VII.e ENTRETIEN
Des deux secondes marques de la vocation à Pétai ecclésiastique.
Je vous rapportai dans le dernier entretien deux grandes marques pour connoître si l'on est appelé à l'état ecclésiastique, et je me réservai de vous en exposer deux autres dans un entretien suivant, c'est ce que jai dessein de faire maintenant. Comme il est de la dernière conséquence de ne point s'engager dans l'état ecclésiastique sans vocation, il est aussi très-important de connoître si l'on y est appelé ou non. Je vous fis voir que linclination droite et la probité de mœurs étoient des marques de vocation, et aujourd'hui je vous ferai voir que, dans le sentiment des saints Pères, l'aptitude à l'état ecclésiastique et l'appel de son supérieur sont deux marques qui servent à découvrir le grand secret de !a vocation. C'est ce qui va faire le
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sujel de cet entretien. Nous verrons que pour entrer dans l"état ecclésiastique, il faut avoir, premièrement, de l'aptitude pour en faire les fonctions, et secondemenl, y être appela par son supérieur.
Je dis, premièrement, que pour entrer dans l'état ecclésiastique , il faut avoir de l'aptitude pour en exercer les fonctions. C'est une nécessité dans tous les états; il n'y a point de condition , il n'y a point de charge ni de profession dans le monde, où l'on ne demande cette aptitude j on n'appliquera jamais une personne à être conseiller, si elle n'a pas l'esprit de rapporter un procès; ou si on le fait , c'est une très-grande imprudence. On ne confiera pas le gouvernement d'une province à un étourdi qui n'auroit point de jugement. On ne confiera pas le soin d'une place forte à un capitaine qui n'auroit pas le courage de se défendre. Et cela se pratique même pour les emplois les plus vils. On demande au moins l'aptitude pour en pouvoir faire les fonctions. JN'est-il donc pas plus juste de demander de l'aptitude pour le plus excellent et pour le plus saint des états, d'autant plus que les conséquences en sont bien plus périlleuses? Saint Paul, en disant de lui et des autres apôtres, que Dieu les a appelés au ministère de la loi de grâce, dit qu'il leur a donné en même temps l'aptitude pour en exercer dignement les fonctions : idoritos nos fecit ministros novi test amen ti ; et saint Cyprien dit qu'il faut choisir pour le sacerdoce ceux que l'élection divine fait connaître dignes et propres à cet état : quos dignos et idoneos divina probat electio.... stcituit sacerdotes (saint Cypr. Serm. de unct. Chrysmatis.). Il faut être propre à faire les fonctions ecclésiastiques pour pouvoir entrer dans l'état ecclésiastique. Et vous remarquerez que cette aptitude n'est pas seulement ni la science, ni la piété jointe à' la
science ; car il y a des personnes qui ont de la science et de la piété, qui n'ont pas d'aptitude pour les fonctions ecclésiastiques, et qui ne sont nullement propres pour le sacerdoce.il est donc important de savoir en quoi consiste l'aptitude pour l'état et pour les fonctions ecclésiastiques, afin qu'on voie si on l'a , ou si l'on juge que nous l'ayons.
Cette aptitude qu'on demande pour l'état ecclésiastique n'est autre chose qu'une disposition de corps et d'esprit pour faire avec bienséance \es fonctions saintes auxquelles on est obligé dans cet état , et auxquelles nous engage le ministère des saints autels. Je dis disposition de corps et d'esprit , parce que l'un et l'autre est nécessaire. Premièrement, il faut avoir un corps bien disposé pour faire avec bienséance les fonctions de l'état ecclésiastique, n'ayant aucune difformité, ni aucun autre des empêchemens qui nous rendent irréguliers, et qui, selon les règles de l'Eglise, nous excluent des saints Ordres. Et cela est d'une telle importance , que souvent le défaut d'un ministre rejaillit sur nos mystères, et en diminue notablement le respect. C'est donc un grand abus et un grand désordre lorsque les parens , ayant des enfans qui ont des défauts corporels qui les rendent peu propres à figurer dans le monde, les présentent à l'Eglise, et les forcent en quelque manière à se faire Ecclésiastiques, comme si l'Eglise étoit l'égoût et la sentine de ce qu'il y a de plus vil et de méprisable dans les familles. l'Eglise veut que ses ministres ne soient point difformes, parce que cette difformité la rend en quelque manière méprisable , et nous voyons quelquefois des personnes si mal faites, qu'elles causent en quelque soi te de l'horreur. Je sais bien que l'Eglise regarde particulièrement le mérite, la science et la piété; mais après [(.ut, elle
ne vent point de difformité dans ses ministres. Et pourquoi le suuffriroit-elie dans un ministère de vie , puisque Dieu ne l'a pu souffrir autreiois dans la synagogue pour un ministère de mort ? 11 faut donc avoir quelque disposition et quelque aptitude dans le corps pour faire décemment les fonctions cle'ricales.
Mais il faut bien plus particulièrement de l'aptitude et delà disposition dans l'esprit, c'est-à-dire qu'il faut avoir l'esprit propre et ouvert pour les sciences, et avoir une science suffisante pour l'ordre qu'on demande. Cela est absolument nécessaire , en sorte que ceux qui ont l'esprit bouché pour l'étude et pour les sciences, ne doivent pas être reçus danj l'état ecclésiastique, ni admis aux saints ordres. C'est un des abus les plus pernicieux dans l'Eglise. Que voulez-vous qu'y fasse un ignorant ? quel service pourra-t-il y rendre ? non-seulement il y sera inutile, mais il y sera d'un très-grand préjudice; car s'il y travaille, il y fera des fautes irréparables, et il sera un aveugle qui se précipitera avec plusieurs autres dans la fosse. S'il ne travaille pas , il vivra dans l'oisiveté, dans le désordre et dans le scandale ; cela est presque inséparable. Dieu avoit fait un commandement, dans l'ancienne loi , que les prêtres fussent savans , et qu'ils eussent la science de discerner ce qui étoit saint et ce qui étoit profane: prœceptum sempiternum est in gtnerationes vestras ut habeatis scientiam discernendi inter sanctum et profanum ; et il rejetoit du sacerdoce ceux qui avoient négligé la science : quia repuîisti scientiam , repdlam te quoque ne sacerdotio fungatis mihi. Or, si Dieu demandoit de la science dans les prêtres de l'ancien Testament, il y a bien plus de raison de dire qu'il en demande une plus grande des prêtres de la loi de grâce. Autrement, c'est
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une honte et un opprobre pour l'Eglise d'avoir des ministres ignorans. Néanmoins on ne voit que trop qu'on tache de décharger les familles et de faire entrer dans l'Eglise ce qu'on a de plus grossier ; de sorte qu'il faut que la pauvre Eglise soit le rebut du siècle. Entrons dans un saint zèle pour la maison de Dieu , et lorsque nous aurons des païens dans celte disposition, il faut tâcher de les en détourner, leur faisant connoître que c'est faire une grande injure à Notre-Seigneur, que de lui offrir ce que le monde ne veut pas et qui n'est bon à rien. 11 faut leur représenter que c'est imiter la conduite du malheureux Caïn qui offrait à Dieu ce qu'il y avoit de pise dans son troupeau; aussi mérita-t-il d'être rejeté et réprouvé de Dieu. Il faut encore leur représenter qu'en se rendant coupables de son crime, ils attirent sur eux les punitions dont il fut châtié de Dieu. Il faut donc de la disposition de corps et d'esprit. J'ajoute qu'il ne sutlit pas d'avoir quelque ouverture d'esprit pour les sciences, mais, ce qui est encore très-important , c'est qu'il faut avoir du jugement et un esprit réglé pour la conduite. Si cela manque, on peut dire qu'on n'est nullement propre à l'état ecclésiastique, ni aux fonctions cléricales; car cet état demande une prudence consommée, et il est vrai de dire que, quelque piété qu'on ait, quelque science qu'on ait, si l'on manque de jugement et de conduite, on est Irès-inhabile pour l'Eglise; on fait des fautes très— gTandes, et souvent irréparables lorsqu'on manque de prudence et de jugement.
Voyons maintenant si nous avons cette aptitude pour l'Eglise. Avons-nous les dispositions de corps et d'esprit pour faire avec bienséance les fonctions cléricales ï Nous le croyons peut-être, et nous nous trompons pour la plupart ; car si nous nous faisions jus-
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tice , nous avouerions que nous sommes fort peu disposés pour bien faire les fonctions de l'état ecclésiastique. Mais comme nous ne devons pas être nos juges en notre propre cause, il faudroit s'en rapporter à des personnes éclairées , zélées pour l'Eglise et désintéressées. Toutefois souvenons - nous que pour entrer dans T Eglise, il faut avoir de l'aptitude pour faire les fonctions de l'état ecclésiastique ; autrement, c'est tromper l'Eglise qui, croyant avoir un serviteur agissant, n'a qu'un serviteur inutile ; autrement nous abuserons du pouvoir que nous recevrons dans l'ordination , ne pouvant pas le mettre dignement en exécution; autrement nous serons cause des désordres qui arriveront par notre défaut d'aptitude. Jugez de là de quelle importance il est de ne point entrer dans l'Eglise sans cette troisième marque.
Enfin, ii faut joindre aux marques précédentes une quatrième qui est bien assurée et qui assure toutes les autres, c'est l'appel du supérieur qui nous ordonne d'avancer dans la vue de l'utilité eu de la nécessité de l'Eglise. Ce supérieur naturel et légitime est i'Evêque, car c'est à lui que Dieu laisse le choix de ceux qu'il appelle à cet état : Dixit Dominus vineœ procuratori suo : voca operarios. Le saint concile de Trente donne cette belle règle (Sess. 23. c. 6. de reform.) : Nullus débet ordinari , qui judicio sui episcopi non sit utilis aut necessarius suis Ecclesiis. C'est à l'évêque à juger de la vocation de ceux qui entrent dans l'Eglise ; que s'il ne s'y applique pas immédiatement par luimême, qu'il s'en rapporte aux supérieurs de son séminaire. Je dis qu'on doit chercher la volonté de Dieu et dans le supérieur tt dans son directeur. C'est ici qu'il est important de peser l'obligation que vous avez de bien consulter sur votre vocation . La chose est de trop grande
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importance pour ne pas l'examiner de près. Il ne faut pas ici agir par caprice, ni par fantaisie; il s'agit de la gloire de Dieu , il s'agit des intérêts de l'Eglise, il s'agit de votre salut , il s'agit de s'engager dans un état d'où l'on ne sera plus libre de sortir. Si l'on entre mal, on s'expose évidemment à être malheureux pour le temps et pour l'éternité. Cela ne mérite-t-il pas que nous consultions et que nous ne nous fiions pas à nous-mêmes ? Faisons du moins pour cette affaire ce qu'on fait pour une infinité d'autres infiniment moins importantes. IN'estilpas vrai que si l'on a quelque affaire, si l'on a un procès, si l'on nous demande quelque chose, ou si nous croyons avoir droit de demander quelque chose considérable à quelqu'un , nous prenons conseil , nous examinons sérieusement toutes choses? On prend garde si l'on pourra soutenir un procès, s'il aura une bonne issue. Quand on est malade , on consulte un médecin , on lui déclare tout son mal ; quelquefois on ne se fie pas à un seul , on fait une consultation de plusieurs ; et pourquoi? c'est qu'il s'agit de la vie. Si l'on veut faire un voyage, on s'informe des chemins ; et si l'on nous disoit qu'il y a du danger pour notre vie à l'entreprendre , nous n'y penserions plus : enfin on consulte sur une infinité d'affaires. Faut-il entrer dans l'état ecclésiastique ? faut-il s'engager dans les ordres ? on ne suit que sa tête , et, sans conseil, on se détermine par la volonté de sesparens et par sa propre cupidité. C'est un étrange aveuglement 1 nous ne sommes pas en état de juger de notre vocation; nous n'avons pas de lumière pour nous conduire en ces matières. Ce n'est pas non plus par l'organe dos parens que Dieu fait connoitre ordinairement sa volonté à ceux qu'il appelle à l'état ecclésiastique ; les parens n'agissent en cette cause que par des vues charnelles. Quelquefois ils détournent
tournent ceux de leurs enfans que Dieu appelle à l'Eglise, et d'autrefois ils y poussent ceux que Dieu n'y appelle point ; et la vue d'un intérêt temporel , la vue d'un bénéfice, d'une place honorable, d'un poste avantageux les portera à sacrifier le salut éternel de leurs enfans par une entrée téméraire dans l'Eglise. 11 faut donc consulter un directeur éclairé et désintéressé ; mais comment le doit-on consulter? le voici :
Pour bien consulter son directeur au sujet de sa vocation, il faudrait faire trois choses : premièrement, lui ouvrir entièrement son cœur, secondement se mettre dans une grande indifférence ; troisièmement, être dans la disposition de faire tout ce qu'il décidera. Premièrement, il faudroit consulter son directeur sur sa vocation , et lui ouvrir entièrement son cœur, le priant de faire attention à tout ce qui nous regarde : à notre esprit , à notre science, àjiotre jugement, à nos talens ; il faudroit le prier de faire attention à notre vie passée et présente, à nos inclinations, à nos tentations, à nos péchés, à nos intentions. En un mot, il faudroit le prier d'examiner sérieusement devant Dieu notre état, et ne lui rien cacher. Si Ton en usoit ainsi , on feroit connoître qu'on veut faire la volonté de Dieu. Mais qui est-ce qui le fait ? Les plus fidèles en ce point diront quelquefois à un directeur : Monsieur , me conseillez-vous de recevoir les ordres? Que voulez-vous qu'un directeur vous réponde si vous n'en dites pas davantage? II vous laissera faire, parce qu'il ne peut pas se servir de la connoissance qu'il a de votre conscience par la confession; et vous croirez qu'il vous aura conseillé d'aller prendre les ordres! quelle erreur!
