‹ Entretiens sur l'architecture (volume 3)Chapitre 6 sur 23 · i;miu;iii;\s su; i,.uu;iiiii;ciiiiu · texte numérisé non relu

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t;itii)iis (le plan toutes nouvelles. Ces édifices présentent une agglomération de salles, ([ui ont chaïune la dimension (jui leur convient; leurs points (l'appui prennent une importance relative à ces dimensions et raggloiiK'Talion des services divers forme un tout dont les parties s'élayent réciproquement, les plus petites appuyant les plus grandes en profitant adroitement des vides laissés entre les points d'appuis. Dans ces vastes établissemenis il est bon d'obserNer comme la place est ménagée, comme sont évidées les constructions qui iieuvont l'être sans nuire à la solidité, comme les formes intérieures des plans sont appropriées à leur destination. Si des plans nous passons à l'examen des coupes et des élévations, nous voyons que les luuilcui-s des salles sont relatives à leur périmètre, et cependant le tout ensemble ne forme qu'un seul édifice comme une ruche composée de cellules de dimensions dilTérentes. C'est là. où apparaît le génie romain, où il est lui et n'emprunte à personne ; c'est dans ces productions que nous devons aller puiser un enseignement sérieux, profitable, éminemment fertile, et non dans les emprunts que les Romains firent aux Grecs lorsqu'ils \oulurciit construire des temples à la divinité.

Nous ne prétendons pas faire un cours d'archéologie, mais d'architecture, et nous n'avons pas à examiner les modifications |)lus ou moins heureuses que les Romains firent subir aux plans et aux dispositions des temples grecs, lorsqu'ils jugèrent à propos de les adopter. Cette étude ne peut avoir aucun but pratique ; si intéressante qu'elle soit, elle sort du progranune que nous nous sommes tracé. N'examinons dans l'architecture romaine que ce qui est romain, le champ n'est d(^jà que trop vaste. Dès le temps de la républiciue, les Romains avaient élevé quelques petits moiuuneiils sur plan circulaire, couverts par des voûtes h(îmisphériques en béton. C"est ainsi qu'est construite la cella du temple de Vesla à Ti\oli; mais dès le commencement de l'empire, ce genre de construction prit des développements inconnus jus(iu'alors. Agrippa fit bâtir le premier des thermes magnifi(iues à Rome, dans la neuvième région. Fit-il en même temps élever la vaste salle sur plan circulaire, connu(', sous le nom de Panthéon, (jui touchait à ces thermes, sans être toutefois en communication directe avec eux? Trouva-t-il cette salle faite et y adossa-t-il ses thermes? Ces deux hypothèses sont également admissibles: toujours est-il que l'an 7i29 de Rome, vingt-quatre ans avant l'ère vulgaire. Dion affirme qu'Agrippa acheva le Panthéon: mais cet achèvement concerne le porticjue élevé après coup devant la porte de la Rotonde, ainsi (|ue le constate l'inscription qu'on lit encon^ sur la frise de ce portique. Qu'Agrippa ait élevé ou non la Rotonde, ou (ju'il l'ail

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seulement décorée h riiiti'iii'ur d'une splendidc orduunauce de nuirbre; à l'extérieur, d'un portique eu granit gris et en nuirbr(; l^ianc; ce (|u'il est facile de constater et ce^qui nous importe, c'est de constater combien la construction, la bâtisse de cette salle et sa décoration forment deux parties distinctes. Ainsi emichie par les soins d' Agrippa, la Rotonde fut dédiée à Jupiter Vengeur, comme Pline nous l'apprend. Le diamètre de la salle est à l'intérieur de I\o"'[i0 et le mur circulaire qui porte la voûte a 5"'40 d'épaisseur, il est donc le 1/7 environ du diamètre du cercle intérieur. Du pavé au sommet de la voûte on compte [lll"'llO, le diamètre intérieur est ainsi égal à peu de chose près à la hauteur intérieure de tout l'édifice. Le mur circulaire n'est pas plein, il est, outre la porte d'entrée, évidé à l'intérieur par quatre renfoncements barlongs et trois grandes niches semi-circulaires.

Entre ces allégissements sont disposées au rez-de-chaussée huit niches semi-circulaires, et à la hauteur de la naissance de la voûte, seize vides qui s'ouvriraient sur le dehors s'ils n'étaient fermés par un mur de remplissage de l^SO d'épaisseur environ. Il n'est pas de construction mieux raisonnée au point de vue de la durée et de la solidité ;■ elle est entièrement parementée de grandes briques avec remplissage en blocage dans les massifs, suivant la méthode romaine, avec bandeaux de marbre. La voûte prend sa naissance à 22"'50 au-dessus du sol intérieur, c'est-àdire à la moitié environ de la hauteur totale du dans-œuvre. Nous ne donnons pas ces dimensions sans raison, elles font voir que les Romains possédaient certaines formules applicables aux vides des édifices, qu'ils établissaient certains rapports exacts entre les largeurs et les hauteurs de ces vides, et que déjà ils soumettaient l'apparence extérieure de leurs édifices aux dispositions prises dans les intérieurs. Mais nous reviendrons tout à l'heure sur cette méthode -des architectes romains. La voûte semisphérique qui couronne le tambour évidé formant la muraille du monument est bâtie, ainsi que je viens de le dire, en briques et en blocages; les briques tiennent lieu de nervures noyées dans l'épaisseur de cette voûte rendue légère par cinq rangs de caissons évidés dans la concavité intérieure. Ce mur circulaire, grâce aux vides ménagés dans son épaisseur, n'est à tout prendre qu'un composé d'arcs de décharge, reportant toutes ses pesanteurs sur seize massifs principaux. C'est, on le voit, tout un système de construction qui impose des lois à l'architecture, avant que l'architecte ne songe à la décoration de son monument.

