‹ Entretiens sur l'architectureChapitre 13 sur 20 · KNTKËTIOS hUli L\uClUTt:CTUKfc · texte numérisé non relu

KNTKËTIOS hUli L\uClUTt:CTUKfc

crochet, avait été adopté il y a déjà huit ans, mais que, par des considérations assez misérables, ce système n'avait pas été admis pour les combles de quelques édifices publics bâtis depuis lors, et que cette étrange préoccupation de certains architecles officwh de ne pas se servir de moyens trouvés ou appliqués par des confrères moins officiels à leur point de vue, aurait été la cause de la destruction d'une partie de l'aile du Louvre sur le quai de la Seine. Il est à présumer que cette préoccupation subsiste encore à cette heure, et que les mêmes architectes officiels reconstruisent ces combles en mêlant, comme par le passé, les chevrons et les voligeages de bois aux armatures principales en fer, quitte à risquer de voir encore le feu se propager à des bâtiments juxtaposés, par la présence de ces matériaux combustibles qui peuvent être si facilement supprimés. Mais c'est le cas de dire : « Périssent plutôt tous les monumente , de Paris et ce qu'ils renferment de trésors, plutôt que de reconnaître la^ valeur d'un procédé de construction trouvé et appliqué en dehors d«c^ cénacle des soutiens du grand art. d

Non-seulement le système de lattis en fer (1) semblerait devoir re placer actuellement le chevronnage et le voligeage en bois, mais il co manderait une combinaison nouvelle de charpente de fer. En effet, système a l'avantage de donner aux surfaces de couverture une rigidité ^/ une cohésion parfaites, et par conséquent de contribuer puissamment i) ^^ solidité. Grâce à l'emploi de ce lattis, on peut économiser sur le poids des pièces principales; et s'il coûte plus cher que le voligeage ordinaire, il permet, étant intelligemment appliqué, de compenser cette plusvaine par une diminution sur le poids des pièces maîtresses. Dans ie système actuel, soit de charpente de bois, soit de charpentes mixtes, bois et fer, le chevronnage est un poids mort qui ne contribue en rien à la solidité de l'œuvre el qui n'est posé que pour porter la couverture de métal, d'ardoises ou de tuiles, et le hourdis des entrevoux destinés à clore les parois des étages sous comble. Les bois enfermés dans ce hourdis, soumis à la chaleur considérable qui se développe sous l'action solaire el à Thumidilé de l'atmosphère, se pourrissent très-rapidement, et ne présentent qu'une clôture précaire; si bien que, sous ces combles, on étouffe de chaleur en été el Ton gèle en hiver. Les combles mixtes, fer el bois, présentent habituellement des assemblages compliqués, qu'il faul faire en grande partie sur place, et qui demandent ainsi beaucoup de temps. Après l'œuvre du serrurier, vient l'œuvre du charpentier eldu

(1) \ai brrvel do ce lattis, dont un ex«»mple très-important et qui a été l'objet dW médaille, fut exposé en 1867, appartient à M. Lachambre, entrepreneur de serrurerie.

DlX-HUlTlÈME ENTRETIEN.

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eouvreur. Pour allaclier les chevrons de bois à cette charpente de fer, on use d'expédients très-insuffîsants souvent, et les négligences se produis ^enl immanquablement.

Au contrante, en admettant un système étudié à l'avance, applicable à tous les cas, pouvant être complètement établi à l'atelier, on obtiendrait une main-d'œuvre plus régulière et une grande économie de temps sur le travail à exécuter sur le tas. C'est à ce résultat que tendent les exemples cjui suivent :

iê

Soit, figure là, un pan de comble AB à 45 degrés, élevé sur un bâliment de 12 mètres de largeur. Les murs de face étant établis et les murs

â/lA ENTRETIENS SUR l' ARCHITECTURE.

diviseurs ou les pans de fer disposés pour recevoir les parties des planchers et les cheminées, étant, suivant l'usage habituel à Paris^ espacés de 6 mètres environ. La longueur AB peut être parfaitement connue n l'avance ainsi que celle des faîtages. Il n'est donc besoin que de placer la pièce de faîtage en tôle avec cornières (voir le détail D) en couronnant les murs de refend. A ralelier, sont disposés des châssis de 2 mètres de longueur environ, sur une largeur chacun de 1"*,&0 au minimum on de 2 mètres au plus. Ces châssis reçoivent chacun leur lattis. Leurs côtés ^j

se composent de tôles de 0",18 à 0'",20, sur une épaisseur de O^^OOO J^t avec cornière à l'intérieur sur lu rive supérieure (voirie détail Ej. Ces ^^^6' côtés sont assemblés au moyen d'équerres saillantes en dessous, figurées,^" ^^ en G; équerres dont nous allons indiquer les fonctions. Ces châssis ameniV^v^^^ sur le tas, sont assemblés a Taide de boulons, par quatre, pour la longuei^^^'^ de pan du comble, et présentent ime surface rigide qui peut être monl^^^'^ avec deux pieds de chèvre. Le premier rang de châssis posé, on place , deuxième, que l'on boulonne au premier (voir le rabattement F). Chacun ^/^, ces châssis porte au milieu un chevron H, consistant en un fer â simplt^ y les ailes en dessus. Les lattis L sont fixés à ces ailes et aux cornières (/^ rive des châssis. Cet assemblage de quatre châssis formant une seule (lim», pose en A sur le chéneau, ainsi que l'indique le détail E et se boulonne en B sous le faîtage, ainsi que l'indique le détail D. Les deux pans se butant réciproquement, pourraient, à la rigueur, se passer de ce foitage i|in n'est là que pour faciliter la pose et pour éviter la tendance a la flexion, et par consé(|uent â la poussée qui pourrait se produire d'un mur diviseur à Tautre.

Examinons le sysicrne d'assemblage de ces châssis, système (|ui le> rend absolument solidaires les uns des autres, et fait d'un pan de eomble aussi étendu qu'on voudra le supposer, une seule pièce rigide en tous sens.

La figure 14 présente en A l'assemblage des angles du châssis engéométral, et en B, l'assemblage des chevrons intermédiaires avec les tôles des parois transversales de ces châssis. Les équerres C consistent en des pièces de fer de 0",01 d'épaisseur, pliées ainsi que le montre le détail perspeclifG, figurant, désassemblés, les (juatre châssis (|ui doivent être réunis par ces équerres. Pour que le .^errage, duquel dépend la solidité de tout le système, soit complet, il ne faut pas que les têtes des rivets, en se posant les uns sur les autres, rendent ce serrage imparfait. Il est donc laissé, entre les assemblages, un isolement, ainsi qu'il est tracé en a, lequel est garni dansle sens longitudinal, suivant la pente du comble, parles plaques ^^.r

ou coussinets ô, et dans le sens transversal par les deux coussinets c. pj^,..

DIS-HniTIÈHK ENTRETIEN. 3^5

De plus, nu-dessous des cornières, de peiiies cales sont placées, ainsi qu'on le vuit en A, pour assurer le serrage à la pailie supérieure. Pour que le

sermge soit absolu, uolamiuenl à la <|ucuc des é<|uerres, il est bon de placer sur les parois des coussinets du gros papier cuinpiélement enduit

â&Q ENTRETIENS SUR l'aRCUITECTURE.

de mastic à la céruse ou au minium. La rigidité de tout le système dé|)eii(l ^'

en effet de la perfection du serrage des boulons aux angles des châssis. ^

Quelques boulons (deux par côlcs et deux aux équerres d'assemblage des chevrons) doivent encore assurer la solidité des châssis. Un pan de comble ainsi préparé à l'atelier peut être monté très-^rapidement, et les couvreurs suivront immédiatement le travail du serrurier; car les châssis portant leurs lattis et élant tous, pour un même pan, de dimensions semblables, les lattis arrivent bout â bout sans qu'il soit besoin de s'en préoccuper. La section de chacune de ces lattes de fer est tracée en E, moitié d'exécution, espacées de O"",!! (longueur du pureau); elles sont munies de deux ailes, Tune, celle supérieure, plus haute que l'autre de O^jOO/i, afin de loger la tête des ardoises maintenues chacune par un crochet de cuivre rouge. Ce sysième de couverture, expérimenté depuis huit ans déjà, a donné les meilleurs résultats; les ardoises, ainsi posées, résistent aux plus violents coups de vent ; leur pose et dépose totale ou partielle se fait avec facilité et rapidité, et pour replacer une ou plusieurs ardoises

brisées, il n'est besoin ni de clous, ni de nouveaux crochets, le premier

ouvrier venu peut faire une réparation immédiate. Les lattes ayant chacune de 0'",90 à i mètre de portée, ne fléchissent pas sous le poids d'un homme etserventmême d'échelons aux couvreurs. Ces lattes sont maintenues pai^^ des vis aux cornières et chevrons intermédiaires ; la tête de ces vis échapp^^^ ^ à l'ardoise par le relief de l'aileinférieure. Bien entendu, des cales de O'",00i d'épaisseur isolent ces lattes des cornières et chevrons, pour permettre K passage des crochets de cuivre. Si l'on veut hourder le comble à Tinl rieur, il suffit, à la place, des coussinets longitudinaux &, de passer d( barres de fer de champ, pour toute la partie du comble à hourder, ain qu'il est marqué en P, figure 13 ; de réunir ces barres par quelques entr toises, des fentons et de faire les hourdis sur cette armature sous-jaceni