Mais ce n'est pas tout d'ouvrir son coeur à un directeur, il faudroit encore le consulter avec une grande indifférence, sans être déjà tout déterminé à l'état
ecclésiastique; car c'est se moquer de Dieu et des hommes que de consulter un directeur sur sa vocation, étant tout déterminé. S'il dit que je puis entrer ou demeurer dans l'état ecclésiastique, je le ferai; mais s'il me disoit qu'il me conseille de prendre un autre parti et un état dévie, je suis résolu à persévérer dans mon premier dessein, mon parti en est pris. En agir ainsi est-ce consulter? Lorsque les Saints nous avertissent de consulter des personnes éclairées et capables de nous faire connoître la volonté de Dieu , ils nous avertissent en même temps de tenir notre volonté dans l'indifférence, sans être plus déterminé d'un côté que de l'autre : voluntatem suam suspensam teneat donec prœlatum interroget , et ab eo quœrat Domini voluntatem (S. Bern.). Et quand on cherche bien la volonté de Dieu dans le conseil qu'on demande , il faut être disposé à ne faire que ce -qui sera conseillé. Peut-être direz-vous : cela seroit bien rude s'il falloit quitter, après beaucoup de dépenses, après tant d'études, après avoir porté l'habit noir, après avoir demeuré quelque temps dans un séminaire ; que diroient les parens? ce changement les désoleroit; ils ne voudroient plus nous voir; on ne seroit bon à rien. Je vous demande si l'on trouve fort étrange qu'un novice sorte d'un état religieux pour lequel on ne l'a pas trouvé propre. Les religieux ne veulent pas se charger d'une personne qu'ils ne croient pas propre ni appelée à la religion , et ils s'en déchargent. N'y aura-t-il donc que le saint clergé qui recevra sans aucun choix tout ce qui se présente? Vous dites que cela seroit bien rude de renoncer a un état auquel on aspire depuis si long-temps. Que voulez-vous que je vous dise? voudriez-vous y entrer si Dieu ne vous y appelle pas ? voudiiez-vous y entrer par une autre voie que par la
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porle? ne seroit-ce pas l'ouvrir à une infinité dindignes? Vous dites que cela seroit rude; mais il seroit encore bien plus rude d'entendre un jour Notre-Seigneurvous faire cesreproche saRglant: amice, quomodo hùc intrâsti ! mon ami , comment vous êtes-vous ingéré dans mon Eglise? comment avez-vous osé usurper les ministères de ma maison ? quomodo hùcintrâstil os meum non interrogâsti (Isai. 3o. i. 12..). Qu'on lui lie les pieds et les mains , et qu'on le jette dans les ténèbres extérieures : ibi eritfletus et stridordentium. Si nous avions l'esprit des Saints , nous n'aurions pas de peine à nous éloigner du sacerdoce. Les Saints qui ont le mérite veulent se retirer, ils pleurent, ils gémissent, il faut les presser, ils disent qu'on leur fait violence. Saint Augustin qui avoit mené une vie bien pure depuis son baptême , ce Saint qui avoit une science si extraordinaire, ce grand Saint , pressé de recevoir la prêtrise, se lamente, et dit qu'on lui a fait violence, et que ses péchés en sont la cause : vis mini facla est merito peccatorum meorum. Et ceux qui n'ont ni la vocation , ni le mérite se pressent, sollicitent et veulent forcer la carrière du sanctuaire : on les y appelle toujours trop tard. Quel terrible aveuglement! quel endurcissement bien funeste ! Ah ! je vous l'ai dit, et je vous le dis encore, il vaudrait bien mieux se sauver dans l'état laïque, ou être retiré dans le fond d'un cloître , que de se damner dans l'état ecclésiastique: meliusest sahariin liumili gradu/idelis populi , quàm in sublimitate cleri deleriùs vivere-, et dhtrictiùsjudicari. Priez Dieu pour cette affaire , la plus importante que vous puissiez avoir jamais. Consultez beaucoup et comme il faut, vous souvenant toujours de ces belles paroles de saint Climaque: l'obéissance est immediata apud Deum excu^atio.
Vlll.c ENTRETIEN.
De Vohh'gation de correspondre à sa vocation à Vétat ecclésiastique.
Je vous ai parlé, dans les derniers entretiens, de la vocation à l'état ecclésiastique; j'ai tâché de vous faire connoître combien il est important et pour l'Eglise et pour son propre salut de ne point s'engager dans cet état sans une vocation divine. Je vous ai proposé quelques marques pour connoître si Dieu vous appeloit à ret état. C'est à vous à vous appliquer ce qu'on a dit , et à prendre conseil pour 'savoir si vous réunissez ces marques. Que si après avoir beaucoup examiné et beaucoup consulté sur votre vocation , on vous donne quelque assurance , entrez , à la bonne heure , mais entrez avec crainte et tremblement , parce que vous pouvez vous tromper , et vous avez peut-être trompé ceux que vous aurez consultés ; et quand même vous seriez sûrs de votre vocation , ce qu'on ne doit jamais assurer, vous devez encore beaucoup craindre dans la vue de la grande sainteté que demande cet état, et dans la considération que plusieurs de ceux qui y entrent même avec vocation , s'y comportent mal et y font un malheureux naufrage, parce qu'ils ne répondent pas à leur vocation. Supposant donc votre vocation , j'ai dessein de vous faire voir aujourd'hui , que vous devez avoir un soin tout particulier de répondre à votre vocation , et j'ai trois choses à vous dire : Premièrement , ce qui doit nous obliger à répondre à notre vocation; secondement, les fondemens que nous avons de craindre que nous ne répondions pas à notre vocation; troisièmement, enfin , les moyens qu'il faut prendre, ou ce qu'il faut faire pour y i^pondre.
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Premièrement, ce qui doit nous obliger à réponlre à notre vocation , c'est que si Ton n'y répondoit pas, on feroit , premièrement , une grande injure à Dieu ; secondement , on causeroit une grande douleur à l'Eglise; troisièmement, on se t'eroit un grand tort. Premièrement , n-jus ferions une grande injure à Dieu. Je vous disois dernièrement que c'est faire une grande injure à Dieu que d'entrer dans l'état ecclésiastique sans vocation ; mais je ne sais si Ton ne II. fait pas autant d'injure lorsqu'après avoir été appelé, on lui manque de fidélité. Il me semble que par cette infidélité on lui en fait davantage. Car Dieu regarde comme un aveuglement la conduite de ceux qui s'engagent sans vocation : mais lorsqu'une personne qu'il avoit appelée, à qui il s'étoit confié, à qui il avoit fait beaucoup de grâces , à qui il avoit communiqué tous ses secrets , vient à lui être infidèle et à lui fausser sa foi , peut-il en recevoir une plus grande injure? Notre-Seigneur se plaint pour cela de la trahison de Judas d'une manière qui marque bien Le ressentiment de son cœur : si inimîcus meus muledixisset mihi , sustinuissem utique. Vu verb , Jiomo unanimis , dux meus et notus meus , qui duîces me~ curn c.apiebas cibos ! C'est ce qu'il ne peut supporter; C'est pourquoi il faut bien se donner de garde d'en venir jamais à cet excès d'ingratitude et d'aveuglement. Quelle injure ne fait pas à un roi un général d'armée qui le trahit! Mais un Piètre qui abandonne le service de Dieu ! peut - on concevoir rien de plus injurieux ?
Secondement, il faut aussi prendre garde que par cette conduite on fait à l'Eglise un outrage sanglant ; car il n'y a rien de plus affligeant pour cette bonne mère que de voir des personnes à qui elle s'est con-
fiée , à qui elle a confié ses Sacremens et ses enfans, de qui elle a reçu des services pendant quelque temps, l'abandonner lâchement pour suivre leurs propres désirs. Cette conduite donne aussi une atteinte effroyable à la piété des Fidèles ; et ne' peut-on pas dire de ces sortes de personnes ce^qu'on disoit d"un grand défenseur du peuple de Dieu , qui étoit mort : qunmodo cecidisti qui salvum faciebas populum Uei ? hélas ! comment êtes-vous tombé , vous qu'on a vu si fervent , si zélé pour les intérêts de Dieu , et si affectionné pour le salut des âmes ! quomodo cecidisti qui sahum faciebas populum Dei !
Troisièmement , joignons-y nos intérêts. Car si nous ne sommes fidèles à persévérer au service de Dieu , et à répondre à notre vocation tout le temps de notre vie , nous ne laisserons pas d'être damnés , et d'être terriblement damnés avec Judas et une infinité d'autres Prêtres qui se sont perdus pour n'avoir pas répondu à leur vocation.
Quant aux fondemens qui doivent faire craindre de ne pas répondre à notre vocation , ils sont trèsgrands. Car supposant toujours la vocation d'une personne à l'état ecclésiastique , elle doit néanmoins craindre et craindre beaucoup. Je sais bien qu'en vue d'une légitime vocation , Dieu donne des grâces spéciales et dos secours particuliers à ceux qu'il appelle. Je sais bien qu'il est de sa bonté et de sa fidélité de protéger ses ministres , et de leur donner des forces pour soutenir le poids redoutable du sacerdoce; mais il n'est pas moins constant qu'on a toujours sujet de craindre; en voici les fondemens : notre fragilité nos grands ennemis, la difficulté de nos emplois, l'exemple de tant de personnes éminentes en piété , qui , étant appelées, ne répondent point à leur vocation.
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Je dis que nous devons craindre dans la vue de notre propre fragilité , parce que étant Prêtres , nous sommes toujours hommes , c'est-à-dire , foibîes , fragiles et capables de toutes sortes de maux. Nous avons un penchant continuel au mal ; nous avons des passions qui se révoltent sans cesse; nous sommes naturellement fort inconstans; nous voulons aujourd'hui une chose avec ardeur, demain elle nous déplaît; dans un temps nous sentons une grande horreur pour un vice , dans un autre nous avons une furieuse inclination à le commettre. On doit donc craindre sa propre fragilité.
On doit aussi craindre la multitude des ennemis. Nous avons à soutenir de terribles combats, et contre le monde , et contre le démon. Si nous voulons faire notre devoir, le monde criera contre nous , il se soulèvera , il nous persécutera : in mundo pressurant habebitis... omnes qui piè volunt vivere in Christo. C'est la prédiction du grand Apôtre : tous ceux qui veulent mener une vie chrétienne, tous ceux qui veulent faire profession de servir J. C. , seront persécutés ; il en ^voit lui-même une grande expérience , car il a souffert de grandes traverses et de grandes persécutions de la part du monde ; et il fallut encore que ce saint Apôtre s'établît dans cette belle disposition de regarder le monde comme un crucifié : mihi munclus crucifixus est. Il rendit la pareille au monde qui le regardoit de même : et ego mundo. N'est-ce pas aussi ce que Notre-Seigneur avoit prédit à ses Apôtres et à leurs successeurs dans l'apostolat et dans le ministère ? si me persecuti sunt, et vos persequentur. L'applaudissement général et l'approbation universelle à l'égard d'un ministre de l'Eglise , est moins avantageuse qu'on le croit; car c'est une marque que ce ministre ne blessa
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les passions de personne. Il faut s'attendre à être persécuté du monde ; et ce qui est plus fâcheux et plus dangereux, nos propres frères , je parle des Ecclésiastiques , seront nos plus cruels persécuteurs , si nous voulons faire notre devoir. Qui ne craindra donc pas ayant le monde en tête pour le combattre, d'autant plus que notre état nous engage à demeurer dans le monde ? Les religieux le combattent par la fuite et la séparation , mais les Ecclésiastiques , les Prêtres du clergé , sont obligés à demeurer dans le monde ; et il faut qu'ils soient dans le monde sans être du monde , et sans participer à la corruption du monde. Cela est bien difficile. Un saint Père dit que les âmes les plus timorées contractent toujours quelque souillure par le commerce du monde : necesse est de mundano pulvere etiam religiosa corda sordescere. Si les plus saints ont de la peine à se préserver de la contagion du siècle, que sera-ce des personnes qui n'ont qu'une sainteté commune, qui n'ont qu'une perfection médiocre ? Elles ont tout à craindre , et elles doivent appréhender que ces paroles du Prophète ne se vérifient sur elles : tommixti sirnt inter gentes , et didicerunt opéra eorum. Si l'on n'est pas bien établi dans la haine du monde , on se perd infailliblement dans le clergé. Un n'a pas moins à craindre de la part du démon ; car si ce malin esprit fait la guerre à tous les Chrétiens , il attaque bien plus cruellement les Prêtres , parce qu'ils sont les principaux membres du corps de Jésus-Christ , et qu'ils sont ses ministres. D'ailleurs, comme il sait qu'en faisant tomber un Prêtre il lui fait commettre de grandes profanations, et qu'il entraîne dans sa ruine un grand nombre de Fidèles , il n'épargne rien pour perdre les Prêtres et pour les faire tomber dans le
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désordre. C'est donc un grand sujet de crainte que nos ennemis.
Mais quand nous n'aurions pas beaucoup à craindre soit de la part de notre fragilité , soit de la part de nos ennemis , nous aurions extrêmement à appréhender du côté de nos engagemens et de nos obligations. Nous avons des fonctions très-saintes et très- •diiriciles ; on doit donc craindre de ne pas bien s'en acquitter , et qu'elles ne servent à notre damnation. Si l'on pensoit bien à ces redoutables fondions du sacerdoce, à la sainte Messe, à l'administration des Sacremens , à la conduite des âmes et à tant d'autres , qui ne seroit saisi d'épouvante ? On dit : Je ferai ce que je pourrai ; mais qui vous a dit que vous ferez ce que vous devrez. Offrir le saint Sacrifice à Dieu . administrer les Sacremens aux hommes, leur communiquer le prix du sang de Nôtre-Seigneur : quelle sainteté et quelle vertu ne faudroit-il pas ! Et si l'on n'a pas celle qu'on devroit avoir , où en sera-t-on ? Osera-t-on se promettre qu'on fera bien son devoir , ayant devant les yeux tant d'exemples de l' Ecriture- Sainte, qui nous apprennent que plusieurs personnes choisies de Dieu ont été réprouvées et rejetées pour leur infidélité , et pour n'avoir pas répondu à la grâce de leur vocation ?