Voyons d'abord le plan de la Rotonde d'Agrippa (PI. 111). En A ce plan est dépouillé des revêtements et colonnes de marbre qui di'corent l'intérieur; en B cette décoration est indiquée. Il est facile de rccon-

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naître que la décoration de marbre ne tient pas à la structure, qu'elle ne se compose que d'un placage ou de claires-voies composées de colonnes ne contribuant pas à la solidité de l'édifice; la grandeur de la composition est indépendante de la décoration ; celle-ci pourrait être disposée autrement. Le portique est un hors-d'iruvre, un monument devant un autre monument. Les colonnes monostyles qui le composent, les platesbandes qu'elles portent, n'ont aucun rapport avec le genre de construction adopté dans la Rotonde, entièrement composée de surfaces concaves se contro-JKitant avec beaucoup d'adresse. 11 faut reconnaître que la structure intérieure du monument donne une belle page à remplir; mais livrez cet intérieur à dix architectes, vous aurez dix décorations différentes, et j'avoue que je ne suis pas de ceux qui admirent sans réserve celle qui fut adoptée. Ce que chacun peut constater, c'est qu'il n'y a plus ici, comme dans l'édifice grec, une alliance intime, forcée, enti-e la construction et le vêtement qu'elle reçoit. Examinons donc la structure de cette immense Rotonde (PI. IV), nous voyons avec quel soin l'architecte a évité les masses inutiles de matériaux; comme les vides mêmes contribuent à la solidité du mur circulaire ; en reportant les charges sur des points choisis, en multipliant les surfaces résistantes. A la hauteur de la naissance de la voûte (plan au niveau GH), une série de contre-forts coupant les voûtes en quart de sphère et des berceaux bandés parallèlement au mur circulaire maintient puissamment la grande calotte hémisphérique. Une construction massive posséderait moins d'énergie de résistance, elle serait plus lourde et eût exigé une ([uantité de matériaux beaucoup plus considérable.

Ce que j'ai dit jusqu'à présent de l'art de l'architecture, chez les Grecs et chez les Romains, nous indique déjà la. voie que nous devons suivre en étudiant l'une ou l'autre de ces formes de l'art. D'après la méliiode grecque, on ne saurait séparer la structure de l'apparence visible, delà forme, de l'art, en un mot; tandis qu'en suivant la méthode romaine, il nous faut souvent séparer le travail du constructeur, de l'enveloppe d'art dont se revêt ce travail. Est-ce à dire que parce que ces méthodes partent de principes opposés, il faille prôner l'une et mi^priser l'autre? ou IMen encore, ce qui est plus faux, les comprendre dans un même sentiment banal d'admiration ou de répulsion ? Non, certes, il faut les analyser toutes deux, prendre dans la première ce (|u'il y a de vrai, de logique, de profondément raisonné, de finement senti et exprimé, et dans l'autre ce qu'il y a de grand, de sage, d'applicable à notre civilisation moderne, entraînée vers les formules par suite de l'unité de nos institutions et de nos mœurs. Je viens de donner une idée

sommaire de ce qui est vraiment romain dans la Rotonde d'Agrippa; mais ce que je ne pourrais l'aire saisir dans un dessin, ou dans une description teclu)i([ue, c'est l'elVet général que produit cette immense salle sur l'esprit du spectateur. Je dirai tout d'abord qu'à mon sens, la décoration intérieure qui s'y trouve appliquée, et qui d'ailleurs fut modifiée à plusieurs reprises , enlève quelque chose plutôt qu'elle n'ajoute à la grandeur de l'elTet produit par la conception purement romaine. La multiplicité des détails, leur importance, surtout quand on ne peut se rendre compte de leur utilité, diminue dans un édifice l'impression de grandeur. Ces détails donnent des distractions, font perdre de vue l'objet principal. Dans un temple grec, on n'aperçoit pas tout d'abord les détails qui sont toujours soumis à l'ordonnance générale, à la structure. Aussi les temples grecs, généralement petits, laissent-ils une impression de grandeur qui augmente encore par le souvenir qui vous en reste, tant il est vrai que dans les arts et dans l'architecture en particulier, il est bien difficile d'allier des principes opposés et d'empêcher, lorsqu'on veut les réunir, qu'ils ne se nuisent réciproquement. Mettant de côté la valeur des détails et leur parfaite exécution, j'aurais voulu que le Romain conservât à la Rotonde des thermes d' Agrippa son apparence réelle, que cette salle eût été revêtue à l'intérieur d'une décoration qui laissât voir cette belle et simple structure. A mon avis, l'ordre inférieur qui vient couper les niches aux deux tiers de leur hauteur, cet attique qui masque leur cintre, cette division en deux zones, d'une construction homogène, s'élevant du pavé jusqu'à la naissance de la coupole, diminuent l'elTet de cette belle composition au lieu d'y ajouter de la grandeur. Je vois bien là des artistes, des exécutants d'un vrai talent, je vois des Grecs transplantés ; mais ils ne sont plus à leur place, ils me gênent, ils ne comprennent pas la donnée majestueuse du Romain, et m'obligent à un travail d'analyse pour le comprendre.

