DIX-NEUVIÈME MÉDITATION
Que les Ecclésiastiques doivent se détacher et se séparer de leurs parens.
i.° Adorez Dieu présent. z.° Renoncez à vous-même et uniîsez-vous à Jésus-Christ. 3.^ Invoquez son Esprit, et renoncez au votre.
premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable modèle de tous les Ecclésiastiques et de tous les Prêtres , lequel a voulu être et se dire Prêtre selon l'ordre de Melchisédech ; Sacerdos secundùm ordinem Mtlchisedech ; qui n'a eu ni père , ni mère , ni généalogie en la terre , et qui n'a point voulu que l'on fit mention de ses parens dans l'Ecriture-Sainte,pour nous apprendre que ceux qui veulent avoir quelque part à son sacerdoce doivent être purifiés de l'affection de leurs parens , pour appartenir à une plus sublime parenté iSacerdos Dei summi , sine pâtre , sine matre , sine généalogie assimilâtes Filio Dei ( Heb. 7. ). Ouvrez donc ici les yeux de la foi , et vous considérant transféré dans le christianisme et dans le clergé , comme dans un nouveau monde , une nouvelle famille , adorez-y Jésus- Christ même comme votre père , aimez l'Eglise comme votre mère , regardez les Ecclésiastiques comme vos frères. Remerciez Notre-Seigneur de vous avoir appelé dans une si sainte famille; mais considérez que c'est à condition que vous renoncerez à toute autre alliance ; c'est une des premières lois qu'il donne à ceux qu'il appelle :Si quis venit ad me, et non odit patrem suum, etmatrem,et fratres, etsorores, non potest meus esse discipulus ( S. Luc. 14 , 16.).
Il veut qu'its se détachent de tous les liens de la chair et du sang , et qu'ils fassent gloire de lui appartenir uniquement: Qui non renuntiat omnibus quœ possidet , non potest meus esse diseipulus. — Palrem nolite vocare super terram ; unus est enim paier vesterqui in cœlis est. Demandez-lui la lumière pour bien comprendre le fond de cette vérité, et pour reconnoître l'étendue de vos obligations sur ce sujet.
second point. Communion. Pour bien connoître combien vous devez être détaché de vos parens , et combien vous devez souhaiter d'en être entièrement dégagé, méditez bien les trois motifs suivans ; ils sont, à mon avis, capables , étant bien médités , de faire impression et de vous donner une conviction entière sur ce sujet.
Le premier motif est le sentiment même de Notre-Seigneur , et l'exemple qu'il nous donne à cet égard. 11 est remarquable, et il paroît principalement en cinq choses qu'il a faites pour vous portera ce détachement. Vous y ferez à présent réflexion. La première est ce qu'il fit à l'âge de douze ans ; l'exemple en est rare et très-considérable; car, i.° dès ce bas âge il se sépare de son père , de sa mère et de tous ses parens. 2.0 Il demeure ensuite dans le temple , séparé de tous ses proches , autant de temps que Dieu son Père le désire pour vaquer aux exercices de la piété et aux devoirs de la religion. 3.° 11 le fait sans leur en demander conseil , sans prendre leur avis , sans se mettre en peine de leur consentement. 4-° U se laisse chercher pendant trois jours, et quoique ses parens qui le cherchoient soient les plus saints parens qui aient jamais été et qui seront jamais au monde, quoiqu'ils le cherchent avec pureté , avec ferveur , avec persévérance et avec larmes 7 et qu'il ait promis
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d'ailleurs de se donner à ceux qui le cherchent de la sorte, ils ne le rencontrent point néanmoins, tant qu'ils !e cherchent entre ses proches et parmi ses parens : Requirebant eum inter cognalos et notos , et non invenientes regressi sunt. En ve'rité, n'est-ce pas une belle leçon pour vous insinuer le détachement de vos parens, et pour vous faire cennoître comment vous devez les traiter lorsque Notre-Seigneur vous appelle dans l'Eglise , et la manière dont vous devez vous comporter avec eux? Après cela , dit saint Bernard , comment pouvez-vous espérer de trouver Jésus-Christ parmi vos proches , puisqu'il n'a pas même été trouvé parmi les siens: Quomodb te ,bone Jesu, inter meos cognatos inveniam , qui inter luos minime es inventus ? Voilà la première chose que fait Notre-Seigneur pour vous instruire de ce détachement.