Premier exemple. Nous voyons Saûl que Dieu choisit pour être le premier Roi d'Israël ; sa vocation étoit de Dieu , il la lui avoit déclarée par le prophète Samuel. Néanmoins ce Roi malheureux, pour avoir été infidèle à Dieu , fut réprouvé et rejeté de Dieu ; et nous voyons dans l'Ecriture deux fautes pour lesquelles Dieu dit qu'il le rejette : la première est , qu'il réserva le roi Àgag et quelques troupeaux , contre •Tordre de Dieu qui lui avoit commandé de tout passer
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au fil de i'épée. Nous voyons , en second lieu , qu'il s'ingéra à offrir un sacrifice sans attendre Samuel, Dieu le rejette pour ces deux fautes : projecit te Deus nesisrex, lui dit Samuel; et quoique Samuel s'afflige et qu'il prie pour lui avec larmes , Dieu ne veut pas l'exaucer : usquequb luges Sauf , cùm ego projecerim eum ? Ainsi vous voyez un roi choisi de Dieu pour la royauté , et qui est néanmoins rejeté de Dieu pour son infidélité.
Voici un second exemple en la personne de Judas. Judas avoit été choisi par Notre - Seigneur même ; c'étoit Notre-Seigneur qui l'avoit élevé à l'apostolat; il lui avoit fait de grandes grâces. La vocation étoit bien légitime ; il est de foi qu'elle étoit bonne : nonne vos duoclecim elegi , et unus ex vobis diabolus est? Néanmoins Judas devient un réprouvé , parce qu'il n'est pas fidèle à sa vocation ; il tombe aussi bas qu'il avoit été élevé ; sa chute est d'autant plus épouvantable qu'elle a commencé par de petites choses, et l'infidélité aux petites choses le précipita dans un comble de malheurs. 11 néglige de réprimer l'attache qu'il avoit à l'argent , et cette attache étant nourrie, grossit tellement qu'elle le porta à vendre son Maître et à le trahir. Ce qui nous apprend combien les Prêtres doivent être désintéressés dans leur ministère , et dégagés de l'affection des biens de ce m on Je ; autrement ils doivent craindre qu'en imitant l'avarice de ce Prêtre infidèle, ils ne soient les compagnons de sa peine et de son supplice. Un Apôtre bien appHé , un Apôtre élevé pendant trois ans à l'école du Fils de Dieu , un Apôtre qui a fait des miracles , tombe et n'est pas fidèle à sa vocation. Et nous ne tremblerons pas ! c'est être insensible et tout-à-fait aveugle. Voulez-vous encore un exemple d'une personne
bien appelle , qui tombe par infidélité à sa vocation? c'est en la personne d'un des premiers diacres, nommé Nicolas : c'étoit un de ceux qu'on avoit choisis avec tant de circonspection , un homme irréprochable , rempli du Saint-Esprit ; tel est le témoignage que rend de lui l'Ecriture-Sainte. Néanmoins, tout rempli qu'il est du Saint-Esprit et des vertus du christianisme, il se perdit et devint un chef d'hérétiques. Qui ne craindra , ayant devant les yeux des exemples si terribles ?
Saint Paul parle encore de quelques-uns de ses disciples qui partageoient avec lui les travaux de l'apostolat , et qui l'avoient abandonné : Demas diligens hoc seculum me reliquit. Nous devons donc craindre , quand nous serions sûrs d'être appelés , que nous ne répondions pas a notre vocation. C'est dans la vue de ces sortes d'exemples que saint Bernard dit ces paroles : Verùm etsi irreprehensibilis videatur ingressus , et intentio casta , nihilne ultra timendum est ? Timendum quidcm , et maxime limendum , ne quicumque Spiritu cœperint , etiam Spiritu cnnsumentur , sed carne nonnuUi. Dénique et Saul princeps consti tutus à Domino , et Judas non ab alio in apostolatu memoratur ; nonne , inquit , vos duodecim elegi , et unus ex vnbis diabolus est'! Profitons de ces exemples , et prenons garde de nous rendre infidèles à notre vocation. Souvenons-nous que noua devons avoir un soin tout particulier, pendant notre vie , de répondre a notre vocation, et que, si nous y sommes infidèles, hélas ! les plus grands malheurs nous attendent.
Mais avant de vous donner les moyens de répondre h votre vocation , i! Faut vous découvrir les sources du défaut de fidélité à sa vocation. Premiè-
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icment, on se lasse de bien Taire, et de vivre toujours dans la gêne et dans la violence qu'on est obligé de se faire pour être un bon Prêtre. Secondement , on se jette un peu dans les compagnies ; d'abord on n'est ni pour ni contre Dieu , on n'ose pas se déclarer pour lui. Troisièmement , on écoute ceux qui donnent des tours et des airs ridicules à la piété et aux gens de bien , de là , on passe au mépris de ses exercices. Quatrièmement, du mépris au dégoût il n'y a pas loin. Cinquièmement , du dégoût au violement de ses devoirs il n'y a qu'un pas. Sixièmement , enfin , on tombe, on fait comme les autres, on ne sent presque plus son dérèglement : primùm tibi difficile videbitur , posteà non adeb grave , posteà nec senties (S. Beau).
Voyons à présent ce qu'il faut faire pour éviter le plus grand de tous les maiheurs , et répondre à noire vocation. Premièrement , il faut passer tout le temps de notre vie dans des sentimens de crainte et d'humilité , selon le conseil de l'Apôtre : ctm metu et tremore salulem vestram operamini. Il faut craindre que l'élévation de notre état ne soit l'occasion d'une chute épouvantable. C'est pourquoi , bien loin de nous glorifier et de nous complaire de ce que nous sommes élevés au-dessus des peuples, il faut appréhender de nous perdre dans cet état si relevé , qui demande une si grande saintelé : noli aîtum sapere , sed time. A tout moment on est en danger de faire de grandes fautes dans le sacerdoce ; c'est pourquoi il faut être bien humble, et dans la plus grande défiance de soi-même. On voit des gens qui ne craignent rien , et qui ont tout à craindre. S'ils craignent, c'est de ne pas avoir les ordres, ou de ne les pas avoir aussitôt que leur cupidité le demande ; quant
au poids du sacerdoce , on ne le craint pas. Secondement, il faut que cette crainte et cette humilité nous portent à veiller sans cesse sur nous ; car si l'on craint et si l'on est humble , on se tiendra continuellement sur ses gardes , on veillera sur soi , pour mortifier ses passions et ses désirs déréglés. On veillera sur le monde , pour le fuir et se garantir de sa corruption i/ugite ejus <\uœ in mundo est concupiscentiœ corruptionem. C'est l'avis que nous donne saint Pierre. On veillera sur les pièges et les tentations du démon. Enfin , on sera toujours en garde pour n'être point surpris. Troisièmement , notre vigilance seroit inutile , si l'on ne faccompagnoit de la prière et de l'oraison. C'est pourquoi il faut pratiquer le grand conseil que Notre - Seigneur donnoit à ses Apôtres : Vigilate et orate , ut non irttretis in tentationem. C'est par la prière qu'on obtient des grâces et des secours de Dieu , pour bien exercer son ministère et pour surmonter toutes les tentations de ses ennemis. On voit des gens insensibles à leurs besoins et à leurs misères , qui ne demandent rien à Dieu. On voit des gens qui sont aveugles à leurs obligations, et qui ne pensenl pas à chercher la lumière et l'éclaircissement dont ils ont besoin.
Il faut enfin s'appliquer à la pratique des bonnes œuvres. Salagite , dit saint Pierre , ut per bona opéra certam vestram vocationem et electionem faciatis. C'est un avis qui regarde tous les Chrétiens, mais surtout les Piètres. 11 faut assurer sa vocation , et faire connoître qu'on est appelé de Dieu , par un exercice fidèle de ses fonctions et par un retranchement général de tout ce qui est contraire à son état. Si nous en usons ainsi , nous aurons sujet d'espérer que Dieu nous donnera dans le ciel la récompense
des bons Prêtres : obsecro vos itaque in Domino ut digne ambuletisvocationequâ vocati estis ( Ephes. 4- ).
De la préparation nécessaire à la réception des saints ordres , pour la retraite avant V ordination.
On ne s'engageroit jamais dans le sacerdoce et les autres ordres, si l'on en considéroit attentivement toutes les obligations. Deux sortes de personnes y entrent, les unes aveuglées par la cupidité , les autres animées par l'obéissance et la chanté; et il faut avouer que le nombre des dernières est bien petit ; car le plus grand nombre approche des saints ordres sans avoir pesé au poids du sanctuaire la grandeur de l'état ecclésiastique et la sainteté qu'il exige de ceux qui y sont engagés. La sainte Eglise ne vous a conduit dans cette solitude qu'a fin de vous donner du temps pour réfléchir sur les obligations de l'état ecclésiastique. Elle veut que vous y fassiez une nouvelle attention pendant cefte retraite, afin que la réception des saints ordres vous soit utile et aux peuples, et ne devienne pas le sceau de votre réprobation. C'est à quoi elle exhorte particulièrement ceux qui doivent recevoir le sous-diaconat. FUii dilectissimi , iterùm atqueiterùm considerare debetis attente onus quod hodiè ultrb appetitis : proindè dùm tempus est cogitate. Il est encore temps de sonder votre cœur et de vous éprouver avant de vous approcher des saints ordres, pour voir si vous êtes appelés à l'état ecclésiastique , si vous avez la sainteté et les vertus des ordres auxquels vous aspirez. Le sacerdoce est, selon les saints Pères, cette tour dont parle Notre-Seigneur dans l'Evangile: Quis
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ex vobis vohns turrim œdi/icare , non prias sedens computat si habeat sumptus ad perficiendumlYous devez donc éprouver vos forces et voir si vos revenus sont assez considérables pour soutenir la dépense de cet édifice spirituel. C'est ce que vous avez à faire pendant cette retraite. Regardez donc cette maison et celte salle où vous êtes assemblés, comme un nouveau cénacle où vous attendez le Saint-Esprit, puisque vous espérez recevoir dans l'ordination le même Esprit qui fut communiqué en plénitude aux Apôtres. Et pour vous engager à bien faire cette retraite, je vous propose deux réflexions qui partageront cet entretien: la première sera sur la nécessité que vous avez de cette retraite pour vous préparer aux saints ordres; la seconde, sur la conduite que vous devez y garder. La première réflexion vous fera connoître le besoin que vous en avez par rapport à la fin que vous vous proposez ; la seconde vous apprendra ce que vous devez faire pour y réussir et en retirer les fruits que Dieu et la sainte Eglise attendent de vous.
Première réflexion: la nécessité de la retraite pour l'ordination. J'établis la nécessité de cette retraite premièrement sur la dignité du sacerdoce auquel vous aspirez , et la sublimité des saints ordres que vous désirez recevoir, et qui demandent une grande et longue préparation ; secondement , sur la conduite que l'Eglise a toujours tenue et qu'elle tient encore à présent pour préparer ses ministres aux saints ordres ; troisièmement, sur votre salut et celui des peuples à la sanctification desquels vous devez un jour travailler, et qui dépend de la préparation convenable et de la digne réception des saints ordres.
* Premier fondement de la nécessité de la refaite , la dignité du sacerdoce et la sublimité des saints ordres.
Pour juger de la préparation qu'il faut apporter aux saints ordres, il sunit de faire attention à la grandeur du sacerdoce et à la sublimité des saints ordres : Vidett*, fratres, vocationem , dit Pierre de Blois, eminentiam tt dignitalem ordinis vestri. Il n'en faut pas davantage pour vous engagera vous y préparer, à bien faire votre retraite, et à vivre conformément à la grandeur de votre état. C'est ce dont nous avertit saint Ambroise dans son ouvrage du sacerdoce : prius est ut dignitas sacerdotalis noscatur à nobis , dcindè servetur , ne sit deijîca profe^sio et illicita actio , ne sit gradus summus et animus injimus , dgnitas summa et vita im i : digne noscamus quid surnus , ut nomen congruat actioni; actio respondeat nomini , ne ait nomen inane et crimen immane. D'où vient que tant d'Ecclésiastiques reçoivent les saints ordres avec un criminel empressement et une cupidité téméraire? c'est qu'ils ne s'y préparent pas, et qu'ils s^en approchent sans en avoir pesé la grandeur et les obligations. De ce défaut vient la vie déréglée et indigne du sacerdoce, que le plus grand nombre des piètres mènent dans le monde.
i.° Quels sont donc les noms augustes que les saints Pères et les conciles donnent à ceux qui sont honorés de l'état ecclésiastique? Angelici homines , sponsi Ecclesiœ , Chris ti/eri , patres, tnutres, Jratres, sorores et vicarii Christi, Dei adjutores , ad Deum legali, sacrorurn cœlestium Deo cooperatores et dispensalores , mundi salvatores , homines Dei, mediatores inter Deum et pnpulum , terreni dii.
En second lieu , quelle est la dignité de l'état auquel vous aspirez ? Ecoutez ce que disent les conciles et les saints Pères: magnam in ne commet dignitatetn formidabile et admirabile sacerdolium , miraculumest
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stupendum, dignitas profond a , magna etmulfa, immensa et infinita , ingens, angtlica , imb et divina, deifica pro/essio ^omnium bonnrum quœ in omnibus surit apex , omnium quœ inter homines expetuntur velut extrema meta. Telle est la dignité à laquelle vous aspirez, qui vous élève au-dessus des rois de la terre, au-dessus des Anges; qui vous met en quelque parallèle avec la Sainte Vierge : O veneranda sacerdolum dignitas , in quorum manibus Oei Filius, velut in utero Virginis , incarnatur! dit saint Augustin; dignité qui vous fait participer à la fécondité du Père éternel engendrant son Verbe, et à celle du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit; qui vous remet toute la puissance que Notre-Seigneur a dans le ciel et sur la terre, qui vous remet les clefs du ciel entre les mains, vous soumet tous les hommes, et Jésus- Christ même qui se rend obéissant à la voix du Prêtre. Telle est, encore une fois , la dignité à laquelle vous aspirez; jugez de la préparation que vous devez y apporter, et du soin que vous devez avoir , pendant cette retraite, de sonder votre eceur, et d'éprouver si vous êtes assez forts pour supporter un fardeau qui seroit formidable aux Anges mêmes, comme disent les saints Pères : anus angelicis hum^ris formidabde.
