‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 36 sur 40 · DIX-SEPTIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME MÉDITATION

De Vavarice des Prêtres»

i.9 Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. i.° Renoncez à vos péchés et à vous-même pour vous unir à Jésus-Christ , et pour paroître en son nom , en sa personne devant la majesté de Dieu son Père. 3.° Invoquez son divin Esprit sur vous , et renoncez au vôtre.

premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les belles leçons qu'il nous donne contre l'avarice , et considérez particulièrement comme Jésus-Christ vous instruit sur l'affection trop grande et le désir déréglé des biens du monde. Il avoît tout droit sur les richesses; il en étoit le Dieu , le Seigneur et le maître; i) pouvoit les posséder avec équité, les retenir avec justice, les dispenser ou s'en servir avec empire ; et néanmoins à peine a-t-il voulu en avoir pour ses propres usages, et il passe sa vie dans un dénûment si universel de toutes choses, que, comme il dit lui-même , Filius autem hominis non habet ubï caput suum reclinet. Oh ! la belle leçon qu'il vous propose ! Considérez-le avec respect dans cet état ; écoutez bien l'instruction qu'il vous y donne , et vous trouverez qu'il vous y dit encore hautement ce qu'il dit autrefois à ses Apôtres : Videte et cavete ab omni avaiitia (S. Luc. 12, i5.). Car que peut-il y avoir de plus efficace pour vous ôter cette grande attache aux biens du monde et régler l'ardeur de vos désirs , que de voir le Fils de Dieu se dépouiller de tout pour l'amour de vous , et vous dire ensuite : Prenez-y garde , et veillez avec attention pour vous préserver de toute sorte d'avarice : Videte et caveie

ah omni avarltia. Prenez-y donc garde , dit saint Augustin ; mais à quoi prendrez-vous garde? Faites attention que c'est votre Maître, votre Sauveur, votre avocat et votre juge qui vous parle de la sorte , qui vous instruit, qui vous commande; prenez garde que vous ne devez pas lui refuser vos devoirs; et prenez garde, outre ces devoirs, de ne pas lui refuser celui de la créance et de la fidélité qu'il vous demande ; c'est ce que vous tâcherez de faire présentement et la grâce particulière que vous lui demanderez : Cavete , inquit , a& omni avaritia , prœcipit nobis veritas quce non fallitur ; audiamus , timeamus , caveamus ; non enim leviter habendum quandb Dominus noster lïedemptor , advocatus , judex ; etc. , non est levé quandb dicit : cavete ; novit ille quantum sit mali , nos non novimus ; illi credamus : cavete , inquit (Sanct. Aug. Serm . 196. ).

deuxième pooT. Communion. Pour vous préserver de l'avarice, suivant l'avis de Notre-Seigneur : Cavete ab omni avaritia , et pour vous mettre en état de ne tomber jamais dans ce péché que saint Grégoire met parmi les irrégularités qui rendent un homme indigne du sacerdoce, et qui pourtant a presque infecté présentement tout le clergé, et qui règne malheureusement presque dans tous les Prêtres , considérez les motifs particuliers qui peuvent vous obliger, comme Ecclésiastique, de le fuir de tout votre cœur. 11 y en a trois considérables auxquels vous pourrez à présent faire attention.

Le premier sont les soins et la vigilance de l'Eglise pour empêcher que ses ministres ne soient coupables de ce crime : ces soins sont remarquables , et elle fait paraître en quatre choses le grand désir qu'elle a de les en préserver. En premier lieu, elle fait paraître ses

soins et ses désirs par les avis qu'elle donne aux Ecclésiastiques sur ce sujet. Car, i.° en qualité de bonne mère elle les avertit de fuir l'avarice, de veiller srms cesse pour ne point se laisser surprendre au vain éclat de l'or et de l'argent, d'être très -fidèles à éteindre toutes les convoitises des biens de la terre r et d'apporter tous leurs soins pour en étouffer jusqu'au moindre désir. 2..0 Afin qu'ils apportent pour cela toutes les précautions imaginables et qu'ils ne négligent rien pour s'en défendre, elle leur dit de le fuir comme la peste , c'est-à-dire comme la chose du monde dont on se préserve avec plus de soins. Voyez ee que Ton fait en temps de peste; quelles appréhensions! quelles précautions! quelle vigilance! quelle fuite! C'est ce que l'Eglise vous avertit de faire pour l'avarice qu'elle déclare être la plus dangereuse de toutes les contagions. 3.° Elle leur dit que s'ils ne l'évitent soigneusement, ils seront bien plus coupables et bien plus sévèrement châtiés que les laïques auxquels ils devroient donner bon exemple. D'où vous pouvez conclure que si les avares, comme dit saint Paul, même les laïques, n'entreront jamais dans le royaume des cieux , et si ce vice en eux les engage à la damnation et a des peines éternelles , que ne doivent point craindre les Ecclésiastiques qui en sont coupables ! ne doivent-ils pas attendre un jour de de terribles chàtimens ? Et s'il y en avoit de plus grands que l'enfer, ne seroient-ils pas réservés pour la punition de leur avarice? Mais comme il n'y en a point de plus redoutables , ne peuvent-ils pas du moins être bien assurés que dans l'enfer la plus sévère de toutes les damnations leur sera réservée? Voilà la première marque des soins de l'Eglise pour vous préserver de l'avarice , les avis importans qu'elle