Dans le Panthéon , là où l'art romain paraît, ses données ne sont plus à l'échelle de la décoration appliquée par l'artiste grec. Les caissons de la coupole, par exemple, qui, tenant franchement à la structure du monument romain, se creusent comme de larges cellules au-dessus de ces bandeaux, de ces coraiches et de ces divisions de marbre, écrasent par leur importance la décoration inférieure. Sans être constructeur on sent qu'ils tiennent à la structure générale de la composition, tandis que la partie inférieure, sur laquelle ils semblent reposer, n'est qu'un immense lambris de marbre accroché aax parois du tambour. On m'objectera que ces caissons étaient jirobablement décorés d'ornements de métal, qu'on en

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a Iniiivi' des lr;icos, jo le veux bien ; mais ces ornements ne jjouvaienl que leur donner une plus grande importance encore, accuser leurs plans, les découper avec plus de vigueur sur la concavité de l'Iiémisplière. Hue devenaient, sous cette décoration si puissante, si claire, si glande d'échelle , ces divisions de compartiments de marbi-e , de pilastres peu saillants, de chapiteaux de colonnes, qui avaient en hauteur à peine la moitié du diamètre des rosaces dont le fond de ces caissons devait être meublé ?

Je conçois, dans une salle dont tous les membres sont à une grande échelle, un lambris de marbre ou de menuiserie qui, par sa hauteur et de fins détails, rappelle à la base la dimension de l'homme ; mais je ne puis comprendre un lambris de 25 mètres de haut. Agrippa en faisant, après coup probablement, revêtir sa Rotonde de décorations de marbre qui forment une splendide ordonnance sous la voûte, a fait preuve de magnificence, il n'a pas fait preuve de goût; c'est par là que pèche souvent le Romain : il est riche, il est magnifique, il veut aimer les arts, car il comprend leur puissance, mais il lui manque le goût, le goût sûr et délicat des Grecs lorsqu'ils sont chez eux , libres de sui\ re leurs propres inspirations. Rappelons ici ce mot d'un sculpteur grec à son confrère : « Tu n'as pu faire, disait-il, ta Vénus belle, tu l'as faite riche. » Pourquoi les ruines romaines produisent-elles une profonde impression? C'est qu'elles ne laissent plus voir, dans leur triste nudité, que la qualité essentielle de l'architecture romaine. Telle salle des Thermes de Caracalla dont les voûtes sont crevées, dont les piles sont dépouillées, qui montre aux yeux étonnés le gigantesque mécanisme de la structure romaine, produirait peut-être un effet moindre si nous la voyions revêtue de ses colonnes inutiles, de ses placages de marbre et de ses décorations de rapport. Dans le Panthéon de Rome, qu'est-ce qui cause la plus vive impression ? C'est cette voûte immense qui emprunte toute sa décoration à sa structure même, c'est ce jour unique de 8 mètres de diamètre, percé à son sommet, qui laisse voir le zénith et projette sur le pavé de porphyre et de granit un large cercle de lumière. Là, le génie propre au lioniain a]>parait tout entier. L'élévation de cet ceil, au-dessus du sol intérieur, est telle que son ouverture immense n'inllue pas d'une manière sensible sur la température intérieure. Les plus violents ouragans envoient à peine un souffle d'air sur la tète de celui qui se place sous son orbite, et lorsqu'il survient une averse, un voit la pluie tomber verticalement sur le pavé de la rotonde et y ti-acer un cercle iiuniide. l^e cylindre de gouttelettes, tombant de cette élévation à travers le vide du monument, l'ait sentir l'immensité de ce vide. C'est dans de pareilles

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conceptions que le Romain est vraiment grand, parce qu'elles tiennent à son génie propre, que, pour les mettre à exécution, il n'emprunte rien à personne, ne demande le concours d'aucun artiste étranger à sa nature. Quand, au contraire, le Romain veut faire un temple grec, il prend la richesse des détails ou de la matière pour un signe de grandeur ; quoi qu'il fasse, il reste au-dessous de la conception si simple et si pure du Grec. Lorsque le Croc vient attacher son art au monument romain, il le rapetisse, et, perdu dans ce milieu qui n'est plus le sien, il oublie ses propres principes pour se jeter dans la recherche des détails. Il n'est que l'esclave habile d'au maître qui ne le comprend pas, et duquel il ne saurait se faire comprendre. Il faut ajouter, à la louange du Romain, que jamais il n'est hypocrite; ce vice, si commun dans les arts depuis le xvn° siècle, est au-dessous de lui ; je dis ce vice, et j'ai tort : je devrais dire cette ressource. La riche enveloppe dont le Romain couvre son monument s'accorde plus ou moins bien avec la structure ; on voit parfaitement qu'il n'attache à cela qu'une importance médiocre. Il traite la question d'art avec une sorte de bonhomie (qu'on me passe le mot) qui n'est pas sans charme , car on y trouve la trace de la vraie grandeur. Cependant il ne faudrait pas s'y tromper : quand le Romain veut être artiste, à son heure et à sa manière, il n'est pas facile de l'égaler. Nous en avons un exemple bien remarquable dans un monument connu de tout le monde, que l'on admire par tradition, sans savoir pourquoi, et qui est généralement assez faussement apprécié au point de vue de l'art; je veux parler de la colonne Trajane. Je ne sais si les Grecs avaient chez eux conçu rien de pareil , j'en doute , car dans cette conception on sent le Romain, on retrouve les idées d'ordre, de méthode, le sentiment du peuple dominateur poussé jusqu'au sublime. Il y a dans cette façon d'écrire l'histoire d'une conquête sur une spirale de marbre, terminée parla statue du conquérant, quelque chose d'étranger à l'esprit grec. Les Athéniens étaient trop envieux pour rendre un honneur pareil à un homme, et ils n'avaient pas ces idées d'ordre en politique, qui se traduisent d'une manière si puissante dans la colonne du Forum de Trajan. De la base au faîte de ce monument, on retrouve, pour ainsi dire, l'empreinte du génie politique et administratif des Romains. Le socle carré est revêtu sur ses quatre faces de plats reliefs représentant des amas d'armes du peuple conquis. Au-dessus de la porte qui conduit à l'escalier en limaçon s' élevant jusqu'au tailloir du chapiteau est une inscription supportée par deux Victoires ailées. Aux angles de ce socle, sur la corniche, quatre aigles tiennent dans leurs serres des guirlandes de laurier. Le tore de la base est lui-même une large couroime. Puis I. Ml