Troisièmement, quelle préparation Dieu n'a-t-il pas exigée de la Sainte Vierge pour concevoir une seule fois le Verbe divin dans son sein! Le Saint-Esprit est descendu sur elle au moment de l'incarnation. Avant ce temps-là les trois personnes divines avoient travaillé à sanctifier l'ame de la Sainte Vierge; le Père y avoit employé sa puissance, le Fils sa sagesse, et le Saint-Esprit son amour. Dieu l'avoit préservée du péché originel et comblée de grâces. Pourquoi tant de préparatifs ? c'est, dit l'Eglise , omnipoîens sein-
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piterne Deus , quigloriosœ virginis Mariœ corpus et animam , ut dignum Filii tui habitaculum effici mereretur, Spiritu Sancto coopérante prœparâsti ; c'étoit pour la rendre capable de produire le Verbe éternel, dit saint Thomas : Beata autem Virgo fuit electa divinitùs ut esset Mater Dei, et ideb non est dubitandum quin Deus per suam gratiam eam ad hoc idoneam reddiderit.
En quatrième lieu , quelle préparation Jésus-Christ n'a-t-il pas exigée de ses Apôtres avant de les ordonner prêtres! Il les a instruits lui-même, il les a conduits souvent dans la solitude, il leur a expliqué les mystères de la foi, il les a formés aux vertus sacerdotales, il leur a fait exercer les fonctions du- ministère apostolique en les envoyant prêcher et. annoncer l'Evangile, en leur donnant le pouvoir de chasser les démons , de guérir les malades, de faire des miracles. Après tous ces préparatifs, s'agit-il de les faire prêtres ? il prend de l'eau dans un bassin , il s'abaisse devant eux , il leur lave les pieds et les purifie des taches qui étoient restées dans leur ame ; il leur fait une longue et touchante exhortation, il les communie, et leur recommande l'humilité et la charité mutuelle; enfin il les ordonne prêtres, il prie pour tous, et en particulier pour saint Pierre, et les visite après sa résurrection, leur apparoissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu, il leur envoie son Saint-Esprit. Quels préparatifs! quel appareil! quelles cérémonies! mais il s'agit de faire des prêtres de la nouvelle loi. Les Apôtres ont imité l'exemple de leur Maître; ils ont préparé les premiers diacres à l'ordination parla prière et le jeûne, tout en s'informantde leurs qualités et de leur réputation. Pourquoi
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tant de préparation.7 Il s'agit du sacerdoce et des saints ordres.
Cinquièmement, les saints Pères nous ont enseigné la même doctrine par leurs paroles , mais encore plus par leurs exemples. Ils enseignent tous unanimement la nécessite' de cette préparation , à cause de la sublimité de l'état ecclésiastique, des obligations qui y sont attachées et des dangers qu'il renferme. Il faudroit transcrire ici les ouvrages entiers des Pères ; contentons-nous de quelques passages des plus célèbres. Saint Ambroise : Magna sublimitas magnam débet habere cautelam.Honor grandis grandiori débet sollicitudine circumvallari ; non neophytum , ajoute-t-il. Et plût à Dieu qu'on apportât l'innocence du baptême à l'ordination, ne in superbiam elatus incidat in insidias diaboli , quia quod nec parvo tempore didicerit in Jongo tempore servare non potest. 11 faut que cette innocence, dit ce mène Père, soit soutenue et affermie par des œuvres héroïques qui précèdent l'ordination : mérita debent prœire bonorum operum, utdignus hubeatur ad ordinationem. Saint Jérôme: si clericatus te titillet desiderium , rationabilem hosiiam ojferes Cliristo^ne miles antequàm tyro , ne priùs magister sis quèm discipulus : necdùm discipuli , etjam minislri sunt. Ignorât momentaneus sacerdos humilitatem, mansuetudinem ; nescit seipsum contemnere. Combien de prêtres sont à présent tels que les repiésentoit saint Grégoire de Nazianze, et dont la précipitation aux saints ordres te faisoit gémir : heri sacrilegi, hodiè sacerdotes ; veteres virio , pietate rudes ; discipuli simul et magittri pietatis creanlur , qui niliil didicerunt , nec ad sacerdotium quidquam priùs contulerunt-prœter vdle. Saint Cyrille d'Alexandrie , sur cette irrégula^
rite que Dieu avoit établie dans l'ancienne loi , et qui excluait du sacerdoce : non accedet ad oferendutn dona Dei homo cœcus vel claudus, dit : ineptus igitur est ad sacerd)tium claudus, id est, qui ad per/ectè incedendum paràm firmus. Les grandes lumières de l'Eglise grecque et latine nous ont encore mieux instruits de cette grande vérité par leurs exemples; ils ont demeuré dans la solitude pendant longtemps pour étudier, se sanctifier, considérer à loisir la grandeur et les obligations du sacerdoce. Tels ont été saint Grégoire deNazianze, saint Basile, saint Chrysostôme, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire-le-Grand , saint Bernard. Plusieurs Saints ont fui, se sont mutilés, et ont fait des clioses plus admirables qu'imitables, pour empêcher qu'on les ordonnât prêtres ou évêques. 11 a fallu user d'artifice pour les surprendre, comme on le fit à saint Ambroise, saint Basile et saint Grégoire-le-Grand ; il a fallu faire violence à d'autres, comme à saint Augustin, qui s'en plaint ainsi : vis facta est mihi» Pourquoi? c'est que tous ces Saints avoient considéré à loisir la dignité et les grandes obligations du sacerdoce. Ils ne croyoient pas être assez dignes de cet état, ni s'y être préparés suffisamment. Hé quoi ! des jeunes gens, qui peut-être ont été vicieux, sont chargés de péchés, sans vertu, sans science, sans vocation , sans considération, vont aux ordres, forcent l'entrée, se plaignent, murmurent contre ceux qui les retardent! Hélas ! que sont devenus ces siècles d'or ! quel renversement de l'ordre ecclésiastique !
Second fondement de la nécessité de la retraite: la conduite que l'Eglise a gardée autrefois avant l'ordination ,-et ce qu'elle observe encore de nos jours. Premièrement , l'usage de l'ancienne Eglise , avant l'ordi-
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nation. Il est vrai qu'elle ne pou voit pas aisément assembler ceux qu'elle ordonnoit , pour les éprouver ; mais elle étoit assurée de leur sainteté et de leur piété par le témoignage des évêques, prêtres et diacres, des chrétiens et même des infidèles, dont elle vouloit avoir l'approbation, comme saint Paul le prescrit à Timothée : oportet illum bonum habere testimonium ab eis qui /oris sunt. Ils étoient encore dans l'innocence de leur baptême; la plupart avoient confessé Jésus-Chrit dans les tourmens,et portoient sur leurs corps les glorieuses marques de leur confession de foi. Mais la persécution finie, l'Eglise ordonna à ceux qui aspiroient à l'état ecclésiastique de demeurer avec leur Evêque ; et les maisons épiscopales devinrent les premiers séminaires. Saint Augustin rassembla ses clercs en communauté, et les forma au sacerdoce. Les Evêques d'Afrique pratiquoient la même chose , et cet usage fut universel en orient et en occident; il se pra-« tiquoit encore au neuvième siècle, où nous voyons les. séminaires dans les maisons épiscopales ou dans les monastères de Saint-Benoît. Là on leur représentait la dignité et la sainteté du sacerdoce, et c'étoit là qu'ils pesoient l'un et l'autre au poids du sanctuaire.
L'Eglise a toujours pris un très-grand soin pour faire le choix de ses ministres , et elle a observé avec exactitude les règles que saint Paul a prescrites à Tile et à Timothée : oportet episcopum irreprehensibilem esse, sobîium, prudentem, ornatum , hospitalem , doctorem, non vinolentum , non percussorem %sed modestum , non litigiosum , non cupidum , non neophytum ; oportet aulem et illum testimonium habere bonum ab Us qui forts sunt. Diaconi similiter pudicos , non bilingues, non multo vino dediios , non turpe lucrum sectantes ; hi probentur
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primùm , et sic ministrent nullum crimen habenles. C'est la réponse uniforme que les souverains pontifes , consultés sur ce sujet, ont faite ; les règles que les saints canons ont établies, et qu'on a observées fort exactement : Apostolorum exemplis edocemur quanta cura ac delectu manûs impositionem Jieti oporteat. Et le pape Zozime : Obsistite talibus ordinaiionibus , obsistite superbiœ et arrogantiœ. Saint Léon répondit de même : nulius admittatur ante tempus examinis , ante meritum laboris, ante experientiam disciplinée. Le pape Hormisdas : Longâ débet vitam suam probatione monstrare cui gubernacula committuntur Ecclesiœ. Saint Grégoire-le- Grand: Nonneophj tum : sicut neophytus tune vocabatur qui adhuc noviter erat plantants in Jide , ità nunc inter neophrtos deputamus qui adhuc novus est in sancta conversatione. Le même Saint donne cette règle à ceux qui aspirent au sacerdoce : Pensandum est valdè ad culmen regiminis quisque qualiter veniat, atque ad Jioc rite perveniens,(jualiter veniat , et in fir mita te m suam quotidiè quanta valet consideratione agnoscere. Onus est angelicis humeris formidabile sacerdotium. Quisquis ergb sacerdotium adipisci desiderat, prias vires suas cum hoc quod subiturus est metiatur , ut si impar est abstineat.
L'Eglise a donné celte même règle dans ses conciles pour le choix des ministres: qui regimen sacerdotii contendit appetere , antè in se discutiat si vita hormri sit congrua. Le quatrième concile de Latran sous Innocent III : Satius est paucos bonos quàm multos malos habere ministros. Sacerdotii dignitas ex indigna numerositate vilescit; talts igitur ad mininisterium eligantur clerici qui digni pussunt Do-
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minica sancta tractare. L'Eglise a observe cette règle pour tous les ministres , supérieurs et inférieurs, diacres , prêtres et évêques. On en voit des restes dans le pontifical romain. C'est pour la même fin que l'Eglise a institué la tonsure qui fut comme un noviciat pour disposer aux ordres; elle n'y admettoit que les plus saints; c'est ce que saint Jérôme écrivoit à un moine nommé Rustique : sic vive in cœnobio , ut clericus merearis fieri. L'Eglise a pareillement établi et observé exactement les interstices , c'est-à-dire un espace de temps entre les saints ordres. Ces intervalles étoient très-longs, comme nous l'apprend l'histoire des conciles tenus en orient et en occident ; on regardoit ordonnéper saltum ceuxqui ne les observoient pas. Saint Martin et saint Chrysostôme demeurèrent plusieurs années dans l'ordre de lecteurs et d'exorcistes ; on ne recevoit le diaconat qu'à trente ans , et l'on demeuroit cinq ans dans cet ordre jusqu'à la prêtrise, et depuis la prêtrise jusqu'à l'épiscopat dix ans. Nul n'étoit exempt de ces règles, pas même ceux qui avoient passé long-temps dans la solitude. Anciennement encore c'étoit l'usage de séparer les ordres mineurs, et de ne les donner que plusieurs années les uns après les autres. L'Eglise en a ainsi agi à cause de la dignité du sacerdoce qui demande une grande préparation, une longue épreuve pour examiner si ceux qui se présentent aux saints ordres ont la vocation et les qualités nécessaires à un ministère si relevé et si saint, à cause des dangers qui sont attachés au sacerdoce et à ses emplois, et pour donner le temps aux ordinands d'acquérir la science et la piété nécessaires au sacerdoce.
Secondement , l'Eglise est aujourd'hui dans le même usage. Le saint concile de Trente a renouvelé tous les
anciens canons sur ce sujet; et si l'Eglise n'observe pas à la lettre ces anciennes règles , ce n'est que par nécessité et par le besoin qu'elle a de ministres. Son esprit, est toujours le même ; voici comment elle s'en explique dans son dernier concile général : Le saint concile veut qu'on garde les interstices d'un an entier entre les ordres sacrés, et même entre les ordres mineurs , nisi aliud episcopo expedire videatur. Le saint concile veut que les Ecclésiastiques demeurent le temps convenable entre les ordres : in unoquoque qrdine juxta prœscriptum episcopi se exerceant ; atque ità de gradu ingradum ascendant, ut in eis cum œtate vitce meritum , et doctrina major accres~ cat. 11 enjoint aux évêques :Nulli tonsura nisi ido' neo detur. Il veut qu'on n'ordonne que ceux qui auront des témoignages de vie et de mœurs : et quorum, vita probata senectus sit. La sainte Eglise fait publier les ordinations aux prônes des messes paroissiales ; elle ordonne, par la bouche des évêques, un certain temps de séminaire, l'observation des interstices autant que faire se peut; elle consulte avant l'ordination le peuple et l'archi-diacre ; elle avertit les ordinands : Considerare debeiis attenté onus quod appetitis; iterùm atque iterùm cogitate ; elle arrête l'ordination, s'il}' a quelque empêchement ou opposition ; elle fait observer encore toutes les irrégularités in de/ectu et ex delicto.qm étoient autrefois en usage; elle met en pénitence, jeunes et prières, tous ses enfans aux quatre-temps, elle invoque l'Eglise triomphante, elle fait prosterner tous les ordinands , les avertit , les exhorte par menaces et par prières. Or, pourquoi tout cela ? il s'agit de l'ordination, de la réceplion du sacerdoce, des saints ordres: elle en explique en particulier les obligations et les vertus , afin d'en renouveler le souvenir
aux
aux ordinands. A la fin de l'ordination la sainte Eglise avertit les ordinands par la bouche de févêque ; les clercs: Filii charissimi , animadvet^tere debetis quod hodièdeforo Ecclesiœfacti estis ; elle avertit ceux qui reçoiventlesquatre mineurs, de leurs devoirs par rapport à leurs ordres ; les sous-diacres : Iterùm atque iterùm considerare debetis attenté quod onus hodiv. uîtro appelitis : seduVo attendue quale ministerium vobis traditur ', les diacres : Provehendi...cogitate magnoperèad quantum gradum Ecclesiœ ascenditis ; les prêtres : Consecrandi , filii dilectissimi, cum magno quippè timoré et quaienùs nec nos de vestrà provectione,nec vos detanii offi.cn susceptione damnari à Domino, sed potiùs remunerari mereamur ; et à tous en général : Filii dilectissimi, diligenter considérai ordinem pervos susceptum ac onus humeris vestris impositum ; studete sanctè et religiosè vivere , atque omnipotenti Deo placere.
