ne l'admire , qui ne l'estime , et il n'y a point de pécheur qui ne se rende. Il est vrai qu'il n'y a rien de plus rare, mais ; il faut avouer aussi qu'il n'y a rien de plus puissant pour enlever les cœurs. Si exaltatus fuero a terra , disoit autrefois le Fils de Dieu , omnia traham ad me ipsum : quand je serai élevé de la terre , j'attirerai tout à moi. Je ne m'en étonne pas , dit saint Bernard ; et moi-même , dit ce Saint , j'ose bien dire i avec assurance que si j'étois élevé de la terre , c'est- à- , dire, si j'en étois bien séparé et tout -à -fait dégagé , ; j'enleverois tout ; et il n'y a personne qui ne put en , dire autant. Un Ecclésiastique bien séparé de la terre et de tous les biens du monde , il n'y a rien qu'il ne , soit capable de faire, il n'y a personne qu'il ne soit e capable d'enlever et de porter à Dieu , quand il faudroit , même pour cela faire des miracles. Voyez cela en la personne du prince des Apôtres : il ne parle pas sou-

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vent de la pauvreté , mais il dit une fois qu'il n'a ni or ni argent , argentum et aurum non est mihi ; mais voyez la conséquence qu'il en tire , quo d autem habeo, hoc tibi efo, innomine DominiJesu : surge et ambula. Voilà la suite de sa pauvreté , la puissance de guérir les malades , de faire marcher les boiteux ; il n'y a rien qui ne cède et ne se rende à l'efficace et à la force de la grâce d'un dénûment total et d'une parfaite pauvreté. Tels sont les avantages que nous procure cette vertu , et le second motif qui nous engage à son amour.

Enfin, le troisième motif qui doit engager les Ecclésiastiques à un grand amour de la pauvreté, sont les périls extrêmes et presque inévitables où ils sont exposés sans cet amour. C'est le motif de saint Hilaire: Periculosa est cura velle ditescere; ingenti periculo Sacerdotes , qui Ecclesiœ oculi sunt, curis pecuniœ et familiarium rerum incrementis occupantur. Les périls en sont très-grands. Je ne m'arrête point ici aux périls où Pon met les âmes et où Ion expose la gloire et la réputation du clergé , nous en avons assez parlé ailleurs; je me contenterai de considérer ceux où s'expose l'Ecclésiastique même qui n'aime pas la pauvreté ; or, il y en a trois terribles : le premier regarde la vocation ; le second regarde les emplois ; le troisième regarde ses actions et toute sa conduite. Péril , i.° pour sa vocation ; car il est en danger évident de ne point s'engager dans celle où Dieu l'appelle ; car enfin, quand on ne sait que faire ni que devenir dans le monde , quand on n'a pas même de quoi y subsister , quand on s'y voit dans une telle indigence qu'on n'y trouve pas même de quoi y pouvoir vivre , et que d'ailleurs on voit quelque bénéfice qu'on peut espérer dans l'état ecclésiastique, qu'on peut y avoir quelque

établissement ,

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établissement, ou du moins qu'on y gagnera aisément sa vie , oh ! qu'il est dirfieiie de ne pas croire qu'on y est appelé ! et ainsi l'on y entre sans scrupule , et l'on s'y engage facilement sans examiner à tond si Notre- Seigneur y appelle. On croit que c'est assez qu'on y trouve de quoi vivre et ce qu'on ne trouveroit pas ailleurs. Au contraire , si Notre-Seigneur appelle à l'état ecclésiastique, et qu'on craigne d'être abandonné de ses parens , qu'ils ne donnent plus la sub-» sistance ordinaire , qu'ils menttcent de déshériter , ou qu'on appréhende de n'avoir pas la même part à leurs biens , on n'oseroit se résoudre , on s'arrête, et ainsi on n'entre point dans l'état ecclésiastique quand Dieu y appelle , on y entre quand Dieu n'y appelle pas ; et de façon ou d'autre on n'est point dans sa vocation. Voilà où l'on en est réduit quand on n'aime pas la pauvreté. Songez bien à ce que c'est que d'être dans un état où Dieu n'appelle pas , et vous verrez jusqu'où va ce premier péril touchant la vocation où l'on se trouve lorsqu'on n'a pas l'amour de la pauvreté ; péril donc de prendre toute autre vocation que celle tfù Dieu appelle.