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s'enroule le long du i'ùt une sorte de frise, comme un ruban sur lequel sont sculptés, de la manière la plus admirable , les faits de la première campagne de Trajan. Vers le milieu de la colonne, une Victoire en basrelief trace les actions du conquérant sur un pavois. Puis commence la série des bas-reliefs représentant la seconde campagne, jusqu'au-dessous du chapiteau, dont le profil , se rapprochant du dorique grec, est orné d'o\es. Le tout est termint' par un piédestal circulaire supportant la statue de Trajan. Si la conception est belle, la construction y répond. Elle se compose d'énormes blocs de marbre blanc, dans lesquels sont évidés l'escalier avec son noyau. Le chapiteau est d'un seul bloc, et le piédestal se compose de huit morceaux de marbre. La colonne Trajane nous fera bien reconnaître les difl'érences profondes qui séparent les Romains des Grecs dans les œuvres d'art. Les curieuses descriptions que Pausanias nous a laissées de la Grèce signalent à chaque instant , dans les places publiques, dans les acropoles des villes, des statues, des monuments votifs, des bas-reliefs, sculptés par tel artiste, commandés par Ici personnage pour consacrer un fait. Aussi ces villes grecques devaient-elles ressembler souvent à de véritables musées en plein air, à des collections d'œuvres d'art, entourant et remplissant les monuments principaux. Pour le Romain, ce sont là des amusements. Pour lui, s'il veut faire une œuvre d'art, il entend qu'elle soit ordonnée, qu'elle présente un ensemble complet, qu'elle prenne l'importance d'une loi, d'un acte politique ou administratif, qu'elle en ait la clailé et l'esprit méthodique. L'artiste disparaît, le monumciit est un sénatus-constdle, ci tout est dit. Quand avec des idées aussi larges et aussi élevées on réussit comme à la colonne Trajane, j'avoue que, pour moi, l'art grec est vaincu, sinon dans sa forme, au moins dans son esprit. Mais il faut réussir, sinon mieux vaut un décret sur le papier qu'un mauvais monument qui rend imparfaitement une pensée politique.

Mais revenons aux monuments d'utilité publique, (jui constituent la véritable architecture romaine.

Le monument romain a cela de particulier qu'on ne saurait l'étudier seul, il se relie toujours à un vaste système, il n'est pour ainsi dire jamais isolé, c'est une partie d'un tout. Dans l'organisation politique des Romains, tout se tient, tout, jusqu'à la religion, concourt vers un seul but ; il en est de même dans leur architocture. Aussi les édifices qui caractérisent le mieux l'esprit romain, ce sont les thermes, les palais, les théâtres et leurs vastes dépendances, les villas, c'est-à-dire des sortes de cités monumentales réunissant dans leur sein tout ce qui remplit la vie matérielle et morale du Romain. Le Romain est partout

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et toujours citoyen romain, et dès qu'il le peut, même comme particulier, il s'entoure chez lui des divers services qui doivent entrer dans la cité romaine. S'il est assez riche pour se bâtir une villa telle qu'il la conçoit, celle-ci renferme non-seulement les bâtiments d'habitation privés, non-seulement les dépendances qui font partie d'un vaste établissement à la fois militaire et rural, mais la basilique, les thermes, le théâtre, la bibliothèque, le musée, des temples, qui sont destinés au public. C'est donc dans ces amas de monuments, coordonnés entre eux, que nous chercherons à connaître le sens de l'architecture romaine, à découvrir les méthodes générales et les procédés de détail qui lui sont familiers.