Troisième fondement de la nécessité de la retraite avant l'ordination : il faut penser sérieusement à cette action , parce que de là dépend le salut des ordinands et celui des peuples. i.° Celui des ordinands. Le salut des ordinands dépend tellement de cette considération faite dans une retraite , que saint Chrysostome ne fait pas difficulté de dire : non temerè diœ, sed prout ajfectus sum , non arbitror inter sacerdotes multos esse qui suivi fiant, sed multo plures qui pereant ; in causa eU quia res excehum requirit animum : il faut une grandeur dame, une sainteté éminente, qui réponde à la dignité du sacerdoce. 11 faut l'acquérir, s'y établir solidement , s'accoutumer à penser, parler et agir noblement ; et sainl G;égoire-le-(Jrand : Provideri débet quales ordinerdur , ne )ii qui ovdinuti sunt pereant ,■ pulli avium , s? ante penna-
rum pcrfectionem volare appelant , iiïiJè ire in alta cupiunt , in Je in ima demerguntur. Structuris reccntibus , necdùm solidatis , si lignorum pondu super ponilur , non habitaculum , sed ruina fahricatur ; conceptas soboles feminœ , si priùs quàm plenè formentur , pro/erunt , nequaquàm cfomos , sed tumulos replent.
Sans parler des dangers de la vocation à l'état ecclésiastique, n'oublions pas de réfléchir souvent et beaucoup au grand nombre dejceux qui se trouvent dans les emplois de cet état : dangers en chaire, au confessionnal, dans l'administration des sacremens; dangers avec le sexe, de la part du démon, du monde, de la chair et du sang , des habitudes ; dangers d'une vertu foible, chancelante, d'une chasteté toute récente et mal affermie. La tête tourne quand on est si haut. D'où viennent les chutes anciennes et modernes des prêtres , les désordres du clergé? C'est de la précipitation à recevoir les ordres sans vocation, sans interstices , sans examen , sans considération. De là ce peu d'estime que ces prêtres ainsi ordonnés font de leur état; ils le regardent comme un métier; ils le prennent par cupidité , par intérêt; de là les simonies, les brigues, les présens et les flatteries; de là cette vie animale , intempérante , impudique, avaricieuse , attachée aux parens et à la famille ; de là cette irréligion et impiété au saint autel, dans l'administration des sacremens ; cette habitude de ne pas résider , cet abandon déplorable d'une paroisse, des malades , des pauvres, des agonisans , d'une église qu'on laisse dépourvue de tout , pendant qu'on ne cherche qu'à se loger soi-même à la manière des riches et des puissans du siècle. D'où vient tout cela? des voleurs et des mercenaires qui sont entrés ou sans vocation, ou
sans réflexion dans un état si relevé et si saint: Grandis sublimitas , grandis ruina; judicium durissimum his qui prœsuntjiet ; potentes potenter paticntur. On ne reçoit pas la grâce de l'ordre , ni le droit aux secours actuels: et comment avoir la force de se soutenir dans les persécutions, dégoûts, tentations et tout le .reste?
2..0 Cette précipitation cause la damnation des peuples. Non-seulement un Ecclésiastique qui reçoit les ordres sans réflexion et sans vocation expose son salut, mais encore celui des peuples ; car un prêtre ne se damne jamais seul; il entraîne un grand nombre d'ames après lui : Nemini citb manus imposueris , dit saint Léon , pape; qui. aliter ordinant, peccant : non est hoc consultre populis , sed nocere , nec prœ.tare regimen , sed au gère discrimen. Scriptum est, dit saint Grégoire-le-Grand , ut prias quis probetur, et sic ministret. JMultb antè igitur probandus est qui populi intercessor assumitur, ne fiant causa ruinœ populi sacerdotes mili. D'où vient le désordre des chrétiens? Omnes declinaverunt, non est quifaciat bonum, non est usque ad unum ifurtum, homicidium , adulterium inundaverunt. Il n'y a ni foi, ni loi, ni charilé parmi les peuples; on n'entend que juremens , blasphèmes , médisance, calomnie; chacun pense à élever sa fortune et sa réputation sur celle d'autrui.D'où vient tout cela? La lumièrede l'Eglise est éteinte, le sel affadi : sic pop ulus , sic sacerdos; quai s rector, taU:s et subditi :p.r vos, ô sacerdotes^ bltspJicmatur nomen meum inier gentes. Au lieu de donner bon exemple, ils sont des sujets de scandale: in cathedra pestiJentiœ se dit ; mauvais exemple de jalousie, de vengeance, d'impureté, d'intempérance, d'avarice, d'attachement au munde, d'oisi-
veté, d'irréligion à l'église, à l'autel , en chaire. Remontez à la source de ces désordres; des usurpateurs téméraires du sacerdoce, des présomptueux, des gens qui prennent les ordres sans réflexion , sans attention, sans s'être éprouvés auparavant, sans avoir reconnu si leur vocation est légitime et a les marques d'une bonne vocation , sans avoir les vertus qu'exigent les saints ordres , cette piété, cette dévotion, et surtout cette chasteté solide , affermie et éprouvée qu'exigent le sacerdoce et les saints ordres. De là les peuples sont sans instruction , les sacremens ne sont point fréquentés , les pauvres sans soulagement , les malades sans sacremens; l'adultère , la fornication, les inimitiés, l'usure , les juremens et l'ivrognerie régnent dans les paroisses abandonnées par l'absence des pasteurs mal appelés ou mal préparés.
Seconde réflexion : la conduite que les ordinands doivent garder pendant la retraite de l'ordination. i.° Il faut consulter Dieu dans cette retraite, lui dire avec sincérité : Domine, scito cormeum, proba me, cognosce semitas meas , deduc me in via œterna. Loquere, Domine , quia audit servus tuus ', audiom quid loqualur in me Dominus. Domine, doce me facere voluntatem tuam. Domine, quid me vis fa~ cere? P iratum cor meum,paratum cor meum; consulter son directeur, lui ouvrir son cœur, lui exposer sa conscience , ses foiblesses passées, ses misères présentes , le peu de vertu qu'on a, cette chasteté naissante, cette pente au mal, ce temps fort mal passé dans le monde, avec tiédeur et sans fidélité au règlement dans le séminaire.
2..° Se demander à soi-même : Ad quid venisti? tu quis es? O sacerdos , 6 clerice , agnosce dignitatem tuam ; sans se flatter : Deus inluetur cor, Deus non
irridetur. Si modo moriturus esses, hoc faceres? prendrois-je les saints ordres? Ne faites rien dont vous puissiez vous repentir à l'heure de la mort. Suis-je appelé'? Fî^atres , vide te vocationem i>estram : consideremus , dit saint Bernard, et nos an vocati Pënerimui , et an vocati à Deo, à quo nimirùm hœc vocatio est ? si nous y venons par la vocation de notre éVêqne et le conseil de ceux' qui tiennent sa place? si nous n'avons pas fait agir pour avoir le consentement de nos supérieurs? si nous n'avons pas pris les ordres sans conseil ? si nous y entrons avec pureté d'intention, dans le désir unique de plaire à Dieu et de travailler au salut des âmes? si nous avons 'l'aptitude de corps et d'esprit pour la science et les fonctions ecclésiastiques? si nous avons l'esprit de notre état ? si nous aimons le séminaire et les exercices qui s'y font? si nous en profitons? si nous nous plaisons avec nos supérieurs , directeurs, et les prêtres remplis de l'esprit de notre état ? Il faut sonder son cœur pour voir si ce n'est pas l'impulsion de nos parens, Te désir d'une place qui nous fait embrasser l'état ecclésiastique. Si c'est par Jésus-Christ, la véritable porte, que nous y entrons, dit saint Augustin : Chrislus est ostium (;ij0 intramus , et ostiarius qui aperit; nec quuquam sumit sibi honorem , sed qui voctttur à Veo , tanquàm Aaron. Eos enim rectores accipit Kcclesia , dit saint Léon, pape, quo s S pi ri! us prœparavit et dignatio cœle.stis gratijre fp'gnit. Aussi les Pères et les conciles s'écrient contre ceux qui attentent d'entrer dans' le sacerdoce sans vocation : Qui non intrat per ostium in ovile onum , sed csccndit aliundè,ille fur est et latro ; fur non verni nisi ut furetur, et mactet .et perdat. C'est un horrible sacrilège, dit Pierre de Blois ; il vaudroit mieux que vousfus-
siez conduit en prison , ou que vous tombassiez roule mort aux pieds de-l'évcque avant Tordination : usurpati au su s sacerâofii sacrffittum in $acrflegiwn,tt vitam convertit in mortern. Multb dignius, muhbque rectius essetut ad carcerem vel catcstam pœnaïem, quom ad sarerdotium trahcremirti. Le te'me'raire, dit saint Ephrem , tenehras txteriores ,ctjudicium absque mhericordiâ ccnsciscit, igncrn. et mcrtem sibi accumulât. C'est à vous à y penser, à vous éprouver sur ce sujet pendant cette retraite : quïd prodest homini si mundum univetsum lucretur , animœ verb suœ detrimentum patiatur : Prenez garde que le caractère de l'ordination ne soit le sceau de votre réprobation comme il l'a été de plusieurs.
3.° Considérer attentivement si l'on a les vertus des ordres qu'on a reçus , et auxquels on aspire ; sonder son cœur pour voir si l'on est maître de ses passions, si l'on a du mépris pour le monde, si l'on vit avec la pureté qui convient à un clerc, si l'on a ce zèle de la maison de Dieu propre à un portier, ce respect et cet amour de l'Ecriture-Sainte convenable à un lecteur, si l'on a cet esprit d'oraison et de mortification nécessaire à un exorciste , si l'on a une grande dévotion au Saint-Sacrement, et si l'on donne bon exemple comme un acolyte y est obligé; si l'on est bon sous-diacre : Amodo assidui , vigiles , sobrii , casti ; si l'on est bon diacre : Estote assitmpti à carnalibus desideriis , a ierrenis concupiscenliis quos militant advcrsùs animant. Estote nitidi , mundi , purî , casti. Evangelium ore annuntietis , vivis operîbus exponatis ,.... acripe Sprrilwfn Sanctum adrobur, ad resistendum diabolo et tentat^onibus ejus... Abxmdet in eis toîiits forma virtutis. auctO" riias modesla , pudor constant, innocentiœ puritas,
et spiritualis observantia disciplina*... In Christo Jirmi et slabihs. Pour la prêtrise , si l'on a cœlestis sapientia , probi mores , diuturna justiticz observatio... mortificare membra vestra a vitiis et concupiscentes omnibus procuretis... occipe vestem sacerdotalem per cjuam charitas in le II igitur. Enfin , si l'on est comme l'Eglise, les conciles et les Pères le représentent ' ad omne opics bonum instructi , perfecti in volute esse debent. Si la sainteté est aussi éminenle que la dignité, et surpasse la sainteté des. chrétiens : cru! escant sacerdotes , dit Pierre deBlois, si sanctions vitœ inveniuntur laid qui hu jus mundi Jluctibus sunt immersi. Il faut être an-dessus du peuple : ab îiumero et sursàm , comme Saiil parut au-dessus du peuple d'Israël : tantùm inter sacerdotem et quemlibet probum intéresse débet , dit saint Isidore de Damiette, quantum inter eœutm et terrain discriminis est. Cette vie , non-seulement doit être éminente , mais être le modèle des peuples : vos estis lux mundi; lucete sicui luminaria : sic deect clericos nitiil nisi grare , modéra tum , ac religion? plénum prœ se fera nt. Voîre vie a-t-eîle éfé de ce caractère pendant les vacances, chez vos pp.rens, en ville, au séminaire? C'esf à vous à examiner : vous n'êtes en retraite que pour cela , vous y avez intérêt : nulla satïs magna securiias , ubi periclitatur œiernitas.
4-° Enfin , sondez vos cœurs poar voir s'ils sont éloignés du péché mortel et véniel, détachés du monde, honneurs, plaisirs, richesses, commodités, parens; si votre chasteté est universelle , délicate , sans soupçon , éprouvée, solide et affermie pour n'avoir rien à craindre avec le sexe, au confessionnal; si ces anciennes plaies sont bien fermées-; si nous avons ce res-
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peet, cette sainte frayeur, cet éloignemenl édifiant pour les ordres que les Saints ont eus; si nous n'y allons que par une espèce de contrainte, par pure obéissance : iterùm atque ittrùm considerare deletis. Après l'avoir considéré attentivement devant Dieu, conférez-en avec vos directeurs, et suivez leurs avis; mais parlez clairement : quod ignorât medicina non curât; Deus intuetur cor. Il y va de votre éternité; pensez-y.
Qu'il faut éditer la précipitation à Vègard des saints Ordres.
Je vous disois dernièrement que nous devons avoir un soin tout particulier de répondre à notre vocation par une vie véritablement ecclésiastique , et par l'exercice fidèle de nos fonctions : satagite ut per bona opéra certam vestram vocatienem &t electionrm faciatis. J'ai dessein de vous parler aujourd'hui de l'obligation que nous avons de recevoir les saints ordres selon les desseins de Dieu , et de ne point prévenir par une trop grande précipitation les momens qu'il a marqués pour cela. Quand on supposeroit la vocation d'une personne pourTEgiise, il ne faut pas pour cela se presser pour recevoir les saints ordres ; mais comme il faut une vocation pour entrer dans l'état ecclésiastique, il en faut une autre pour recevoir les saints ordres; et ce qu'il faut éviter beaucoup en la réception des ordres , c'est la trop grande précipitation et le trop grand empressement. Néanmoins c'est un désordre fort commun ; on court aux ordres sans aucune mesure tt sans aucune considération, violant impunément toutes ks règle* que l'Eglise a prescrites sur ce sujet. Pour
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mettre quelque frein à ce désordre, nous vous parlerons présentement de l'obligation que nous avons de nous préparer beaucoup avant de recevoir les saints ordres , et pour vous en persuader, voici Irois grandes considérations : premièrement, avant de recevoir les saints ordres, surtout le sacerdoce, il faut une grande sainteté; secondement, il faut acquérir de l'aptitude pour servir l^Eglise ; troisièmement , il faut bien s'affermir contre tous les dangers qui environnent le sacerdoce. Or, ces trois choses demandent qu'on prenne beaucoup de temps pour ne point se presser; on ne se sanctifie pas, on ne se forme pas, et l'on ne s'affermit pas dans quelques jours, ni dans quelques mois, et par conséquent, il faut prendre du temps.