Péril, en second lieu, touchant les emplois , de ne point travailler à ce que Dieu désire ; car on ne considère plus que les emplois plus lucratifs , on n'examine plus s'il y a des âmes à gagner, mais s'il y a du bien à acquérir ; et de là vient que , s'il se présente un bénéfice , la première chose qui vient dans l'esprit est de demander combien vaut-il ? si l'on veut travailler, on ne s'informe que de la récompense qu'on doit aîtendre ; et de la sorte on se met en péril de faire tous les jours toute autre chose que ce que Dieu veut : car quand même on voudroit examiner sa sainle volonté , on est tellement aveuglé par cette affection de l'or et de

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l'argent que donne la crainte de la pauvreté, qu'on n'est plus en état de la bien discerner; et comme on n'est plus dans une entière indifférence, parce qu'on ne veut point être dans une si grande pauvreté, on fait toujours pencher la balance du côté qu'on désire, et l'on ne se persuade jamais qu'il appelle où l'on ne trouveroit pas de quoi vivre. Et de là vient qu'en troisième lieu on s'expose au péril de ne rien faire qui vaille pendant toute sa vie, et de tout perdre à la mort. Car, i.° que pouvons-nous attendre en ne faisant pas la volonté de Dieu ? c'est ne rien faire que de ne pas faire ce qu'il désire. 2.0 N'avons- nous pas sujet, après avoir ainsi agi par la vue de quelque revenu temporel que la crainte de la pauvreté nous a fait envisager dans nos actions , n'avons-nous pas, dis-je , tout sujet de craindre à la mort cette sentence : Amen, dico vobis, recepistis mercedem vestram P Et enfin , cela étant, examinez bien si ce n'est pas s'exposer à tout perdre , que de se trouver en cet état; et voilà pourtant où en sont réduits les Ecclésiastiques qui n'aiment pas la pauvreté. Voyez comment vous vous comportez sur cette matière , et si vous avez sujet de craindre ; quel sentiment vous avez à l'égard des richesses et de la pauvreté. Vous tenez-vous détaché des biens que vous avez? Etes-vous content de ceux que Dieu vous donne ? N'en désirez-vous point, et n'en recherchez-vous point davantage ? Etes-vous prêt à vous priver même de ce que vous avez ? En faites-vous usage comme il désire ? Donnez-vous tout votre superflu sans en faire aucun amas? Ne vous privez-vous point même quelquefois du nécessaire pour servir vos frères dans l'extrémité de leurs besoins ? Examinez sur cela vos sentimens ; confondez - vous devant Dieu , et demandez bien la

grâce d'aimer et d'embrasser à son exemple la divine pauvreté.

troisième voist. Coopération. i.° Résolvez-vous de ne vous attacher jamais aux richesses , et, dans la conviction que la foi vous donne des malheurs qu'elles apportent et de la difficulté de se sauver , renoncez -y même extérieurement en vous en privant autant que la providence de Dieu , l'état où il vous met , et ses desseins sur vous peuvent vous le permettre. 2.0 Si vous ne vous dépouillez pas de toutextérieur ement , faites du moins un saint usage de ce que vous aurez, ne réservant jamais de superflu , mais l'employant en aumônes et en bonnes œuvres, sans vous attacher même au nécessaire , étant prêt à tout quitter avec joie , si Dieu le demandoit de vous. 3.° Pour vous conserver dans un véritable amour de cette vertu , cherchez les occasions d'en pratiquer les actes , comme de vous priver volontairement de quelques petites commodités, d'être bien aise quand quelque chose vous manque , bien loin d'en murmurer, vous en plaindre ou en devenir chagrin; vous servir dans vos habits, vos meubles , votre manger , des choses les plus communes et nécessaires.

Remerciez... Priez... Offrez.. .

bouquet spirituel. Tuas opes in pauperum varios usus dispensa ; de te illud dicatur : Dispersât , dédit pauperibus; justitia ejus manet in seculum secul{ (S. Hiero. ). — Qui volunt divitcs fieri , inciduntin tentationem et laqueum diaboli , et desideria multa mutiîia et nocwa quœ mergunt homines in interilum et perditionem. — Quàm difficile est divile.s intrare in regnutn cœlorum !

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