Nous nous occuperons d'abord de ce qui est l'essence de l'édifice romain, le plan. Comparons, par exemple, les plans de deux édifices publics dont les services sont bien distincts, une caserne et des thermes. On voit encore à Rome, à l'extrémité nord-est de la sixième région, et dans la villa Adrienne à Tivoli, les restes de grands camps ou logements permanents de troupes. Ces établissements se composent d'une enceinte carrée, percée de quatre portes, autour de laquelle, à l'intérieur, sont disposées une suite de chambres voûtées en berceaux, sur des murs de refend perpendiculaires à l'enceinte, puis au centre un certain nombre de bâtiments isolés les uns des autres, composés également de chambres voiitées de même et adossées contre un mur longitudinal. Au centre est un bâtiment carré, le prétoire, destiné au logement du général en chef ; au milieu de l'une des parois de l'enceinte est un temple dans lequel sont conservés les enseignes militaires, qui, chez les Romains, étaient des objets divins auxquel on rendait un culte. Rien n'est plus simple, aucune disposition ne saurait mieux accuser ce service spécial, chaque corps a son bâtiment séparé, placé comme il convient. La figure 2, qui donne la configuration du grand camp prétorien de la sixième région de Rome, l'indique assez. Quant au mode de construction, voici quel il est, figure 3.

D'ailleurs toutes les précautions hygiéniques sont prises avec un soin remarquable. Si des rangs de ces cellules sont bâtis le long d'un escarpement, comme à la villa Adrienne de Tivoli, les murs adossés à cet escarpement sont doubles, afin d'éviter l'humichté. Le Romain n'épargne pas le terrain, mais jamais il ne l'occupe inutilement ; il aime la symétrie, son organisation militaire et civile s'y prête , mais pas à ce point de lui sacrifier un besoin. Examinons maintenant des thermes, et nous allons voir comment ce peuple sait former un ensemble complet supérieurement conçu et traité de services très-divers, et dans lesquels

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il faul déployer un certain luxe de construction el de décoration. Tout le monde sait ù quel usage les thermes étaient destinés. Pendant les

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premiers temps de la république, les Romains n'avaient d'autres bains que de petits établissements alimentés par les eaux des puits ou du

Tibre, mais l'an iiJ de Rome, Appius Claudius fit venir l'eau de la source de Préneste dans la ville . au moyen d'aciucducs. D'autres

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magistrats après lui suivirent son exemple, et bientôt les Romains construisirent des bains publics et particuliers à Timitation de ceux des Grecs.

Sous les empereurs, ces édifices étaient nombreux et la plupart d'entre eux réunissaient dans leur enceinte, non-seulement des piscines et salles destinées aux bains chauds et froids, mais des gymnases, des salles d'assemblées, des bibliothèques, des jardins, des promenoirs, tout ce qui contribuait à satisfaire les sens et l'esprit. Chacun pouvait prendre des bains et circuler partout dans ces établissements, moyennant une faible rétribution. On comprendra facilement que, dans une ville populeuse, ils durent être, quelque nombreux qu'ils fussent, toujours remplis. Beaucoup de Romains passaient la plus grande partie de leur journée dans les thermes. Sous les Antonins, Rome possédait déjà trois immenses établissements de ce genre, ceux d'Agripi>a, ceux de Titus et ceux de Caracalla.

Plus tard, Dioctétien et Constantin en bâtirent à leur tour. Or une ville entière pourrait être renfermée dans l'enceinte de chacun de ces thermes; et si nous examinons leur plan, nous n'y trouvons nulle confusion, aucune place inutile ou perdue, partout l'ordre, la trace d'un programme bien rempli, des distributions simples, mais adroitement coordonnées en vue de la satisfaction des besoins. Analysons d'abord ce programme. Une place à l'entrée , pour permettre aux allants et venants de circuler facilement ; donnant sur la place , des cellules pour ceux qui venaient prendre des bains de santé sans vouloir se mêler à la foule ; des chambres pour les femmes qui, venant du dehors et n'entrant pas dans l'enceinte de l'établissement, pouvaient prendre des bains à certaines heures. Ces cellules, en nombre considérable, sont précédées chacune d'une antisalle dans laquelle on laisse ses vêtements aux mains des esclaves. Vn portique permettait d'entrer dans ces chambres et d'en sortir à couvert.

Dans l'enceinte même des thermes, un jardin rafraîchi par des fontaines, garni de bancs, d'exèdres pour les personnes qui veulent se reposer et causer ; des pièces ouvertes pour les rhéteurs, les philosophes. De grands promenoirs découverts pour ceux qui veulent prendre de l'exercice en dehors de la circulation du public ; des salles fermées pour les discussions académiques ; des palestres ou gymnases découverts où l'on s'exerçait à divers jeux ; des salles de cours {académies) fermées et couvertes ; des portiques pour les directeurs des exercices lorsqu'ils voulaient se soustraire au bruit des palestres ; des magasins pour renfermer le sable destiné aux lutteurs, les huiles, le linge, le

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bois, etc. , etc. ; de grands espaces découverts ou xyslcs pour les jeux qui (lornandaiciit de l'espace, tels que la balle, le disque; des gradins pour les spectateurs de ces jeux, de nombreux logements pour les employés de l'établissement.

