C'est enfin l'état le plus relevé dans ses emplois
3o ENTRETIENS
magna dignitas , mira potentia , sed exceJsum el expavendiim officiwn ! C'est la troisième considération qui nous en fait connoître l'excellence ; car il n'a point d'autre office que celui du Fils de Dieu , point d'autres emplois que les siens, point d'autres fonctions que les plus augustes et les plus importantes de la Religion.
Le Fils de Dieu est venu en ce monde pour faire deux choses : l'une, pour rendre à son Père l'honneur qui lui est du , l'autre, pour rendre aux hommes la grâce qu'ils avoient perdue. L;honneur de Dieu t la sanctification des peuples, deux emplois qui ont rempli toute sa vie ; ce sont aussi les deux auxquels les Ecclésiastiques sont obligés par-dessus toute chose. Et n'est-ce pas pour l'honneur de Dieu qu'ils ont ses louanges dans leurs bouches , les sacrifices entre leurs mains , les offrandes en leur pouvoir , et , en un mot, qu'ils sont chargés de tous les autres devoirs de la Religion ? C'est leur premier emploi de faire honorer Dieu et de continuer la Religion de Jésus-Christ sur la terre , en sorte qu'ils puissent dire : adimpJeo quœ desunt. passioni Christi , comme saint Paul disoit autrefois qu'il accomplissoit ce qui manquoit à ses souffrances. C'est pareillement pour la sanctification des peuples qu'ils sont les dispensateurs de la parole de Jésus-Christ , de ses saints Sacremens , de ses mérites et de ses grâces. Ils sont, comme Jésus-Christ, médiateurs entre Dieu et le peuple. C'est ainsi que les SS. Pères les appellent , c'est leur office : médiatoris iriter Daim et homines ojficium suscipiunt\ et ils doivent traiter et ménager les intérêts de l'un et de l'autre , afin que Dieu soit honoré , et le peuple sanctifié : médius stat. Sacerdos inter D<um et naturam humanam , illius venienda bénéficia ad nos
ECCLÉSIASTIQUES. 3ï
deferens , noslras pevtiones illùc deferens. Ils sont , dit saint Bernard (Serm. lo.indedicat.Eccl.), comme ces Anges que vit Jacob sur son échelle mystérieuse, qui montoient et descendoient. Ils montent à Dieu pour l'honorer , ils descendent vers le peuple pour le sanctifier : veluti Angeli Jacob , ascendentes ut videant faciem Patris , descendentes ut provideant nobis.
Voilà les trois choses que nous avions à dire pour vous faire connoître l'excellence de l'état ecclésiastique : l'institution la plus sainte , les privilèges les plus grands , les emplois les plus reievés. Après cela, vous étonnerez-vous , et anrez-vous peine à concevoir ce que les SS. Pères nous en disent , que c'est un miracle étonnant , miraculum stupendum ; que c'est une dignité immense , dignitas immensa ; que c'est le plus grand de tous les biens que Dieu ait faits à l'homme, apicem bonorum omnium quœ sunt in hominibus ; que c'est un don qui est au-dessus de toutes nos pensées , excedit intellectum atque omnem cogUaiionem , donum altitudinis sacerdotaiis dignitatis ; et que c'est ce que saint Paul avoiten vue quand il se sentit tout ravi d'admiration : 6 aîtitudo divitiarum , sapientiœ et scientice Dei ! et quàm incomprehensibilia suntjudicia ejus ! Et, sicut urbilror , hoc est quod Paulus quasi in stuporem mentis actus innuit , exclamans : ô aîtitudo , etc. ■.' Mais en un mot, après tout cela? aurez-vous encuie peine à croire que c'est de tous les états le plus excellent et le plus relevé ? quantam dignitatem contulit vohis Deus ! quanta est prœrogativa ordinis vestri ! Pr'ptulit vos Deus regibus et imperatoribus ; prœtulit ordinem vestrum omnibus ordinibus ( S. Bern. Serm. ad pastorcs. ). Si vous ne Je croyez pas , il
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faut vous aveugler vous-mêmes et de'mentir tous les Saints. Si vous le croyez , que ne répondez-vous à votre croyance ? Et pourquoi ne vous comportez-vous pas selon que le demande son excellence ?
Trois choses sont absolument nécessaires pour répondre dignement à cette croyance ; et c'est ici que vous allez voir ce qu'il faut faire en vue de l'excellence de votre état , pour répondre à une si haute dignité. Premièrement , puisque c'est l'état le plus excellent , il faut aussi qu'il soit le premier dans votre estime , sans toutefois mépriser les autres : nam honorum ac dignitatum gradus et ordines quibuscumque suos servare positi estis , non invider e , ut ait Apostolus ; cui honorent, honorent. Et c'est à quoi l'on doit faire une particulière attention , surtout les jeunes Ecclésiastiques dans leur première ferveur ; dès qu'ils commencent à entrer en zèle , et à aimer ardemment leur état, ils se laissent bientôt aller , s'ils n'y prennent garde, à déclamer contre les religieux, à les ravaler le plus qu'ils peuvent , et à en concevoir un tel éloignement , qu'ils ne peuvent même .souffrir quelquefois qu'on les loue , qu'ils ne s'emportent et ne témoignent de l'aigreur. Ce n'est poinl là une marque du bon zèle ; la charité y est blessée. Estimons notre état , à la bonne heure , nous le devons ; faisons-le passer comme le premier de tous , cela est juste : quo modo quos Deus conjunxit , non sunt separandi , sic nec (juos subjunxit , comparandi , dit saint Bernard ( de Consider. lib. 3. cap. 4- ). Pour preuve de cette haute estime , faisons comme les bons religieux qui soutiennent avec tant de zèle la perfection de leur état. Trois choses font paroitre qu'ils en ont de l'estime : ils n'en parient jamais qu'avec éloge;ilsen aiment tellementlesmarques,
qu'ils ne voudroient jamais quitter leurs habits , pas même pour un moment ; et ils sont très-fidèles à en observer toutes les règles. C'est ainsi que nous ferons paroître l'estime de notre état ; parlons-en toujours avec avantage , et ne contredisons jamais ceux qui parlent en sa faveur, ne disant point que cet état n'est pas si saint : gardons-nous bien de contester quand on avance quelque chose qui le relève , nous imaginant qu'on en dit trop ; on trouveroit cela mauvais dans un religieux , pourquoi ne le trouveroit-on pas mauvais dans un Ecclésiastique? Il faut encore en porter toutes les marques , la tonsure , la soutane et tout le reste, sans craindre de passer pour ce que l'on est. Car enfin , comment pourrons-nous croire qu'un Ecclésiastique aime son état , lorsqu'il appréhende qu'on ne le prenne pour un Ecclésiastique? Si un religieux , dans la crainte de passer pour religieux , n'en vouloit point porter l'habit , qu'en diriez-vous ? II faut enfin en observer toutes les règles , en pratiquer toutes les fonctions , en embrasser avec joie tous les emplois. Telles sont les marques que nous devons donner de notre estime , et la première chose que nous croyons importante pour répondre à la dignité de notre état.
La seconde : puisque notre état est si excellent et si saint , ne nous en approchons jamais qu'avec une grande sainteté. Ainsi, quand on nous donnera des moyens de nous sanctifier, quand on nous proposera des maximes et des pratiques d'une grande perfection , quand on nous ouvrira les voies pour nous y bien disposer , ne disons point : cela est bon pjur les religieux. Gela est encore meilleur pour vous , car votre état étant meilleur et plus saint , vous êtes aussi obligés à être plus saints. Peut-être ne le
3/f. ENTRETIENS
croyez vous pas? mais écoutez un Saint , et un grand Saint qui vous le dit : In clôrico ordinato , dit saint Thomas (cap. 6. Ecclts. hierarch.) , major sanctitas mterior requiritur quant reqyifat rèligionis
status ; widè dicit Dionyins : monasticus ordo de" bet smfui sactî-Jotales ordines , et ad imitatioriem eorum ad dirina ascendere. Ainsi comme un bon religieux, par zèle pour son état, ne rejette jamais rien dans son noviciat de ce qu'on lui propose pour se perfectionner, et ne s'amuse point à dire : cela seroit bon pourdes Ecclésiastiques , et qu'au contraire il embrasse tout de grand cœur ; de même aussi , et à plus ibrte raison , ne devez-vous rien négliger pour votre avancement.
Enfin , comme !a sainteté de notre état n'a point de bornes , tâchons de n'en mettre jamais à notre perfection. Les religieux n'en mettent point a la leur; et s'ils vont même jusqu'à dire qu'un religieux qui seroit arrivé au degré de perfection qu'il se seroit proposé , et qui ne voudroit point en acquérir une plus grande , seroit en état de péché ; n'aurions-nous pas plus de raison de le dire des Ecclésiastiques ? Mais sans examiner si c'est péché ou non , qu'il nous suirise que Uieu Le désire, que la giande sainteté de notre condition le commande, que la souveraine perfection de notre état l'exige. Ainsi , dans celte vue , n'épargnons rien, ni nos soins, ni notre peine , ni nos veilles, ni nos travaux pour embrasser tout ce qui se présente , afin de répondre à la grandeur de notre profession : ut magnis laboribus , magnas nomen pjrfessionis dcfendumus. — Quidquid de aliis omnibus dicium est , magls absque dubio ad cos dérivas et sacerdotes pertinet , qui exemple esse tmnibus debent , et quos ulique tauto antestare cas-
teris oportet âevotione , quantb anlestant omnibus clignitate , etc. ( Gassian. lib. 2. ad Eccles. catb. ). IH.e ENTRETIEN.
De l'esprit ecclésiastique.
Après vous avoir parié de la sainteté et de l'excellence de l'état ecclésiastique , j'ai dessein de vous entretenir de l'esprit de cet état. Dans chaque état il v a un esprit qui y règne et anime la conduite des personnes qui en font profession. Il y a l'esprit du barreau, l'esprit de la guerre, l'esprit du négoce, l'esprit pour les arts mécaniques, etc. 11 y a aussi l'esprit ecclésiastique qui doit animer les ministres du Seigneur. Le bienheureux cardinal Pierre Damiens appelle cet esprit , genium sacerdotale. Si vous voulez savoir en quoi il consiste , je vous dirai que c'est une participation de l'esprit de Notre-Seigneur considéré comme souverain Prêtre de l'Eglise. •Cet esprit lui fut communiqué en plénitude dans ie premier moment de l'incarnation : Spirilus Domiii super me. Cet esprit lui donnoit un zèle immense de glorifier Dieu , une soif insatiable du salut du prochain , une horreur infinie du péché , une application continuelle à détruire le règne du démon, et à établir celui de Dieu. Il avoit toutes ces dispositions avec une aptitude très-parfaite pour les mettre en pratique; et c'est ce qui sappelle l'esprit ecclésiastique en plénitude en Notre - Seigneur. C'est aussi à cet esprit que nous devons participer pour bien* remplir notre ministère , et nous acquitter dignement des obligations et des fonctions de notre état. En conséquence , j'ai trois choses à vous faire voir dans cet entretien : i.° la nécessité de l'esprit ecclésiastique : 2.0 les marques de cet esprit ; et 3.° les moyens de l'acquérir ou de le conserver.
3b ENTRETIENS
Avant de vous faire voir la nécessité de l'esprit ecclésiastique dans les Prêtres et dans ceux qui aspirent à cet état, il faut bien se souvenir en quoi consiste cet esprit : nous venuns de le dire , l'esprit ecclésiastique est une participation de l'esprit de Notre-Seigneur comme souverain Prêtre , qui nous est donnée pour bien remplir les fonctions de notre état. Quand Dieu a consacré son Fils Piètre dans le sein de la Sainte Vierge , il lui a communiqué son esprit en plénitude , pour faire divinement les fonctions du sacerdoce : ecce puer meus quem elegi , ponam bpuitum meum super eum; voici mon Fils bien-aimé , dit le Père éternel , à qui je communiquerai mon esprit pour marque que je l'ai véritablement choisi et appelé au sacerdoce. Notre-Seigneur dit aussi en parlant de lui-même par un Prophète : Spiritus Domini super me; et il est en moi en perfection et en plénitude. Cet esprit qui est en Notre- Seigneur en plénitude pour exercer le sacerdoce d'une manière infiniment parfaite , est communiqué à ceux que Dieu appelle, et qu'il élève au sacerdoce , quoiqu'il leur soit donné d'une manière moins parfaite qu'à Notre-Seigneur ; et il leur est donné pour bien faire leurs fonctions.
Cela supposé , je dis qu'il est nécessaire à un Prêtre d'avoir l'esprit ecclésiastique , c'est-à-dire , l'esprit de son état ; et il est si nécessaire, qu'il est impossible sans cela de réussir jamais. Pour en être convaincus , considérons qu'il n'y a point de condition au monde , telle qu'elle puisse être , où l'on puisse jamais réussir sans en avoir l'esprit. Voyez les écoliers dans leurs études ; s'ils n'ont l'esprit propre pour cela , ils ne réussiront jamais. Voyez les soldats à ia guerre ; s'ils n'ont le génie propre pour h guerre,
ECCLÉSIASTIQUES. 3j
ils ne feront rien. Voyez les magistrats dans la judicature ; s'ils n'"ont l'esprit de leur vocation et de leur profession , ils ne se rendent point habiles. En un mot, dans tous les états et dans toutes les professions il faut en avoir l esprit pour y réussir, autrement on n'y fait rien de bon , et Ton s'expose à être la raillerie et la fable des hommes. Or, s'il est nécessaire dans toutes les conditions d'en avoir l'esprit , combien plus est-il nécessaire d'avoir l'esprit ecclésiastique pour réussir dans cet état , puisque les fonctions en sont si saintes et si périlleuses ! Nous voyons aussi dans le nouveau Testament , que ceux qui ont été appelés de Dieu à l'état ecclésiastique et qui y ont réussi , ont reçu de la bonté de Dieu l'esprit de leur état , avant d'en exercer les fonctions. Ainsi nous voyons qu'il dit aux Apôtres , avant de leur donner le pouvoir de remettre les péchés : recevez le Saint-Esprit.... ; et avant de les envoyer prêcher l'Evangile , il leur dit : attendez que vous ayez été revêtus de la vertu d'en haut. Les Apôtres , instruits de cette vérité par le Fils de Dieu , avant d'instituer les premiers diacres , choisissent ceux qui sont remplis de l'esprit de cet office : considerate ergb , fratres , viros ex vobis boni testimonii septem , plenos Spiritu Sancto et sapientid, quos constituamus super hoc opus. Et nous voyons même que Notre-Seigneur ne voulut pas s'appliquer publiquement aux fonctions de son sacerdoce , que le Saint-Esprit ne fût descendu sur lui visiblement en forme de colombe. C'est pourquoi , parlant de lui , il dit : Spiritus Domini super me. Or , si les premiers Prêtres et les premiers Diacres , à f'exemple de leur divin modèle Notre-Seigneur Jésus-Christ , ne nous sont représentés faire les fonctions de 'eurs ordres qu'après qu'on nous a marqué expressément qu'ils
en avoient l'esprit , c'est pour nous faire conclure que cet esprit est nécessaire , si l'on veut bien y réussir.