La seconde chose est ce qu'il fait dans la suite de sa vie, où il vous instruit plus à fond de ce même détachement qu'il vous avoit insinué dès son enfance; car d'abord que le temps est venu de travailler publiquement à la conversion du monde .et à se préparer pour offrir son sacrifice, il s'en sépare si absolument , si universellement , si entièrement , que , i .° il abandonne sa maison , son pays , ses parens ; 2.0 il ne les voit ensuite que par rencontre et très-rarement ; 3.° s'il leur parle en quelque occasion, comme l'Evangile le remarque en deux ou trois circonstances , il ne le fait que comme en passant, et ne leur dit que deux ou trois paroles. 4.0 En ces occasions même il se donne bien de garde de les appeler ses parens, et ce qui est surprenant, c'est qu'il ne veut pas même appeler la Sainte Vierge sa mère , parce que le mot de mère est un terme dont la nature a coutume de se
servir pour exprimer ses sentimens et pour entretenir la lemlresse de ses affections: Quid mihi et iibi est, mulier? — Mulie?^ , ecceJiHus tuus.5.°Ce qui va au-delà de tout ce qu'on peut dire, c'est que qiriud on lui parle ensuite de ses parens qui étoient venus pour le voir, et qu'on l'avertit une fois qu'ils étoient au-dehors, parce qu'ils ne pou voient rapprocher à cause de la foule, il les traita comme des étrangers et des inconnus. 11 en parle avec indifférence et sans interrompre ce qu'il faisoit , ni se détourner de son emploi. 11 dit qu'il n'a point d'autres parens que ceux qui font la volonté de son Père : Dixit ei quid.rmiecce mater tua et frafres tui,etc.\at ipserespondens ait : quœ est jrtafer mea , et qui sunt fvaires r> i ? Se peut-il voir un plus bel exemple d'un parlait détachement de ses parens ? C'est la seconde chose que fait Notre-Seigneur pour vous en instruire, et ce que vous en devez conclure avec saint Àmbroise.
La troisième chose est ce qu'il observe dans la vocation des premiers Prêtres de la nouvelle loi ; car , pour les obliger à suivre son exemple dans le moment qu'il les appelle, il les oblige aussi en même temps à tout abandonner. Il leur fait quitter leurs pères , leurs mères , leurs proches, et il en exige cette séparation avec une telle rigueur, que deux d'entre aux qu'il appek.it à sa suite, voulant retournera la maison de leur père, quoique ce ne fût que pour des œuvres de très-grande charité , l'un pour ensevelir son père , l'autre pour renoncer à tout ce qu'il avoit, et , comme remarquent saint Augustin et saint Bazile , pour dire adieu à leurs parens; quoiqu'ils ne voulussent le faire qu'avec sa permission qu'ils lui demandoient , néanmoins il leur refuse, il leur déclare que c'est être infidèles à leur vocation , et retourner en
arrière à son service; il les avertit que par-là ils se rendent indignes d'être du nombre de ses disciples , de partager avec lui sa couronne , d'entrer en participation de son royaume. Se peut-il rien voir de plus précis pour faire connoître le détachement des parens que Jésus Christ demande de ses Prêtres ? C'est la conclusion qu'en tire saint Hilaire. Mais pour faire encore connoître plus nettement que cette obligation regarde plus particulièrement les Ecclésiastiques, écoutez ce qu'il en dit lui-même à tous dans son Evangile.