Je dis, premièrement, qu'avant de recevoir les .ordres , il faut prendre*beancoup de temps pour acquérir la sainteté qui leur est convenable. Comme les ordres sont très-saints , et qu'ils ont des fonctions toutes divines, il faut, avant de s'y engager et d'en faire les fonctions, qu'on se soit bien purifié et qu'on ait acquis une grande sainteté, autrement c'est faire injure à la majesté de Dieu et à la sainteté des ordres. Vous ne doutez pasqu'il ne faille avoir une grande sainteté, même pour les ordres mineurs; car les fonctions en sont très-saintes , puisque ces ordres donnent pouvoir d'admettre dans l'église ceux qui sunt dignes, et d'en rejeter les indignes; d'avoir soin des orneinens et des meubles de l'église ; c'est le pouvoir des portiers : puisqu'ils donnent le pouvoir de chasser les démons des corps des possédés ; c'est celui des exorcistes : puisqu'ils donnent le pouvoir de lire solennellement les leçons de l'office divin, et de faire même quelque lecture de l'Ecriture -Sainte; c'est celui des lecteurs : puisqu'ils donnent pouvoir d'assister au sa-
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crifice, de présenter les burettes à l'autel et de porter des flambeaux; c'est celui des acolytes. Tout cela est très-saint, si l'on en juge avec des yeux bien éciairés, et par conséquent tout cela demande une grande sainteté. Les ordres mineurs demandent un grand zèle de la maison de Dieu, un grand amour pour l'injure- Sainte, une grande aversion pour toutes les œuvres du démon, et une vie toute pure et toute exemplaire. Si nous nous élevons aux ordres sacrés, comme ils sont plus saints que les mineurs, iis demandent auosi une plus grande sainteté. Quelle sainteté ne faut-il pas pour le sous-diaconat, pour assister au sacrifice de ia sainte Messe, à cette action si redoutable qui (ait trembler les Anges de respect!... Quelle sainteté wj. faut-il pas pour le diaconat , puisque le diacre srrt au sacrifice immédiatement au-dessous du prêtre, et qu'il le sert de si près dans l'exercice de l'aciiir» '.-1 plus sainte et la plusauguste qui puisse se faire sur la terre, sans parler de bien d'autres fonctions q'u'ii a , très-sain tes et très-sublimes! Mais enfin, quelle sainteté ne demande pas le sacerdoce! Il faudroit avoir une sainteté plus qu'angélique; il faudroit avoir un parfait détachement de toutes les créatures; il faudrait être intimement uni à Dieu. Quand un lait réflexion qu'un prêtre, par son état, offre à Dieu le saint sacrifice de de ia Messe, qu'il présente à Dieu cette divine victime que Notre-Seigneur lui a mise entre les mains ; quand on conçoit qu'il fait l'office de médiateur entre Dieu et les hommes, qu'il applique aux hommes le sang adorable de Noire-Seigneur par le ministère de la réconcilia lion , qu'il annonce la parole de Dieu, et qu'il fait d'autres fonctions que respectent les Anges; on doit être persuadé que pour s'acquitter dignement Je ces fonctions , il faut une grande sainteié. Or, celte
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sainteté ne s'acquiert pas dans quelques jours , ni dans quelques mois. On ne se défait pas de ses anciennes habitudes comme d'un vêtement ; on ne fait pas mourir le vieil homme de mort subife; on ne renonce pas aux affections de la terre dans un moment ; on n'acquiert pas les vertus ni le don d'oraison , en quelques semaines. Il faut un temps très- considérais pour acquérir cette sainteté ; et il faut avouer que tes laïques même se scandalisent au sujet des ordinations1 pressées et précipitées. Lorsqu'ils ont vu des jeunes gens parmi eux, qui n'étoient pas plus parfaiis qureux , ils sont surpris lorsqu'en moins de rien ils les Voient élevés aux saints ordres, lorsqu'ils les voient à l'autel offrir à Dieu le sacrifice auguste de noire religion , lorsqu'ils les voient assis .Jans un confessionnal exercer l'office de juge , lorsqu'ils les voient en chaire annoncer la parole de Dieu et s'ériger en maîtres , et sans qu'ils aient pris le temrs de se disposer à ces augustes et adi: Mes fonctions ; il est certain qu'ils en sont scandalisés. Mnis ils le sont doublement lorsqu'ils ont vu parmi uux des personnes^ qui n'a voient point de piété , qui ne fréquentaient pas les Sacremens , qui étoient licencieuses dans leurs conversations et dans toute leur conduite , qui allcicnt dans les maisons publiques pour y perdre le temps à jouer , boire ou manger , qui causoient du scandale à ceux qui les voyoient, et que néanmoins ils les voient élevées au sacerdoce , sans avoir vu ni appris le changement de leurs mœurs. Peut-il y avoir pour eux nn plus grand sujet de scandale ? Je veux que ces personnes soient changées; mais en vérité, les idées de leur dérèglement font encore trop fraîches. ïl faudro.it un temps considérable pour les effacer dans l'esprit de ceux qui en ont été témoins. Je vous avoue qu'à
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considérer ceci dans l'esprit de la religion , c'est quelque chose de très-surprenant , et l'on ne peut que s'étonner de la précipitation avec laquelle on entre dans les saints ordres. N'est-il pas, encore une fois, très - étonnant de voir des personnes qui étoient à charge à leur famille, qui étoient un sujet de scandale à toute une paroisse et à toute une ville, des g^ns-à qui l'on n'auroit pas osé confier les clefs d'une armoire , d'un grenier ou d'une cave , chargés néanmoins des clefs du sanctuaire, du tabernacle, et du ciel même, chargés des Sacremens et. de la conduite spirituelle des âmes ? On ne peut penser à cela sans horreur. Toutefois cela n'arrive que trop , et malheureusement dans toutes' les ordinations qui se font dans l'Eglise, il y a pour l'ordinaire de ces sortes de personnes.
Si nous avons horreur de ce dérèglement , prenons garde de ne pas nous en rendre coupables. Voyons si nous avons mené une vie bien sainte et bien exemplaire. Si nous ne l'avons pas fait , si nous avons vécu dans le péché avant notre entrée dans ie séminaire ,* il faut se purifier à loisir. Si nous n'avons pas édifié , il faut se mettre en état d'édifier ceux que nous avons scandalisés, prenant des routes toutes contraires , effaçant peu à peu les mauvaises impressions que nous aurions données par notre ancienne conduite ; et il ne faut pas se persuader que le temps qu'on passe au séminaire soit assez long pour cela. 11 faudroit encore édifier dehors avant de s'engager an moins dans les ordres sacrés. On répareroit par- là, en quelque manière, le mauvais exemple donné; et quand on ne le tait pas , on scan" dalise les peuples , et de là procède le mépris qu'ils font des prêtres, mépris qui passe assez souvent
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jusqu'au caractère. Cette considération devrait nous suffire pour nous convaincre de l'obligation où nous sommes de ne point nous presser pour les saints ordres. Il faut acquérir une grande sainteté avant de les recevoir; or, il faut du temps pour cela. Il en faut aussi pour acquérir l'aptitude nécessaire pour servir l'Eglise ; c'est la seconde considération.
Vous savez que les ministres de l'Eglise sont ordonnés pour la servir. L'Ordre est un sacrement qui donne à l'Eglise des officiers et des serviteurs. Or , vous ne doutez pas que ces officiers et ces ministres ne doivent être en état de rendre service à l'Eglise. Ils ont besoin pour cela de science , de lumière , de maturité d'esprit , de prudence. Il faut qu'ils aient quelqu'intelligence de i'Ecriture-Sainte. Il faut qu'ils soient en état d'instruire par des prônes, des catéchismes et des exhortations. Il faut qu'ils entendent la théologie morale, et qu'ils puissent décider passablement les cas de conscience. Il faut qu'ils aient lu de bons livres, dans lesquels ils aient puisé des sentimens de piété pour les inspirer aux fidèles. Il faut qu'ils aient, acquis une certaine dextérité pour exercer leurs fonctions avec bienséance et religion. Or , je vous demande si l'on peut acquérir cette aptitude qui renferme tant de choses , en peu de temps ? Cela ne se peut certainement pas ; il faut un temps considérable , autrement l'Eglise en souffre un très-grand dommage. Faisons de sérieuses réflexions sur cette conséquence. Je dis que lorsqu'on se presse pour recevoir les saints ordres, et qu'on ne prend pas le^tfhps de se former aux fonctions ecclésiastiques , ^plise en souffre un trèsgrand dommage , parce que ces ouvriers à demiformés , et pour ainsi dire ébauchés , ne sont pas capables d'un grand travail dans l'Eglise, ni d'y
faire Je grands fruits. Le moyen qu'ils rende Al a l'Eglise de grands services , ayant si peu de science et de lumières ! Mais il n'arrive que trop que ces sortes de ministres, bien loin de travailler et de servir l'Eglise, gâtent tout , et nuisent beaucoup aux âmes par leur ignorance , par leur peu de talent , et souvent même par leur scandale. Il en est d'un Prêtre qui n'est pas formé à son emploi par rapport à l'Eglise , comme d'un médecin , d'un juge et dun pilote, qui ne sont pas versés dans leur profession par rapport à ceux qui sont entre leurs mains, i .u Représentez-vous un juge qui ne sait point les lois ni la jurisprudence , et qui se mêle de juger. Il fait les plus grandes fautes , il prononce en aveugle , et fait tort aux parties* -2.° Figurez-vous un médecin ignorant et sans expérience ; il tue ses malades sans s'en douter , parce qu'il n'ordonne pas les remèdrs propres à leu:;- maux, ou qu'il en ordonne de contraires. 3.° Imaginez-vous un pilote qui entreprend de enduire un vaiseeau en pleine mer. et qui ne sait pas encore manier une rame; que doit-on attendre de la conduite d'un tel pilote? Ceux qui y sont engagés, ne sont-ils pas dans un danger manifeste d'y faire naufrage et d'y périr ? Voilà une figure de ce qui arrive aux âmes lorsque les Prêtres se chargent de leur conduite, sans avoir appris Milnsammcnt loi devuirs de leur état, et les règles pour la conduite des âmes. i.° Ce sont des juges qui s'assoient dans le tribunal de la pénitence, sans savoir comment il faut procéder dans ce jugement; qui n'unt point Je lumières pour examiner et éclaircir les matières ; qui ne comprennent rien aux cas de conscience , quj n'obligent pas à restitution les pénitens qui y sont obligés, ou qui les y obligent mal à propos ; qui don-
ncnt des absolutions lorsqu'il faudroit les refuser ou les suspendre. En un mot, on ne peut attendre de pareils juges que des fautes et des égaremens trèspernicieux aux âmes , et très-funestes à eux-mêmes , parce qu'ils se damnent évidemment en exerçant un emploi très-important et très-périlleux sans avoir les qualités nécessaires. 2..0 Ce sunt des médecins qui doivent s'appliquer à guérir les infirmités et les maladies des âmes. Pour y réussir ils sont obligés à connaître la nature du mal , et à appliquer les remèdes convenables ; or , lorsqu'ils ne connoissent ni le mal ni !e remède propre à sa guérison , ils laissent croupir les pauvres pécheurs dans leurs misères, sans savoir les guérir. N'est-ce pas là un grand et très - grand malheur pour l'Eglise ? 3.° lis sont des pilotes qui se chargent de la conduite de l'Eglise, et qui ne sont nullement versés dans cet art des arts. Ce sont des pilotes , disent les Saints , qui prennent le gouvernail en main, sans jamais avoir appris à manier la rame ; d'où il arrive que grand nombre d'ames périssent sous leur conduite , et dont Dieu leur demandera un compte très-sévère : verumtamen sanguinem ejus exquiram de manu tua- C'est la menace que Dieu fait à ceux qui, étant chargés du soin des âmes, les laissent périr par leur faute. Vous voyez de quelle importance il est qu'on se forme pour les fonctions ecclésiastiques avant de les exercer ; et comme cet exercice est très-important et très-difficile , il faut y employer un temps considérable , afin de se mettre en état de les exercer avec bienséance et avec utilité. C'est une étrange illusion de s'imaginer qu'on peut se former en quelques mois. Nous voyons que dans les arts les plus grossiers il faut plusieurs années d'apprentissage : pour apprendre l'emploi d'un notaiic
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ou d'un procureur, il faut demeurer longtemps dans une étude. Pour apprendre le négoce il faut passer deux ou trois ans, et quelquefois davantage , dans un magasin ; et l'on croira que , pour avoir passé quelques mois dans un séminaire, on a fait bien audelà de ce qui étoit nécessaire ! Hélas ! dit saint Grégoire de Nazianze, pour apprendre à danser ou jouer de qnelqu'instrument on passe des années entières , et pour l'état ecclésiastique , pour le sacerdoce qui demande toute la vie, nous aurons de la peine à y employer si peu de temps ! N'est-ce pas un épouvantable aveuglement ? Et ne sera-ce pas pour nous devant Dieu le sujet d'un terrible reproche ? Il faut donc, pour remplir notre ministère et pour être utiles à l'Eglise , que nous évitions la précipitation dans nos ordinations.