Nécessaire , premièrement si l'on se regarde soimême ; car une personne sans cet esprit n'est , à le bien prendre , qu'un fantôme imaginaire , plutôt qu'un vrai Ecclésiastique. Tertullien appelle les Chrétiens qui n'ont pas l'esprit de leur état : imaginarii Chris tiani. Or, comme un homme qui n'a pas l'esprit chrétien ne mérite point d'être appelé Chrétien , quoiqu'il en ait le caractère , de même c'est en vain qu'une personne porte le nom d'Ecclésiastique , si elle n'a pas l'esprit ecclésiastique. C'est une idole , dit le prophète Zacharie :6 pastor ! 6 idohim ! c'est un corps qui n'a ni vie , ni mouvement , ni opération ; c'est un cadavre d'où il ne peut plus sortir que de la pourriture , et qui ne peut plus servir qu'à empester le monde. De plus , comme Notre-Seigneur donne cet esprit à tous ceux qu'il appelle , il faut que l'Ecclésiastique qui ne l'a pas, ou ne soit, pas appelé à cet état , ou qu'il ait perdu la grâce de sa vocation.
Cet esprit est également nécessaire si l'on regarde le service qu'on doit rendre au prochain dans cet état; car on ne peut pas attendre grand service d'an Ecclésiastique qui n'a pas l'esprit de son état , comme on n'en peut pas attendre d'un corps mort ; et bien loin que le prochain en reçoive du service , il en soutire beaucoup. Car comme le corps souffre notablement lorsque le cœur est malade , ou que la fêle est languissante, ainsi que Dieu le dit par un Prophète : omne caput lariguidum , et omne cor mœrrns , à planta pedis us(p:c ad verticem non est in ao sanitas (Isaij i. 5. ) ; de même, quand ia
tête est malade, quand les chefs sont déréglés , dit saint Bernard , rien ne paroit sain dans l'Eglise , tout languit depuis la tète jusqu'aux pieds, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits; ceux qui devroient guérir les blessures , les aigrissent. Cela nous apprend que les Prêtres étant comme le chef à l'égard des Fidèles , lorsqu'ils n'ont pas l'esprit de Notre-Seigneurt ils ne peuvent pas le communiquer. Il est donc nécessaire que les Ecclésiastiques aient l'esprit de leur état pour rendre service au prochain.
Mais il n'est pas moins nécessaire qu'ils aient l'esprit ecclésiastique pour bien s'acquitter de leurs fonctions et de leurs emplois. Les Ecclésiastiques sont spécialement obligés d'adorer Dieu en esprit et en vérité. Or, comment s'acquitteront-ils de ce devoir, s'ils ne participent à l'esprit de Nôtre-Seigneur , à qui seul apparlient de former des adorateurs à son Père ? Si l'on ne participe à l'esprit de religion du souverain Piètre, quelque chose qu'on fasse , ce n'est qu'extérieur et qu'apparence ; les actions même bonnes que l'on fait ne sont que des ianiomes de vertus , et il s'ensuit qu'on ne satisfait point aux devoirs de la Teligion. Pour ce qui regarde les fonctions du sacerdoce, onnepeut pas s'en acquitter si l'on n'a pas l'esprit ecclésiastique. Lorsqu'un Piètre est malheureusement dépourvu de l'esprit de son état , nous voyons que tout ce qui est de sa profession lui est à dégoût ; les instructions et les exhortations lui sont à charge , il a de la peine à ouvrir la bouche pour dire un mot de Dieu , les moindres diiricultés lui paroissent des monstres , c'est une gène insupportable de se tenir à un confessionnal, on craint d'aller voir un malade, on appréhende de contracter quelque maladie, il n'a pas la moindre ouverture pour les choses de Dieu et
4o . ENTRETIENS
de l'Eglise , il laisse tout en confusion , il fuit le travail, et s'il travaille ce n'est qu'avec lâcheté, inquiétude, dépit et chagrin j ce n'est qu'à regret et avec une grande impatience. En un mot, toutes ses actions sont mortes.
Voilà l'état où se trouve un Prêtre qui n'a pas l'esprit ecclésiastique. Il est donc absolument nécessaire qu'un Prêtre soit rempli de l'esprit de son ét3t , afin d'en faire les fonctions avec plaisir , avec affection , avec force , avec prudence et persévérance ; et s'il ne l'a pas , il les fera très-mal , et il ne sera bon à rien. C'est pour cette raison que Notre- Seigneur compare au sel affadi les Piètres qui n'ont pas l'esprit de leur état. Lorsque le sel est affadi , et qu'il a perdu sa pointe et son acrimonie , qui est comme son esprit , il n'est bon à rien , on le foule aux pieds : si sal infatuntiim fuerit , ad rrihilum valet ultra , nisi ut mittatur foras et canculcetur ab hominibus. Tel est aussi l'état des Prêtres qui n'ont pas l'esprit ecclésiastique ; c'est un sel affadi , ils ne sont bons à rien , ils sont inutiles pour la gloire de Dieu et pour le salut des amcs; et plût à Dieu qu'ils fussent seulement inutiles ! mais ils ne s'en tiennent pas là ; car ils sont d'un très-grand préjudice dans l'Eglise, et ils ne servent qu'à déshonorer Dieu , qu'à scandaliser les âmes , qu'à profaner les saints mystères , et à causer mille désordres. Jugez de là , de quelle nécessité il est qu'un Prêtre, et même celui qui aspire au sacerdoce , ait l'esprit ecclésiastique. 11 est nécessaire qu'il ait cet esprit par rapport à lui-même , afin qu'il ne soit pas un fantôme de Prêtre. 11 est nécessaire qu'il l'ait par rapport au prochain , afin de le j-ervir utilement. Il est nécessaire qu'il l'ait pai rapport à Dieu , afin de lui rendre ses devoirs et
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pour exercer saintement les fonctions de son sacerdoce. Voyons maintenant quelles sont les marques par lesquelles on peut connoître si l'on a l'esprit ecclésiastique.
Il y a plusieurs marques pour connoître si l'on a l'esprit ecclésiastique, l'esprit clérical, l'esprit sacerdotal. En voici six des principales ,que je vous prie de bien remarquer. La première est si Ion est bien dégagé de l'esprit du monde; car on ne peut pas avoir l'esprit ecclésiastique, si Ton est possédé de l'esprit du monde. Ces deux esprits sont trop différens et trop opposés l'nn à l'autre pour qu'ils puissent subsister ensemble. C'est pourquoi quand on voit l'esprit du monde dans une personne, quand on voit qu'elle cherche ses divertissemens , qu'elle aime les compagnies du siècle , qu'elle affecte des ajustemens et des superfluités dans ses habits, qui tiennent des pompes du monde; quand elle s'abandonne à des joies immodérées, on peut dire , sans crainte de se tromper : cet homme n'a pas l'esprit ecclésiastique. S'il n'est pas encore engagé dans les saints ordres , on peut et l'on doit dire : il n'est pas propre pour les recevoir; et s'il les a reçus, on doit gémir, et l'on peut dire : il ivétoit pas propre pour l'Eglise. Il faut donc, pour donner une première marque qu'on a l'esprit ecclésiastique , qu'on n'ait pas celui du monde , qu'on en soit dégagé et qu'on y ait entièrement renoncé.
La seconde marque pour connoître si l'on a l'esprit ecclésiastique , c'est de voir si l'on a une sainteté qui réponde à celle de notre état. Je parle particulièrement pour ceux qui sont déjà entrés dans les saints ordres. Car si l'on n'a pas cette sainteté, orî a sujet de craindre qu'on n"ait pas l'esprit ecclésiastique. Quand Dieu donne cet esprit à une personne , il lui donne
aussi une vertu proportionnée à la sainteté de son état. Mon Dieu ! que nous pouvons bien dire , sur cette règle, qu'il y a très-peu de Prêtres qui aient l'esprit ecclésiastique , puisqu'il y en a si peu qui aient une sainteté qui réponde à celle de leur état! J'ai à'.t que lorsqu'on esi engagé dans les saints ordres , pour faire ccnnoître qu'on a l'esprit ecclésiastique , il faut qu'on ait une vertu proportionnée à celle de son état ; que si i'on n'y est pas encore engagé , il faut du moins que ceux qui y aspirent aient une sainteté commencée et un désir efficace d'acquérir celle qui leur est nécessaire dans leur état. Si vous n'êtes pas dans cette disposition , vous n'avez point l'esprit ecclésiastique. Si vous vous contentez d'une sainteté commune et d'une perfection médiocre , on peut vous dire sans hésiter que vous n'avez pas l'esprit ecclésiastique ; car cet esprit demande qu'on ait une sainteté consommée , et qu'on tende toujours à se rendre plus parfait.
La troisième marque pour connoître si Ton a l'esprit ecclésiastique , c'est si l'on estime toutes ses fonctions, et si l'on se fait un plaisir et un honneur d'exercer celles qu'on regarde comme les moindres. C'est ici la pierre de touche pour connoître si Ton a l'esprit ecclésiastique. Je dis premièrement qu'une personne qui a l'esprit ecclésiastique estime généralement toutes les fonctions de cet état; elle s'en entretient, elle en parle , elle cherche les occasions de les pratiquer ; elle ne trouve rien de difficile , elle entreprend tout , elle iroit volontiers aux extrémités de la terre pour y exercer les fonctions du sacerdoce, si Dieu l'y appeloit. Mais je dis aussi qu'une personne qui a l'esprit ecclésiastique se fait un honneur et un plaisir d'exercer celles qu'on regarde comme les
moindres ; et elle les préfère aux services qu'elle pourroit rendre aux plus grands rois , parce qu'elle est dans cette disposition du Prophète : eîegi abjectus esse in domo De/, m a gis quàm habitat e in tabemacuîis peccatorum. Un homme qui a l'esprit ecclésiastique s'estime plus honoré de balayer une église , de porter un chandelier aux offices divins , de servir à une Messe , de sonner une cloche pour appeler les Fidèles an temple , de porter un flambeau devant le Saint-Sacrement, que s'il avoit les charges et les empiras les plus considérables auprès de la personne des rois et des empereurs de la terre. Si l'on n'est pas dans cette disposition , on n'a point l'esprit ecclésiastique. Les gens du monde se font honneur de servir un roi , nous devons donc nous en faire un très-grand de servir le Roi des rois , et le Seigneur universel du ciel et de la terre.
La quatrième marque pour connoître si l'on a l'esprit ecclésiastique , c'est si l'on a de l'aptitude et de la dextérité pour les fonctions ecclésiastiques. Car quand on auroit une grande estime des fonctions ecclésiastiques , si l'on n'a pas de l'aptitude pour les bien faire, on peut dire qu'on n'est point propre pour l'état ecclésiastique , et qu'on n'y est pas appelé. Car lorsque Dieu appelle à un état , il donne en même temps les disposi lions pour y faire les fonctions qui y sont attachées. C'est ce qui a fait dire à saint Paul , que Dieu n'a pas seulement fait les Apôtres des ministres de son Evangile, mais encore des ministres propres et bien disposés à travailler : idoneos nos fecit minisiros. Il faut être mini.^ter idoneus ; c'est pourquoi lorsqu'une personne n'est propre ni à catéchiser , ni à prêcher , ni à chanter , ni à administrer les Sacremens , ni aux autres fonc-
tions de l'Eglise , on peut dire qu'elle ne peut point avoir l'esprit ecclésiastique.
La cinquième marque , c'est si l'on a du zèle pour les règles de l'Eglise et pour la discipline ecclésiastique. Lorsqu'on a du zèle pour s'instruire de ce que l'Eglise a ordonné et réglé pour la conduite des clercs , lorsqu'on s'y affectionne et qu'on les pratique , lorsqu'on est fidèle à lire les rubriques du bréviaire et du missel , et qu'on est exact à les exécuter ; c'est une très-bonne marque qu'on a l'esprit ecclésiastique. Je joins à cela le zèle qu'on a pour la propreté des églises , d'une sacristie, des ornemens , pour que toutes choses se passent avec ordre dans la maison du Seigneur. Ce sont tout autant de grandes marques qu'on a l'esprit ecciés:astique. Au contraire, quand on néglige toutes ces choses , qu'on n'en fait point ou peu d'état , et qu'on ne regarde que ce qu'il y a d'éclatant et d'honorable dans l'Eglise , c'est une marque qu'on n'agit que par un esprit d'ambition et de superbe , et non par l'esprit de Notre-Seigneur, qui porte les âmes à la sainte humilité et à la pratique fidèle de toutes les fonctions de l'Eglise.