Si ce système de châssis peut s'appliquer à un comble â pans droits ^ ,7 plus forte raison s'adaplera-t-il à un comble brisé, les châssis formzMn/ ainsi claveaux, figure 15. Le tracé A donne la coupe de la moitié d'u/i comble brisé couvrant un bâtiment de 12 mètres, de largeur; le trace B '^ sa face extérieure avec les lucarnes, châssis à tabatières et lattis. On conçoit ^' 7 facilement comment ces Incarnes C, en tôle, peuvent être montées sur/es ^^^H châssis à l'atelier et n'exiger à la pose aucun travail supplémentaire et "^' aucune perte de temps. De même pour les châssis à tabatière D. Les r^ ii équerres F et G peuvent pincer des solives de plancher si bon semble; ' ^^ lesquelles alors forment entrails. Mais pour le plancher au niveauF il est ' ^'

•clair qu'il y a plus d'avantage à sceller les solives du plancher dans les ^^^^^ murs ou pans de fer de refend. 11 ne paraît pas nécessaire d'insister sur ce . '

UIK-HUliltNb KMHli.iltN. 3/|7

système de comble, dont on [leiit lirer bon parti; car si son établissement à l'alelier exige du soin et une assez longue main-d'œuvre, celle main-d'œuvre csl régulière, loulcs les pièces étant semblables, et l'on économise laigemenl le inivail sur le tas, puisque tout peut cire monté

'^'■Henienl et siuis qu'il y ail à raccorder ou ù lelouehei' iiuiintes pièces, ^insi qu'il arrive aujourd'hui. Puis au lieu de trois ou quatre corps d'état, On n'a affaire qu'à deux, ce qui est un avantage compris de tous les praticiens. On voit en a la eoupe des hourdis sous-jacenis et laissant la couverture indépendante.

S'il est nécessaire que les arcliilectes se familiarisent promplement en ''rance avec les modes de construction que permettent les progrès de l'industrie, il est un autre point qu'il ne faudrait pas néf^liger : c'est le Judicienx emploi de ces moyens, en raison du climat cl des usages pro- ^•Ocianx.

âÂ8 ENTRETIENS SUR l' ARCHITECTURE.

Depuis le moment où les conslruelions ont pris à Pnris im développement quelque peu faclice, où Ton s'est mis en tête de reconstruire la capitale, tous les chefs-lieux de nos départemenis ont cru devoir suivre cet exemple. Dans toutes les grandes villes on n'a rêvé, depuis quinze ans, que percemenis, boulevards et (prenant la maison à localion de Paris comme type) l'on s'esl mis à construire, au Nord comme au Midi, des bâtisses ù Tinstar de celles que nous avons vu élever sur nos nouvelles voies. A Marseille, dans les quartiers du port de la Jolietle, les spéculateurs ont bâti des maisons parisiennes, inhabitables et, de fail, reslan( inhabitées. Ce (jui convient à un climat ne saurait convenir cependant à un autre. Les trois quarts des jours de Tannée à Paris sont brumeux, et s'écoulent sous une température moyenne. Les grands vents y sont rares, aussi bien que les ardeurs du soleil. Les habitations demandent, pour ces conditions climalériques, des jours nombreux et largement ouverts, des murs propres ù rosislerà l'humiditéet une aération médiocre. Il n'en est pas ainsi à Marseille, a Toulon et dans nos villes du Midi. Là, les grands vents sont fréquents et intolérables; le soleil a des ardeurs contre lesquelles il faut se garantir ; la lumière vive et pure a une intensité telle que la moindre baie suffit à éclairer une pièce. Il faut donc des abrisè=^ § efficaces, des voies relativement étroites, une aération puissante air ^^ „ besoin, de bonnes fermetm es pour garantir les habitants du mistral, des- -^^is murs que ni les rayons du soleil, ni l'humidité des vents marins ne puis- ,^^3. sent pénétrer, de l'ombre et de l'air calme. Il est évident que l'habitatior mzDn parisienne ne remplit, en aucune manière, ces conditions. A Alger mêm^^^ ,e^ on a élevé des bâtisses assez semblables à celles de notre rue de Rivoli" ^j/, Il est difficile de pousser plus loin la manie de l'imitation en dépit desco^ ^/). dilions climatériques. La plus misérable maison algérienne est pi ^u^;

agréable à habiter (jue ne le sont ces logements d'exportation parisieni }p

dans lesquels on ne peut se garantir ni du vent, ni du soleil, ni de la po^^/^. sière, ni de l'humidité, ni du froid, assez vif parfois sur les côtes sept^e?//* trionalesde l'Afrique.

Mais qui donc s'occupe de ces questions dans4'enseignement donii^'// nos jeunes architectes ?

La France n'est pas le seid pçiys en Eiirope qui ait abandonné lessâgea ^

conditions des constructions locales. L'Italie, TEspagne, TAIIemagne elle-même, qui prétend raisonner mieux qu'aucun autre peuple au monde et qui, comme l'ancien peuple d'Israël, possède sa lumière et son Dieu "^

â elle, la Suisse, ont laissé de côté, en maintes occasions, ces traditions "^

établies sur une longue observation des conditions climalériques, pour ^

adopter une architecture uniformément incommode et fausse, quoique j ^

OIX-HUITIÈME bNTKLTlKN. 3^9

4j:la$sique, dit-on. L'Angleterre seule est peulTÔfre resiée, lorsqu'il :s'agit des constructions privées, étrangère à cet engouement pour ccrf aines formes banales. Mais les Anglais sont et seront toujours un peuple €5minemment pratique, et s'ils n'ont pas la prétention de pousser l'art de raisonner aussi loin que le font les peuples de Germanie, ils agissent d'instinct suivant la direction pratique et juste. Le bon sens s'impose chez eux tout d'abord et le pédantisme germanique leur est inconnu. Les maisons de Londres ne sont pas belles généralement, mais leur laideur est rarement prétentieuse. Au dedans elles sont commodes et parfaitement disposées en raison des besoins des habitants et des conditions du climat. Il n'en est pas de même des maisons à Berlin; on trouve aussi dans les constructions privées de la capitale dç l'Empire allemand certaines concessions à un faux goût classique qui ne satisfait ni à Tart ni aux usages locaux et aux nécessités imposées par un climat rigoureux. Il y a du pédantisme dans les bâtisses allemandes publiques ou privées, comme il s'en trouve toujours dans les productions des peuples germaniques du Nord, et dans les qualités sérieuses dont ils se font honneur les premiei*s, mais que personne, pour le moment, n'est en situation de leur contester.

Des vertus qui s'affirment à l'aide de douze cent mille hommes et d'une artillerie à l'avenant, de brûleries de villes et villages, ne sont discutables que si l'on a douze cent chiquante mille hommes prêts à entrer dans la discussion.

La ville de Genève possédait autrefois des maisons qui étaient merveilleusement conçues en raison du climat particulier à ce pays. A Genève, les températures extrêmes se suivent : le froid y est très-vif et rigoureux souvent, pendant plusieurs mois ; l'été y est généralement très-chaud ; les vents y sont fréquents et violents ; la neige, entraînée par des bourrasques, s'accumule dans cette ville, parfois jusqu'à la hauteur del mètre. Ces maisons anciennes et dont il ne subsiste plus que deux ou trois, si elles n'ont pas été détruites par le dernier incendie, consistent en une sorte d'échafaudage de charpente dressé devant un mur de face en maçonnerie. Cet échafaudage, figure 16, forme un portique s'élevant jusqu'au comble qu'il soutient. Les boutiques et les étages sont ainsi parfaitement mis a l'abri des bourrasques et du soleil, les murs de face peuvent se conserver secs ; le givre ne vient jamais battre contre les vitres. La circulalion sur la voie publique est Hbre et, grâce à l'élévation de ce portique, l'air et la lumière ne font pas défaut. On trouve encore dans celte singulière construction les traditions de l'habitation de la montagne, avec ses ciiarpentes extérieures donnant, suivant le besoin, des galeries à chaque

850 ENTRETIENS SCH l' ARCHITECTURE.

étage et formant abri. Mais cette disposition ne peut évidemment con-

venii- que dans une contrée où le bois de Siipiu est commun. Aujouni'lio' Genève élève des maisons semblables à celles que l'on bâtit à Lyon^

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lesquelles ressemblent aux habitations de Paris. C'est depuis le xvu* siècle que, peu à peu, ont été perdues les dispositions originales qui avaient été ndoptées, dans la plupart des villes de France et d'Europe, en raison du climat et des habitudes locales.

L'art a-t-il gagné quelque chose à celte uniformité; et, à une époque où l'on parle tant de nationalités, d'autonomie, ne serait-ce pas l'occasion, pour chaque contrée, de prendre les formes architectoniques qui conviennent aux mœurs et aux cHmats? Ne serait-ce pas l'occasion aussi, pour les archilectes, d'étudier ces conditions locales et d'y conformer leurs projets, en oubliant un peu Yignole, Palladio, et les palais de Rome qui n'ont jamais été, pour la plupart, habités ni habitables; de prendre dans l'antiquité, avant les formes extérieures, la part de bon sens qui dirigeait les constructeurs, s'il s'agissait de bâtiments publics ou privés? A ces questions, je sais bien qu'on ne répondra pas : on se contentera d'invoquer le grand art, ]e grand goût, et nous n'en serons pas mieux logés ni plus sainement; à moins que le public, en ceci comme en bien d'autres affaires, n'y mette ordre et ne s'occupe lui-même de ce qui Vinléresse.

..l'Vi.NK.

. pour (jnelques monuments, il -.i> cl (le eeiiains édifices tl'ulililé icunion, etc.