Ajoutons , pour troisième considération , qu'il faut éviter la précipitation dans la réception des saints ordres, pour bien nous affermir contre tous les dangers qui environnent le sacerdoce. Il est certain que si l'état ecclésiastique, si le sacerdoce est un état trèssaint, il est aussi très-périlleux. On peut dire qu'il est environné de périls , de précipices et d écueils , et qu'à moins d'une vigilance continuelle , d'une profonde humilité , d'une prière très-assidue , on fera 1 un malheureux naufrage. 11 faut donc qu'avant d'entrer dans le sacerdoce on prenne du temps pour s'affermir, pour prévoir les périls qui sont attachés à cet état, pour bien apprendre ses obligations; autrement on fera un triste naufrage. Jl fan t. une force et une fermeté inébranlable dans un Prêtre , pour ne pas pécher; car il se présente- mille occasions où il est exposé à pécher mortellement. Etre dans le inonde sans en contracter la corruption : que de
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mauvais exemples ! que l'air y est contagieux ! Etre continent au milieu de tant de dangers : on porte une chair rebelle et encline au mal ! on est obligé de parler à des personnes du sexe , d'écouter toutes leurs faiblesses au confessionnal ! On est tenté du démon qui fait, une guerre très-cruelle aux Prêtres; il faut une grande force pour lui résister. Saint Paul dit qu'il trouvoitdans l'exercice de l'apostolat des dangers de toutes parts : periculis fluminum , periculis latronum , periculis ex génère , periculis ex gentihus , periculis in civitate , periculis in solitudine , periculis in mari , periculis à fahis fratribus (11. Cor. 7. 26. 8. ); mais pour ne pas entrer dans le détail infini de tous les dangers que court le Prêtre dans l'exercice de son ministère , qu'un ou deux exemples nous suffisent. Un Prêtre est assis dans un confessionnal ; des personnes de qualité se confessent à lui, elles se trouvent dans des habitudes criminelles, dans des occasions prochaines de péché , dans des haines et des inimitiés , elles ont pris et retiennent le bien d'autrui; elles demandent l'absolution, elles pressent , elles promettent de se corriger ; néanmoins, selon les règles, il faut différer et éprouver ces personnes. Qu'arrive-t-il si l'on manque de force et de fermeté ? On donne l'absolution à des indignes, et l'on fait un péché mortel. Un Confesseur n'a pas pris un temps suffisant pour se fortifier dans la chasteté, il est encore foible ; il entend mille ordures dans le confessionnal , il est dans un très-grand danger de se perdre. Un Prêtre voit des désordres, la pureté l'oblige à faire des corrections charitables ; s'il manque de zèle et de force , il ne dira rien, et se rendra coupable des péchés qu'il n'empêche pas et qu'il devroit empêcher.
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Souvenons-nous qu'il faut une grande vertu pour I soutenir le poids du sacerdoce et la charge des âmes. I C'est omis humeris angelicis formidanàum . 11 fau- I droit avoir des e'paules bien fortes avant de s'en char- j ger, c'est-à-dire qu'il faudroit avoir pris un temps j considérable pour s'y disposer; autrement on ne s'é- | lève que pour tomber , et c'est le démon , non pas Dieu , qui nous porte sur la sainte cité et sur le pinacle de l'Eglise, nous faisant recevoir les ordres avant I le temps que Dieu avoit marqué, afin de nous pré- j cipiter ensuite dans un abîme de malheurs. C'est dans ces vues que les Saints ont tant redouté l'entrée du sanctuaire et la réception des saints ordres. Bien j loin de se presser, ils reculoient et fuyoient tant qu'ils | pouvoient , se cachant dans les déserts et dans les ] solitudes. C'est ce qui a fait trembler en particulier i le grand saint Grégoire de JNazianze lorsqu'on voulut l'engager à recevoir le sacerdoce, et ce qui l'obligea à passer une grande partie de sa vie dans la retraite, j sachant, dit-il, que toute la vie nHîst pas trop longue j pour se préparer à ce saint ministère. C'est ce qui porta I saint Ambroise à refuser avec tant de fermeté Pépiscopat. Il fit des choses extraordinaires pour persuader j qu'il en étoit indigne, et ne céda qu'après les plus I grandes résistances. C'est ce qui porta encore saint Jé- TÔme à s'éloigner des saints ordres. Etant ordonné par saint Paulin, il protesta qu'on lui faisoit violence ; et pour empèrherson ordination, il feignit dene^vouloir point garder les lois ecclésiastiques. C'est ce qui fit que saint Augustin, après avoir employé plusieurs années à la prière et à l'étude dans la retraite, quand il se vit pressé de recevoir les ordres , demanda avec instance à son évoque de différer encore son ordination jusqu'à Pâques, ne croyant pas avoir eu assez de
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temps pour se préparer à un état si périlleux et si saint, parce qu'il ne s'y étcit pas préparé dès sa jeunesse. Nous voyons qu'il pleura dans son ordination , et qu'il souffrit une espèce de violence. Et ce grand Saint écrivant à son évêque Valère , après son ordination , lui dit ces paroles remarquables : vis mihi faita est mérita peccatorum meorum. C'est ce qui porta saint Grégoire à s'enfuir, déguisé en marchand, se cachant dans une caverne, quoique Dieu le découvrît par des miracles : indicio column œ igneœ.En un mot, dit saint Cyrille d'Alexandrie (Hom. i.defestoPaschœ.) , reperi omnes Sanctos d'wirà minibterii ir,gtnt<?m veluti molem formidantes.
Ces exemples devroient faire impression sur nous, et nous porter à nous éloigner par respect des saints ordres, jusqu'à ce que nous fussions établis dans une grande sainteté. Les plus grands Saints ont tremblé et gémi de ce qu'ils avoient peu de temps pour se préparer aux saints ordres, quoique souvent ils y eussent employé plusieurs années. Ne devons-nous pas à présent frémir , nous qui ne sommes point comparables en sainteté , en doctrine , en piété , à ces grands hommes, et qui croyons que quelques mois suffisent pour être digm , du sacerdoce, et qui murmurons lorsque quelque obstacle vient s'apposer à notre ordination à l'époque que nous avions déterminée pour cela dans nos calculs d'intérêt ou d'ambition ? Des cèdres du Liban tremblent à la vue des saints ordres, et ne les reçoivent qu'avec larmes; et Von s'y présente aujourd'hui avec précipitation et comme en riant ! on ne peut souffrir qu'on conseille de différer! C'est un grand aveuglement, ou il n'y en a point au monde.
Pour nous convaincre encore plus particulièrement de la vérité qui vient de faire le sujet de cet entretien ,con-
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sidérez, s'il vous plait, avant de le finir, considérez et pesez la conduite de Notre-Seigneur à l'égard des premiers prêtres. Il choisit douze personnes , et les élève pendant trois ans dans sa compagnie. Il- leur fait des instructions toutes divines , il les instruit par paroles , par exemples, par miracles, et il ne les ordonne qu'après trois ans de séminaire, la veille de sa mort. Cela est convaincant. Il faudrait donc que ces vues nous fissent entrer dans trois dispositions: i.° de nous éloigner de nous-mêmes des saints ordres, et de presser pour cela ; 2.0 de n'en approcher que par conseil et pure obéissance. 3.° De n'y entrer qu'avec une profonde humilité et dans de grands sentimens de notre indignité. Enfin, lorsqu'on entre dans le sacerdoce, il faudrait être dans l'état que saint Paul nous représente par ces paroles : Erit vas in honorem sanctification , et utile Domino, ad omne opus honum paratum: i.°être saint; 2.0 être utile à l'Eglise; 3.° être prêta faire tout ce que Dieu demande de nous.
De l'obligation qu'ont les Prêtres de se renouveler dans l'esprit et la grâce de leur état.
Je ne saurais , ce me semble, prendre un dessein plus conforme à la suite de ces entretiens ecclésiastiques, que celui qui est. renfermé dans ces paroles de l'apôtre saint Paul : Adiwmeo te ut resuscites gratiam Dei quœ est in te per impositionem manuuni mearum. L'intention de l'Eglise dans l'établissement des séminaires et des retraites qui s'v font , est que les pasteurs et les prêtres s'assemblent de temps en temps pour recevoir les instructions el les avis de leur évè-
que, et pour se renouveler dans l'esprit et dans la grâce de leur état et de leurs fonctions. Nous ne savons •que trop que la grâce de Dieu s'arfoiblit en nous, et que nous entrons insensiblement dans une vie pleine de lâcheté et de tiédeur ; on en voit même plusieurs qui passent à une vie déréglée et criminelle. Je ne remarque que trop de causes de cette tiédeur et de ces déréglemens. Le commerce que nous sommes obligés d'avoir avec le monde nous gâte; notre nature corrompue, qui ne peut souffrir de se voir dans une violence continuelle , nous porte au relâchement ; le démon qui a une haine implacable contre les serviteurs de Dieu, et surtout contre ses ministres, agit continuellement pour les pervertir et les perdre. C'est de ces sources maudites que procèdent notre tiédeur et notre dérèglement. Il ne faut donc pas s'étonner si je vous parle aujourd'hui de renouvellement ; car outre que le besoin en est assez évident, je vois que saint Paul avertit un des premiers évêques de l'Eglise, qui avoit reçu la plénitude du Saint-Esprit, de l'importance de se renouveler et de rallumer le feu de 1 Esprit-Saint. C'est ce qui m'apprend que nous devons bien appréhender , puisque nous sommes loin d'être dans l'état de ce saint évêque, et que nous vivons dans un temps où la foi semble presque éteinte, et la charité entraînement refroidie. Agréez donc que je vous adresse ces paroles de saint Paul : Admoneo te ut resuscites gratiam Dei quœ est in te per impositionem manuum mearum. Renouvelons en nous la grâce de notre état et de notre ordination. Maisquelleest cette grâce? La grâce de notre état et de notre ordination est une grâce qui nous sépare du monde; c'est une grâce qui nous consacre à Dieu ; enfin , c'est une grâce qui nous anime à bien servir l'Eglise. C'est cette grâce que nous devons renou-
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vêler en nous, et que je vais vous représenter maintenant. Je vous ferai donc voir dans ce discours, que nous devons nous renouveler, premièrement, dans un esprit de séparation du monde; secondement , dans un esprit de consécration a Dieu; troisièmement, dans un esprit de zèle pour le service de l'Eglise et pour le salut des âmes.
Je dis , premièrement , que nous devons nous renouveler dans un esprit de séparation à l'égard du monde. C'est une obligation indispensable à tous les Ecclésiastiques, à tous les prêtres et à tous les pasteurs d'être se'parés du monde de cœur et d'affection , parce qu'ils en sont séparés dans leur état. Lorsque Dieu a établi un sacerdoce sur la terre, il a voulu que les prêtres fussent séparés du reste des hommes, et il les a mis au-dessus d'eux. Nous voyons dans l'ancien Testament que Dieu choisissant la tribu de Lévi pour son culte particulier et pour l'exercice de-la sacrificature , ordonne en même temps à Moïse de les séparer du reste du peuple : consecrabis I éditas oblatos Domino, ac separabis de meclio filiorum hrael , ut sint mei (Num. 8. i3.): vous aurez soin, dit Dieu à Moïse, de séparer les lévites qui me sont consacrés du reste des enfans d'Israël. Voilà ce que Dieu a ordonné pour 1rs prêtres de l'ancien Testament, il veut qu'ils soient séparés par état du reste du peuple. Si Dieu a voulu que les prêtres de l'ancien Testament fussent ainsi séparés du reste du peuple, il le veut bien plus particulièrement des prêtres de la loi de grâce; et cvst ce que le Fils de Dieu a fait connoitre à ses disciples, lorsqu'il leur a dit qu'il les avoif choisis du monde : elegi vos de mundo , c'est-à-dire je vous ai tirés du monde, je vous ai séparés du monde, et quoique vous viviez dans le monde, vous n'êtes plus du
monde: de mundo non estib. Vous faites un peupie et une nation à part. C'est aussi ce que saint Paul a bien reconnu lorsqu'il a dit que tout pontife, tout prêtre est tiré d'entre les hommes : omnis poniifioc ex hominibus assumptus. Concluons de là que, puisr que tout prêtre est séparé des hommes par son état, il doit en être séparé de cœur et d'affection ; et nous devons entrer dans cet esprit de séparation à l'égard du monde avec d'autant plus de fidélité , que si nous aimons le monde et le fréquentons trop , nous tombons dans un état déplorable, parce que l'attachement au monde et l'application aux choses de la terre, ; dans un prêtre, sont un obstacle à l'exercice du saint ministère et de ses fonctions. C'est aussi ce que défend saint Paul: Nemo mihtans Deo implicat se negotiis secularibus : une personne qui combat sous l'éten- ; dard de Dieu ne s'embarrasse pas dans les affaires du siècle. En effet, nous ne voyons que trop les prêtres : qui aiment le monde , qui s'y engagent en fréqueni tant les compagnies des gens du monde , en prenant 'leurs manières, et en s'appliquant aux affaires tem~ I porelles ; nous ne voyons que trop ces prêtres négliger ; leurs fonctions , les abandonner , n'en faire point ! d'état: et s'ils s'y appliquent, mon Dieu ! quelle dissipation! quelle irrévérence et quelle profanation n'y remarque-t-on pas! Les peuples en sont scandalisés, |et n'ont aucune confiance à ces sortes de prêtres. Il est donc vrai qu'un prêtre qui n'est pas séparé du monde dans son cœur, comme il l'est par son état, tombe dans un état déplorable, puisqu'il néglige ses fonctions, ou qu'il les lait mal, au scandale des fidèles et au déshonneur de i'Egîise.