vous donne sur ce sujet, et sur lesquels vous ferez attention.

La seconde marque de ses soins et de son désir est la manière dont elle nous fait paroître ce péché; car ellenoas le représente comme le plus opposé aux principales et plus essentielles obligations des Ecclésiastiques. L'Ecclésiastique a trois obligations indispensables : i.° A l'égard de Dieu, il est chargé de son culte et de sa religion ; c'est son affaire que de s'y appliquer incessamment. 2.°A l'égard de soi-même, il doit se conserver dans une grande perfection ; car il en est donné au peuple comme le modèle. 3.° A l'égard du démon , il doit détruire son règne et anéantir son empire ; car il a été choisi pour achever cette œuvre. Voilà les trois grandes et fondamentales obligations des Ecclésiastiques. Or , c'est à quoi s'oppose directement l'avarice et les trois vues que l'Eglise nous en donne. Car, i.° elle nous propose ce vice, après l'Apôtre saint Paul, comme une idolâtrie : Avaritia quod est idolorum servitus : or, qu'y a-t-il de plus opposé à la religion et au culte de Dieu dont le soin nous est commis? Rien ne le profane d'une manière plus infâme ; le libertinage s'en moque , la superstition le corrompt, mais l'idolâtrie le détruit entièrement ; et entre toutes les sortes d'idolâtries , il n'y en a point qui le détruise d'une manière plus honteuse que l'avarice qui fait que l'on rend à l'or et à l'argent , c'est-à-dire à un peu de terre et de boue, les honneurs qui ne sont dus qu'à Dieu seul , et qui t'ait qu'on lui sacrifie sa vie, ses travaux, son ame et son salut. z.° L'Eglise nous représente l'avarice comme la source de tous les péchés et comme la racine de tous les vices. Or, quelle idée pourroit-elle nous en donner qui fût plus opposée à l'obligation que nous avons à l'égard de

nous-mêmes? Un Ecclésiastique doit être saint, puisqu'il est donné au peuple comme un modèle de sainteté , de toutes sortes de vertus : or , que peut-il y avoir de plus opposé à l'obligation d'avoir toutes les vertus , que de porter en soi le germe et la source de tous les vices? 3.° L'Eglise nous expose l'avarice comme un piège de l'ennemi et un filet du diable : or , qu'y a-t-il de plus contraire à ce que doivent faire les Ecclésiastiques contre le démon? Ils doivent le combattre et détruire son règne et son empire , et l'avarice fait qu'ils en sont eux-mêmes les esclaves et les captifs. Rien donc de plus contraire aux obligations fondamentales des Ecclésiastiques ? que l'avarice selon les vues que l'Eglise nous en donne; et c'est la seconde marque de ses désirs et de ses soins, et ce qui doit vous en donner horreur.

La troisième marque est qu'elle interdit même aux Ecclésiastiques tout ce qui a coutume d'entretenir l'avarice , ou ce qui la fait naître plus ordinairement parmi les hommes. Car, i.° elle leur retranche toute sorte de trafics , de marchandises , de négoces , et toutes ces occupations , ces emplois , ce commerce d'affaires séculières qui sont presque inséparables de l'avarice. 2.0 Elle ne peut souffrir même que par quelque voie que ce puisse être , ils s'enrichissent à son service , jusque-là qu'elle punit quand elle voit des Ecclésiastiques plus riches dans le clergé qu'ils n'avoient été dans le monde avant de s'engager dans cet état. 3.° Elle ne veut pas même qu'ils fassent des provisions et des amas de leurs biens , si ce n'est pour la nécessité des pauvres et pour subvenir à leurs besoins ; et saint Augustin ajoute qu'il ne nous est pas permis d'avoir de l'argent en réserve : Enthecam nobis liabert non licet ( S. Aug. Serm. 4 » 6 , de

ECCLKST ASTIQUES. flj

divit. ). 4-° Pour leur ôter toute attache à ce qu'ils possèdent , elle désire qu'ils soient sur ce point dans un tel dégagement, qu'ils ne s'en considèrent que comme les économes , les dispensateurs , et jamais comme les propriétaires et les maîtres. N'est-ce pas là un remède des plus souverains contre l'avarice ? et c'est la troisième marque du désir de l'Eglise pour en préserver les Ecclésiastiques.