M un espace largement couvert, par le ..^ simple, .^iion de la maison dMiabilalion est renfermé ; <iiiu(re murs et un loil a deux pans.

dans les grandes villes on ait cru devoir adopter, depuis près emi-siccle, une disposition telle (pic Tétage supérieur soit en reur les murs de lace, figure 2, cela peut avoir sa raison d*élre 1 nécessité de laisser pénétrer Tair et les rayons du soleil sur le ; rues de médiocre largeur; mais il est évident que cet étage ur en retraite est cause que le comble n'abrite pas les murs de que la pluie et la neige ont d'autant plus d'occasions de dégrader

35A ENTRETIENS SUR L^ARCHITECTURR.

les étages inférieurs. Pour les voies d'une grande largeur, il n'est pas nf)oins évident que la disposition présentée dans la figure 3 serait, de beaucoup, préférable.

K ciMÀ.4um>r.

Nous avons parlé, dans le précédent entretien, des avantages (^ ^^ Ton pourrait tirer du système des encorbellenients sur les murs de fs^^ des habitations bâties le long des très-larges voies, et nous n'y revi^iy^ drons pps.

Mais si ces avantages, déjà sensibles pour les habitations urbaines, ne peuvent être mis en pratique dans tous les cas, et lorsqu'il s'agit, par exemple, de ne pas diminuer rémission de l'air et de la lumière dans des rues étroites relativement à la hauteur des maisons, rien ne s'oppose i ce qu'on en profile largement dans les constructions des champs.

Personne ne mettra en doute qu'une habitation construite suivant le profil Â, figure &, ne résistera mieux aux agents atmosphériques et n'abritera mieux les habitarits que celle construite suivant le profil B.

Il est des conditions climatériques si désastreuses pour les habitations que force est d*en tenir compte. Ainsi, par exemple, dans les hautes vallées des Alpes, où la neige atteint pendant quatre ou cinq mois de Tannée une hauteur de plus d'un mètre, il a bien fallu que les habitants prissent des précautions radicales pour se soustraire, eux et leurs provisions, à cet envahissement. C'est ainsi que Ton voit des chalets bâtis sur quatre dés de pierre de plus d'un mètre de hauteur, élevant les pas des portes au-dessus du niveau des neiges, et permettant à celles-ci de fondre

sans pénétrer dans la case; ou bien, composés d'un rez-de-chaussée en solide maçonnerie sur lequel s'établit, en encorbellement , Tétage de l'habitation, qui consiste en une conslruction de charpente ou plutôt de troncs d'arbres superposés coihme des assises et enchevêtrés aux angles. I-es siècles s'écoulent, et ces constructions ne se modifient pas, parce que, dans ces contrées, le climat est autrement impérieux que ne pourraient l'être des préjugés d'écoles. Il est à croire qu'Annibal vit, en passant les cols des Alpes, des chalets pareils à ceux que Ton construit encore dans les gorges de ces montagnes. Là, du moins, la maison de campagne des environs de Paris, le cottage anglais ne pénétreront jamais, comme ils ont pu pénétrer sous des climats moins rudes, en dépit cependant des conditions locales. Ne voyons-nous pas des collages à Canneâ, des pavillons à tourelles couvertes en ardoise dans la campagne cle iMarseille, des chalets (faits de planches, il est vrai, clouées sur de$ murs en moellon) dans les environs de Paris? Les bonnes gens qui habitent ces... fantaisies, y sont, il est vrai très-mal logés, grillent en été ou gèlent à l'automne, payent des mémoires de réparations à chaque prin* temps, et n'ont d'autre satisfaction que celle d'avoir transporté la maison des bords de la Seine a Marseille, celle des environs de Londres à Cannes, et celle de la Suisse à Paris. Il faut bien croire que celte satisfaction leur tient lieu d'un bon, sain et confortable logis.

S'il est des conditions climatériques4)onnes à observer dans les villes^ à plus forte raison le sont-elles dans les campagnes, où les constructions isolées sont tout particulièrement exposées aux intempéries; où les répa* rations sont dilTiciles et se font souvent attendre; où enlin, si votre logis devient inhabitable, vous n'avez pas la ressource extrême de vous réfugier dans un hôtel garni. Et cependant, il semble, depuis un certain nombre d'années, que l'on néglige absolument, en bien des occasions, les conditions premières d'une habitation des champs.

On croirait, ti voir quelques-unes de ces habitations, qu'elles ne sont^ élevées que pour faire bon effet dans le paysage, et récréer les yeux des promeneurs, comme ces villages de carton, que les courtisans de l'impératrice Catherine faisaient dresser sur son passage dans les steppes de la Russie. Quand le soleil est radieux, mais non trop cuisant ; quand les nuits sont douces et tranquilles, quand il ne pleut ni ne vente, les chalets de planches sur les bords de la Manche, les châteaux de carte dressés sur les bords de la Méditerranée, les cottages d'Arcachon, sont passablement agréables à habiter; mais survienne le chaleur, la tempête, le mistral ou la brume, on regrette profondément l'auberge de la ville voisine, laquelle cependant n'est point un palais.

556 L.NTnEiiKNs SLR l'arciiitectjuri!:.

Il est entendu que je ne parle ici que de la maison des champs cl noi^ du bon et solide manoir ou château qui abrite convenablement ses haies C'est à la maison des champs que je m'altache parce que c'est Thabita^ lion du grand nombre, et que le goût pour ces sortes de constructior-s'est prodigieusement répandu depuis un demi-siècle. Et cependant, est le désarroi dans le domaine de Tarchitecture, telles sont les étran ou puériles fantaisies des clients, qu'il est un très-petit nombre de cc^^. siructions qui satisfassent pleinement au programme d'une habitalîorà ^ campagne dans de médiocres dimensions.

Il est deux modes différents propres à satisfaire à ce programme. Je les désignerai par: mode anglais et mode français.

Le mode anglais consiste a agglomérer de petits corps de logis conie^ nant chacun une ou deux pièces, suivant les goûts ou les convenances du propriétaire, ne possédant souvent qu'un rez-de-chaussée, le tout sans avoir égard à la symétrie; chacun de ces petits logis ayant la hauteur convenable à la pièce qu'il contient, des jours percés suivant rorienlation préférée, des communications plus ou moins heureusement trouvées. Il y a, dans celte façon de comprendre l'habitation des champs, la marque du sens pratique qui distingue les Anglais.

Le mode français consiste à élever un pavillon, c'est-à-dire un corps de logis concret, symétrique, dans lequel les services, au lieu d'êlrc disséminés, comme dans le mode anglais, sont réunis en plusieurs étages, sous un même toit. C'est là une vieille tradition de notre pays, qui a ses avantages. La véritable maison française des champs est restée le diminutif du château de plaisance français inauguré au xvi' siècle, comme le collage anglais est lo diminutif du manoir anglais du moyen âge avec ses logis éparpillés suivant les convenances de l'habitant. Quelques propriétaires français ont bien essayé d'inaugurer chez nous le système anglais, mais je ne crois pas que ces dispositions de plans démanchés conviennent à nos mœurs, à moins que celles-^ci ne se modifient, ce qui est peu probable. L'Anglais conserve, mémo dans les relations intimes, une sorte d'indépendance, une personnalité, que nous ne possédons que lrès-exceptionnellen)ent. Quand des Français se conviennent ou croient se convenir, il semble qu'ils soient disposés à tout mettre en commun et à faire le sacrifice le plus entier de leur individualité, quitte à se jeter des bouteilles à la tête si des froissements résultent de cette intimité trop légèrement cimentée. Ce n'est pas là notre pire défaut, puisqu'il frise une qualité. Mais si une famille et des amis même se réunissent, i semble que la vie commime doit être aussi concentrée que possible. S tous pouvaient vivre dans la même chambrée, ce serait |)our le mieux. U

laison des champs est donc, pour le Français, une sorle de (ente com- )une dont tous les habitants sont soumis aux mêmes usages journaliers. »n ne trouve le séjour d'une maison de campagne gai et agréable, chez DUS, que si chacun entend son voisin, que si les chambres sont porte à orle, que si Ton peut faire la conversation à travers les cloisons ou les lanchers. On aura donc bien de la peine à persuader aux Français en îllcgiature, que le meilleur moyen de vivre en bonne intelligence est 'éviter précisément ce contact obligatoire de tous les instants et de onserver chacun une bonne dose d'indépendance. Je ne parle pas, bien nlendu, des exceptions. Ce sont ces motifs tenant aux mœurs, qui font |ue le type de la modeste maison des champs française, jusqu'à ce mènent du moins, est et demeure ce qu'on appelle un pavillon. C'est à 'arcl)itecte à se conformer à cet usage et a en tirer le meilleur parti )Ossible, sans tomber dans les banalités, et eu étudiant soigneusement les conditions vraies de ce programme, aussi bien que celles qui se rattachent a rhygiène, à la bonne et facile conservation des logis.

Sauf de très-rares exceptions, les rez-de-chaussée des maisons des champs sont destinés à êlre envahis par Thumidité du sol; les précautions les plus minutieuses doivent donc être prises pour éviter cet inconvénient. Il est, d'ailleurs, une observation d'hygiène qu'il est bon de noter.