La sixième marque pour connoître si l'on a l'esprit ecclésiastique , c'est quand on porte volontiers les marques de son état , comme la soutane , les cheveux courts , la tonsure , et qu'on ne rougit point pour les reproches et les railleries que les mondains pourroient faire de cette sainte fidélité. C'est par ces marques qu'on peut discerner si l'on a l'esprit clérical et l'esprit ecclésiastique. C'est aussi par ces marques que nous pouvons connoître avec regret qu'il y a très-peu de Prêtres qui aient l'esprit ecclésiastique. On voit tant de Piètres, et l'on en voit si peu qui aient dans leur état les dispositions que nous venons de marquer!
ECCLÉSIASTIQUES. fê
Premièrement, on en voitsi peu qui soient bien dégage's de l'esprit du monde ! la plupart recherchent ce que le monde recherche , c'est-à-dire, les honneurs, les richesses et les plaisirs. La plupart sont tout profanes dans leurs conversations , dans leurs habits , dans leurs meubles et dans toute leur conduite. Secondement , on en voit si peu qui soient saints et qui aspirent à la sainteté! on voit même que ceux qui devroient être des modèles de piété , de sainteté pour les peuples , ne leur inspirent que le dérèglement par leur conduite. Troisièmement , on en voit si peu qui estiment leurs fonctions et se regardent honorés de celles qui paraissent basses et abjectes! au contraire, ils les évitent et les tiennent pour méprisables. Quatrièmement, on en voit si peu qui aient de l'aptitude et de la dextérité pour les bien faire ! ils les exercent avec si peu de modestie et de bienséance, qu'il y a tout lieu de croire qu'ils n'ont point l'esprit ecclésiastique. Cinquièmement , on en voit si peu qui s'appliquent à connoître les règles de la discipline ecclésiastique ! On ne sait pas un seul canon , ni une seule règle de l'Eglise. Les artisans se piquent de savoir les règles de leur état, ils nous rendent raison sur leur art et leur métier , et un Prêtre ne saura aucune règle de son état et de sa profession ! n'est-ce pas une étrange désolation ? Sixièmement, enfin, on en voit si peu qui aiment à porter les marques de leur état l Plusieurs ne portent point de soutane , ils la quittent aussitôt après la sortie du séminaire et sur le moindre prétexte; ils laissent couvrir leur couronne, et ne veulent pas porter les cheveux courts et modestes ; si bien qu'il y en a plusieurs dont on a de la peine à discerner, par leur extérieur, s'ils sont ecclésiastiques ou non. Voilà où l'on en est réduit , et ce qui doit nous faire gémir.
Faisons maintenant un peu de réflexion sur nousmêmes , et voyons si nous avons les marques de l'esprit ecclésiastique. Vidtrit quisque, dit S. Bernard en parlant aux clercs ( Declam. cap. ft. ) , cujus sit spiritus , quid diligat , quid cupiat , quid sectetur ; ecce enim spéculum veritatis. Examinons quel est notre esprit , voyons ce que nous aimons , ce que nous désirons , ce que nous recherchons ; car par cette considération et cette réflexion nous reconnoîirons la vérité. Appliquons-nous les marques que nous avons exposées pour connoître si nous avons l'esprit ecclésiastique ; et si nous ne les avons pas , nous devons beaucoup craindre de n'être pas propres pour l'Eglise. On doit consulter son directeur à ce sujet , afin d'examiner avec lui devant Dieu si l'on doit s'engager dans l'état ecclésiastique. Mais pour vous y exciter davantage , voici quelques moyens à prendre pour acquérir et pour conserver l'esprit ecclésiastique.
Le premier est de se vider de l'esprit du monde. Car il est impossible d'avoir l'un et l'autre en même temps , puisque l'esprit ecclésiastique est une participation de celui de Notre-Seigneur. Or , l'esprit de ÏVotre-Seigneur est entièrement opposé à celui du monde , et le monde ne peut pas recevoir l'esprit de ÎSotre-Seigneur : Spiritum veritatis quem mundus non potest accipere; et comme l'esprit du monde est tout dans l'aiVeetien pour les honneurs , les plaisirs et les richesses , il faut se vider de l'affection de toutes ces choses , et travailler à acquérir l'amour des humiliations , des souffrances et de la pauvreté.
Le second moyen est la retraite. C'est là qu'on peut acquérir l'esprit de Dieu par les prières que l'on y fait. Dieu donne le bon esprit à ceux qui le demandent:
si vos, cùm sitis mali , nostis bona data darefiliis ve*' tris , quanto magïs Pater vesiti- cœlestis dahit spiritum bonum petentibus se ( S. Matih. 7. ). C'est
dans la retraite que les Apôtres reçurent l'esprit ecclésiastique en plénitude par la ferveur de leurs prières. JNolre- Seigneur, avant de monter au ciel, leur avoit conseillé de se retirer du monde pour se disposer à recevoir Je Saint-Esprit, et nous voyons aussi qu'après dix jours de prières le Saint - Esprit se communiqua à eux, et les remplit de zèle et de ferveur pour bien s'acquitter des fonctions de leur ministère. H faut donc que nous soyons fidèles à notre retraite, et qu'étant séparés du monde d'esprit et de corps, nous invoquions souvent le Saint-Esprit , afin qu'il vienne nous remplir et nous animer pour bien l'aire les fonctions ecclésiastiques. Il faut s'unir à Nôtre-Seigneur : car nous n'aurons l'esprit ecclésiastique qu'autant que nous serons unis à lui : sicut palmes non potest ferre fructum à semetipso , nui rnanserit in vite , sic nec vos, nisi in me manseritis.
Le troisième moyen est d'être ravi d'exercer ses fondions dans toutes les occasions qui se présentent ; mais il faut les exercer avec modestie et religion , etc. Par cette fidélité vous vous attirerez des grâces et des bénédictions particulières de la bonté de Dieu.
Le quatrième est de lire les matières ecclésiastiques dans les livres qui en traitent , les méditant devant Dieu , et tâchant de s'en remplir et de s'en pénétrer. On peut lire encore la vie de ceux qui , en ces derniers temps, ont paru être plus remplis de cet esprit: la vie d'un saint Charles , d'un S. Vincent , du cardinal de Bérulle , etc.
Enfin il faut converser avec ceux qui ont l'esprit ecclésiastique. Avec les bons Ecclésiastiques on apprend
à vivre en bon Ecclésiastique : cum sancto sanclus eris. I! est dit de Saiïl , tout méchant qu'il étoit, que se trouvant un jour parmi les Prophètes , il fut saisi de l'esprit de prophétie, d'où vient le proverbe : Saiil inter prophetas , comme au contraire il faut éviter la connoissance de ceux qui n'ont pas l'esprit ecclésiastique ; car quand on auroit cet esprit , on le perdroit bientôt si on les fréquentoit.
Si l'on se sert de ces moyens on pourra acquérir l'esprit ecclésiastique, pourvu qu'on soit appelé à cet état ; car il ne faut pas se persuader que Dieu nous donne l'esprit ecclésiastique s'il ne veut pas que nous soyons Ecclésiastiques. Mais s'il nous demande dans cet état, nous pouvons espérer qu'en faisant ce que je vous ai marqué , il nous donnera l'esprit ecclésiastique et le conservera en nous par sa sainte miséricorde.
lV.e ENTRETIEN.
De la nécessité de la vocation à Vétat
Ecclésiastique.
Je vous disois , dans le dernier entretien , que pour réussir dans l'état ecclésiastique il faut avoir l'esprit de cet état. Je vous fis voir qu'un Prêtre qui n'a pas l'esprit de son état est un Prêtre imaginaire et un fantôme de Prêtre. J'ajoutai qu'il ne pouvoit pas rendre service au prochain sans cet esprit , ni s'acquitter dignement de ses fonctions. Je vous fis remarquer , par quelques réflexions , que cet esprit étoit bien rare. Si j'en cherche les raisons, je trouve que la principale est le défaut de vocation qui se trouve dans la plupart de ceux qui entrent dans l'Eglise; et il ne faut point s'étonner si la plupart des Prêtres n'ont point l'esprit ecclésiastique, puisque
le
le plus grand nombre sont entrés dans cet état sans vocation. C'est ce qui m'oblige à vous parler aujourd'hui de la nécessité de la vocation divine à l'état ecclésiastique. Cette matière est très-importante , et elle doit être présupposée à tout ce qu'on doit dire en particulier de l'état ecclésiastique et des saints ordres. Car la vocation est la première condition absolument nécessaire pour être saintement dans cet état; c'est la première pierre de ce grand édifice, c'est le fondement sulide qui le soutient ; et tout homme qui voudroit s'y engager sous prétexte même d'une plus grande perfection, sans y être appelé, se trouveroit semblable à cet étourdi de l'Evangile, dont la maison n'étoit fondée que sur le sable ; elle fut renversée par les premières attaques des vents et des orages f et toute sa peine et sa dépense ne servirent qu'à faire éclater davantage son imprudence et sa folie. C'est ainsi qu'il en arrive à celui qui travaille dans Pétat ecclésiastique sans vocation ; comme il n'a point la volonté divine pour fondement de ce qu'il fait, on peut dire qu'il ne bâtit pas sur la pierre ferme , qu'il y a toujours quelque chose à désirer à son ouvrage , que son bâtiment est imparfait , que plus il s'élève, plus il est dans le péril , et qu'après tout, à le bien prendre , similis est homini œdificanti non structurant , sed ruinam , mais une ruine funeste sous les débris de laquelle il se trouvera malheureusement enveloppé. C'est ce que nous tacherons de vous montrer et de vous laire toucher au doigt dans cet entretien. Nous y sommes d'autant plus obligés que c'est un malheur presqu'universel clans le siècle où nous vivons, et sur lequel pourtant on ne fait aucune réflexion. On entre sans considération dans l'état ecclésiastique , on se presse , on court , on s'y pré •
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cipite; et charmé par la grandeur du sacerdoce et par l'éclat de cette haute dignité , on se jette aveuglément dans les saints ordres, sans considérer si Dieu y appelle: curritur passim ad sacros ordines , dit S. Bernard ( de conversât, ad cltr. c. 29. ) , et reverenda ipsis quoque Spiritibus Angelicis ministeria hommes apprehendunt sine rêver entiâ , sine consideratione* Malheur qui a fait gémir tous les Saints , et qui est aussi le plus pernicieux qui soit dans l'Eglise ; source Ja plus féconde des abominations qu'on y remarque ; plaie la plus incurable qu'elle ait jamais reçue de ses enfans ; cause la plus universelle et la plus infaillible de leur perte et de leur damnation éternelle.
Je sais bien qu'il n'y auroit pas beaucoup de fruit à espérer de cet entretien , si je parlois à des personnes déjà toutes déterminées à l'état ecclésiastique , sans vouloir rien examiner ni consulter, pour ne pas se troubler ni s'inquiéter ; néanmoins je ne croirois pas pouvoir me dispenser de leur parler de cette matière ; et si elles ne profitaient des lumières et des instructions que je leur donnerois , je pourrois les assurer que cet entretien serviroit au jour du jugement pour leur condamnation ; et pour moi je me déchargerois ainsi de l'obligation que j'aurois de les instruire sur un sujet si important pour eux et pour TEglise.
J'ai donc dessein de vous faire voir l'importance de ne point entrer dans l'état ecclésiastique sans la vocation de Dieu ; et pour vous le montrer , voici tout mon plan : en entrant dans l'Eglise sans vocation , premièrement, on t'ait à Dieu une injure trèssignalée; secondement, on se fait à soi-même un tort infini et presqu'irréparable ; troisièmement, on &it à l'Eglise l'outrage le plus scandaleux qui fut
jamais. Voilà trois considérations qu'on a coutume de faire sur ce sujet , et que nous allons présentement vous exposer.
Je dis premièrement, que lorsqu'on entre dans FEglise sans vocation , on fait à Dieu une injure très-signalée , et bien plus considérable qu'on ne pense , parce qu'on choque manifestement sa conduite , et qu'on renverse insolemment les ordres qu'il a prescrits. Pour connoître la grandeur de l'injure qu'on fait à Dieu par l'entrée dans l'Eglise sans si vocation, remarquez, s'il vous plaît , qu'on viole ses ordres , mais avec des circonstances qui relèvent infiniment Ténormité de cette injure : premièrement , on viole ses ordres qui sont très-précis ; secondement t on viole ses ordres en matière de grande conséquence • troisièmement, on viole ses ordres qu'il veut être gardés tnviolablement.
Premièrement, en entrant dans l'Eglise sans vocation , on viole les ordres de Dieu qui sont très-précis. Il nous les marque bien expressément par saint Paul ( Heb. 5. 4« ) : ^ec quisquam sumit sibi honorem , sed qui vocatur à Deo : que personne ne prenne le sacerdoce, que personne ne s'élève à cette haute dignité, mais celui seulement que Dieu appelle comme il appela autrefois Aaron. Peut -on rien dire de plus précis ? la défense en est claire , personne n'en peut douter. Saint Ambroise faisant réflexion sur la vocation d'Aaron , dit que Dieu le choisit pour être Prêtre , afin de nous apprendre que dans l'élection des hommes pour le sacerdoce, la cupidité humaine ne doit pas l'emporter , mais Ja grâce de Dieu , et qu'on ne doit pas y entier par son propre choix et par sa propre détermination , mais par la vocation céleste : ideo et Aaron sacerdotetn ipse elegit , ut
non humana cupiditas in eligendo saceràote prœponderaret , sed gratia Dei; non voluntaria oblatio nec propria assumptio , sed cœlestis vocatio (saint Àmbr, ,L. io,Epist. 82. ). II faut être appelé de Dieu pour entrer dans l'Eglise ; c'est un ordre qu'il a établi. Il ne veut point que personne entre dans sa maison sans son agrément , il veut se choisir ses ministres et ses officiers , il veut donner à chacun l'emploi qui lui est propre. C'est pourquoi l'on doit regarder l'entrée dans l'Eglise contre Tordre de Dieu , comme une grande témérité et comme une injure signalée qu'on fait à la majesté de Dieu.