Enfin , pour quatrième marque elle leur témoigne qu'ils doivent être tellement éloignés de ce vice , qu'ils n'en aient pas seulement l'apparence et le soupçon : Ab ecclesiastico ordine omnis avariliœ suspicio abesse débet ( Conc. trid. sess. 21. de refor. c. 1. ). C'est pourquoi dans les aumônes et rétributions qu'ils reçoivent pour leurs travaux , dans les droits même qui leur sont dus , dans les avis qu'ils donnent aux peuples touchant les oblations ou les autres redevances que la religion leur prescrit de rendre à leurs pasteurs et à l'Eglise , en un mot , dans toutes les circonstances de leur conduite , ils doivent se comporter avec une telle douceur, un tel désintéressement , une telle charité , une telle condescendance, qu'on n'y puisse pas même remarquer aucune ombre , ni apercevoir le moindre trait d'avarice : Ab ecclesiastico ordine omnis avaritiœ suspicio abesse débet. Voilà les soins et les précautions de l'Eglise pour vous donner horreur de l'avarice. Considérez-les avec attention , et vous trouverez assurément dans cette conduite d'une si bonne mère , un puissant motif pour vous défendre de ce vice.

Le second motif qui doit vous donner une étrange horreur de l'avarice , sont les grands désordres , les horribles sacrilèges , les épouvantables abominations que produit dans l'Eglise l'avarice des Ecclésias-

tiques. 11 y en a un très-grand nombre qui sont terribles ; vous vous arrêterez seulement à trois plus considérables. Le premier est la perte des âmes ; elles se damnent par milliers , pour ne plus trouver dans les Prêtres avares les assistances et les secours nécessaires à leur salut; car l'avarice fait, i.° que la plupart ne s'appliquent plus à rechercher les moyens de gagner des âmes; ils ne travaillent plus à leur conversion ; tous leurs soins aboutissent à amasser de l'argent , et ils ne songent plus qu'à augmenter leurs revenus. Ainsi quoique plusieurs aient du talent pour la prédication , quoiqu'ils ne manquent pas de lumières , quoiqu'ils fussent capables de faire de grands fruits dans l'Eglise , et de ramener beaucoup de pécheurs par l'administration des Sacremens , de la parole de Dieu et par les autres fonctions de leur ministère , néanmoins on voit que toute leur vie se passe inutilement dans les intérêts d'une famille -, dans l'embarras de leurs affaires , dans la poursuite de leurs procès , dans l'administration de leurs revenus; quelquefois même les années s'écoulent dans des assujettissemens et des servitudes honteuses où il y a quelque cure à attendre , quelque récompense à espérer , et cependant les âmes périssent en foule , elles cherchent du secours et ne trouvent personne qui les assiste : d'où vient cela ? de l'avarice des Prêtres qui leur fait chercher d autres emplois qui soient plus lucratifs. Mais, en second lieu , quand ils s'appliquent même à servir les âmes, l'avarice fait qu'ils ne ,^e mettent guère en peine de les gagner à Dieu ; car comme ils ont leurs intérêts en vue, et que c'est leur principale intention , ils ne s'en embarrassent pas beaucoup , pourvu qu'ils s'enrichissent et qu'ils y trouvent leur compte. De là yient que , si ce sont des pauvres qu on

conduit, on les néglige , on les abandonne dans le» moindres difficultés, et on les laisse vivre sans instruction et mourir sans secours; que si ce sont des riches, on les flatte, on cherche à leur complaire, on condescend à leurs passions , on couvre leurs défauts, on pallie leurs vices, on corrompt l'Evangile, quelquefois même sans y penser , on les laisse vivre dans le désordre et mourir dans le péché. D'où vient cela ? on le voit tous les jours , on ne veut pas perdre sa récompense : on en a reçu de bons présens, et l'on en espère bien d'autres. 3.° Quand même ils travaillent dans l'Eglise, quand ils y travaillent pour sauver les âmes , l'avarice fait encore qu'ils les perdent par le mauvais exemple ; car comment persuaderont-ils le mépris des richesses et le dégoût des biens du monde , n'en éiant pas eux-mêmes persuadés ? Comment retirer les âmes qui s'y perdent , nous y trouvant nous-mêmes enveloppés ? Enfin , est-il difficile que les âmes se croient en sûreté au milieu de l'affection déréglée des biens du monde , quand ils voient une avarice insatiable régner dans les Prêtres? Ainsi l'avarice dans le clergé cause la perte d'une infinité d'ames : c'est le premier malheur qu'elle apporte dans l'Eglise.