Nous voyons des chaumières, des logis de paysans dont les rez-dcdiaussée sont établis au ras et même en contre-bas du sol extérieur, sans caves, et dont les habitants vivent fort âgés sans éprouver jamais de douleurs rhumatismales. Qu'un citadin demeure huit jours et couche dans ces logis, il sera perclus. Pour les personnes nées dans ces conditions hygrométriques, l'inconvénient n'existe certainement pas; mais pour celles qui ont été habituées aux logements très-secs des grandes villes et qui se soumettent momentanément à ces conditions, il en est tout autrement. Or, comme les maisons de campagne sont destinées à êlre habitées, pendant une partie de l'année seulement, par des gens qui passent Tautre partie de leur temps dans les grandes villes, qui y sont nés, il ne faut pas changer les condiiions auxquelles sont soumises les habitations urbaines. Il ne faut pas qu'en allant chercher aux champs un air plus pur (|ue celui des villes, les citadins trouvent en même temps ces émanations humides auxquelles ils n'ont nullement été habitués. On ne saurait mettre en doute qu'une bonne partie des rhumatismes qui affectent beaucoup de nos citadins, ne proviennent de l'habitation trop souvent insalubre des maisons de campagne où ils vont passer la belle liaison. Bien (jue généralement les chambres à coucher ne soient pas

35S LMTIVETIENS SUR l'aRGUITECTURë.

disposées au rez-de-cliaussée, les salons, les pièces où Ton passe les journées et surtout les soirées, sont peu élevés au-dessus du sol exlé^ rieur. Les nnurs de ces pièces sont souvent salpêtres jusqu'à plus d'ur:j mètre des parquets, et chaque printennps il est nécessaire d'en rerairele^ peintures. Qui n'a vu de ces rez-de-chaussée où, eu une nuit, pousser^ des champignons dans quelque coin ? De plus, les murs, souvent minc^ et construits à la diable, sont mal abrités ou ne le sont pas du tout d^ vents de pluie, et ces murs se pénètrent d'une humidité qu*ils ne p^^ dent jamais et i|u'ils rejettent à Tintérieur pendant les nuits qui suîr^ les journées chaudes. Mieux vaudrait alors coucher sous la tente.

Pour éviter ces inconvénients et même ces dangers, dans cerlaîiy^ contrées du Nord on couvre les murs du côté exposé aux vents de pluie, de bprdeaux ou d'ardoises. Mais le meilleur abri, celui qui demande le moins d'entretien, ce sont les combles, dont les égouts sont assez saillants pour empêcher la pluie de fouetter sur les murs, et le soleil de h frapper trop vivement sur la totalité de leur surface ; car un mur, fut-il fait de pierres de taille d'une épaisseur de O^^ftO à C^SO, qui a été fortement chauffé par le soleil, s'il survient une pluie d'orage, est pénétré très-profondément par l'eau. La partie de cette eau voisine du parement s'évapore à Textérieur rapidement, mais la partie qui a pénétré jusqu'an milieu de l'épaisseur du mur fait sa voiedu côté intérieur. J'ai souvent vu, trois ou quatre jours après un violent orage, des murs redevenus parfaitement secs et poudreux à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur te papiers de tenture étaient mouillés.

Encore faut -il tenir compte de la nature des matériaux employés. Si! s'agit de pierres, les vcrgelés s'ont encore les meilleures, celles qui, à cause de leur porosité même, sèchent le plus rapidement à une grande profondeur. Les grès, au contraire, même les murs étant épais, conservent une quantité d'eau considérable qui transsude perpéluellemenl i rinlërieur. Des matériaux très-compactes, tels que les pierres calcaire» âiies froides^ présentent de graves inconvénients; ces pierres sont d'autant plus fraîches et humides à l'intérieur, que la température est plus chaude à l'extérieur. La brique est encore une des meilleures matières que l'on puisse employer, surtout si les murs sont assez épais pour qu'elle ne fasse parpaing sur aucun point. Quant aux enduits, les mortiers se conservent beaucoup mieux à l'air extérieur que lè plâtre, mais ils sont bien meilleurs conducteurs de l'humidité que celui-ci. Les enduits de mortier doivent être bien abrités; alors seulement, ils se comportent très-bien, et s'ils ont été convenablement dressés ils sont d'autant meit leurs qu'ils sont plus anciens.

MX-NEUVIÈME ENTRETIEN. 559

A lu campagne, des pans de bois de chêne ou même, de sapin, appaents, d'une bonne épaisseur, lorsqu'ils sont abrités et que les remplisâges sont faits en brique, forment d*excellents obslacles contre le froid, 'humidité et la chaleur, surtout si on a le soin de recouvrir les parements xtérieurs, ceux des pièces horizontales particulièrement, de bordeaux «I d'ardoise, ou même de voliges superposées ; car les pièces horizooiles seules conservent l'humidité qui est arrêtée par leurs fibres.

Quant aux couvertures, la tuile est toujours préférable à l'ardoise, à noins que celle-ci ne soit suffisamment épaisse. Je ne parle pas du zinc |ui, à la campagne, est la plus mauvaise de toutes les couvertures, en ce |u*elle résiste mal à l'effort des vents, qu'elle est difficile à réparer et |u*elle ne préserve les combles ni du froid, ni du chaud. . Dq loules ces observations de détail il résulte ceci : que pour placer jne habitation des champs dans les meilleures conditions, au double point le vue de la salubrité et de la conservation même des constructions, il 'aut chercher à obtenir dans les intérieurs une température égale et sèche, juel que soit l'état extérieur de Tatmosphère. Pour obtenir ce résultat, la première condition est d'isoler autant que possible l'habitation du sol extérieur; la seconde, d'abriter le plus complètement possible les murs» en donnant à ceux-ci une épaisseur suffisante et en choisissant les matériaux qui les doivent composer, en raison du climat ou de l'orientation.

Ces conditions de percement des jours sont autres à la ville et à la campagne. Â la ville il est rare que l'on puisse obtenir des jours directs horizontaux; les maisons ont, en face d'elles, de l'autre côté de la voie publique, d'autres maisons ; par conséquent, les baies de croisée ne reçoivent la lumière que suivant un angle qui est, en moyenne, de &5'' ; il est donc nécessaire d'avoir des fenêtres grandes relativement à la dimen^ sien des pièces, et dans la fermeture desquelles il faut autant que possible diminuer les pleins. De plus il est rare qu'à la ville le vent ait une action puissante sur les fermetures; les maisons se servent réciproquement de paravent; l'air n'a pas la vivacité pénétrante de celui que l'on respire aux champs, l^s châssis des croisées peuvent donc avoir de grandes dimensions dans les habitations des villes. S'il survient un dommage, il est promptement réparé. Il n'en est pas ainsi à la campagne ; on n'a pas sous la main des ouvriers habiles et prompts ; il n'est pas nécessaire d'avoir de grandes surfaces ouvrantes et vitrées, mieux vaut qu'elles soient petites et multipliées autant que le besoin l'exige. Les Anglais ont parfaitement compris ce besoin dans leurs habitations suburbaines, et leurs croisées sont très- commodément disposées. Même dans les loges saillantes et vitrées qu'ils adaptent à leurs façades de maisons, ils ont le soin de mul-

tiplier les châssis, de manière à pouvoir les ouvrir par petites parliesou tous à la fois, si bon leur semble. Nous avions bien des dispositions analogues dans nos habitations jusqu'au xvn* siècle; mais alors, laragedu majestueux a lait adopter partout ces châssis de croisée en deux vantaux seulement, si incommodes a fermer et â ouvrir; qui, s'ils sont un peu grands, se déjeltent surtout à Faction de la chaleur et deThumidité, et ne fonclionnent plus. Par un temps venteux et chaud, si on les ouvre pour respirer â Taise, on ne peut tenir dans la piè^e sous les rafales; si on les laisse fermés, il faut étouffer. Les petits châssis sont impérieusemenl commandés dans les habitations des champs. Il faut encore qu'ils possèdent chacun un volet à 1 intérieur, pour les temps rigoureux, et leur fermeture extérieure (persiennes) pour se garantir des rayons du soleil el empêcher les rafales violentes d'envoyer la grêle ou la neige contre les vitres.

Les calorifères sont nécessaires dans les maisons de campagne, pour sécher les intérieurs pendant l'hiver et éviter la buée causée par les dégels; mais ils doivent seulement suffire â ce besoin. Pour!' habitation, de bonnes cheminées doivent être établies dans toutes les pièces, car même en été, le feu de cheminée est souvent nécessaire aux champs, et est un excellent moyen de réparer les fatigues causées par de longues courses et d'éviter les dangers d'une transpiration abondante. Ces cheminées doivent être amples, hautes et faites pour des feux clairs, prompteoat allumés. Elles doivent être munies de trappes pour qu'en hiver l'humidité de l'atmosphère ne pénètre pas, par leurs tuyaux, dans les pièces.

 la campagne, plus qu'à la ville encore, il est nécessaire d'éviter la sonorité des planchers. A la ville le mouvement incessant de la me ne permet guère à Toreille de distinguer les bruits de la maison qu'on habite ; il n'en est pas ainsi aux champs, où l'on va pour trouver le cdoie et où l'on perçoit le moindre son. Il faut donc, si les planchers sont en fer, qu'ils aient, indépendamment du hourdis entre ces fers, des entrevous sur lambourdes, de manière à laisser un isolement entre deux. S'ils sont en bois, il faut de même, outre les entrevous entre chaque solive, une aire bien faite sous les lambourdes , et entre deux, du varech ou des joncs de marais, rendus incombustible^s par un bain d'eau de plâtre. Mais il est une précaution qui annule presque entièrement, à elle seule, la sonorité des planchers. 11 s'agit simplement de poser avec de la colle forte, sur les lambourdes, avant d'y clouer le parquel, des bandes de ce feutre grossier que l'on fabrique à très-bon marché aujourd'hui pour les couvertures de bâtiments provisoires. Cela ne peut guère se faire pour les parquets à point-de-Hongrie, mais ne