Mais cette injure est d'autant plus grande , qu'on viole ses ordres dans une matière de la dernière conséquence ; car lorsqu'on entre dans l'état ecclésiastique , c'est pour exercer des emplois très-considérables dans la maison de Dieu , c'est pour y exercer un ministère très-relevé , c'est pour dispenser ks mystères de Dieu , c'est pour disposer des trésors de l'Eglise , c'est pour y tenir un rang très-sublime. Or, n'est-ce pas faire une grande injure à Dieu , que de s'ingérer sans ses ordres, et même contre ses ordres, dans les emplois les plus augustes de sa maison r* cela est évident. Pour vous le faire mieux concevoir, voici une comparaison dont saint Bernard se sert sur ce sujet : Que diriez-vous d'une personne qui , sans l'agrément d'un Prince , et même contre sa volonté et sa défense très-expresse , seroit assez téméraire pour s'introduire dans son palais , et qui voudroit prendre le maniement de ses affaires , qui se serviroit de mille artifices pour avoir part à tous ses secrets; qui lui feroit même quelque espèce de violence pour disposer de tout dans sa maison ? A-t-on jamais *u , continue le Saint, personne assez hardi ni assez
insolent pour l'entreprendre ? audeatne aïiquis ves~ trûm cujuslibet reguli , non prœcipiente aut elitim proïiibente eo , occupare ministériel , prœripere bénéficia , negoiia dispensais ? Il n'y a personne qui soit si téméraire : c'est ne'anmoins ce qu'on fait tous les jours dans la maison de Dieu ; on y entre sans qu'il y appelle; on y entre sans qu'il le désire ; on prend le maniement de ses plus importantes affaires, sans qu'il l'ordonne, et sans considérer que si maison est une maison de prière , et non pas d'intrusion , comme les Pères nous l'apprennent : domus orationis , non intrusionis. On se sert de mille adresses, de mille artific.es, de mille ruses pour en forcer l'entrée ; on viole les lois les plus saintes et les plus sacrées qui s'y rencontrent , et l'on ne craint point d'usurper indignement jusqu'au ministère des autels. En vérité , n'est-ce pas traiter Dieu plus indignement qu'on ne traiteroît le plus petit Prince de la terre? Aussi saint Bernard ne peut pas retenir son zèle à la vue de ce dérèglement. Car , considérant comment Dieu même s'en plaint par son Prophète, comme d'une conduite insolente qui lui est extrêmement injurieuse : ipsiregnaverunt , et non ex me$ principes exstiterunt , et non cognovieos (Osée, 8. ) : il s'écrie, ne sachant de quels termes appeler cette fureur : quelle ambition ! quelle imprudence ! quelle folie! quelle présomption! Undè. tantus prœlationis ardor i undè arnbitionis impudeniia tanta ! undè vesania tanta prœsumptionis ( de Convers. , cap. 29. ) / Voilà comme saint Bernard conçoit et ressent l'injure qu'on fait à Dieu , lorsqu'on entre dans sa maison sans sa vocation.
Troisièmement , non-seulement on viole les ordres précis de Dieu , non-seulement on les viole dans
une matière de grande conséquence, mais encore on viole des ordres qu'il veut être gardés inviolablement et indispensablement. C'est ici que je vous prie de rappeler vos esprits pour donner toute votre attention à ce que je vais vous dire.
Dieu veut, par un ordre inviolable, que personne n'entre dans l'état ecclésiastique sans sa vocation ; c'est une loi indispensable : nec quisquam sumit sibi honorera , personne , de quelque état, de quelque condition qu'il soit , nec quisquam ; il n'y a point de dispense , il faut être appelé de Dieu ; c'est une loi inviolable : Dieu est maître de ses lois ; quelquefois il en dispense , mais de celle-ci jamais. Nous voyons l'observation de cette loi dans plusieurs endroits célèbres du nouveau Testament. Notre-Seigneur veut s'associer des hommes pour coopérer avec lui à l'ouvrage de la rédemption et de la sanctification des hommes ; il prend pour cet effet douze personnes qu'il nomme Apôtres : vocavii ad se quos vohrit. C'est lui qui les appelle, ils ne s'ingèrent pas d'eux-mêmes; il leur déclare que c'est lui qui les a choisis : non vos me elegistis , sed ego elegi \-os. Notre-Seigneur reconnoi-ssoit que le choix des ministres évange'iques appartenoit à son Père, lorsqu'il dit à ses disciples : Messis quidem multa ; rogate Dominum messis. Les Apôtres veulent choisir un homme pour remplir la place du perfide Judas , qui étoit déchu de la grâce de l'apostolat par l'infidélité à sa vocation : que font-ils ? Ils n'agissent pas , dans cette conjoncture, par les lumières naturelles , ni par des vues humaines ; ils prient beaucoup de leur côté , et ils demandent à Dieu qu'il fasse connoitrc celui qu'il a choisi pour remplir la place de Judas : ostende quem elegeris. Lorsque les Apôtres veulent ordonner
les premiers Diacres , ils jeûnent , ils prient , toute l'Eglise s'assemble , et ensuite on regarde ceux que Dieu a choisis. Et encore à présent l'Eglise se met en prières , elle jeûne , elle ordonne les quatre-temps, afin d'attirer la miséricorde de Dieu, et qu'il ne permette pas que personne entre dans les ordres sans y être appelé. Ordre donc inviolable, jusque-là que Jésus- Christ même s'y est soumis; et lui qui s'étoit exempté, en sa naissance et dans plusieurs autres rencontres , de la loi commune à tous les hommes , n'a pas été néanmoins dispensé de celle-ci ; car lorsque son Père l'envoie dans le monde où il devoit faire l'office de Grand-Prêtre et en apporter aux hommes l'esprit et la grâce , il ne s'est point ingéré de lui-même , dit l'Apôtre, mais il a attendu que son Père l'ait appelé: sic et Christus non semelipsum clarificavit utpontifex fieret ( Hebr. 5. ).
En vérité, si l'onpouvoit jamais entrer légitimement dans cet état sans vocation, et si l'on pouvoity prétendre avec raison sans crainte de l'usurper , qui en avoit jamais eu plus de sujet que Jésus-Christ? n'y avoit-il pas tout droit par sa naissance divine et temporelle ? S'il faut mériter cet état par une grande innocence , il étoit infiniment saint : sanctus , innacens , impollutus. Si la science est nécessaire, tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu étoient en lui : in quo sunt omncs thesauri scienticB et sapientiœ absconditi. Si le zèle est requis , il en éfoit tout dévoré : zelus domûs tuœ comedit me. Si Ton recherche la pureté d'intention , il ne cherchoit et ne pouvoit chercher que la gloire de son Pèrec gloriam rneam non auœro , ted ejus qui misit me. Toutefois, avec toutes ces qualités , il n'usurpe point la gloire du sacerdoce , il ne s'y appelle point lui-
même , mais il attend que son Père l'y établisse ef lui dise : tu es sacerdos in oeternum. Et après cela des hcr.mes qui savent être nés enfans de colère et de malédiction , qui ont passé la plus grande partie de leur vie dans le crime et dans le désordre , qui en ont encore les mains toutes impures , en qui les premières flammes de la convoitise sont à peine amorties, et dans le cœur desquels on trouverait peut - être encore d'étranges abominations si , selon la prophétie d'Ezéchiel , on pouvoit percer la muraille de ce temple » in quibus et pessimo forte appareat intrà parietes abominatio , si , juxti Ezechielis prophet'am , /bdiamusparielem , ut in domo Dei videas horrendum ( S. Bern. , de Con\Ters. 29. ) ; des personnes , dis-je , de cette sorte, sans être appelées, usurperont le sacerdoce, se présenteront la tête levée, et croiront qu'on leur fait injustice , si on ne leur conseille pas de s'ingérer dans un ministère si saint !
Si cette usurpation n'est pas le plus grand de tous les crimes , je n'en connois point qu'on doive nommer exécrable ; aussi est-ce contre ce dérèglement que Dieu , cruellement outragé , témoigne le plus haut point de sa fureur. Ecoutons comme il en parle chez son Prophète : Ipsi regnaverunt , et non ex me ; principes exstiterunt , et non copnovi eos, lisse sont ingérés, dit Dieu, et ils se sont introduits d'eux-mêmes , sans que je les aie appelés ; ils ont usurpé une autorité que je ne leur ai point donnée; c'est pourquoi , iratus est furor meus in eos, w5quequo non poterunt emendari. Je vous prie de faire réflexion sur ceci , car véritablement il y a sujet de craindre , tant cette expression dont Dieu se sert pour exprimer son ressentiment est étonnante ; il ne dit pas seulement qu'il s'est mis en colère , mais il dit
qu'il est entré en fureur, et il dit que sa fureur s'est irritée , ce qui marque que l'intrusion dans l'état ecclésiastique est le crime le plus abominable. Il faut donc y prendre garde, et ne pas attirer sur nous la fureur de Dieu en entrant dans l'état ecclésiastique contre ses ordres. Prenons garde de lui faire cette injure signalée , mais prenons garde de ne pas nous faire un tort presqu'irréparable , c'est la seconde considération.
Il ne faut pas vous étonner si , après vous avoir montré qu'on fait à Dieu une injure très-signalée , lorsqu'on entre dans l'état ecclésiastique contre ses ordres , j'ajoute qu'on se fait un tort presqu'irréparable. Car que peut-on attendre d'un Dieu qu'on a si fort irrité? quelles vengeances! quelles punitions et quels châtimens ! quels malheurs ne procèdent pas de cette entrée dans l'état ecclésiastique sans la vocation de Dieu ! Pour vous en donner quelque idée, je remarque particulièrement trois choses très- funestes qui suivent l'entrée dans l'état ecclésiastique sans la vocation de Dieu : premièrement la privation de la grâce ; secondement , une suite épouvantable de péchés ; troisièmement , une damnation presqu'assurée. Voilà de grands malheurs que nous devons terriblement redouter en nous engageant dans l'état ecclésiastique. Car si nous sommes si malheureux que d'y entrer sans la vocation de Dieu , tous ces malheurs nous arriveront : privation de grâces, vie criminelle et mort malheureuse. Faisons - y une réflexion particulière pour les prévenir.
Le premier malheur qui arrive à une personne qui entre dans l'état ecclésiastique sans la vocation de Dieu , c'est d'être privée des grâces que Dieu donne pour remplir les fonctions de son état. Car Dieu
ne l'ayant point appeiée pour l'emploi qu'elle a usurpe, il n'est point obligé de lui donner les grâces nécessaires pour s'y sanctifier , et elle ne peut avoir aucun droit d'y prétendre, tout comme un serviteur n'a point droit de demander des gages et des appointemens à son maître , lorsqu'il le sert contre sa volonté et qu'il fait ce qu'il ne veut pas. Quand on entre dans un état par la vocation de Dieu , il ne manque pas de donner les grâces et les secours nécessaires pour y remplir ses devoirs et pour y satisfaire à ses obligations : car il est de sa fidélité et de sa bonté infinie de n'appeler jamais personne à le servir dans un état , sans lui donner son secours et sa bénédiction pour y bien réussir. Mais si , au contraire, on est si aveugle et si téméraire que d'y entrer sans sa vocation et contre sa volonté , il prive de sa grâce et de son secours celui qui y est entré de cette manière. Je sais bien que Dieu n'abandonne pas entièrement ces personnes de ses grâces , mais ce dont il ne faut pas douter , c'est qu'il refuse les grâces propres à l'état ecclésiastique à ceux qui y entrent contre son ordre , à moins que, par une vraie et longue pénitence, en ne répare ce défaut de vocation. Dieu nous fait connoître la conduite qu'il garde avec ceux qui ne sont pas appelés à l'état ecclésiastique , et ceux qui y sont appelés , par ces paroles d'Isaïe : Parce que vous avez choisi ce que je ne voulois pas , vous serez dans la famine ; et pendant que mes serviteurs fidèles seront rassasiés de mes grâces , vous en aurez disette : quee nolui elegislis , propfer hoc , heee dicit Vominus : e ce e servi mei comedent, et vos eiurietis (lsaïe,65.). Dieu prive de ses grâces ceux qui entrent dans l'état ecclésiastique sans sa vocation , et ce quj est infiniment terrible , c'est que cette privation est
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presque irrëparable ; c'est ce qui doit faire frémir sur le malheur de ceux qui entrent dans l'état ecclésiastique et dans les saints ordres sans la vocation de Dieu : Usquequo non poterunt emundari : je vous déclare, dit Dieu par son Prophète, que ceux qui s'ingèrent dans l'état ecclésiastique sans ma vocation, tomberont dans un dérèglement dont ils ne se relèveront jamais : usquequo non poterunt emundari (Osée, 8. ). Cette menace est infiniment terrible, et de ce premier malheur en nait un second.
Le second malheur est que la vie de celui qui est entré dans l'état ecclésiastique sans vocation , n'est plus qu'un tissu et une suite épouvantable de péchés ; cela suit de ce que nous venons de dire. Car comme il n'a pas la grâce de son état, et qu'il est en quelque manière abandonné de Dieu , il ne faut point s'étonner s'il tombe dans une infinité de crimes et de sacrilèges. On ne voit que trop que ces Ecclésiastiques qui sont entrés dans le sacerdoce et les bénéfices sans vocation , commettent toutes sortes de désordres. Ils profanent toutes les choses saintes , ils vivent dans des habitudes et dans des commerces infâmes , et s'approchent des saints autels dans cet état; ils négligent toutes leurs fonctions , et s'ils en font quel-» qu'une , ce n'est qu'avec une effroyable irréligion. En un mot , leur vie n*est que désordre , sacrilège et scandale , d'où suit :
Le troisième malheur qui est une damnation près* qu'assurée. Voilà le terme malheureux où aboutit l'entrée à l'état ecclésiastique sans vocation. Comme on a vécu dans le crime , on meurt aussi dans l'impènitence , et souvent dans le désespoir. Nous lisons dans l'Ecriture-Sainte que Coré , Dathan et Abiron voulant usurpe! les fonctions du sacerdoce et s'y iu-
gérer sans la vocation de Dieu , Dieu fit entr'ouvrir la terre pour les engloutir ; en sorte que , selon la remarque de l'Ecriture , ils descendirent tout vivans dans les enfers : descenderunt vivi in infernum. Dieu n'exerce pas de nos jours des punitions si visibles contre ceux qui s'ingèrent sans vocation dans l'état ecclésiastique, mais, pour être invisibles, elles ne sont pas moins terribles ; et nous ne voyons que trop, dans la mort de plusieurs Ecclésiastiques , des marques de réprobation : leur insensibilité, leur endurcissement, la privation des Sacremens , tout cela est une suite de leurs désordres et du défaut de leur vocation.