Tous ces divers services en dehors et à l'entour des bâtiments principaux des thei'nies; des réservoirs pour les eaux; dans l'établissement même, un ou plusieurs vestibules selon qu'il existe une ou plusieurs entrées ; des salles pour déposer ses vêtements à la garde d'esclaves spéciaux ; des vestiaires y attenant ; des salles dans lesquelles on se fait enduire le corps d'huile en sortant des bains chauds et avant d'entrer dans les gymnases découverts ; des salles destinées à la conversation ; bain froid, vaste bassin couvert donnant sur les vestibules ; bains tiédcs, salle tiédie, assez grande pour qu'on puisse s'y livrer à diverses sortes d'exercices, avec annexes pour les spectateurs ; salle chauffée précédant le bain chaud, lequel est un vaste bassin d'eau chaude assez profond pour que l'on puisse se livi'er à la natation ; un bassin plus petit pour ceux qui veulent prendre leur bain en dehors de la foule. Dans le voisinage, salle tiède et bain tiède, pour ceux qui sortent du caldariiim ou bain chaud, servant de transition entre la température de la salle chaude et l'air extérieur ; salles froides afin de ménager cette transition ; salles d'exercices pour ceux ([ui sortent dos bains ; salles pour les conversations, les rhéteurs, les philosophes ; salle fermée, chaufl'ée, pour arriver au s^tdatoriiim, pièces chauffées à une haute température que l'on règle à volonté, avec bassin d'eau chaude, des réservoirs, étuves, fourneaux, etc., etc. ; salle pour instruire les élèves en gymnastique; bibliothèques.

Non-seulement ce programme suppose un bâtiment dont l'étendue dépasse celle des édifices les plus considérables que nous connaissions, mais encore il exige des dispositions toutes particulières : il réunit des services à la fois très-considérables et très-restreints ; il oblige l'architecte à placer dans un même lieu des salles de dimensions en surface et en hauteur très-dilïérentes. C'est dire qu'il présente les difTicultés les plus sérieuses qu'ilsoit donné à. un a l'chitecte de vaincre. VA\ bien! ces constructeurs, qui bâtissent une caserne sur les données les plus simples, les plus naïves, dirai-je même, rempliront ce programme hérissé de tant de difficultés avec une adresse, une rectitude , une sûreté de jugement incomparables.

Et cependant, c'est en suivant un principe rigoureux et logique qu'ils parviendront à satisfaire h tous ces besoins si divers.

Prenons parmi les thermes de Rome ceux qui ont été le plus complélenient étudiés, et qui présentent tous les services que nous venons

QUATRIÈME ENTRETIEN. ]'l:\

d'indiquer. Prenons les tliernies d'Anlouin Caracalla, relevés avec tant de soin et de judicieuse critique par un prolesscur à jamais regrettable, le savant et modeste Bleuet. Examinons ensemble le plan de cet établissement (Planche V). Profitant de la disposition du terrain, l'architecte a établi un vaste plateau ABCD. En avant, du côté de l'entrée G, sont les cellules pour bains séparés avec escaliers faciles et portiques. Ces chambres de l)ains présentent une suite de deux étages de berceaux , rappelant la disposition des chambres des casernes des camps prétoriens ; chacune d'elles contient l'antisalle dont parle le programme et un bassin assez spacieux pour contenir plusieurs personnes. On pénètre dans l'enceinte des thermes par une grande entrée principale ouverte au centre en G et plusieurs entrées secondaires ouvertes le long des palestres. Dès que le seuil de l'entrée est franchi, on aperçoit, au milieu d'un immense espace divisé en jardins, promenoirs, etc., l'ensemble des services principaux de l'établissement. Cet ensemble présente une masse symétrique; c'est qu'en effet l'architecte a jugé que les services secondaires devaient être doubles pour éviter l'encombrement, et que les services principaux, exigeant des salles immenses, pouvaient être simples, car l'encombrement ne peut se faire dans de très-vastes espaces, quelle que soit la foule. Or, quels sont ces services principaux ? 1° le bain froid; 2° le bain tiède; 3° le bain chaud, avec son vestibule chauffé. L'architecte a placé en E le bain froid; en F, le bain tiède et la salle tiédie ; en I, le bain chaud avec son vestibule. Les trois grands services sont ainsi bien écrits ; ils occupent l'axe de l'édifice, ils commandent à toute l'ordonnance, car il est évident que l'ai'cliitecte a d'abord pensé aux dimensions relatives qu'il était nécessaire de donner à ces salles, soit comme surface , soit comme élévation sous voûte, en raison de la quantité de persoinies qu'elles devaient contenir.

Les autres services vont se grouper autour de ces trois grandes divisions principales. L'architecte observe avec beaucoup de raison qu'un édifice dans lequel afflue la foule à certaines heures doit offrir à cette foule plusieurs entrées, si l'on veut éviter le désordre. En J, il ouvi'e deux entrées; il trace deux salles R, destinées aux personnes qui quittent leurs vêtements, avec les annexes L, vestiaires propres à garder les habits et contenir les esclaves qui les gardent en dehors de la circulation, et les salles L', destinées aux onctions et à la réserve du sable destiné aux lutteurs. De ces deux salles K, ceux qui veulent se jeter dans le bassin d'eau froide ou assister seulement aux exercices de natation entrent dans les espaces couverts M. Quant au bassin d'eau froide E , il est à ciel ouvert, car l'eau froide dans un lieu fermé est malsaine, et d'ailleurs il

I^/| ENTRETIENS SUR I.'aUCIKTECTI'III:.

n'est pas nécessaire de garantir de la pluie des gens qui se baignent dans l'eau froide. Des salies destinées aux personnes qui veulent se reposer ou converser sont ménagés en N. De là, les baigneurs pénètrent dans la salle tiède F [tepidarium) , divisée également en trois sections : l'une, principale, pour les exercices, et les deux autres, latérales, pour les assistants.