C'est la quatrièmechoseque fait Nôtre-Seigneur, et que vous devez méditer. Ses paroles sont précises sur ce sujet : Si quelqu'un , dit-il, vient à moi, et qu'il ait encore attache à son père , à sa mère, à ses paren5, il ne peut pas être mon disciple ; il faut qu'il s'en sépare et qu'il renonce à tout, s'il prétend à cette qualité et qu'il veuille me suivre: or, c'est principalement aux Ecclésiastiques , disent les saints Pères, que ces paroles de Jésus-Christ s'adressent. C'est à eux particulièrement qu'il parle , dit saint Ambroise ; rar ce sont ses véritables disciples, et ce sont eux qui , pour lui plaire et lui adhérer uniquement , doivent quitter leur père, se séparer de leurs parens, et prendre en main le glaive de la sainte dilection qu'il leur a apportée en venant au monde, pour lui sacrifie! leurs plus proches. C'est là, disent les Saints, ie véritable dégagement sacerdotal : Hœc est enùn vera sactrdotalis fu%a , abdicatio domesticorum , et (juœdam abdicatio carissimorum , ut suos nbneget qui servira Deo tlegeriti C'est donc cette séparation de vos parens que Notre-Seigneur vous prêche : faites-y bien attention, et vous verrez qu'il vous dit plus hautenicnt par ces paroles qu:ii ne fit par ses prophéties «
que personne ne doif prétendre à être jamais bien appelé à i;eLat ecclésiastique, qu'il ne renonce d'abord ? ;<^s parens et à ses proches : Nec w domo Dei Sacerdos uut Prophela eligiwr , nui dixerit patri et mntri .nescio vos (Pet. Blés. ).
Enfin , la cinquième chose qu'il fait pour vous porter à ce détachement, est de vous en faciliter les voies en inspirant à son Eglise l'établissement des séminaires pour l'éducation des jeunes clercs, où vivant tous ensemble sous la direction de quelque saint Ecclésiastique, séparés de tous leurs proches, sevrés de toutes les tendresses de la chair et du sang , nourris purement des maximes de l'Evangile , ils puissent aisément se mettre en état de se consacrer uniquement au service des autels pour toute leur vie , et de n'avoir plus d'autre intérêt que celui de Jésus-Christ et de son Eglise. Quelle grâce et quelle miséricorde sur le clergé! Voilà ce que Notre-Seigneur a fait pour vous détacher de vos parens : cinq choses considérables ! si vous les méditez comme il faut, vous ne douterez plus assurément combien vous vous rendrez coupable si vous ne travaillez à ce détachement.
Le second motif qui doit vous obliger à travailler sérieusement pour vous séparer tout-à-fait de vos parens, et à vous faire toute sorte de violence pour rompre les liens qui vous y tiennent attaché, est la nature même de ces liens ; car il y a trois choses que vous pouvez y remarquer, qui vous feront connoître que vous devez les craindre , et que vous ne devez rien négliger pour vous en défaire. La première est que ces liens sont extraordinairement périlleux ; la seconde est qu'il est très-dirHcile de les rompre ; la troisième est qu'après les avoir rompus , ils se renouent et se reprennent avec une prodigieuse facilité.