Après cela je ne m'étonne plus de ce qu'a écrit un Père de l'Eglise , qu'il vaudroit mieux pour celui qui s'est ingéré dans le sacerdoce sans vocation , qu'on l'eût entraîné en prison , même aux galères et conduit à la potence : Mo die multb rectius erat ut ad carcerem , vel catastam pœnalem , quàm ad sacerdotium traheremini. Oui sans doute, il le vaudroit mieux ; oui, s'il y en avoit quelqu'un parmi nous qui dût entrer dans l'Eglise contre l'ordre de Dieu , il vaudroit mieux qu'on lui rompît bras et jambes. Car enfin il n'auroit qu'à souffrir une peine temporelle , au lieu qu'ici il y va d'une peine éternelle. Si nous étions bien disposés , il ne faudroit pas en dire davantage pour nous porter à craindre et à éviter pardessus tout l'entrée dans l'Eglise sans vocation ; mais comme nous sommes fort aveugles et fort insensibles sur ces matières , j'ajoute une troisième considération qui est l'outrage sanglant et scandaleux qu'on fait à l'Eglise.
Trois choses nous font particulièrement connoître la grandeur de l'outrage qu'on fait à l'Eglise lorsqu'on y entre sans vocation ; la première est que l'Eglise sç
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voit persécutée par ses propres ministres ; la seconde est qu'elle se voit persécutée en ce qu'elle a de plus cher ; la troisième est qu'elle se voit persécutée sans y voir de remède.
Premièrement, elle est persécutée par ses plus chers enfans. De toutes les persécutions il n'y en a point de plus cruelle que celle d'une mère déchirée par ses propres enfans ; et lorsque ceux même qu'elle aime plus tendrement , pour qui elle n'a aucune réserve , et qui devroient être les premiers à la défendre , sont hs premiers à la persécuter, il n'y a rien qui lui soit si sensible , rien ne lui déchire les entrailles avec tant de cruauté. Or , lorsqu'on s'ingère dans l'Eglise sans vocation , au lieu d'être son ministre on devient son persécuteur; et c'est ce qui l'outrage et l'afflige sensiblement ; quand e!ie a des ennemis hors de son sein , elle s'en console , c'est une espèce de nécessité ; mais quand elle est déchirée par ses propres ministres et qu'elle en est persécutée , elle est inconsolable : Filios emttrhi et exaltavi , ipsi aatem spreverunt me et maculaverunt me à turpi vitd , à turpi negntio , à negotio per ambulante in tenebris ( S. Bern. in Cant., Serm.33. ).
Secondement, elle est persécutée en ce qu'elle a de plus cher. Trois choses sont extraordinairement chères à l'Eglise : ses mystères , ses enfans et sa gloire : ses mystères, parce que ce sont les gages de l'amour de son Epoux ; ses enfans , parce que ce sont les gages de son amour pour son Epoux; sa gloire, parce que c'est un rejaillissement de la gloire de son Epoux, et qui fait qu'elle lui est agréable. Or , celui qui s'engage dans l'Eglise sans vocation la persécute en ces trois choses : en ses mystères , il les profane ; en ses encans , il les massacre ; en sa gloire , il la lui enlève.
Il profane ses mystères ; car y étant entré sans vocation et y vivant sans grâce, comment ne profaneroitil pas ses mystères ? on ne peut pas attendre autre chose» Il lui massacre ses enfans , car il faut avouer qu'il n'y a rien qui perde tant d'ames qu'un méchant Prêtre. Leurs crimes sont si contagieux , dit saint Isidore de Péluse ( Liv. 5 , cap. 322. ) , qu'ils sont capables d'infecter toute l'Eglise : sacerdotum vitia in omnes reâundant. Leur promotion indigne est la ruine de tout le peuple : indignorum promolio populiest dejectio. En effet, comment la tète étant languissante , tous ies membres ne s'en ressentiroient-ils pas? capite languescente, cœtera corporis membra infîciuntur. Un Prêtre qui entre de la sorte , dit le Fils de Dieu , entre comme un voleur, c'est-à-dire pour piller , massacrer, perdre : qui non mtratper ostium. in ovile ovium , sed ascendit aliundè , qui n'entre pas par la porte , c'est-à-dire , par la vocation divine qui est la seule porte par laquelle on y entre , Me fur est et latro , et non venit niai ut furetur , et mactet , et perdat.
Mais si vous n'êtes pas suffisamment convaincus par ces paroles , voyez les exemples dont nous en avons une infinité dans l'Eglise : si verbis non creditis , exemplis acquiescite , plurima sunt, dit saint Bernard. Voyez la chute d'un Paul de Samosathe j d'un Macédonius , d'un Nestorius et de tant d'autres Prêtres et Ecclésiastiques qui ont entraîné avec eux une infinité d'ames. Quelle en est la cause? c'est qu'ils n'ont pas été bien appelés. Si l'on eût suivi l'avis de saint Pierre d'Alexandrie , qui ne reconnoissant point de marque de vocation dans Arius , avoit défendu qu'on l'ordonnât , on n'auroit pas vu tant de Chrétiens perdus par son erreur. Ursace et Valens , ministres
de la fureur de Constance contre les Evêques orthodoxes , n'eurent point une bonne vocation. Le schisme des Novatiens et des Donatistes prit sa source dans l'ambition de deux hommes sans vocation.
Enfin , après avoir profané ses mystères et perdu ses enfans , il lui enlève sa gloire; il donne occasion aux hérétiques et aux infidèles de faire des reproches à l'Eglise , et de dire qu'elle n'est pas sainte , puisqu'elle a des ministres si déréglés. Ce mal est sans remède , c'est une plaie incurable : vœ per quos nomen meum blasphematur in gentibus ! intestina et insanabilis plaga Ecclesiœ ( S. Bern.,Declam. c. 5. ). L'Eglise peut chasser les hérétiques , elle peut fuir les tyrans, mais les Prêtres mal appelés , necfugarenec Jugere eos potest.
Pour conclure, disons que c'est la persécution où elle voit moins de remède, et que c'est aussi le sujet le plus sensible de sa douleur. Car enfin elle peut dire avec sujet, à présent , ce que saint Bernard lui faisait dire autrefois : Ecce in pace amaritudo mea ama~ rissima ( S. Bern. , Serm. 33. in Cant. ). Eb periculosius , qub inte.rius malum. Comment fuir ou repousser la persécution de ses enfans ? ils ont entre leurs mains ses mystères , elle leur a donné part à tous ses secrets , ils ont en leur pouvoir tous ses trésors ; quel remède ? Si insurgeret aperlus inimicus hœrelicus y mitteretur foras et aresceret..* Si violentus inimicus , absconderet se forsitan ab eo ; ne verb quem ejiciet , aut à quo se absconciel , omnes amici et omnes inimici ; omnes necessarii et omnes adversarii ; omnes domestici et nulli domestici ; omnes ministri Christi sunt et terviurit aniichristo. N'est-ce donc pas avec sujet qu'elle est
dans la plus grande de ses amertumes ? Olim âictum est , et nunc. tempus implelionis advenit : ecce in . pace amaritudo mea amarissima ; amara priùs in nece martyrum , amarior post in conflictu hœrcticorum ; amarissima nunc in moribus domeslicorum : et pourquoi? nec fugare nec fugere eos potest ; ità invaluerunt et multiplicati sunt super numerum ( S. Bern. , ibid. ). Prêtez donc vos oreilles aux plaintes de l'Eglise : sa voix plaintive et gémissante ne pourra que vous donner des sentimens de tendresse et de compassion pour ses misères : Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus , Rachel plorans filiossuos, etnoluit consolari , quia non sunt. Tel est l'état actuel de l'Eglise toute e'plorée. Autrefois, dans les plus rudes persécutions qu'elle a souffertes, on lui enlevoit ses enfans ; mais si on les lui enlevoit pour la terre , elle étoit assurée de les retrouver dans le ciel , car autant de martyrs, autant de Saints ; mais aujourd'hui le dérèglement des mauvais Prêtres les lui enlève et pour le temps et pour l'éternité : et noluit consolari, quia non sunt.
Après tout, concluons : il faut se sauver; car à quoi nous servira tout l'honneur de ce monde ? à quoi toutes les richesses ? à quoi les dignités ecclésiastiques? à quoi le sacerdoce? si avec tout cela nous sommes damnés. Concluons donc qu'il vaut mieux se sauver avec le peuple , que de se damner avec les Prêtres : Melius est sahari in humili gradu fidelis populi , quàm in sublimitate deteriùs vis? ère , et districtiàs Judicari. Or , cest se perdre avec eux , que d'y entrer sans vocation.
Mais que faut-il faire pour ne point y entrer sans vocation ? c'est ce que nous vous dirons, moyennant la grâce de Dieu , dans le prochain entretien.
De V importance d'examiner beaucoup sa vocation pour Vètat ecclésiastique.
Tout ce que nous avons dit touchant la nécessite delà vocation à l'état ecclésiastique serviroit peu, si vous ne vous en faisiez l'application ; c'est pourquoi j'ai cru que je devois aujourd'hui vous entretenir de l'importance d'examiner si l'on est appelé de Dieu à cet état. Lorsqu'on donne des maximes générales , on en convient facilement. Qu'on dise, par exemple, à une personne qu'il faut se détacher du monde , et que c'est l'esprit du christianisme , elle vous dira : j'en conviens. Qu'on lui dise qu'il faut travailler à son salut préférablement à tout, elle vous dira : j'en suis persuadée. Qu'on lui dise qu'il faut aimer Dieu pardessus tout, elle vous dira : qui en doute? Qu'on lui dise qu'il faut pardonner les injures, elle vous dira : j'en suis convaincue. On demeure d'accord de toutes ces vérités à les considérer en général , parce qu'elles n'incommodent pas la cupidité, et qu'elles ne heurtent pas les passions ; mais lorsqu'il faut faire une application de ces maximes générales sur un sujet particulier, pour lors on fait voir que la conviction qu'on avoit n'étoit que dans l'idée. Quand il faut se détacher de telle chose en particulier, on sent toute la force de son lien. Quand il faut préférer l'affaire du salut à un gain , à sa fortune , à son établissement, c'est là le difficile et l'impossible. Quand il faut préférer Dieu à une passion dominante, on cherche des excuses; quand il faut pardonner une injure, on couvre sa dureté, son inimitié de quantité de prétextes. Il en est de même de la nécessité de la vocation en général : on convient qu'on ne doit pas entrer dans
l'état ecclésiastique si l'on n'y est pas appelé de Dieu , mais on se persuade qu'on y est appelé, on le suppose, parce qu'on le veut, et l'on ne se met pas en peine de s'en éclaircir. Je veux donc vous faire voir aujourd'hui qu'il faut beaucoup examiner sa vocation, et je dis qu'il faut que cet examen ait trois qualités: premièrement , qu'il soit soigneux ; secondement , qu'il soit sévère et rigoureux; troisièmement, qu'il soit sincère et de bonne foi. Il faut qu'il soit soigneux , parce que la chose est de très-grande importance ; il faut qu'il soit sévère et rigoureux, parce que la chose est très-obscure ; il faut qu'il soit sincère et de bonne foi, parce qu'on se flatte beaucoup sur cette matière. Ces trois considérations feront le sujet de cet entretien. Premièrement, c'est une des principales maximes, et m^me une maxime fondamentale de la religion chrétienne, que la volonté de Dieu doit être la règle de toutes nos actions et de toute notre conduite. C'est ce que Notre-Seigneur nous a fait connoître lorsqu'il nous a dit : Non omnis qui dicit mihi , Domine , Domine, intrabit in regnum ccelorum, sed qui facit voluntaiem Patris mei qui in cœlis est.... Saint Paul écrivant aux Romains , leur recommande de chercher et d'examiner quelle est la volonté de Dieu : ut
probetis quœ sit t*oluntas Dei bona et per/ecta
Jésus-Christ même, dont la vie doit être la règle vivante de la nôtre , nous assure qu'il n'est venu sur la terre que pour faire la volonté de son Père; il dit que c'est sa nourriture: Cibus meus est ut faciam voluntaiem ejus qui misit me ; et afin que nous n'oubliions pas une règle si nécessaire à notre salut , il nous fait demander à Dieu , dans l'oraison qu'il nous a enseignée, que la volonté de Dieu soit faite en la terre comme au dd:jiat voluntas tua; et 1 accomplisse-
ment de cette règle est tellement nécessaire, que nous ne pouvons nous sanctifier qu'autant que nous faisons la volonté Je Dieu. Or , si pour régler notre vie il faut connoître quelle est la volonté de Dieu , et si dans toutes nos actions il faut que nous jetions les yeux sur cette grande règle, il est certain que nous y sommes spécialement obligés lorsqu'il s'agit d'entrer dans l'état ecclésiastique, parce que de cette entrée dépendent la gloire de Dieu, le bien de l'Eglise et notre propre sanctification. Si Ton entre dans l'Eglise par la porte de la volonté de Dieu , on peut espérer d'y glorifier Dieu , on peut espérer de rendre service à l'Eglise , on peut enfin espérer de s'y sanctifier. Que si l'on ne consulte pas la volonté de Dieu , et qu'on y entre malgré cette divine volonté, on ne doit attendre que des désordres et des malheurs pour soi et pour l'Eglise. Avant d'entrer dans l'Eglise, il faut s'asseoir, comme parle l'Evangile, compter et supputer si l'on pourra soutenir les frais et la dépense de cet édifice qu'on prétend bâtir, de peur qu'ayant commencé témérairement et de sa propre tête, on ne puisse pas continuer ou achever ce qu'on a commencé, et qu'on ne se rende ainsi le jouet des démons: ctepit ceâificare , et non potuit consummare.