Des bassins plus petits sont placés dans les renfoncements 0 et au milieu des deux sections latérales. En P, sont réservées deux cours destinées à contenir les fourneaux et réservoirs d'eau chaude. Au milieu de la salle F, on pénètre dans le second tepidarium OE , qui sert de vestibule au bain d'eau chaude {caldarium). Les deux portes qui, de ce vestibule, donnent entrée dans le caldarium, sont relativement étroites et détournées, afin d'éviter l'introduction de l'air extérieur et les courants d'air. Le bain d'eau chaude est une immense salle circulaire couverte par une calotte hémisphérique très-élcvée, afin que la vapeur d'eau chaude ne se concentre pas sur le bassin. Dans les renfoncements réservés dans les parois de la salle circulaire sont placés les bassins plus petits pour ceux qui veulent prendre leur bain isolément. Des ouvertures garnies de claires-voies vitrées donnent du jour au rez-de-chaussée et à l'étage supérieur du caldarium. Les baigneurs qui veulent sortir trouvent, en Q, les salles tièdes avec bassins d'eau tiède, qui servent de transition entre la température du caldarivm et celle de l'extérieur. Ainsi ceux qui sortent ne peuvent se rencontrer ni gêner ceux qui entrent. Puis viennent à la suite des salles froides R , s' ouvrant sur les jardins extérieurs. De ces salles froides on pénètre, en passant par des espaces découverts S servant aux exercices, et des passages étroits, dans les petites salles tièdes qui précèdent le sudatorium .E. Des réservoirs pour les chaudières sont ménagés dans ces espaces P'P'. Aux extrémités sont tracés de \astes péristyles T, avec exèdres pour ceux qui veulent se promener, discuter, écouter les rhéteurs ; puis les espaces U , destinés à l'instruction des élèves en gynniastique. Deux vestibules particuliers, avec des bibliothèques, sont disposés en W. Aux angles, en V, sont placés des bassins d'eau froide à l'usage de ceux qui s'exercent dans le xyste X, terminé par une large gradination Y i)()ur les spectateurs des jeux.

De chaque côté du xyste sont les palestres Z, avec les salles d'académie fl, et celles réservées aux discussions/;; le portique des maîtres de gymnastique est en c. Sur un point isolé, tranquille, sont les salles d dans lesquelles s'assemblent les philosophes ou les rhéteurs pour se livrer à leurs conférences. Enfin, des salles pour les esclaves, les employés des bains, sont or\ o. avec logements au-dessus. D'immenses réservoirs

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à deux ('tages sont tracés on (j ; on voit, en //. l'aqueduc qui amène les eaux.

On pourrait m'objecter que si le programme est exactement rempli, c'est que nous l'avons fait d'après le monument même. Cette observation ne serait pas juste : car si nous examinons les plans des thermes d'Agrippa, ou de Titus, ou de Dioclétien, ou de Constantin, nous trouverons ce programme également bien rempli , avec des dilTérences notables dans le tracé.

Ce n'est pas là d'ailleurs la question ; ce que nous voulons examiner, c'est l'entente parfaite de ce plan dont je viens de décrire les dispositions d'ensemble et de détail. Observons comme ces services variés sont adroitement distribués dans la masse générale du plan ; jetons les yeux sur ce plan , regardons l'orientation ; voyons comme l'architecte a placé toutes les salles chaudes à l'exposition du sud-ouest, comme il a fait saillir la vaste rotonde du caldaritnn en dehors du plan de plus de la moitié de son diamètre, afin qu'elle reçoive les rayons solaires à toute heure du jour. Voyons encore comme, dans un si grand espace, l'architecte ménage son terrain, comme il enchevêtre habilement les salles les unes dans les autres, profitant de tous les vides que lui donne la construction; comme il épaule et soutient cet amas de constructions, maintenant les plus grandes et les plus élevées au moyen de celles qui sont moindres en superficie et en hauteur. Voyons comme les poussées des voûtes sont bien contre-buttées ; comme ce plan est clair, facile à lire ; comme chacune de ses parties n'occupe que la place et l'espace qui leur conviennent; comme les issues sont adroitement ménagées, larges et nombreuses là où la foule peut se concentrer, plus petites, détournées et profondes, de manière à établir des tambours là où des courants d'air peuvent être gênants ou dangereux. Chez quels peuples les Romains avaient-ils été chercher la disposition si bien ordonnée de ces plans? Chez eux, en satisfaisant uniquement à des besoins qui leur étaient propres. Comment construisaient-ils ces amas d'édifices réunis dans un seul ensemble? De la manière la plus simple et la plus économique en raison de leur état social. Ces murs, ces piles énormes ne se prêtent nullement à la bâtisse en pierres de taille. Ici, les Romains n'ont que faire de cette matière d'un transport difficile et dispendieux, exigeant un temps considérable pour être taillée, bardée, posée : ils n'emploient que la brique et le blocage. Les parements sont composés de briques triangulaires, leur grand côté vers l'extérieur ; au milieu, un béton bien garni de gros cailloux et d'un excellent mortier. De distance en distance, cependant, comme pour régler la construction, pour s'assurer des niveaux, des arases de grandes briques [. I .")