i .° ïls sont périlleux ; car ils vous engagent à trois choses où il n'y a presque point d'Ecclésiastiques qui ne se perdent, à demeurer avec leurs parens , à suivre leurs sentimens , à embrasser leurs intérêts; trois périls inévitables à tous les Ecclésiastiques qui sont attachés à leurs proches ; trois écueils qui font échouer toutes leurs bonnes résolutions ; trois tentations qui leur font perdre ordinairement la grâce, la vocation , le salut. i.° Quand on aime ses proches , comme on a peine à les quitter, on demeure avec eux tout autant que Ton peut : or , dans cette demeure trois malheurs inévitables : i.° les passions s'y couvent et s'y nourrissent; car il n'y a personne qui les combatte, et tout contribue à les entretenir ; la vanité même y est estimée , l'ambition respectée , l'avarice flattée , la vengeance louée ; faut-il donc s'étonner si l'on demeure toujours dans les imperfections ? 2.0 On y demeure dans l'ignorance et l'inaptitude pour les fonctions et les emplois de sa profession ; car c'est à quoi l'on pense le moins, et à quoi l'on n'oseroit même penser chez ses parens ; et quand même on apprendroit ce que demande cet état , comme il y a beaucoup de choses qui ne s'apprennent que par la pratique , on se trouve ensuite tellement neuf et décontenancé quand il faut s'appliquer à ses emplois , et on les fait de si mauvaise grâce, que c'est une occasion de dégoût pour soimême , aussi bien qu'un sujet de scandale pour tous les autres. 3.° Dans cette demeure on se nourrit et on s'entretient dans une certaine délicatesse qui fait qu'on a peine ensuite à soutenir les travaux que demandent les emplois de cet état; et de là vient ou qu'on ne sauroit pas se résoudre à les entreprendre , et ainsi on perd sa vocation ; ou si on a assez de courage pour les entreprendre , on en est aussitôt incommodé, on
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est obligé de les interrompre , et ainsi on devient inutile. Tels sont les malheurs dont les Ecclésiastiques qui demeurent avec leurs parens ne peuvent presque pas se détendre, et la première source de la perte de ceux qui ne veulent pas se détacher de leurs proches : on demeure avec eux , et on s'y perd.
La seconde: on prend leurs sentimens et on suit leurs avis ; et comme ils ne recherchent que l'avancement et l'avantage de la famille , ils ne peuvent souffrir qu'on refuse des bénéfices; ils sont ravis qu'on en recherche de toutes parts ; ils veulent qu'on en prenne •à toute main , et pourvu que Ton fasse fortune , peu leur importe, et par quelles voies. Ce sont les désirs qu'ils nous inspirent, c'est dans ces inclinations qu'ils nous nourrissent, c'est de ces discours qu'ils nous entretiennent incessamment , et sur lesquels ils nous pressent tellement , qu'il faut y condescendre ou rompre avec eux. Ainsi ou ils empêchent notre vocation t nous faisant embrasse* un état plutôt qu'un autre par des vues intéressées et des considérations charnelles , ou ils en bornent et limitent les emplois , en nous détournant des pénibles , des humilians , et nous assujettissant à travailler auprès d'eux dans le pays, comme il leur plaît , sans consulter ce que Dieu demande; ou enfin ils en corrompent les fonctions en nous portant toujours à ce qui a le plus d'éclat, en nous louant, en nous donnant occasion d'agir par un principe de chair; et c'est le second malheur où s'exposent ceux qui ne se détachent point de leurs parens ; et c'est le second écueil où ils échouent : on suit leurs sentimens, et on y perd sa vocation.
Le troisième est qu'ils n'éviteront jamais d'embrasser leurs intérêts : or, comme on s'imagine dans le monde qu'un Ecclésiastique n'a rien à faire , et a
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toujours du temps de reste , on ne manquera point de le charger de toutes les affaires de la famille ; il faudra qu'il en sollicite les procès, qu'il cherche les moyens d'en procurer les avantages ; et s'il ne s'en détache , il sera lui-même ravi de leur amasser du bien , d'épargner pour eux ses revenus même ecclésiastiques, de leur partager ses bénéfices, s'il en a à sa disposition ; en un mot , ravissant à l'Eglise et ses soins , et son temps , et ses biens qu'il seroit obligé par son état de sacrifier pour son service , il les consume misérablement pour l'utilité de ses proches dont il devient l'esclave. Voilà où en sont réduits les Ecclésiastiques qui sont attachés à leurs parens , et le troisième malheur où l'on s'engage par ces attaches. Jugez par-là combien ces liens sont dangereux. C'est, dit le. concile de Trente, un séminaire de grands maux dans l'Eglise , et c'est la première chose que vous devez considérer dans ces liens.