DIX-NEUVIÈMK ENTHIiTIEN. 361

présente aucune difficulté avec les parquets posés ù Tanglaise, e'est-ùdire en frises de longueur. Mais il parait nécessaire d'entrer dans quelques détails relativement à la construction des planchers dans les habitations des champs. A moins de se Irouver à proximité des grandes usines métallurgiques, les planchers en fer, jusqu'à présent, reviennent a la campagne à des prix élevés ; de plus on ne trouve pas d'ouvriers capables de les exécuter comme il convient : il en faut foire venir de Paris ou de quelques autres grands centres; il faut disposer des forges ad hoc ; tout cela est très-coûteux. S'il manque une pièce, ce sont des lenteurs pour la faire venir. Il est peu de contrées en France où Ton ait du bois de chêne propre a la construction des planchers. Dans les provinces méridionales, dans celles de l'ouest et d'une partie du centre, cm ne peut mettre en œuvre que du sapin. (]elte essence est excellenle d'ailleurs, employée à cet usage, à la condition de ne point enfermer le bois dans des enduits de plaire ou de mortier et d'éviter les assemblages, qui n'ont pas, avec le sapin, une solidité suffisante. J'ai vu des charpentes de planchers de sapin qui dataient de (rois et quatre siècles et qui étaient encore excellentes; mais ces bois avaient élé laissés apparents. On peut donner aux. planchers de sapin une résistance considérable, à l'aide de certaines dispositions qu'il est bon d'indiquer et qui sont consacrées par l'expérience. Le sapin en grosses pièces est sujet à se gercer profondément et souvent d'une manière dangereuse. Il est donc préférable de remployer en pièces d'une faible épaisseur. Avec des madriers de sapin de0",05 d'épaisseur et même de 0'",042, on fait des planchers d'une rigidité absolue. Pour obtenir ce résultat, figure 5, il suffit de clouer des bandes de fer feuillard (tôle de 0'",001 d'épaisseur au plus) sur un des côtés de chaque madrier, en ayant le soin de replier ces bandes de tôle de 0",025 sur la rive du dessus, ainsi que le montre le tracé perspectif en A. Ces bandes de feuillard ne doivent descendre que jusqu'à 0",04 au-dessus de la rive inférieure. Pour les clouer sur les madriers, il suffilde les percer d'un coup de poinçon. On doit avoir des pointes de 0'",07 de longueur, afin de les retourner de 0'",02 environ de l'aulre côté, comme l'indique la figure en a. Les feuillards n'ayant pas toujours la longueur des portées, il faut clouer les morceaux avec un recouvrement de 0",iO environ. Les madriers ainsi armés sont boulonnés deux à deux, les feuillards à l'intérieur (voir le géométral, coupe B). On cloue des tasseaux C sur les côtés et un listel d par dessous. Ces solives, espacées de O",^ d'axe en axe avec une portée de 7 mètres, peuvent porter les charges les plus fortes qu'un plancher d'habitation ait à subir. Sur les tasseaux, on pose des carreaux de plaire D de O^.O/i à 0"',05 d'épaisseur, ou des carreaux de terre

tm

KKTHETIENS SUIl L ARfiHITKCTLHK.

cuile OU mètiicde (orcliis bien biillu, si l'on n'a pas d'outrés matériaux. Cefi carreaux sont calfculrés au plâtre pnr «les soHns e et des bourrelets/. Sur les solives on pose des lambourdes E, lardées obliquement avec de bonnes pointes, ainsi qu'on le voit en q. En outre, d'une solive à l'autre on pose des bardeaux coudes roseaux, et l'on fait une airede plâtre ou de lorchis avec solins h le long des lambourdes. Alors on cloue le parquet sur ces lambourdes en prenant la précaulion indiquée plus haut [Wiir éviter la sonorité (1).

Mais pour des planchers d'appartcmcnls, il fniil prévoir les enclieu^^ Irurespour lepassage des cheminées ou pour franchir les vides des bai» m C'est alors qu'en employant du sapin, il Tant éviter les tenons et mortai. A et y suppléer par un système d'clriers irès-simple et solide, figure -i Ces étrJers se font avec des bandes de fer de 0",Û08 d'épaiss «u sur 0" ,05 environ de largeur. Pour des solives de la force de ce=-7te

(1) Des planr.lic^i lie. sapin d'iii feuillaiils uinsi rioui's il l'inli'riei dépaisseur et uyani im*^ ponùc

pouce et demi d'épaisseur (O^.OIi}, jumelées am r, espacées de 0",?i(). avec simple planclicrde W"',Bi le S mètres, oiit (lerlé des chnrKes éaomies J«' blé

DU-PKtiVIÉKI^ E»THBTIBH. 363

uëcs ici, chaque bande doit avoir 1", 10 de longueur (voir en A). md, on leur donne tous les plis indiqués en a, de telle sorte que cea ts prennent la forme tracée en perspective en B e( en géoméiral en C. aille?, faite dans chaque solive, reçoit la bielle de l'élrier. Des clous enfoncés tatéraletnent et par dessus (voir en B). Lesjtclits Irian-

g (voir en A) fonnenl crampons. Lorsque les listels / ont été cloués lessous, on enfonce une petite [lièce triangulaire en e pour fermer le Ces sortes d'étriers, faciles à faire, puisqu'ils sont en fer très-mince. )ien autrement de solidité que n'en ont les tenons et mortaises, car isissent le bois dans toute sa hauteur et le forcent de s'appuyer contre evêlre ou la solive d'enchevêlrure. On peut également adopter ce me pour remplacer les assemblages dans les lambourdes, le ! «ng nurs, ik moins que l'on ne pose celles-ci suus k-s )»oriées îles solives, li vaut toujours mieux.

36& ENTRETIENS SUR l\rCHITEGTURE.

On voit, figure 5, que ces plafonds laissent lé bois apparent dans sa partie inférieure, ce qui suffit pour l'empêcher de s'échauffer. Les carreaux de plâtre qui font les entrevous, peuvent être moulés et les terres cuiles vernissées, si Ton veut obtenir des effets très-brillants et riches.

Le meilleur préservatif contre l'humidité des murs à riiitérieur, c'est la boiserie.. Ce moyen est dispendieux, mais on peut établir des boiseries très-simples et à bon marche dans les contrées où le bois est commun. A défaut de boiseries, les toiles lendues sur châssis, enduites de plâtre clair à la brosse, du côté du mur, sont une bonne défense contre l'humidité. Sur ces toiles on peut peindre ou tendre des papiers.

Si les planchers sont en char|)ente, on ne saurait trop prendre de précautions pour éviter la pourriture des portées des solives dans les murs. De ces moyens, le plus efficace est d'éviter d'encastrer ces portées sur les murs de face, à moins qu'ils ne soient en pans de bois. Mais s'il faut en venir là, il est bon de clouer à l'extrémité de chaque portée, sur le bois de fil, une mince lame de plomb ou de zinc, formant retour comme une moitié de boite, et surtout, de laisser un vide entre le bout de la solive ainsi garnie et la maçonnerie, en ayant le soin de faire communiquer ce vide avec les espaces laissés entre les enirevous des solives et l'air des lambourdes. Il est constant qu'une portée de solive passant tout travers d'un mur de maçonnerie et laissée à l'afr extérieurement, s( pourrit beaucoup moins vite qu'une portée enfermée; la question est don d'aérer ces portées (1).

On néglige trop souvent, dans la construction des maisons des.champ l'établissement deschetninéesetde leurs tuyaux de fumée. Il semble que soit la une question secondaire, et peu d'architectes apportent une élu attentive à sa solution. Bien disposer ia sortie des tuyaux de chemin pour ne pas gêner l'écoulement des eaux, pour que ces gaines ne soie, pas trop exposées aux efforts du vent et que la fumée ne soit poi

rabattue dans les intérieurs, par lecontrecoup de l'air résultant d'un T^ lage plus élevé ; donner aux sections des tuyaux une section suffisante ^n raison des foyers, placer ces tuyaux de telle sorte qu'ils ne puissent oeos^* sionner des incendies ; toutes ces conditions exigent une attention s^S^ rieuse.

Peut-être pensera-t-on que je m*étends longuement sur les menus dc?tails touchant la construction des maisons de campagne, mais c'est que la

(i) J'ai souvenl observa, dans des maisons de paysans qui dataient au moins d' «.lo siècle, des portées laissées ainsi apparentes le long du parement extérieur des murs «Je face, portées qui n'étaient nullement altérées; tandis que tous les jours nous voyoas lics. solives, posées depuis vingt ans, dont les portées enfermées sont complètement pourri **?•

DIX-flBUVlÈME ENTRSTIBH.

ft de ces eonsiructions, élevées aujourd'hui, pèchent plus encore ïs délails que par les dispositions d'ensemble, i>ésu1tant généraledes goùls ou des besoins de celui qui fait bâiir. On ne peut toujours trendre à l'architecte d'une certaine composition de plan qui lut a iposce par son client, et dont il ne saurait di^uter la convenance ; est naturel, après tout, qu'un propriétaire ait la prétention de disson logis suivant ses idées personnelles, Mais l'architecte, dans iilion des parties, est ou doit être le maître et ne saurait, par >le, sans engager sa responsabilité, combiner une cheminée de m&à communiquer facilement le feu aux planchers voisins du foyer. le cas d'opposer son veto ou de se retirer, car si le feu prend à la n, les vices de construction, causes du sinistre, lui seront imputés raison.

emble, après tout ce qui vient d'être dit, que le programme d'une tion de campagne, dans des proportions modestes et n'aiïectant pas Itention de viser au château, pourrait être résumé ainsi : soustraire

i-de-chaussée contenant habituellement les pièces communes à l'hué du sol, abriter efficacement les murs, disposer les pièces de telle

sorte qu'elles puissent êlre d'un accès facile pour un domestique peu nom^ breux, trouver les orientations les plus saines et les plus agréables, évitai les constructions compliquées notamment pour les combles, qui doives ^ autant que possible être établis sans noues, sans pénétrations de plan- ^ sans chéneaux compliqués; trouver les dispositions les plus simples etl^ moins sujettes à l'entretien, pour tout ce qui est extérieur, par exempt pour les souches de cheminées. C'est d'après ce programme somm que les plans qui vont suivre ont été tracés.