Ce que la racine est à l'arbre, la source au ruisseau^ le chef à l'égard des membres, l'entrée dans l'Eglise l'est à l'égard de la conduite d'un Prêtre. Si la racine d'un arbre est pourrie, quelle nourriture en peut tirer le corps de l'arbre ? quels fruits peut-on attendre d'une sève aigre? les arbres ne portent point de fruit, ou s'ils en portent , ils sont mauvais. Si la source est impure , les ruisseaux ne le sont-ils pas aussi ? Si le chef est chargé d'humeurs, ne doit-on pas craindre quelque apoplexie et une grande infirmité pour tout le
corps? lien est de même de l'entrée dans l'état ecclésiastique :si cette entrée est illégitime, si l'on n'y entre pas par l'esprit de Dieu, mais par un esprit de cupidité, d'avarice, d'intérêt, de plaisir, d'ambition , que peut-on attendre de cette entrée, sinon des désordres , des scandales et la désolation dans l'Eglise ? D'où pensez-vous que viennent tant de désordres que nous voyons dans l'Eglise, si ce n'est du défaut de vocation de la plupart des ministres? C'est de cette source funeste que naissent une infinité de maux, de scandales et de désordres.
Lorsqu'on a quelque affaire dans le monde, on cherche avec beaucoup de soin les moyens de la faire réussir: s'il s'agit d'un procès, on consulte un avocat habile, on lui expose le pour et le contre, le fort et le foible; pourquoi.' c'est que l'affaire est de conséquence. Si l'on veut faire un établissement , quelle précaution ne garde-t-on pas i on s'informe s'il y a du bien dans une maison , ou si la dot sera bien placée; on va fouiller jusque dans le secret des familles. Si Ton veut même prendre un serviteur, on s'informe de sa fidélité, de sa probité; on cherche un répondant, on ne lui confie d'abord que des choses peu considérables , jusqu'à ce qu'on ait tiré de lui une épreuve suffisante. Quoi ! l'on prend toutes ces mesures dans le monde pour des affaires de néant, pour un méchant procès, pour assurer une dot , pour le choix d'un serviteur, etl'on croira qu'il ne faut point d'examen pour lechoixdes ministresde l'Eglise ! on croira qu'on peut donner indifféremment à tous ceux qui se présentent la conduite de l'Eglise, le soin de ses biens, l'administration de ses sacremens, la dispensation de ses mystères, l'application des mérites du Fils de Dieu , la consécration de son Corps et de son Sang! N'est-ce pas
tin aveuglement étrange d'entrer dans un état qui a toutes ces fonctions, sans examiner si Dieu y appelle? Vous voyez que la matière est trop importante pour ne pas y apporter un examen très-soigneux. Mais si cet examen doit être soigneux, il doit être encore sévère, et aller jusqu'à la rigueur. C'est la seconde qualité que doit avoir l'examen que nous devons faire de la vocation à l'état ecclésiastique.
Lorsque les Saints nous parlent de la vocation à l'état ecclésiastique, ils nous disent qu'il faut y apporter un examen très-exact, très-sévère et très-rigoureux. On peut en donner pour raison que le discernement de cette vocation est fort difficile à faire; et il est irès-difficile à faire , parce qu'il est fort obscur, fort secret et fort caché. Il y a trois grands principes qui rendent ce discernement fort obscur et fort incertain. Le premier principe de la difficulté qu'il y a à connoitre si Ton est appelé à l'état ecclésiastique est du côté de Dieu. Pour entrer dans l'Eglise, il faut y être appelé de Dieu ; et qui sait si Dieu y appelle ? qui est entré dans son conseil ? quis novit sensum Dominil au quis ejus consiliarius fuit! Il y a une grande différence entre le sacerdoce de l'ancienne loi et celui de la nouvelle sur ce point. Dans l'ancienne loi on étoit sûr qu'on étoit appelé de Dieu au sacerdoce , si l'on étoit de la famille d'Aaron, pourvu qu'on n'eût pas ces taches et ces défauts extérieurs dont il est parlé dans le Lévitique , et qui excluoient du sacerdoce. Le sacerdoce étoit attaché à la race; mais dans la loi nouvelle , le sacerdoce n'est attaché ni à la race, ni au sang; il est uniquement attaché à la volonté de Dieu , qu'il n'est pas si facile de connaître qu'on se l'imagine ; il est attaché au mérite, à la vertu , à des dispositions intérieures qu'on ne découvre pas si aisément.
Les Saints ont bien reconnu cette grande difficulté de discerner si Ton est appelé de Dieu à l'état ecclésiastique et aux dignités de l'Eglise. C'est pourquoi ils ont été si retenus à dire leur sentiment et à décider sur ces matières. Vous connoissez tous saint Bernard, il étoit la lumière et l'oracle de son siècle; il ^toit consulté par les papes, les évêques, les rois et les empereurs; il étoit plein de l'esprit de Dieu. Néanmoins ce grand homme et ce grand Saint est consulté par Bruno , nommé à l'archevêché de Cologne. Cet homme ayant été élu canoniquement , consulte saint Bernard pour savoir s'il doit accepter cette dignité ; et pour lui donner plus de liberté et de lumière pour lui répondre, il lui fait une déclaration de ses défauts et des désordres de sa jeunesse. Il semble qu'il étoit fort facile à saint Bernard de prononcer là-dessus ; toutefois ce Saint, tout éclairé qu'il est, n'ose pas prononcer, il n'ose pas décider; il loue son humilité dans la confession qu'il lui fait de ses désordres , mais il dit en même temps qu'elle est terrible : humilis qw'dem, sed terribilis confessio. Qui sait, dit saint Bernard, si vous êtes appelé de Dieu à cet archevêché ? quis hoc mortalium de/inire prœsumat t peut-être que Dieu vous appelle; qui oseroit vous détourner? mais peutêtre aussi que Dieu ne vous appelle pas ; et qui oseroit vous conseiller de l'accepter? Deus/orsitan vocat; quis audeat dissuadere ? forsitan non vocat ; quis appi'opinquare consulet l et qui peut savoir précisément si vous devez accepter ce bénéfice , sinon celui qui pénètre le fond des cœurs , ou ceux à qui il le fait connoitre ?
Voilà de quelle manière répond saint Bernard à la demande qu'on lui fait, et nous nous persuaderons qu'il n'y a rien de si facile que de déterminer une per-
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sonne sur sa vocation ! Tout autre, à ia place de saint Bernard, auroit eu un grand penchant à répondre conformément aux inclinations de Bruno qui le consultait, il auroit eu égard au choix légitime qu'on avoit fait de lui , il auroit beaucoup appuyé sur cette humilité sincère et édifiante qui le portoit à consulter; il auroit dit : 11 est vrai que cet homme a été sujet à des déréglemens dans sa jeunesse , mais ils sont bien réparés par cette profonde humilité ; il lui auroit dit : Allez , prenez ce bénéfice , votre vocation est bonne , elle est de Dieu , j'en réponds , je m'en charge; et c'est ainsi qu'on répond ordinairement à ceux qui nous font l'honneur de nous consulter ; on croit qu'on ne peut mieux reconnoître cette obligation qu'en répondant conformément à l'inclination de ceux qui nous consultent, au lieu de dire avec saint Bernard iquis audeat dissuadere, quis appropinquareconsuletl
Le second principe qui rend la vocation d'une personne fort obscure et fort incertaine par rapport à l'état ecclésiastique, c'est le démon. Comme il est l'ennemi juré du Fils de Dieu, il pousse quantité de personnes à entrer dans l'Eglise, afin de faire déshonneur à Notre-Seigneur , afin de faire profaner ses mystères, et afin de ravir à Jésus-Christ les âmes qui lui sont si chères. Il porte ces personnes sur le pinacle du temple , afin de les précipiter en bas. Je n'en dis pas davantage là-dessus.
Mais il suffit de vous dire que notre vocation est même fort incertaine de notre côté, parce que notre inclination à l'état ecclésiastique , qui est une bonne marque pour discerner la vocation à l'état religieux, est fort incertaine et fort douteuse pour l'état ecclésiastique. 11 y a une grande différence entre l'état religieux et l'état ecclésiastique. Quand on dit qu'une personne
a de l'inclination pour un ordre religieux où l'on fait profession de mener une vie pauvre, austère et retirée, c'est une marque que cette inclination vient de Dieu , car la nature ne porte pas là ; mais quand une personne diroit qu'elle a de l'inclination pour l'état ecclésiastique, cette inclination est fort suspecte, parce qu'il y a dans l'Eglise des richesses , des honneurs et des commodités. Tel qui sera pauvre selon le monde f espère un gros bénéfice; tel qui seroit obligé de travailler pour vivre , donnera dans le clergé , et y mènera une vie oisive et paresseuse; tel qui auroit été méprisé dans le monde, se fera considérer dans l'Eglise. Ces vues et bien d'autres de la même sorte peuvent être le principe de l'inclination qu'on a pour l'état ecclésiastique, et par conséquent cette inclination est fort suspecte. Elle peut venir de Dieu, elle peut aussi venir de nous-mêmes; et quoiqu'on dise ou qu'on pense qu'on entre dans l'Eglise pour la gloire de Dieu et le salut des âmes , on n'est pas véritablement dans cette disposition. Il y a bien de la différence entre avoir une disposition dans l'esprit et l'avoir dans ie cœur. Plusieurs se trompent et sont dans l'illusion , s'imaginant que parce qu'ils savent une chose et qu'ils la pensent, ils l'aiment aussi. On se trompe souvent; c'est pourquoi il faut beaucoup se défier de soi-même lorsqu'il s'agit d'entrer dans l'Eglise; c'est pourquoi il faut que ceux qui sont chargés de donner des ministres à l'Eglise ou qui y ont quelque part, soient extrêmement circonspects pour ne pas précipiter leurs ordinations. C'est enfin pour cela que saint Paul donnoit à Titnolhée cet avis important : nemini cito manum impn.sm fis. Faisons quelques réflexions sur cet avis. Premièrement , qu'est-ce qui ie donne : Saint Paul, un Apôtre Lies- éclairé; ce n:est pas un docteur qui
exagère
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exagère et qui outre les choses , c'est un homme qui a la science de Dieu et qui est rempli du Saint-Esprit. On ne peut l'accuser d'ignorance, ni d'une trop grande sévérité , puisqu'il est animé et dirigé par le Saint-Esprit. Or, ce grand homme ordonne de ne pas imposer trop tôt les mains à personne , c'est-à -dire de ne pas précipiter les ordinations, et de bien éprouver les sujets avant de les ordonner.
Secondement, à qui donne-t-il cet avis l est-ce à un évêque relâché dans la discipline de l'Eglise, qui a besoin d'être retenu et modéré ? C'est à Timothée , un homme très-élevé dans la science de l'Ecriture- Sainte, un homme formé à ses fonctions par saint Paul , un homme qui a été un des grands évèques de l'Eglise ; or , néanmoins saint Paul ne laisse pas de lui donner cet avis : nernini cito manum imposueris, prenez bien garde de faire des ordinations trop précipitées.
Troisièmement , à l'égard de qui saint Paul donne-t-il cet avis? C'est à l'égard des premiers chrétiens qui avoient reçu les prémices de l'Esprit-Saint , qui vivoient dans une grande union , n'ayant tous qu'un cœur et qu'une ame:credent!um eratcorunum et anima una', à l'égard des premiers chrétiens qui vivoient dans un grand détachement des biens de ce inonde ; et néanmoins saint Paul avertit Timothée de prendre garde à ne pas imposer trop tôt les mains à personne , sans aucune exception : tiemini cito manum imposueris.
Quatrièmement , dans quelle circonstance saint Paul donne-t-il cet avis? C'est dans une conjoncture où l'un a peu de sujet de se défier de la bonne volonté de ceux qui entrent dans l'Eglise ; car c'est dans un temps où l'Eglise est pauvre, où elle est persécutée,
où s'enrôler dans sa miiice sainte , c'est s'inscrire pour le martyre; car dans ces temps de persécution , on s'en prenoit d'abord aux évéques , puis aux prêtres et aux diacres. Néanmoins, nonobstant toutes ces circonstances, saint Paul recommande à son Disciple qu'il prenne bien garde à qui il imposera les mains. Quelle précaution ne faut-il donc pas prendre maintenant que ceux qui aspirent aux ordres ont si peu de vertu , si peu de sainteté, et même si peu de l'esprit du christianisme! Dans lin temps où les richesses et les commodités de l'Eglise font le grand attrait de la plupart de ceux qui se présentent pour en être les ministres, on a tout sujet de se défier, et c'est pour cela que les saints Pères disent sur ces paroles de saint Paul, qu'il ne faut pas imposer les mains ante tempus examinis. C'est pour cela qu'ils disent qu'il faut plusieurs épreuves pour s'assurer de ceux qui veulent être ordonnés; et c'est sur cette règle que tous ceux qui ont part aux ordinations, et qui conseillent trop facilement l'entrée dans l'état ecclésiastique , s'exposent à répondre des péchés de ces personnes : ne peccatls alierds commw nicaveris. C'est une chose effroyable pour un directeur d'avoir eu part à l'entrée téméraire et précipitée de quelqu'un dans l'Eglise. 11 en répondra devant Dieu ; il sera fort étonné , lorsque Dieu lui imputera tous les péchés et tous les sacrilèges de cet intrus et de ce présomptueux. C'est pourquoi vous ne devez point trouver mauvais que vos directeurs aient quelquefois beaucoup de peine à vous déterminer d'aller aux ordres, ou à vous le conseiller. Il s'agit de votre salut, mais il s'agit aussi du leur ; et ils ont à craindre que, pendant qu'ils sont réglés dans leur propre conduite, et qu'ils servent Dieu fidèlement, d'autres ne fassent pour eux un amas de péchés ; car il est y rai que s'ils ont
contribué témérairement à leur ordination , ces genslà pèchent sur leur compte , et ils en répondront devant Dieu. 11 faut donc et pour les directeurs et pour les dirigés les plus grandes précautions, un examen révère et profond : il faut aussi qu'il soit sincère et de bonne foi ; c'est la troisième qualité qu'il doit avoir.