La seconde chose est que non-seulement ces liens sont dangereux , mais il est encore extraordinairement difficile de s'en défaire; car, i.° très -souvent on ne les connoît point et on se persuade que ce n'est qu'une lendiesse et une inclination naturelle, quoiqu'on en porte l'affection et les liens jusque dans le fond du cœur. 2..0 Quand on vient même à les connoître , on les couvre aisément de prétexte de piété : on dit qu'on doit le respect à ses parens , qu'on doit leur rendre obéissance, qu'on est obligé de les aimer, que Dieu même le commande; et ainsi on s'y entretient, bien loin de travailler à s'en défaire. 3.° Quand même on lesdiscerne et qu'un commencée vouloir les combattre , on les trouve si forts, qu'on perd d'abord espérance de les rompre jamais. Et en eftet, une habitude entretenue seulement pendant quelques années a tant de peine à
être détruite ! s'il faut une très-longue fidélité et des violences tout extraordinaires pour en venir à bout, que sera-ce de l'affection pour nos parens qui nous est si naturelle , que nous avons sucée avec le lait , et que nous avons cultivée avec tant de soins pendant toute notre vie ! Assurément il y aura bien de la difficulté à s'en rendre maître. C'est la seconde considération que vous devez faire sur la nature de ces liens : il est trèsdifficile de les rompre et de s'en défaire.
La troisième chose que vous devez y remarquer est qu'après s'en être défait et les avoir rompus, on les reprend avec une facilité étonnante. C'est le propre de ce qui est naturel , on ne le chasse qu'avec violence , et il revient avec facilité. Rien de plus difficile que d'adoucir un loup, rien de plus facile à lui que de reprendre sa cruauté naturelle ; qu'on blanchisse un corbeau , il prendra toujours sa première noirceur ; enfin , quoi que l'on fasse, la nature revient presque toujours. Ainsi , comme il n'y a rien de si naturel que d'aimer ses parens, il n'y a rien de plus facile que de reprendre cet amour. Et voilà quelle est la nature de ces liens qui nous attachent à nos parens : ils sont trèsdangereux, il est très-difficile de les rompre; quand on les a rompus , on les reprend très-aisément; c'est le second motif qui doit nous obliger d'apporter tous nos soins pour nous en dégager.
Le troisième motif sont les avantages que reçoivent ceux qui les rompent. Il y en a trois principaux qui , dans le sentiment des saints Pères , sont tous trois renfermés dans le mot de centuple , dont Notre - Seigneur promet de récompenser leur fidélité. Le premier est la grâce d'une sainte liberté qu'il leur fait trouver dans ce dégagement ; car au milieu de leurs parens ils sont comme les Israélites en Egypte, ils sont esclaves,
et dans une étrange captivité; ils n'ont point la liberté de leurs fonctions ; on ne leur permet pas de s'appliquer aux exercices de leur profession ; on les précipite sans aucune préparation dans les saints ordres; on les engage comme malgré eux dans les emplois et dans les bénéfices , quoiqu'ils soient en danger de s'y perdre ; on les oblige à faire toute autre chose que ce qu'ils doivent ; en un mot, la grâce, le zèle, l'esprit ecclésiastique y sont en servitude, et on emploie ou la violence ou l'artifice pour les retenir sans cesse assujettis : or , lorsque par un principe de grâce ils se dégagent de leurs parens , ils se dégagent en même temps de cette servitude, et ils entrent dans une entière liberté pour suivre leur vocation dans toute son étendue, pour s'appliquer universellement à ce que Dieu veut. Oh ! l'heureuse et désirable liberté ! C'est le premier avantage de ce dégagement. Le second est que pour un père , une mère , un frère, un parent que l'on quitte, on en trouve cent autres. Notre - Seigneur le dit en termes formels dans l'Evangile ; c'est -à- dire qu'au lieu des secours, des assistances , des souïagemens , des consolations que nous trouvions dans les soins et l'amour d'un père , Dieu suscitera cent autres personnes qui embrasseront nos intérêts , qui prendront soin de nos affaires , qui nous soulageront dans nos besoins, et qui le feront avec un amour et une fidélité d'autant plus grande , qu'ils le feront dans la vue de Dieu seul. Qael avantage ! et où est donc après cela votre foi , puisque nous en avons pour garant la parole de Dieu qui s'y est engagé ? Nemo est gui re-
l«l»eraautaomum,autpatrem,autmatrem,quirion acapietcentièstantùmnuncin tempore hoc: domos, etfratres, et sorores , et matrts , etjilios , et agros , etinseculo/uturo vitam œternam (S. Marc. i0) ôo.).