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sont espacées l'une de l'autre de l"',3/i. Des arcs de décharge en brique, noyés dans la construction, répartissent les pesanteurs sur les points d'appui principau.x. Quant aux voûtes, les arcs de tête sont en grandes briques, à deux rang? ordinairement, et les remplissages en béton, composé de mortier et de pierre-ponce. Mais pour battre ce béton avec assurance sur les couchis des cintres, les constructeurs ont commencé par poser sur ces couchis deux rangs chevauchés de larges briques de plat, qui sont comme un carrelage cintré sous ces voûtes. Cette construction si shnple et si économique, d'une exécution si rapide, conçue et exécutée, les architectes ont élevé leurs portiques avec des colonnes et des entablements de marbre ; les murs ou les piles sont partout, à l'intérieur du moins, revêtus de plaques de marbre jusqu'à une certaine hauteur ; quant aux voûtes et aux tympans, aux fonds des niches, le stuc et la mosaïque les couvrent. Ainsi, cette masse énorme de blocage et de briques se revêt d'un splendide vêtement de matières précieuses, de peintures et de surfaces de mosaïques, composées de pâles vitrifiées de diverses couleurs. Dans toutes les salles , des pavages en mosaïque de marbre sont posés sur une aire isolée, portée sur des quinconces de petites piles réunies par un carrelage de grandes briques doublées ; ces pavages de marbre sont non-seulement secs et parfaitement sains, mais ils peuvent être chauffés par-dessous au moyen de courants de chaleur produits par des fourneaux. Nos moyens de construction dispendieux, les carrières inutiles de pierres que nous accumulons dans nos monuments, et, à côté de ce luxe, l'extrême misère des détails de la construction intérieure, le plâtre, le carton, sont, il faut le dire, des procédés bien barbares, si nous les comparons aux procédés à la fois simples, vrais et rationnels des Romains. Nous accumulons, au moyen de frais énormes, pierre sur pierre dans nos échfices; nous employons toutes nos ressources pour les tailler et les sculpter. Nous puisons à nos carrières, comme si elles étaient inépuisables, pour élever des monuments d'une dimension restreinte, el (juand nous avons fait tant d'elToi'ts pour employer des forces inutiles et perdues, que nous avons éjevé des n)urs toujours humides dans noire climat (la pierre étant trop bon conduclcur de l'humidité), il ne nous reste plus de ressources suffisantes pour orner et vêtir ces édifices dispendieux de matières durables et belles. Alors nous appelons à notre secours le plâtre, les cartons-pâtes, les bois les plus légers, et nous couvrons ainsi de haillons un corps précieux, mais dont la valeur est cachée pour tous et inutile. Si nous pnHendons que nous sommes Romains, que nous devons nos arts aux Romains, que notre architecture est fille de la leur, nous devrions au moins les

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imiter dans ce qu'ils ont fait de sage et de raisonnable, ne pas élever en pierre des édifices qu'ils ont si judicieusement construits en blocage et en briques, moins chercher la tonne de leur architecture ((ue sa structure si bien en rapport avec cette l'orme, être sincères comme eux et ne pas nous faire les dupes de nous-mêmes en singeant leur architecture, si nous ne possédons plus leurs moyens d'exécution. 11 ne faut pas croire que cette substitution de matières n'entraîne qu'à des dépenses inutiles, qu'elles n'aient que l'inconvénient de méconnaître un principe : elle présente des désavantages appréciables pour tous. Ces grands monuments romains, construits comme nous venons de le dire, composés si adroitement de groupes de services divers se pressant avec économie, les plus petites salles profitant des intervalles laissés entre les points d'appui nécessités par l'élévation et l'étendue des plus grandes, ont un avantage dont je n'ai pas encore parlé ; ces grands monuments, dis-je, conservent à l'intérieur une température égale, tiède, qui serait bien précieuse dans un climat comme le nôtre. Il existe à Rome un immense édifice dont le plan général et le système de construction rappellent les grandes salles des thermes , c'est Saint-Pierre de Rome. Or, dans ce monument, dont le vide dépasse en cube le vide des autres édifices connus, la température est, en été comme en hiver, à peu de chose près la même, douce et fraîche en été sans être humide, tiède et sèche en hiver. Cela tient non-seulement à la disposition du plan tracé à l'instar du plan romain, mais à la nature de la construction. Des murs épais en blocage et briques ne transmettent ni la chaleur, ni l'humidité froide du dehors; ils forment comme un obstacle neutre à la température extérieure.

En France, nos monuments de pierre sont dangereux l'été, à cause de la fraîcheur que leurs parois conservent ; en hiver, ils sont glacials.

Si nous examinons les coupes et les élévations des thermes de Caracalla, nous y trouvons des baies énormes, autrefois garnies de châssis de bronze sertissant des plaques de verre, d'albâtre ou simplement de clairesvoies. ÎMais nous observons en même temps que ces jours s'ouvrent vers les points de l'horizon les plus favorables, profitant avec soin de la chaleur du soleil, évitant les expositions humides et froides. Les Romains attachaient, en effet, une grande importance à l'orientation des édifices. Vitruve revient plusieurs fois sur ce sujet dans le cours de son traité ; il indique même le moyen de tracer les rues d'une ville de manière à rendre les habitations commodes, à éviter les grands courants d'air. Il dit, liv. VI, chap. i" : « Afin de bien disposer un édifice , on devra « d'abord avoir égard au climat (à la région, à la latitude, comme nous « dirions aujourd'hui) ; car cette disposition doit être autre en Egypte

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