Le Saint-Esprit nous avertit que celui qui cherche la loi de bonne foi sera rempli de sa lumière, et que celui qui use d'artifice et de duplicité y trouvera un piège et un scandaie : qui quœrit legem replebitur ab ea; et qui insidiosè agit scandalizabitur in ea (Eccli. 32 , 19. )• Celui qui cherche la loi de bonne foi et qui veut sincèrement être instruit , sera rempli de lumière; celui qui consulte un directeur dans cet esprit, sera éclairé; Dieu donnera à ce directeur des lumières pour manifester sa volonté; mais si l'on consulte avec un cœur double , si Ion consulte , tout déterminé à faire ce qu'on a résolu , si l'on consulte sans indifférence : qui insidiosè agit scandalizabitur in ea. Vous demandez si l'on peut aller aux ordres , on vous dira, allez ; vous demandez si vous pouvez accepter telle ou telle place , on vous dira, acceptez-la, parce qu'on vous répond suivant ce que vous exposez , et ainsi vous ferez votre volonté au lieu de faire celle de Dieu.
Consultons -nous un peu nous-mêmes là-dessus , et voyons comme nous faisons nos consultations par rapport aux saints ordres et par rapport aux emplois ecclésiastiques. Notre résolution n'est-elle pas déjà prise avant de consulter ? ne sommes-nous pas bien aises qu'on nous réponde suivant nos inclinations et conformément à notre cupidité ? qui insidiosè agit scandalizabitur in ea. Vous aurez consulté, mais une consultation de cette espèce , bien loin de vous mettre
à couvert de la colère de Dieu , ne fera que l'enflammer davantage : qui insidiosè agit scandalizabitur in ea.
Pour profiter decet entretien si important et mettre en pratique ce que nous venons de dire, deux choses sont absolument nécessaires: beaucoup prier, beaucoup et bien consulter. Premièrement, il faut beaucoup prier pour demander à Dieu qu*il nous fasse connoître sa voîmté sur une matière si importante pour sa gloire, pour le bien de son Eglise et pour notre salut. Il ne faut pas aller à l'oraison pleins de ce que nous voulons que Dieu nous inspire, mais dans une sainte indifférence, lui disant avec David : Domine, doce me jacere voluntatem tuant ; ou avec saint Paul : Domine, quid me vis facere ? Il faut rapporter à ce motif d'obtenir la grâce de connoître la volonté de Dieu , toutes ses bonnes œuvres, visites, communions, prières , études, mortifications; et secondement , il iaut consulter de bonne foi et sincèrement un directeur, lui découvrant les plis et les replis de sa conscience ; il faut le consulter avec docilité et avec soumission, étant prêts à faire tout ce qu'il dira , en telle sorte que si nous n'étions pas proposés , bien loin d'en ressentir la moindre peine, nous ne vissions en cela que l'expression delà sainte et adorable volonté de Dieu. Mais que ferai-je? que deviendrai-je ? que va-t-on penser de moi ? on s'attendoit à me voir ordonné. Souvenezvous de ces paroles de saint Bernard : melius est in humili gradu salvari, quàm in sublimitate cleri de~ teriùs vivere et distrii tiùs judicari.
Je vous conjure de faire une réflexion sérieuse sur ces vérités. Consultons notre vocation ; si Dieu ne nous appelle point, gardons-nous bien d'entrer; si nous entrons sans vocation , nous entrons sans grâces,
nous vivrons sans bénédictions , nous aurons la dignité sacerdotale par un effet de la justice de Dieu ; mais nous n'aurons pas le secours que donne sa miséricorde. N'exposons pas notre salut à un danger évident ; n'exposons pas l'honneur de Dieu et celui de son Eglise; que si au contraire Dieu nous appelle, entrons avec une humble confiance que Dieu nous assistera ; ne prévenons pas toutefois les momens que Dieu a marqués pour nos ordinations ; et en les attendant , préparons-nous sérieusement à un état si sublime.
Des deux premières marques de la vocation à Vètat ecclésiastique.
Après vous avoir parlé , dans les derniers entretiens, de la nécessité de la vocation à l'état ecclésiastique avant de s'y engager , et vous avoir fait connoître les malheurs terribles et l'abîme inépuisable de misères où se plonge une ame qui y entre sans cette vocation; après vous avoir montré l'importance de se bien examiner pour savoir si l'on a cette vocation , il nous reste à vous découvrir les marques d'une légitime vocation , afin que cette connoissance vous serve ou pour entrer dans l'Eglise si vous les reconnoissez en vous , ou pour vous en éloigner si vous ne les avez point. Mais avant de vous parler des marques pour connoître une légitime vocation , je ne ferai point difficulté de vous répéter encore qu'une des choses du monde les plus difficiles, est de connoître si une personne est appelée à l'état ecclésiastique , parce que c'est une des choses les plus cachées. H s'agit de découvrir si Dieu appelle quelqu'un , ou s'il ne l'appelle pas ; cela est bien épineux , cela est bien
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taché. Pour bien connoître celte vocation il faudroit être entre7 dans le cœur de Dîen pour y voir ce qu il a ordonné. Quis eognovit sensum Dnmini? aut quis eônsiliarws ejus fuit ? comment découvrir ce que Dieu a résolu dans le plus secret de ses conseils , et comment pénétrer dans le fond de ses desseins ? il faudroît aussi entrer dans le cœur de celui dont on veut connoître la vocation, pour voir quelles sont ses dispositions ; or , le cœur de l'homme est un abîme impénétrable.
Saint Bernard, comme je vous l'ai déjà dit, consulté,par un personnage illustre, sur sa vocation à l'état ecclésiastique , ne veut point lui donner de réponse décisive , et la raison qu'il en rend : Neque enim possum , undè certus non sum , certam proferre sententiam : je me garde bien , dit ce grand Saint, de vous assurer d'une chose que je ne connois pas certainement. Quœris à me consilium vir illustris , utrùm volentibus te promnvere acquiescere debeas? Quis hoc mortalium âefinire prœsumat l Deus forsitan vocat , quis audeat dissuaderez forte non vocat r quis appropinquare consulat ? Utrùm verb vocatio Pei sit , annon sit , quis s cire possit , carcepio Spiritu Dei qui scrutatur etiam alta Dei y vel si cui forte revelaverit ipse? Et, sans lui donner de réponse plus précise , il conclut : hœc intérim à me suspensive responsa sujfîciant. C'est ainsi que parle ce grand Saint , et il ne craint pas, en ce point , d'avouer son ignorance. C'est aussi sur cette matière , que les Saints les plus éminens en vertu et en science ont appréhendé de prononcer. Néanmoins nous voyons aujourd'hui, par un aveuglement étrange , que plusieurs assurent qu'ils sont appelés de Dieu à l'état ecclésiastique, n'ayant point d'autre garant de leur
vocation que leur cupidité ou leur affection déréglée. Et c'est ce qui fart la ruine de notre état : on manque dans le fondement , et de là viennent tous les désordres que nous voyons dans le Clergé , et tant d'abominations qui sont répandues dans le sanctuaire.
Si vous avez quelque zèle pour la gloire de Dieu et pour l'Eglise, et si vous avez quelque charité pour votre ame, il est de la dernière importance que vous examiniez si Dieu vous appelle à cet état , afin que s'il vous appelle vous y entriez avec humilité et confiance ; et que s'il ne vous appelle pas , vous soyez fidèles à vous retirer. Je vous ai dit avec saint Bernard, qu'il est très-difficile de connoitre si Dieu appelle à l'état ecclésiastique. Toutefois on donne ordinairement quatre marques pour connoitre cette vocation ; ces marques sont : une inclination droite, la probité de mœurs , l'aptitude et l'appel du supérieur. Quand cela se rencontre on peut marcher en assurance; mais si cela manque , en vérité , il y a bien à craindre. Je parle ici des marques ordinaires de la vocation , et non des extraordinaires , dont Dieu s'est servi quelquefois pour manifester sa volonté et le choix qu'il faisoit de certaines personnes pour l'état et les charges ecclésiastiques. Ces marques extraordinaires ne doivent pas nous servir de règles ; et il ne faut pas les attendre. Dieu faisoit paroîtie ces marques extraordinaires pour faire connoitre sa volonté à ceux qu'il appeloit à cet état, et qui, en étant très-éloignés par leur humilité, n'auroient p3s aisément consenti à leur élévation. Ainsi, S. Cîirysostome estordonné après l'apparition d'un Ange qui le commande ; saint Kerni , par un rayon de lumière qui parut sur sa tète ; saint Ambroise, par la voix miraculeuse d'un enfant : saint Grégoire, par une colonne de feu , et une infinité
So ExNtp.etie:\'s
d'autres dont l'histoire ecclésiastique est toute pleine , et qu'il seroit trop long de rapporter. Il ne faut pas nous régler sur ces vocations , mais il faut nous en tenir à l'ordre commun.
La première marque que nous avons pour connoître si une personne est appelée à l'état ecclésiastique , est une inclination droite à cet état , et par-là je veux dire deux choses : premièrement , il faut écarter toutes les intentions profanes; secondement, il faut avoir des intentions droites et conformes à la fin de cet état. Premièrement , il faut bannir toutes les intentions profanes , comme sont celles qui nous porteroient à rechercher l'honneur, les plaisirs, l'intérêt, la vie douce et commode , le repos. Si Ton avoit de l'inclination à l'état ecclésiastique pour ces sortes détentions, cette inclination ne seroit pas une marque de vocation ; au contraire, ce seroit une marque qu'on ne seroit pas appelé de Dieu , mais par la chair et le démon. Voilà pourtant ce qui fait l'inclination de la plupart des personnes qui entrent dans l'état ecclésiastique. Pourquoi entre-t-on ordinairement dans l'Eglise ? Entrons un peu dans l'esprit, et dans le cœur, et ne nous arrêtons pas seulement aux raisons apparentes et aux prétextes dont on se sert pour couvrir et pour colorer ses mauvaises intentions. Si l'on examine les raisons intérieures qui font agir , on trouve ordinairement que c'est l'intérêt, l'honneur, le plaisir, le désir d'une vie douce , commode et exempte de travail. On trouvera que l'un veut être Ecclésiastique parce qu'il a un oncle ou un parent en place , et qu'on veut conserver cette place dans la famille. Un autre se portera à l'étude et à l'état ecclésiastique dans la vue d'un gain annuel de cent éeus ou quatre cents fïanes ; on regarde ce revenu comme un grand
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avantage; on dit, je serai riche, je serai heureux, je pourrai soulager mes parens , si une fois j'arrive à ce poste. C'est aussi le motif qui pousse les parens à faire étudier leurs enfans. Un autre qui n'aime pas !e travail , regarde l'état ecclésiastique comme un état propre à se reposer et à gagner sa vie sans beaucoup de peine. Un autre se fait un honneur d'être Prêtre et d'être dans un état où il sera considéré et élevé au-dessus de sa première condition et de celle de ses païens. Voilà les vues qui en portent plusieurs à entrer dans l'Eglise. Voilà quel est le principe et le mobile de cette inclination qu'ils sentent pour l'état ecclésiastique. Cette inclination , comme vous voyez, est loin d'être droite ; elle ne vient point de Dieu , mais du monde , mais de la chair , mais du démon. Quand on diroit : Je rne sens porté et attiré à l'état ecclésiastique , je l'ai toujours désiré , j'y ai toujours eu du penchant , si vous n'avez pas eu des vues plus nobles et plus pures , ce n'est pas une marque de vocation ; au contraire , c'est une marque que Dieu ne vous appelle pas. Seriez-vous assez aveugles pour croire que l'état ecclésiastique est un état institué de Notre-Seigneur pour amasser du bien et pour y faire fortune ?
Saint Jérôme ne pouvoit souffrir la conduite de ceux qui, étant dans l'Eglise , où l'on doit faire une profession particulière de pauvreté et de dégagement des biens du monde , s;app'.iquoient à acquérir des richesses. Prenez bien garde , écii voit-il à une personne, que vous ne cherchiez les gains du siècle dans la milice de Jésus-Christ. Prenez bien garde d'avoir plus de bien étant clerc que lorsque vous avez commencé à l'être , et que vous possédiez plus sous Jésus- Chiist pauvre que sous le monde riche. Ce grand
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Saint croyonf qn'il étoit rrès-indigne d'un clerc, J 'entrer dans l'Eglise pour y amasser du bien ef pour y erre à ton aise. Nous devons avoir ia même rense'e que lui ; et il faut être dans le plus grand de tous les aveuglemens , pour entrer dans le sacerdoce avec l'intention d'y faire fortune et d'y amasser du bien ; niais l'aveuglement n'est pas moins grand ni moins funeste d'y entrer pour se reposer et pour se satisfaire; car l'état eccle'siasiique n'est pas un état de repos et de plaisir. Il faut écarter et bannir tontes ces vues ; car si c'est par cet endroit que nous avons de linciination à l'état ecclésiastique , nous pouvons dire sans hériter que cette inclination ne vient pas de Dieu , mais de la chair et du sang, mais du démon. Afin que noire inclination à l'état ecclésiastique soit une marque de vocation , il faut qu'elle soit droite, il faut qu'elle suit pure , il faut qu'elle soit désintéressée, il faut qu'elle soit sainte ; en un mot , il faut qu'eile suit conforme aux fins et aux intentions que Notre-Seigneur s'est proposées en instituant l'état ecclésiastique, et dont il veut que tous ses Prêtres soient animés.