La figure 7 donne le plan de cette habitation de campagne à rez--^^ chaussée qui n'est, à vrai dire, qu'un étage de soubassement de S'^^/j sous clef de voûte. En P est un portique bas donnant entrée dans un vestibule A, au fond duquel est placé l'escalier des maîtres. En B, la cuisine avec son entrée particulière en b. Des celliers et caveaux en C une salle de bain en F. L'escalier de service en D. Toutes ces pièces so voûtées en matériaux légers, brique ou tufau. On suppose que le terrai s'élève en T, de sorte que les caveaux C et le cabinet des gens G soi moitié en sous-sol. Le premier étage (qui n'est qu'un rez-de-chauss^s

élevé de 3 mètres au-dessus du sol extérieur, figure 8) se compose d'un salon A avec salle à manger en C, et oflice en D; d'une salle de

DII-IfRUTIÈII£ ENTRETIEN. S67

>illard en B et d'un fumoir ou cabinet de travail en F. Un balcon b règne out le long du mur de face devant le salon et la salle de billard, et se ermine pr deux degrés descendant sur la partie élevée du terrain l'oisin.

Tout l'étage de soubassement est bâti en maçonnerie ; l'étage, figure 8, ist fermé adroite et à gauche par des pans de bois en encorbellement les deux tiers de leur épaisseur sur les murs correspondants du soubasement. Le second éiage contient les chambres d'habitation, et le dessous u comble les chambres de domestiques, la lingerie et un étendoir supéieur dont le milieu, laissé îi jour, éclaire l'escalier et sert à l'aéralion e la partie centrale du bâtiment ; de telle sorte qu'une coupe faite iir VX du plan*, figure 8, donne le tracé A, figure 9. La moitié B de

%tte ligure présente la face aniérieure du bâtiment ; ta figure 1 0, la face Blérale. On voit que les souches des cheminées viennent se grouper au-

ENTRBTIENfi SUR L ARCHITBCTURB.

tour de la partie supérieure de la cage de l'escalier formant étenrioir el réservoir d'air sec. Les combles sont à pentes simples, sans noues et pénétrations. Des cliéneaux disposés en C (voyez la figure 9) recueillent les eaux de ces pentes pour les diriger sur le sol par deux descentes latérales.

Il est évident qu'une maison de campagne, ainsi entendue, nedem^ntfe qu'un entretien restreint, puisque loutes les parties du bSliment sont abritées par des combles établis dans les conditions les plus simp/es; qu'elle est parfaitement saine, puisque toutes les pièces destinées à l'habitation sont soustraites à l'humidité du sol et de l'atmosphère ; que le service peut y être facile, puisque ces pièces se groupent autour^'un escalier central ; que sa construction ne demande pas de ces dispositions exceptionnelles dispendieuses et d'une exécution diUicile loin des grands centres. Bien qu'élevée sur un plan peu étendu, celte habitation n'est, après tout, qu'une maison de plaisance pouvant convenir à une famille

qui passe la belle saison A la campagne. Mais il est une sorte de maison des champs que les architectes ont rarement l'occasion de construire, et qui n'en est pas moins digne de provoquer leurs études. Je veux parler de ces habitations appropriées aux usages des personnes qui passent la plus grande partie de leur temps aux champs, soit parce que leur genre de vie s'arrange des habitudes champêtres, soit parce qu'elles ont des intérêts à surveiller ou des exploitations agricoles à diriger.

Dans nos fertiles plaines du Languedoc et de TAgénois, il est un grand nombre de ces sortes de constructions qui méritent l'attention des architectes, en ce qu'elles remplissent parfaitement les programmes imposés, bien que leur apparence soit des plus modestes, et que tout, dans ces demeures, soit sacrifié à la satisfaction exacte des besoins. Ces contrées ont conservé certaines traditions locales qui n'ont point été altérées, comme cela n'arrive que trop souvent dans beaucoup d'autres de nos provinces, par la passion pour le faux luxe etl'envie de paraître. Mais si les chercheurs de précieux détails d'architecture ne trouvent rien à recueillir dans ces maisons des champs, par cela môme qu'elles sont construites conformément aux besoins de leurs propriétaires elles gardent leur caractère particulier, un style, peut-on dire, qui leur est propre et s'allie, merveilleusement avec la nature qui les entoure.

Si de grandes demeures, si des châteaux avec leurs combles compliqués et chargés de lucarnes, leurs tours aux toits aigus, ajoutent à l'effet d'un paysage grandiose et des belles avenues d'un parc couvert d'arbres séculaires; les diminutifs de ces demeures, entourées de maigres jardins, font sourire et rappellent un peu la fable de la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bceuf. Et cependant, combien n'avons-nous pas Vu élever, dans nos campagnes, de ces châteaux microscopiques qui ressemblent à des jouets d'enfants, avec leurs tourelles dans lesquelles Un chien serait mal à Taise; leurs créneaux faits pour des chats, leurs détails d'architecture en plâtre moulé ou en terre cuite, et leurs épis et crêtes en zinc. Sottes demeures, inhabitables, prétentieuses, et qui n'ont d'autre mérite que de durer peu et de faire paraître plus estimables enoore, aux yeux des gens sensés, les formes simples et vraies.

Les maisons des champs de nos contrées méridionales, à la fois Oemeures de plaisance et métairies, fournissent un de ces programmes francs, calqués sur le genre de vie des habitants, véritables campagnards, ^t gardent, dans leur aspect, quelque chose de sain, d'utile et de robuste <qui contraste avec l'apparence mesquine et de mauvais goût de la plupart de nos maisons suburbaines. Le programme est simple, comme sont tous les programmes des habitations antiques. Il s'agit, avant tout,

SlO BNTRETIBIfS SUR L* ARCHITECTURE.

de se garantir contre les intempéries et la cîhaleur; I orientation est généralement choisie avec soin. Dans ces contrées, les vents du nord-ouest sont les plus n craindre, ils apportent avec eux la pluie et la bise ; il faut opposer à ce point de l'horizon, non point une façade, mais un angle. Le plein sud est fâcheux pendant six mois de Tannée : les orientations les plus agréables sont donc celles du nord, de Test et du sud-est. Contrairement aux habiludes de l'Angleterre et du nord de TAIIemagne, il est , bon de réunir toules les pièces sous un seul comble, de faire des logis ^ épais, mais pouvant être ventilés facilement vers le soir par un couranl^ d'air central. Le porche ou vestibule ouvert est nécessaire; il convient do^» le tenir bas et profond et de le doubler par im second vestibule clos. Ls^ cuisine est, dans ces habitations, une grosse affaire. C'est dans la cuisin ou dans une pièce y attenant, que Ton reçoit les gens de la campagm Elle doit avoir de larges dépendances, office, réserve. La salle à mang^^^ doit être à [)roximité, sans qu'elle puisse être envahie par l'odeur des me^^^^ en préparation. Le salon ou plutôt la salle est une pièce éloignée de Te^^. trée et donnant dans la salle à manger. Enfin, il faut comme dépendais ^^ immédiate du corps de logis, un vaste hangar sous lequel sont dispos^^^ les écuries, les remises, le fournil, des bûchers, de larges espaces pOfy/. abriter des chariots, pour faire les lessives et étendre le linge, etc.

Au premier étage, outre les chambres d'habitation, il est besoin à'une pièce à proximité de l'escalier pour le maître delà maison ; salon ou cabh net dans lequel se traitent les affaires. Cette demeure ressemble fort à h petite villa gallo-romaine, et il est à croire qu'elle en a conservé la tradition. Beaucoup de ces maisons des champs des plaines de Toulouse elde l'Agénois nous ont paru remplir si complètement ce véritable programme de la demeure du campagnard, que nous croyons bon d'en présenter ici une sorte de type ou de résumé, figure 1 1 ; d'autant que ce type fait la critique saisissante de ces fastidieux colifichets que nous prenons volontiers pour des maisons de campagne depuis ({uelques années.