Le second est qu'elle profane les sacremens et les mystères, et tout ce qu'il y a de plus vénérable, de plus saint et de plus sacré dans la religion; car elie met tout à prix d'argent ; elie fait tout entrer dans te commerce ; et de là vient , i.° qu'on achète les bénéfices, qu'on vend les sacremens, qu'on marchande les choses saintes, qu'on ne les donne plus que pour un certain prix , qu'on ne dit plus même la sainte Messe que pour gagner de l'argtnt, et mille autres abominations qui font souvent que la religion ne pasie

4liO ENTRETIENS

plus dans l'esprit des peuples que pour un commerce infâme, et qui font, dans le sentiment des Saints, que les Prêtres mériteroient d'être chassés du sacerdoce comme en étant indignes. 2..0 De là vient encore qu'on ne craint plus de lesadministrer aux impudiques, et de les mettre entre des mains profanes et sacrilèges, et de les traiter avec irrévérence. On absout des impénitens , on réconcilie des endurcis, on communie des indignes , on couvre tout , on pallie tout , on cache tout sous l'éclat d'un peu d'or ou d'argent qu'on espère , et on se laisse aveugler par l'infâme intérêt de quelque récompense qu'on en attend ; et delà vient, en troisième lieu , qu'on n'épargne pas même le Fils de Dieu, qu'on étend jusque sur lui sa passion, qu'on le vend , qu'on le livre entre les mains de ses ennemis, en un mot, qu'on met à prix comme fit Judas le sang de Jésus-Christ pour en retirer quelque profit, Quel excès de fureur ! quelle abomination ! quel sacrilège ! Et néanmoins n'est-ce pas ce que font les Prêtres avares, qui pour un misérable intérêt de quelques deniers le sacrifient sur l'autel seulement pour y gagner leur vie , et ne craignent point de le donner aux fidèles quoique peu préparés , pour ne pas perdre le pain quotidien qu'ils en attendent ? Voilà le^second malheur que produit dans l'Eglise l'avarice des Prêtres, la profanation des sacremens, des mystères et de Jésus-Christ.

Enfin , le troisième malheur est la diffamation du clergé, qu'elle cause en trois manières : i.° en faisant paroître les Ecclésiastiques intéressés, ce qui fait qu'on ne prend plus en eux aucune créance, et que ne les considérant plus que comme des profanes qui cherchent à s'établir sur la terre, on s'en défie, on les a pour suspects , et on ne conserve plus l'estime et le

respect qui sont dus à leur e'minente dignité. 2..0 En faisant qu'eux-mêmes se rabaissent à des emplois vils , abjects, et à des occupations profanes , serviles et honteuses à leur ministère et à la dignité de leur ordre : on ne les considère dans les maisons des séculiers que comme des serviteurs; on ne les met aussi qu'au rang de ceux qui tiennent le dernier lieu dans une famille ; on les traite , en un mot , du dernier mépris. 3.° En faisant que cette pureté , cette sainteté , cet éclat qui rend le clergé vénérable à tous les peuples parl'éminence de ses vertus , et terrible à ses ennemis par la vigueur et le bel ordre de sa conduite, soit tout-à-fait obscurci par les usures , par les simonies, par les injustices, par les trafics honteux, des commerces infâmes et surtout par le renversement de toute la discipline ecclésiastique et de tout l'ordre de l'Eglise. Car c'est ce que l'on voit présentement confondu et presque tout aboli d'une manière épouvantable , par l'avarice insatiable des Prêtres, qui convertit les Prophètes en magiciens , les Apôtres en démons, et qui fait , selon le dire d'un grand Pape , que la maison de Dieu devient une caverne de voleurs, et qui donne sujet à l'Eglise de se plaindre d'être ainsi traitée par ses propres enfans. Examinez seulement ce que vous en remarquez tous les jours, et vous serez fortement convaincu des maux que cause dans l'Eglise l'avarice des Ecclésiastiques , et du second motif qui vous oblige de l'éviter.