Mais si l'état d'un pr -tre qui s'engage dans le monde est déplorable pas la vue que je viens de vous exposer,
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il est aussi très- déplorable pour lui-même ; car il se fait un très-grand tort , et il contracte toutes les ordures du inonde. Nous pouvons dire que ce qui arriva aux Israélites en se mêlant avec les gentils, arrive aux prêtres qui ont commerce avec le mondeet qui s'y attachent : commixti sunt inter gentes , et didicerunt opéra eorum , et servierunt sculptilibus eorum % et factura est Mis in scandalum. ( Psalm. io5. ). Les Israélites ne se défiant pas assez d'eux-mêmes, voulurent avoir commerce avec les gentils qui n'avoient pas la connoissance du vrai Dieu , et qui étoient idolâtres. Qu'arriva-t-il ? le voici , dit le Prophète : didicerunt opéra eorum : en voyant leurs actions et leur conduite , ils les ont imités; servierunt sculptilibus eorum : ils ont offert de l"encens à leurs idoles , et factum est Mis in scandalum : et ils ont trouvé leur ruine en se liant avec eux. Voilà une figure de ce qui se passe dans les prêtres lorsqu'ils aiment la conversation des gens du monde. En conversant avec eux, ils les voient agir, ils imitent leurs actions et suivent leurs maximes; ils se remplissent de leurs passions, ils offrent de l'encens à leurs idoles, c'est-à-dire qu'ils deviennent, comme eux, amateurs des plaisirs, des divertissemenset de la bonne chère: c'est-à-dire qu'ils deviennent avides des richesses et des biens de la terre ; c'est-à-dire qu'ils deviennent ambitieux , superbes , attachés à la fausse gloire du monde : et servierunt sculptilibus eorum ; ils offrent de l'encens à l'idole du monde ; et factum est Mis in scandalum : et ils font des chutes funestes , des chutes scandaleuses pour les fidèles, des chutes dont ils ne se relèvent jamais. Voilà la fin malheureuse des prêtres qui aiment le monde dont ils sont sépaiés par leur état. C'est ce que nous devons craindre tous tant que nous
sommes ,
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sommes, et c'est ce que nous devons -prévenir. Et si nous voulons véritablement ôter de notre cœur l'esprit du monde, soyons fidèles ,
i.° A ne point aimer le monde ni tout ce qui est dans le monde ; c'est l'avis que nous donne l:apôtre saint Jean : Filioli, nolite diligere mundum , neque ea quœ in mundo surit : mes chers enfans y dit cet Apôtre , n'aimez pas le monde , ni tout ce qui est dans le monde; n'aimez pas les plaisirs, les richesses et les honneurs ; n'aimez pas toutes ces choses , car elles souillent le cœur, et puisque le Fils de Dieu les a méprisées, n'en faites point d'état. Prenons garde de ne pas parler avec estime des richesses ; n'estimons pas heureux ceux qui font bonne chère, ni tous ceux qui passejit la vie dans les plaisirs et dans les délices : nolite diligere ea quœ in mundo sunt. 2.0 Prenons garde à l'avis que nous donne saint Paul, de ne pas nous conformer au siècle : nolite confovmari huic seculo. Evitons cette malheureuse conformité dans notre table, dans nos meubles, nos vêtemens, n:>s manières d'agir ; et bien loin de nous conformer au siècle, il faut entrer dans ladisposiiion du grand Apôtre : Mihimundus crucifixus est et ego mundo : je regarde le monde avec exécration , et le monde me regarde comme un objet d'horreur; c'est le témoignage que tout prêtre doit pouvoir se rendre. Enfin, prenons garde de ne converser avec le monde qu'autant que la charité et la nécessité le demandent ; et encore allons-y avec toutes les précautions que l'on prend lorsqu'on est obligé d'aller dans un lieu contagieux. Si nous en usons ainsi, nous aurons quelque assurance que nous sommes séparés du monde de cœur , comme nous en sommes séparés par notre état : nous aurons l'avantage , en faisant ce que Dieu demande de nous, d'éviter un
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grand nombre de pochés, et notre propre perte qui seroit inévitable si nous aimions le monde. Demandons à Dieu qu'il rallume en nous cette grâce de séparation à l'égard du monde , et qu'il éloigne de nous l'esprit du monde; mais prions-le aussi qu'il renouvelle en nous l'esprit de notre consécration ; c'est la seconde chose que nous devons renouveler en nous par sa grâce, et dont je dois vous faire voir l'importance dans la seconde partie de ce discours.
Dieu n'a séparé les prêtres du reste des peuples que pour se les consacrer d'une manière particulière, en sorte que si les prêtres sont séparés du monde par leur état, ils sont également consacrés à Dieu. Dieu s'en est expliqué dans l'un et dans l'autre Testament : dans le premier, à l'égard des prêtres de la loi ancienne; dans le second , à l'égard des prêtres de la loi de grâce. A l'égard des prêtres de la loi ancienne, Dieu ordonna à Moïse de les consacrer : consecrabis levitas oblatos Domino : vous consacrerez les lévites dévoués à Dieu; et il ajoute cette raison: ut sint mei, afin qu'ils m'appartiennent et qu'ils soient spécialement à moi. Aussi Moïse représentant aux prêtres leurs devoirs et les desseins de Dieu sur eux, leur disoit : Vos elegit Dominus ut stetis coram eo et minktretis Mi : le Seigneur vous a choisis afin que vous vous teniez en sa présence et que vous le serviez. Ces paroles nous marquent assez que les prêtres de l'ancienne loi étaient consacrés à Dieu par leur état. Que si les prêtres de cette loi, qui n'étoit qu'une figure de la nôtre, étoient consacrés à Dieu , ceux de la loi de grâce le sont d'une manière toute particulière , et leur consécration surpasse autant celle des prèles de la loi Mosaïque que la véritéest au-dessus delà figure. L'apo- Ire saint Paul nous apprend que les prêtres de la nouvelle
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loi sont spécialement consacrés à Dieu, lorsqu'il dit que tout prêtre est tiré d'entre les hommes, et qu'il est établi sur les choses qui regardent Dieu, pour offrir des dons et des sacrifices : omrtiï poniifex ex hominibus assumptus , pro hominibus constituitur in eis quce sunt ad Deum , ut offerat dona et sacrificia. Lé prêtre est donc séparé des hommes , et il est consacré à Dieu. Il est consacré à Dieu par un sacrement trèsexcellent, celui de l'ordination qui lui donne une grâce particulière , et qui fait qu'il est le ministre du Dieu vivant et de son Eglise, en sorte que s'il ne porte pas sur une lame d'or la marque de sa consécration, comme les pontifes de l'ancienne loi , il est vrai qu'il la porte sur la substance de son ame par le caractère qui lui est imprimé d'une manière ineffaçable dans son ordination, et Ton peut dire de lui avec plus de vérité ce qu'on lisoit sur le front du grand-prêtre : sanctum Domino, saint au Seigneur.
Mais pourquoi Dieu a-t-il voulu se consacrer des prêtres? Dieu s'est consacré des prêtres et des ministres, afin qu'ils demeurent dans sa maison et qu'ils se tiennent en sa présence : c'est afin qu'ils soient appliqués à le louer, à le bénir et à le glorifier; c'est afin qu'ils soient toujours attentifs à recevoir les ordres de sa majesté divine, et à les exécuter: c'est afin qu'ils présentent le très-auguste sacrifice de la sainte Messe et les offrandes des fidèles : ut offerat dona et sacrificia ; c'est afin qu'ils administrent les sacremens, et qu'ils exercent dignement et solennellement les fonctions de son ministère. C'est pour cela que les prêtres sont consacrés, et cette consécration demande qu'on soit tout appliqué à Dieu, et qu'on ne s'occupe point des soins et des embarras de la terre. C'est I esprit qui doit nous animer et que nous devons taire revi-
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vre en nous. Pour nous porter efficacement à faire revivre en nous cet esprit de consécration , nous devons considérer que si nous ne l'avons point , et que si , au lieu de nous comporter comme des personnes consacrées à Dieu, nous menons une vie terrestre et profane , nous faisons une grande injure à Dieu en violant notre consécration, et nous méritons les derniers chàtimensde sa justice. Pour les prévenir, il faut nous souvenir continuellement de notre consécration , el il faut que notre esprit et notre cœur soient tellement à Dieu , que nous ne les occupions plus des choses de la terre. Nous devrions en user à l'égard de Dieu comme on en use à l'égard des choses inanimées que l'on consacre au culte de Dieu : on a soin , par exemple , de ne pas profaner les vases sacrés , on ne s'en sert que pour l'usage du sacrifice, et l'on regarderait comme une impiété horrible de s'en servir pour des usages profanes. Nous sommes sans doute plus sacrés que les vases qui servent au saint sacrifice; or, si nous sommes plus sacrés, il ne faut donc pas souiller nos cœurs et nos esprits par les pensées et les affections des choses terrestres ; autrement nous serions plus coupables et bien plus criminels que si nous employions des vases sacrés à des usages profanes. N'oublions donc point ce que nous sommes, ne faisons rien qui soit indigne de notre consécration. Réveillons en nous l'esprit de sainteté et de religion, faisons-le paroitre dans l'exercice de nos fonctions, et eumportons-nous d'une manière digne du Dieu auquel nous sommes consacrés et dont nous avons l'honneur d?ètre les ministres. Mais ne nous contentons pas de renouveler en nous l'esprit et la grâce de notre consécration, il faut aussi nous renouveler par rapport au prochain , et entrer à son égard dans un nou-
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veau zèle pour le servir et procurer son salut. C'est le troisième effet que doit ope'rer en nous la grâce de notre ordination, et le sujet de ma troisième partie.
Les Saints remarquent que Dieu , en établissant le sacerdoce , a voulu que sa principale fonction fût de l'honorer; mais il a prétendu aussi que !a seconde fut de sanctifier les peuples. Si nous sommes entrés dans les saints ordres et dans quelque place à charge d'ames avec la vocation de Dieu et les autres dispositions requises, nous avons eu cctle grande disposition de servir l'Eglise et de travailler au salut des âmes. Peut-être nous est-il arrivé de laisser ralentir notre zèle et de nous relâcher cîe notre première ferveur ! Dans les commencemens on ne respire que le salut des âmes, on fait la guerre au pèche , on presse les pécheurs de se convertir, on est assidu an confessionnal, on est fidèle à la visite des malades, on fait les instructions fort régulièrement, on parle de Dieu dans les conversations ; mais si l'on n'y prend garde, ce zèle s'affoiblit, et bientôt à peine voit-on en soi quelque reste de ce qu'on a été; on couvre sa paresse et son relâchement de quelque prétexte spécieux pour ne pas sentir les remords de sa conscience. Les uns s'excusent sur leur âge, les autres sur leurs incommodités, d'autres disent que les vérités ne font plus d'impression sur leurs paroissiens, et par-là ils flattent leur conscience; mais dans le vrai , ils manquent de zèle et de charité pour leur prochain. C'est ce que nous devons rallumer en nous , selon l'avis du grand Apôtre : Admoneo te ut resuscites gratiam Dti quœ est in te per impnsitionem manuum. Pour nous portera le rallumer, considérons quel est le dessein de Notre-Seigneur. Nous pouvons en juger par ce qu'il a dit aux premiers prêtres et ati* premiers
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pasteurs de l'Eglise. 11 leur dit qu'il les a choisis pour aller par toute la terre y faire du fruit et un fruit permanent: eîegi vos ut eatis et fructum qfferatis , et fructus vester maneat. Allez, dit-il encore, enseignez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; il leur fait part de son pouvoir, et il les envoie comme son Père Fa envoyé. Cette conduite du Fils de Dieu nous marque et son dessein sur les prêtres , et le grand amour qu'il a pour tes âmes. Cet amour que le Fils de Dieu a pour les âmes nous doit être un motif bien pressant de les secourir dans leurs besoins spirituels, et nous ne devons pas douter que nous ne fassions une action très-agréable à sa divine majesté. Saint Grégoire-le- Grand assure que le zèle du salut des aines est le sacrifice le plus agréable qu'on puisse faire à Dieu : nullutn amnipotenti Deo taie est sacrificium quale est zeius animarum (Lib.6. i. super Eccli. hom. 12.). Saint Chrysostôme, parlant aussi du soin qu'on a des aines rachetées par le sang du Fils de Dieu , dit qu'on ne peut exercer un office plus cher à Dieu : nullmn ùfficium hoc Deo carius. C'est pourquoi le même Saint a dit que notre principale occupation doit être d'avoir soin de nos frères : curam fratrum nostrorum gerere summa vitœ nostrœ (Serm. 9. in Gen.)« En faut-il davantage pour exciter notre zèle ? ces vues et ces considérations sont plus que suffisantes pour nous convaincre de l'importance d'avoir du zèle pour le salut des âmes. Concevons dune une grande estime de ces âmes si chères à Notre-Seigneur , et prenons tous les moyens possibles pour coopérer au dessein que Dieu a de les sauver ; et pour réussir, commençons , i.° Par nous-mêmes: ayons une grande idée de l'affaire de notre salut. Si nous étions bien persuade's
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que l'affaire de notre salut est très-importante , nous nous appliquerions avec bien plus de zèle à la faire réussir dans les autres. Commençons , encore une fois, par bien régler notre vie; car, comme nous l'apprend le Saint-Esprit , comment celui qui est méchant à luimême seroit-il bon et utile aux autres? qui sibinequam est cui alii bonus erit ? Si au contraire nous sommes bien réglés , nous serons en état d'être utiles aux autres, notre bonne vie les édifiera, nous serons plus en état d'attirer les grâces et de toucher les cœurs. i.° Pour rendre notre zèle utile au prochain , il faut beaucoup prier, il faut instruire, il faut faire pénitence, il faut corriger, il faut exhorter avec toute sorte de patience, selon l'avis du saint Apôtre : argue, incrrpa , obsecra , in omni patientiâ. C'est par ces moyens que nous pouvons espérer de faire du fruit dans les âmes ; et parce qu'il y en a peu qui les prennent, de là vient le peu de fruit que font la plupart des prêtres et des pasteurs. On fait quelques légères démarches pour la conversion des pécheurs et pour la perfection des justes, mais on ne fait pas tout ce qu'on doit; et si on le fait pendant quelque temps, à la fin on se lasse, on se dégoûte, on succombe sous les difficultés qui se présentent. Jetons les yeux sur Notre-Seigneur , voyons son grand courage, sa grande ferveur et sa longue persévérance dans l'exécution de l'œuvre que son Père lui avoit confiée. 11 n'y a rien qu'il ne fasse, point de peine qu'il ne souffre, peint de tourment qu'il n'endure; et il s'applique à cette œuvre jusqu'à la fin de sa vie; ce n'est qu'avant de mourir qu'il dit à son Père : Opus consummavi quod declisti wihi ; et il comprend même dans la consommation de cette œuvre son dernier sacrifice qui en est comme le sceau. C'est pour cela qu'en
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expirant il s'écrie : Cansummatum est , tout est consommé, et il rend l'esprit, et emisit spiritum. Il rend son esprit pour le communiquer à son Eglise, à ses firlèles , et particulièrement à ses prêtres. Prions-le qu'il nous communique cet esprit qui l'a animé dans toute sa conduite. Demandons-lui un peu de part de ce grand éloignement où il étoit à l'égard du monde; demandons-lui un peu de part de cette application totale et continuelle qu'il avoit à l'égard de Dieu ; demandons-lui qu'il nous inspire quelque portion de ce zèle qui le dévoroit. Enfin, faisons tous la prière qu'il ordonna à ses disciples lorsqu'il leur dit : liogate Dominum messis ut miltat operarios in messem suam ; messis quidem multa, operarii autem pauci (S. Mat th. 9, 07.). 11 y a beaucoup de prêtres , mais il y a peu d'ouvriers. Que chacun donc travaille pour soi , qu'il s'applique ces paroles : Admoneo te ut resuscites gratiam Dei quœ est in te per imposiiionem manuum. C'est ce que je souhaite et pour vous et pour moi.