Enfin le troisième avantage est que Notre - Seigneur même se donne à eux comme leur père , en échange du père selon la chair qu'ils ont abandonné. Car Notre- Seigneur se donne à l'homme pour lui tenir lieu de ce qu'il quitte pour l'amour de lui : s'il abandonne ses plaisirs, il se donne à lui comme plaisir; s'il abandonne ses richesses , il se donne à lui comme richesse ; s'il se sépare de ses amis, il se donne à lui comme ami ; ainsi quand on quitte son père, il se donne particulièrement pour tenir lieu de père et pourvoir en cette qualité à tous nos besoins. Après cela qu'avezvousà craindre en quittant votre père, en vous séparant de votre mère , en abandonnant vos plus proches :' Vous n'avez pu vous y résoudre jusqu'à présent ; ou si vous l'avez fait , ce n'est que pour un temps , et vous conservez toujours la pensée et le désir de les revoir. Car enfin , vous ne sauriez vous défaire de la volonté de retourner au pays , et c'est ce qui vous empêche de bien avancer dans le service de Dieu, et c'est ce qui vous tient dans un état de tiédeur , et c'est ce qui vous dissipe , et c'est en un mot ce qui vous perd. Confondez-vous devant Dieu d'avoir été jusqu'à présent si misérable, que de n'avoir pu encore faire cette démarche pour son amour. Demandez - lui pardon poulie passé , et la grâce de vous séparer entièrement de vos parens à l'avenir.
troisième point. Coopération . i .°Résolvez-vous de ne demeurer avec vos parens qu'autant que la nécessité absolue ne pourra vous permettre de vous en séparer; 2.0 de ne les consulter jamais sur votre vocation , et de ne point vous arrêter à ce qu'ils vous diront touchant votre conduite; car ils sont toujours intéressés. Surtout que leurs gémissemens et leurs larmes ne vous ébranlent jamais. Aijuœ muîtœ non poluerunt ex-
tingcre charitatem. — Avunculus tuus quœrit animam tuam , qui jam perdidit suam ; verba oris ejus iniquitas et dolus etc. In via quâ ambulas abscondit laqueos , tendit retia ; molliti suntsermones ejus super oleum , et ipsi suntjacula. — Confignt carnes tuas divinus amor , ne te decipiat car' nalis amor (S. Bern. )• — 3.° Tachez de ne point vons embarrasser dans leurs affaires, de ne point vous charger de leurs procès , de ne point prendre le soin de la famille , puisqu'étant Ecclésiastique , tout votre temps , vos travaux , vos biens appartiennent à l'Eglise aussi bien que votre personne , et vous lui dérobez ce que vous donnez et employez à autre chose.
Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites dans 1 oraison. Demandez-lui pardon des fautes que vous y avez commises. Offrez-vous à la Sainte Vierge.
bouquet spirituel. Gravez sur votre cœur cette belle parole qu'un grand pape avoit gravée sur ses armes pour sa devise : Si mei non fuerint dominati, tune immaculatus ero ; et ajoutez-y, si vous voulez : et emundabor à delicto maximo.
Sancta Victoria , virgo et martyr sub Diocletiano imper atore , à proconsul e interrogata : Vis hoc cum Fortunatiano fratre tuo {qui gentilis erat) ! respondit : Nolo , quia christiana tum , et illi sunt fratres mei, qui Dei prœcepta custodiunt.