Quelles sont les intentions que s'est proposées Notre-Seigneur en instituant l'état ecclésiastique , et dont lui-même , en qualité de Grand-Prêtre, a été rempli et animé ? En voici quelques-unes des principales, dans lesquelles nous devons entrer , si nous voulons que notre inclination à l'état ecclésiastique soit droite, et qu'elle soit une marque de vocation. Notre-Seigneur, en instituant l'état ecclésiastique et le sacerdoce, a voulu et prétendu que ceux qui s'y engageroient auroient un grand zèle pour la gloire de son Père, qu'ils s'appliqueroient à le glorifier et à le faire glorifier. 11 a prétendu qu'ils auroient une grantie
chaiité pour les âmes , et qu'ils se sacrifieroienf pour procurer leur salut. Il a prétendu qu'ils entreraient dans une grande horreur à Fégard du péché, et qu'ils travailleroient sans cesse à le détruire. Il a prétendu qu'ils se regarderoient eux-mêmes comme des victimes , et qu'ils vivroient dans une mortification continuelle. Voilà ce qu'a prétendu Notre-Seignenr , voila ce qu'il exige des Ecclésiastiques , voilà les grands sentimens dont il étoit tout pénétré, et auxquels nous devons tous participer. Notre-Seigneur avoit ces quatre grands sentimens que je viens de vous exposer, dans un degré souverainement parfait. Il brùioit du zèle de la gloire «le son Père , il étoit pressé du désir insatiable de procurer le salut des âmes, il avait une horreur et une haine infinie contre le péché, il vivoit dans la pratique d'une mortification continuelle et universelle , se regardant comme une victime condamnée à ta mort, rejetant tous les plaisirs qu'il auroit pu prendre licitement dans la vie> Avons-nous ces sortes de sentimens, voulons-nous entrer dans l'Eglise pour ces fins? pourglorifier Dieu, pour travailler au salut des âmes , pour faire la guerre au péché et l'attaquer partout? Sommes-nous disposés à embrasser la mortification de Jésus-Christ et à la porter dans notre ame et notre corps? Bien loin de chercher dans l'état ecclésiastique les honneurs , les richesses et les plaisirs , voulons-nous entrer dans des sentimens d'humilité, nous regardant comme les serviteurs de l'Eglise ? Voulons-nous vivre dans un entier détachement des biens de la terre ? voulons-nous mortifier notre chair ? Si nous avons ces intentions, nous pouvons dire que notre inclination est droite , et qu'elle est une marque de vocation à l'état ecclésiastique.
il faut encore que cette inclination soit constante , car si elle v;cnt d'un feu de jeunesse , d'un emportement, d'une saillie d'humeur, de quelque dépit , de quelque dégoût , et qu'elle n'ait point été encore ail-: mie par un long temps , cette inclination est fort suspecte ; et si l'on se trouvoit dans cet état , on devroit attendre pour la laisser mûrir ; de rarme si l'on chancelle, si l'un est inconstant , si tantôt on veut et tantôt on ne veut pas , il y a bien à craindre que la nature n'ait plus de part dans cette inclination que la grâce.
J'ajoute que cette inclination doit être paisible , parce que comme Dieu est un Dieu de paix , les inspirations qui viennent de lui sont aussi paisibles et tranquilles. Voyons si nous avons cette première marque de vocation à l'état ecclésiastique ; examinons devant Dieu si notre inclination est droite; voyons ce qui nous porte à nous enrôler dans la milice du Seigneur ; ne nous flattons point quand il s'agit de notre vocation , puisqu'on ne peut manquer en ce point sans tomber dans un abîme de malheurs. Vous y penserez en la présence de Dieu. Passons à la seconde marque.
La seconde marque de vocation àr l'état ecclésiastique, est la probité de mœurs. Il ne suffit pas, pous entrer dans l'tfglise et pour s'assurer de sa vocation , qu'on ait une inclination bien droite; il faut de plus ]a probité de mœurs et l'innocence de la vie. C'est une marque absolument nécessaire pour la vocation à cet état : (t)ttè se rliscutiat , si vita hofiori sit congrua. Il faut, dit saint Isidore de Séville, que celui qui aspire à l'état ecclésiastique, examine devant Dieu, avant de s'engager , si ta vie qu'il a menée y est conforme. Cette probité de mœurs dit deux choses :
premièrement , éloigne ment du péché ; ef secondement , éfablisssement dans les vertus. Saint Paul marque l'un et l'autre dans les Epitres à Tite et à Timothée : Oportet irreprehensibilem esse , sine crimine ; voilà féloignement du péché; omatum , pudicum , hospitalem , etc. , voilà rétablissement dans les vertus.
Premièrement , il faut que celui qui aspire à l'état ecclésiastique ait un grand éioignement du péché. Car Dieu l'a toujours demandé particulièrement dans ses ministres : Sancti estote, quia ego sanctus summ Dieu vouloit même que les Prêtres de l'ancienne loi fussent sans tache, et que leur volonté fût parfaitement fidèle à la loi de Dieu : elegit sncerdotes sine macula, volunta em habentes in lege Dei (I. Machab. 4- ) ; et ces taches du corps qui éloignoient autrefois du sacerdoce légal : homo qui habuetit maculant non afferet panes Domino suo , nec acce.det ad ministerium ejus , ne sont , disent les Saints , que les figures des taches et des vices de l'ame qui rendent une personne absolument indigne du sacerdoce de Jésus-Christ. Saint Cyrille en a fait un livre presque tout entier; et nous voyons aussi que lEgiise a toujours demandé une sainteté si grande dans ses ministres , qu'elle a voulu une innocence entière et conservée depuis le baptême , ou du moins îéparée par une très-exacte et véritable pénitence. L'Eglise souhaiteroit qu'on eût gardé l'innocence de son baptême, pour entrer dans le sacerdoce ; elle souhaiteroit qu'on fût en état de dire à Dieu : me autem propler innocentiam suscepisti ; ego aut^m in innocentia mea ingressus sum j in Eccletiis Lenedicam te , Domine.
Saint Jérôme dit qu'il ne suffit pas que dan s le
temps où Ion doit e!rc ordonné , on soit sans prime et qu'on ait réparé les fautes passées par une vie plus réglée, mais qu'il faudroit que depuis son baptême on n'eût souillé sa conscience par aucun péché : non eo tantùm tempore quo ordinandus est sine ullo crituine sit, et prœteritas culpas nova conyersatiotie diluerit ; sed ex eo tempore quo in Christo rencttuse.st, nul ht peccati conscientia remordeatur. II en rend la raison : quomodo etiim potest prœses ecclesiœ art ferre malum de medio f/'us , qui in delicto simili convertit? aut qun liber taie corripere peccantem , cùm tacitus sibi ipse respondeat eadem admisissequœ corripit! Cela seroit bien à souhaiter, qu'on eût conservé cette innocence et cette grâce baptismale : néanmoins, comme l'Eglise sait que l'homme est fragile, et qu'on trouveroit peu de personnes qui eussent conservé l'innocence de leur baptême , elle veut du moins qu'on ait réparé cette innocence perdue par une très-exacte et véritable pénitence. C'est sur ce fondement qui a toujours été constant parmi les Saints , et que l'Eglise a toujours demandé comme une des meilleures marques de dévolion , que saint Bernard appuie cette belle, mais étonnante réponse qu'il fait à Bruno, nommé à l'archevêché de Cologne. Ce F>runo avoit offensé Dieu pendant sa vie passée d'une manière qui avoit scandalisé, et il consultoit et demandât s'il devoit s'engager dans cet état. J'ai horreur, dit le Saint, de ce que vous me demandez : horreo, fateor ; sic tnim t'bi , ut mihi loqui debeo quod sentio ; horreo , inquam, considerans unie et quo vocaris , prœsertim cùm nullutn intercurrent pœnitenliœ tznrjjuï, perquod utcumque pej'iculosissimus luyuscemodi transitai fiât, et qudem rertus ordo requirit ut prias propriam , deinde aliénas curare
êtudeas conscientia*. Voilà certes une étrange réponse. Cet homme avoit fait des fautes dans sa vie passée; mais il les avouoit ingénument et humblement, il étoit résolu à faire pénitence, il avoit de l'esprit , de la science et une noble origine ; il étoit canoniquement élu; on le recherche pour cette dignité, et il ne la recherche pas; il consulte s'il s'en chargera; néanmoins saint Bernard lui répond : Je frémis en considérant l'état où vous avez éié et celui où vous êtes appelé: horreo considerans undè et qub vocaris ; surtout parce que vous n'avez pas pris assez de temps pour faire pénitence.
Après cela , q.'e pensez-vous que diroit ce grand Saint, s'il voyoit les ordinations précipitées et téméraires denotre temps? On est encore convalescent , on est encore tout couvert de plaies et d'ulcères, les cicatrices du péché sont à peine fermées, et l'on croit déjà être assez saint pour prétendre avec justice à cet éfa* , et l'on va sans crainte tremper ses mains , encore toutes pleines du sang des péchés , dans le sang de l'Agneau sans tache. On a encore les mains toutes teintes du sang de Nôtre-Seigneur qu'on a répanda par ses crimes ,et l'on se présente à son Père pour faire l'office de médiateur entre lui et les hommes. N'est-ce pas une conduite qui, bien considérée, est capable de causer de l'horreur et de l'épouvante? Oui sans doute, en il n'y en eut jamais : Vœ ministris infidelibus qui needum reconciliati réconciliation™ aliénée negolia , quasi hommes qui juslidam fecerint , apprêhenâwnt. 11 faut donc avoir un grand éloignement du péché; mais il ne faut pas se persuader que deux ou trois jours, deux ou trois semaines, deux ou trois mois suffisent; c'est un abus que de le croir e. Nous croyons que pour avoir demeuré quelques mois dans
gg ENTRETIENS
un séminaire , nous avons tout droit de prëlendre aux ordres. Or, l'Eglise nous dit qu'il faut diuturna justifiée observatio. Cela marque un tenue considérable ; et le concile de Trente ne dit-il pas qu'il faut une vie si éprouvée, qu'elle soit réputée une vieillesse? quorum vita probata senectus sit. 11 faut un grand éloignement du péché ; et, si l'on a péché, il faut avoir expié ses fautes par une longue pénitence, autrement c'est se moquer de Dieu , c'est causer du scandale dans l'Eglise ; car les laïques ne sont-ils pas choqués avec raison lorsqu'ils ont vu des personnes dans le désordre , et que peu de temps après ils les voient à l'autel , au confessionnal ou en chaire, sans savoir s'ils ont fait pénitence ?
Mais, en second lieu, il faut êtreétabli solidement dans les vertus ; car l'état ecclésiastique est un état parfait qui les suppose ; et il ne suffit pas de dire : je travaillerai à les acquérir lorsque je serai une fois engagé dans cet état. C'est en cela qu'il y a une grande différence entre l'état ecclésiastique et l'état religieux. Quelque déréglé qu'on ait été, on peut entrer en religion , parce qu'on y entre pour faire pénitence; mais l'état ecclésiastique suppose qu'on a de la perfection acquise avant de s'y engager. Il faut donc avoir les vertus chrétiennes et ecclésiastiques; que si l'on ne les a pas toutes en perfection, du moins il faut les aimer toutes, et travailler pour les acquérir et s'y perfectionner. Il y en a dans lesquelles il faut déjà avoir fait quelque progrès, comme dans la mortification, la patience, le mépris du monde... Il yen a d'autres dans lesquelles il faudroit être bien établi , comme l'amour de l'oraison, la modestie , et surtout la chasteté qui est la perle des clercs. La moindre imperfection en ce dernier point
est un monstre dans les Ecclésiastiques, c'est un sacrilège, c'est une abomination épouvantable.
Saint Grégoire demande particulièrement que ceux qui sont ordonnés aient une chasteté et une continence bien éprouvées, afin qu'ils ne se perdent point: ne unquàm hi qui ordinati suntpereant , provideri df.bet quales ordinentur, ut priùs aspiciatur si vita eorum continens in annis phirimis fuit, il faut examiner s'ils ont gardé la continence depuis plusieurs années. Prenons-y garde : vous voyez ce que les Saints nous enseignent ; il n'arrive que trop que ceux qui ont été (bibles dans la -chasteté retombent, hors d'un séminaire, dans leurs premiers désordres, et qu'ils se mettent dans un état déplorable, vivant dans le sacrilège et commençant leur enfer dès cette vie.
Je n'en dirai pas davantage présentement. Nous réserverons les deux dernières marques de la vocation pour le prochain entretien. Faisons une sérieuse réflexion sur nous, pour voir si nous avons les deux premières. Voyons si notre inclination à l'état ecclésiastique est bien droite ; voyons si nous nous proposons la gloire de Dieu , le salut des âmes, la destruction du péché, ta pratique de l'humilité^ du travail, de la mortification, ou plutôt si nous ne cherchons pas les honneurs, les richesses, les plaisirs et une vie commode. Voyons, en second lieu, si nos mœurs sont très-réglées. Avons-nous l'innocence de notre baptême? Dieu le sait et nous le savons aussi : mais si nous l'avons perdue, l'avons- nous recouvrée, l'avonsnous répaiée par une pénitence bien exacte et bien véritable? Avons-nous pleuré nos péchés pendant un temps bien considérable? Avons-nous acquis les vertus chrétiennes? Ah! nous ne savons que trop que nous sommes, comme parle saint Grégoire de jNazianze ,
f)0 ENTRETIENS
veteres viiin. Il faudroit ddiic se donner un peu deloîsir pour examiner sa vocation, pour se détacher du péché, et pouracquérir les vertus. Il faut éviter la précipitation dans une matière qui est de la dernière importance, et dont les suites sont irréparables. Voyez donc bien si î^ieu vous appelle : consideremus an vocati venerimus. Souvenuns- nous que si nous n'entrons pas par la porte d'une légitime vocation, nous devons nous attendre à être traités comme des voleurs : Qui non intrat per ostium... hic fur est et Jatro , c'est-à-dire que nous nous précipitons dans un abîme de malheurs dont nous ne sortirons jamais. Je prie Nôtre-Seigneur de vous éclairer sur ces matières : vias tuas , Domine , demonstta mihi, et semitas tuas edoce me; dirige me in veritate tua et doce me. Et ne doutez pas qu'il ne vous éclaire, si vous-mêmes le demandez comme il faut.