En A est tracé le plan du rez-de-chaussée, établi en partie sur caves basses auxquelles on descend par l'escalier a. Tout l'espace B C D Eest un vaste hangar en appentis renfermant en F une écurie, en G uiie remise, en H un fournil, en I une buanderie. L'habitation à laquelle s'adosse ce hangar se compose d'un porche K, fermé simplement la nui par une grille ou une clôture en bois a claire-voie ; d'un vestibule I sur lequel s'ouvre une galerie M qui traverse le bâtiment ; d'une « sine N à proximité de rentrée, avec décharge sur le porche pour rer voir les provisions du dehors; laverie Pet office pour les gens R. pièce T sert à toutes sortes d'usages : elle est salle de bain, de i^epasa

lingerie. En S esl la salle, cl en V la salle à manger. L'escalier X monte au premier étage et donne sur une loge o (voy. en Y). En b est la pièce du maître, et en c sont des chambres de maîtres avec leurs cabi-

\'. - >1.^sO

nets. Le second étage contient une ou' deux chambres à coucher et les chambres des domestiques. Ces habitations sont généralement construites en brique crue pour les parties supérieures et cuites pour les rez-dechaussée; les charpentes sont faites de bois de sapin. Des corniches génoises avec des chevrons saillants, abritent parfaitement les murs épais. Ces constructions de bri(|ues crues, véritable pisé, ont l'avantage.

373 ENTRETIENS SUH L'AnCHITECTDRB.

lorsque les mui's sont suffisamment épais, de préserver les inlérieurg ■ la chuleur el du froid ; bien faites, elles durent des siècles. On a to jours le soin de monter les angles et les jambages des baies en briqu

La lîgure l'i donne l'élévalion laténde sur^ h de oetle habitation. ' grands ormeaux abritent ordinairement ces petites cillœ des rayo trop ardenisdu soleil, puis viennent immédiatement les cultures, potagt et vergers.

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La ligure ili présente l'élévation de la façade, sur la route ou chemin, presque entièrement dépourvue de fenêtres. Les loges seu permettent de voir ceux qui arrivent. C'est encore là une traditions tique qui donne à ces façades une piiysionomie Ciiractérisëe.

Dans le vieux château languedocien, on retrouve cette dispositi' typique de la galerie centrale traversant tout le logis, donnant entrée da des pièces à droite el à gauche. Il existe encore près de Casteinaudar un château du commencement du xvn' siècle, qui présente cerlaineme

djx-neuvièmë entretien. 378

un des spécimens les plus intéressanis d'une hobitation seigneuriale à cette époque, entièrement conçue d'après les programmes imposés par les habitudes de la contrée et des mœurs du temps. C'est le château de Ferrais, demeure d'un noble terrien, capitaine et campagnard ; elle possède le double caractère de la forteresse et de la villa des champs. Élevée au moment où la noblesse du Languedoc, en grande partie protestante, prenait SCS sûretés contre la royauté catholique, sa construction dut être interrompue après la prise de Montauban par Louis XIIL En effet, les couronnements sont restés inachevés, et depuis lors des combles provisoires abritent les étages du bâtiment. La figure 14 trace Tensemble du château avec sa demi-lune en A, son avant-cour en B, et son logis en C. Ce logis, ainsi que le fait voir le plan, consiste en une vaste salle qui le traverse de bout en bout et qui donne accès sur des pièces communiquant avec des chambres disposées dans les pavillons flanquants, en forme de bastions et munis, en effet, outre leurs fenêtres, d'embrasures pour du canon. Un large fossé avec pont-levis en D, communiquant aux jardins fort bien tracés, entoure entièrement le château. Un étage inférieur prend ses jours sur ce fossé, et un premier étage s'élève sur le rezde-chaussée. Au-dessus du premier étage devait courir un chemin de ronde dont on n'aperçoit que les amorces ; chemin de ronde derrière lequel l'étage du comble régnait sur tout le bâtiment principal. Les deux pavillons (bastions de la basse-cour) sont reliés au corps de logis par de hautes courtines auxquelles s'adossent des services et des portiques. La construction de pierres de taille, avec bossages aux angles, a un caractère robuste qui est en harmonie parfaite avec le pays sauvage qu'elle domine, borné à l'horizon par la chaîne des Pyrénées.

Si étranger à nos mœurs que paraisse ce vaste bâtiment, il n'en est pas moins resté un des types les plus francs de l'habitation de campagne du midi de la France ; et, mis en état, serait une demeure aussi saine que conforme aux usages du pays. Cette grande salle centrale, ouverte seulement aux deux bouts, est, grâce à la lumière éclatante de la contrée, aussi claire qu'on puisse le souhaiter. C'est là où l'on se rassemble, où l'on peut, tout en étant réunis, former des aparté. Les chambres occupant les pavillons sont commandées par des pièces et par la grande salle elle-même; mais cette disposition, peu gênante même aujourd'hui à la campagne, où la vie en commun est beaucoup plus intime qu'a la vilUe, est ordinaire dans les habitations méridionales, d'autant qu'au château de Ferrais, des escaliers de service communiquent de ces chambres aux étages inférieurs et que les gens peuvent arriver à ces chambres sans passer par la grande salle. Le premier étage reproduisait les mêmes distributions, si

374 BHTRETIEHS SUB l'aKCHITECTUBS.

ce n'esl que les pièces Oanquant la grande salle élaienl disposées pour chambres et que l'on communiquail avec celles des pavillons par des dcgageoients abonlissani aui deux extrémités de cette grande salle.

Ce pâté de constnictions grou|jéc& sous un seul couvert est le meilleui

DIX-NEIIVIÈME ENTRETIEN. 375

moyen do se préserver de la chaleur ou des vents de bise, si fâcheux dans le midi de la France ; aussi est-ce toujours à cette disposition qu'il convient de se tenir dans la composition des habitations de campagne appartenant à cette contrée. Les bâtiments éparpillés suivant la méthode anglaise sont, sous le climat du midi, intolérables et ne peuvent être garantis efficacement ni contre le chaud, la bise, les vents humides venant de la Médi terra nnée, ni contre la poussière ou Texcès de lumière qui introduit toutes sortes d'insectes dans les intérieurs. Il y a donc, pour les architectes, à tenir compte bien plutôt de ces conditions de climat, que de certaines formes adoptées aux environs de Paris ou de Londres et que Ton prétend importer de la Manche aux Pyrénées, de TOcéan au Rhin. Mais d'ailleurs, les habitations suburbaines de notre capitale sont-elles bien faites en raison des nécessités imposées par le climat et des besoins des occupants ? Cela est très-contestable ; et en laissant de côté les châteaux de cartes dont nous parlions tout à Theure, ces pavillons exposés à tous les vents, ces conjbles en bresis, ces pièces étroites, ces ouvertures d'égale dimension en dépit de la surface des salles qu'elles éclairent; tout cela constitue-t-il une architecture des champs appropriée à l'objet ? N'est-ce pas plutôt la conséquence d'un défaut d'étude et de raisonnement et de certaines habitudes routinières contractées par le public ? Dans les habitations suburbaines de Paris, on ne tient guère compte de l'orientation, des vues diverses; on prétend présenter des façades destinées à donner à ces habitations une apparence extérieure, plutôt qu'à satisfaire aux besoins journaliers des habitants.

A ce point de vue, les maisons de campagne anglaises sont mieux appropriées à lobjet. Est-ce a dire qu'il les faille copier chez nous ? Certes, non; les conditions climatériques de l'Angleterre, aussi bien que les habitudes des Anglais, diffèrent des nôtres, comme nous l'avons fait ressortir déjà. El d'ailleurs, en Angleterre même, le plan éparpillé n'a pas toujours été adopté. On voit, dans cette contrée, quelques manoirs qui présentent des plans symétriquement groupés. Nous citerons, entre autres, le château de Warkworlh, dans leNorthumberland, dont la disposition est celle d'un vaste carré dont les angles sont abattus, avec quatre pavillons à pans sur le milieu de chacune des faces. Chaque étage contient ainsi huit pièces qui gironnent autour d'un noyau central portant une guette.

Les maisons de campagne anglaises possèdent toutefois sur les nôtres un avantage considérable : l'architecture qu'elles adoptent est bien celle qui convient à des habitations où tout doit être sacrifié au bien-être des hôtes qu'elles abritent. Les Anglais ont eu le bon espritde conserver certaines traditions du moyen âge qui permettent des irrégularités, des

•^76 ENTRETIENS SUR l'àRGHITEGTURE.

arrangements de détails adoptés en vue des besoins. En France, lorsqu'un particulier est possédé de la fantaisie de construire sa maison des champs d'après ce qu'il croit être le style du moyen âge, son architecte ne trouve rien de mieux que d'appliquer sur une façade — qui pourrait présenter tel autre style — des ornements empruntés à quelr|ue manoir du xv* siècle; de poser symétriquement sur cette façade des baies plus ou moins gothiques; de monter des pignons aigus et d'ouvrir par-ci par-là quelques ogives. Tout cela est Ibrt gênant, le plus souvent, et toujours ridicule. Ce ne sont pas des baies d'une certaine forme, des moulures ou même des pignons aigus qui constituent les maisons du moyen âge, mais une liberté complète dans la disposition du plan et des arrangements ingénieux propres à rendre l'habitation appropriée aux usages de ses hôtes. Le seul avantage que l'on puisse tirer des modèles laissés par le moyen âge est de donner une façon d'art à toute nécessité d'un programme, et de ne jamais fausser l'architecture, pour soumettre certaines formes de convention à des nécessités étrangères à ces formes.

Lorsqu'on eut la fâcheuse idée en France d'adopter l'architeclure, dite classique, plus ou moins inspirée de l'art italien, pouvant, à la rigueur, convenir à de très- grandes habitations et que, par un esprit d'imitation mal entendu, on prétendit 'adapter ces formes aux habitations d'un ordre inférieur, on perdit ainsi les traditions d'un art local, lesquelles n'étaient que la conséquence d'une longue expérience. Alors on sacrifia les formes vraies et simples commandées par l'usage et une longue pratique, aune apparence en complet désaccord avec les nécessités. On prétendit soumettre, par exemple, à des dispositions absolument symétriques, des parties d'un programme qui demandent une variétée infmie dans la dimension et la distribution des locaux, dans la manière de les éclairer, d'assurer les services, de les protéger soit contre l'ardeur du soleil, soit contre le froid.