Le troisième motif sont les chàtimens de Dieu sur les Ecclésiastiques avares : ils sont épouvantables. En voici trois exemples que vous considérerez à loisir. Le premier est celui de Giezi qui , étant serviteur d'un Prophète , nous est une figure des clercs qui sont sous les Prêtres dans les ministères inférieurs. 11 prit quel-

que argent d'un prince qu'Elizée avoit guéri , et aus* sitôt il fut puni d'une lèpre incurable. Le second exemple est celui de Judas qui figure ceux qui sont dans l'Eglise élevés aux ministères supérieurs. L'"avarice le fait tomber dans l'oubli de Dieu , disent les Pères, de l'oubli , dans la trahison de son Maître , de la trahison , dans une mort épouvantable , et de la mort dans l'enfer. Le troisième est celui des enfans du Grand-Prêtre qui nous figurent ceux qui sont dans les ministères sacrés. Ils se laissèrent aller à l'avarice, et , possédés de cet esprit, ils voulurent un jour tirer quelque profit d'un sacrifice qu'ils offi oient , et prendre ce que les règles de la synagogue ne leur permettoient pas, et dans cet instant ils périrent misérablement par les flammes de la justice divine, et furent ensevelis tout vivans dans l'enfer, pour s'être laissés consumer auparavant eux-mêmes par leur propre convoitise. Voilà le châtiment de l'avarice , i.° pendant la vie, séparation et délaissement de Dieu ; c'est ce que désigne la lèpre ; 2.0 à la mort, le désespoir \ c'est ce que représente l'abandon de Judas ; 3.° dans l'éternité , l'enfer ; c'est ce qu'exprime la mort des Grands-Prêtres. N'est-ce pas assez pour vous faire craindre ce vice?

Peut-être croyez-vous que quand vous en seriez coupable, vous n'auriez pas tant sujet de la craindre, parce que vous ne vous laisseriez point aller à de si grands excès : Judas l'auroit bien cru comme vous , dans le commencement -, mais vous y serez trompé comme lui , si vous ne l'étouffez de bonne heure. C'est un feu que l'on n'éteint pas comme on veut , quand il est embrasé. Il va plus loin qu'on ne pense, et comme ce vice n'a point de bornes, point de limites , qu'il n'y a point de considérations qui l'arrêtent j

point de lois qui le retiennent ; qu'il n'y a rien de si saint, de si sacré qu'il ne viole , vous en devez tout craindre, si vous ne l'étouffez dans sa racine , et si vous n'apportez tous vos soins pour l'éviter en tout.

Demandez-en particulièrement la grâce à Notre-Seigneur , et confondez-vous devant lui de n'avoir pas été sur ce point assez vigilant et fidèle par le passé.

troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de renoncer à l'affection des richesses et à l'amour de tous les biens du monde ; et pour cela n'en parlez jamais avec estime , et considérez souvent les malédictions de l'Evangile sur ce sujet, afin de vous accoutumer à leur mépris. 2.0 N'en recherchez jamais par quelque voie que ce puisse être. Que si la Providence vous en donne , considérez-vous-en comme l'économe, et non comme le maître ; mais si elle ne vous en donne point , ne vous en mettez pas en peine : I\on enim in abundantia hominis , vita ejus, dit Notre-Seigneur , mais vita in voluntate ejus. 3.° Ne faites point d'épargnes et d'amas inutiles des biens que vous avez, mais dépensez-les en bonnes œuvres autant que vous en aurez le moyen : JSon enirn solus avarus est qui rapit , sed etiam ille avarus est qui cupide servat sua ( S. Aug. Serrn. 196 de temp, ).

Remerciez... Priez... Offrez.,.

bouquets spirituels. Inclina cor meum in testimonia tua,et non in avaritiam . Ignominia Sacerdotis est propriis studerc d-vitiis ( S. Hieron. ). — Cavendum est surnmoperè à Sacerdotihus ut ab avaritiœ peste quœest iduhrum servitus , et à cupiditate quœ radix omnium malorum est, suos- (jue sactatores à regno Dei excludunt , se

compescant ( Goncil. Paris, sub Ludov. et Loth. ). — Omnis fornicator , aut immundus , aut avarus non habet hœreditatem Christi et Dei ( Eph. 5, 8- )• — Dives ejfectus sum , inverti mihi idolum (Os. 12, 8.).—Argentum et aurum sunt simulacra avarorum ; avaritia per universa vida animant supplantât. ( S. Greg. Pastor. ).— Avaritia receptaculum omnium vitiorum , inextricabilis nequitiœ fomes ( Lass. ). — Clericum ex inope divitem factum quasi quamdam pestem fuge ( sanctus Hieron. ad Nepot. )—Animarum salutem inquirere Sacerdos , non lucra terrena débet ( Concil. Cabillon. ).— Qui stipendia Ecclesiœ in suos convertit usus , scriba est et pharisœus , similisque Judœ perdito. (Concii. Paris. 6, an. 829. ).

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