Le nombre des personnes, parmi celles qui font bâtir à la campagne et parmi les architectes, qui comprennent le véritable esprit de notre art du moyen âge, est très-limité. Pour le grand nombre, l'architecture privée du moyen âge est affaire de goût, d'ornementation bizarre, comme le serait le port d'un vêtement inusité. Dès lors on comprend très-bien comment les gens qui tiennent à demeurer dans ce terme moyen, marque d'un bon esprit, qui ne veulent pas s'a/fic/wf\ en un mot, répugnent à se présenter en public sous le couvert de ce vêtement démodé, prétentieux et incommode. Si nous étions gens à étudier sérieusement les questions, — et je souhaite que cetteenvie nous vienne, —nos architectes auraient bien vite reconnu que l'art du moyen âge, appliquée l'architec-

lure privée coiniiie à toute autre, n'est pas affaire de profils et de (pielques formes banales qui traînent dans les recueils archéologiques, mais avant tout, un principe de liberté dans les moyens d'exécution qui peut s'adapter aussi bien aux besoins des gens du xiv*" siècle qu'à ceux du \\\\ Il est vrai qu^en architecture, comme en politique, si nous parlons beaucoup de liberté et si nous inscrivons ce mol sur nos édifices publics, nous en comprenons peu les conditions. Il est, par exemple, bon nombre d'archilecles qui n'adopteraient pas une disposition gothique^ parce qu'ils ne voudraient pas qu'on pût les supposer soumis aux idées du parti clérical! Pour eux, gothique^ Eglise soiweimne, féodalité^ glèbe^ dime et servage sont enfermés dans le même tonneau, et l'on ne peut prendre une partie de cet amalgame sans en faire sortir tout le reste. N'allez pas dire à ces bonnes gens que Tart laïque du moyen âge, essentiellement libre dans ses |)rincipes, ses allures et ses expressions, n'a rien à faire avec les évêques seigneurs féodaux, les moines, les barons du moyen âge et la sainte Inquisition ; ils se boucheront les oreilles et ils aimeront mieux, plutôt que de risquer d'évoquer ces fantômes, rester soumis aux doctrines académi* <)ues, bien autrement tyranniques et étroites que n'ont jamais été les ccole d'art du moyen âge, parfaitement indépendantes de toute influence étrangère à leur développement.

Cependant les Anglais, plus pratiques que nous ne savons l'être, ont conservé, de leur architecture privée ancienne, ce qui pouvait leur être bon aujourd'hui, savoir : l'esprit de liberté, d'individualité. Et ils ne soni pas pour cela dévorés par les cléricaux. Ils ont pensé qu'il était utile de se servir des choses reconnues bonnes etconsacrées par un long usage, quitte à les perfectionner, plutôt. que de les laisser un matin de côté, pour adopter des formes absolument étrangères à leurs mœurs, à leur climat, et de mettre eux et leurs familles à la torture, afin de posséder des habitations orthodoxes au dire d'une coterie. Ils ont vu dans le mode symétrique îi outrance-, appliqué à leurs habitations, unegêi:e, au moins un embarras 'nutile, et ils n'ont pas admis le mode symétrique. Ils ont constaté que les Orientations bien choisies, les ouvertures ménagées en raison des nécessités et de l'agrément de Thabitation, étaient préférables aux façades uniformes percées de joui s égaux, régulièrement espacés, parfois bouchés, ^ue nous bâtissons à la campagne comme à la ville, et ils ont continué à enîr compte de l'orientation et des nécessités de l'intérieur pour disposer es pièces de leurs logis et les éclairer. Ils ont encore prétendu qu'il y ivail, dans le mode de structure appli(|ué par leurs aïeux aux maisons ies champs, des procédés simples, d'une exécution facile et franche, des r^iotifs infinis se prêtant à tous les besoins d'une habitation; ilsontcon-

ENTRETIENS SDR L ARCHITECTURE.

serve ces procédés, sans qu'il leur soil venu à l'esprit que leur liberté civile pût être compromise à cause de ce respect pour un bien qui leur appartenait et qu'ils avaient acquis peu à peu. C'est ainsi que nos voisins d'outre-Manche entendent lexercice de la liberté. Nous prenons autrement les choses. Avons-nous bu à la table d'un despote; le des poteabaltu, nous cassons notre verre et, si nous n'en buvons pas plus aisément, cela n'empêche point un autre despote de venir, qui nous fait très-bien payer le verre.

Le château de Warkworlh peut fournir le type d'une excellente disposition pour une maison de campagne assez vaste. Disposition qui serait aussi bien applicable en France qu'en Angleterre. Nous allons essayer de montrer le parti qu'on en pourrait tirer.

JS

La figure 15 donne le rez-de-chaussée de cette habitation : en A est un vestibule dans lequel on entre par un porche couvrant un perron. De ce vestibule on pénètre dans la cage de l'escalier d'honneur B, qui sert en même temps d'antichambre; de là on passe dans un premier salon Cet dans le grand salon D. I^ salle à manger est en E, avec ofRce en F. EoG est une salle de billard en communication directe avec le grand stkmet avec le vestibule A. En H est l'escalier de service descendant aux cuisînefi

DlX-NBUVlteR ENTRETIEN.

et montant aux combles. Du salon G on desc^end au jardin directement par un perron P, formant balcon et permettant d'entrer du dehors nonseulement dans le salon G mais aussi dans la salle à manger et dans le grand salon D. Les pavillons à pans, en saillie sur les axes du bâtiment, forment annexes à cette salle à manger E et a ce salon D. Pour la salle à manger, celte annexe facilite beaucou[) le service, étant à proximité de TofTice; pour le grand salon, elle donne un retrait fort commode; les cheminées sont placées en a sur les angles abattus, devant des baies vitrées.

Aê

L'escalier d'honneur ne monte qu'au premier étage, figure 16. Il est entouré d'une galerie qui donne entrée dans sept appartements, composés chacun d'une chambre avec petits salons et cabinets de toilette.

Get escalier principal (voir la coupe sur b c, figure 17, en A) forme pavillon central éclairé sur les quatre côtés en façon de lanterne. Autour de ce pavillon sont disposés les larges chéneaux qui amènent les eaux des combles des bâtiments, dans quatre descentes d'un accès facile, ménagées dans les angles de la cage de l'escalier (voir les plans). Ces descentes correspondent à un égout collecteur. Elles peuvent être chauffées en hiver par le calorifère central^afin d'éviter les inconvénients (lui résultent, d'or-

380 ENTRETIENS SUR l'aHCHITECTURE.

dinaire, de la géliition des luyaux de chute; de plus, donnant sur Ic^ galeries à proNimilé des appartements, elles reçoivent les eaux de (oilelL de même ([ue les cages assez spacieuses i|ui les renferment contiennc^j^ les luyaux de disirihution d'eau. On observera que ces cages de luy^tjj sont assez larges pour qu'un homme puisse s'y introduire el faire /^j réparations nécessaires.

En B, figure 17, est donnée l'élévation sur la f;ic<; fij. Les combles des pavillons d'axes sont terminés par des pignons sur le dehors et forment croupes du côté intérieur.

Grâce à cette disposition de l'escalier central, bien éclairé et ventilé. les services peuvent être groupés autour, sans qu'il y ait une seule i>i«c obscure. Les vues sont prises sur tous les points de l'horizon, ce qui ajoute singulièrement à l'agrément d'une habitation des champs. U construction d'un bâtiment aussi compacte, dans lequel les mure de ^

DIX-NKUTIÈME ENTRETIEN. 381

ont, relativement à la surface couverte, peu de développement, est moins dispendieuse que ne le serait celle (Vnu bâtiment d*épaisseur ordinaire avec des ailes. En effet, cette agglomération de locaux ne couvre pas moins de 632 mètres, et le développement linéaire des murs de face au soubassement n'est que 112",80.

Si, au point de vue de Téconomie, on trouve un avantage à adopter la disposition groupée, il est incontestable que les services sont plus faciles, lentretien moins dispendieux. Le système d'écoulement des eaux, par sa simplicité, ne peut occasionner aucun de ces inconvénients si fréquents dans les habitations de campagne exposées, plus que celles des villes, aux intempéries. L'accumulation des neiges dans les quatre chéneaux centraux ne peut avoir d'inconvénients, ces cheneaux ayant une pente très-rapide et les descentes pouvant être maintenues à une température qui dégagera toujours leur orifice supérieur. D'ailleurs, une fuite ians ces tuyaux de descente, isolés au milieu de larges trémies, ne peut i^auser aucun dommage.

Ces combles intérieurs sont abrités du veut et, par conséquent, rarement exposés aux dégradations. Les cheminées, la plupart disposées ^ur des murs de face et couronnant des pignons, sont solidement maintenues, et s*élèvent assez haut pour que le tirage ne soit point gêné. La surveillance des combles est des plus faciles et sans danger.

On peut donc tirer parti de quelques-unes de ces dispositions de plans du moyen âge et les approprier à nos besoins modernes d'Occident, mieux qu'on ne saurait le faire certainement de celles adoptées pour la construction de certains châteaux d'apparence majestueuse élevés pendant le xvn' siècle, ou de villas italiennes, telles que celles de Palladio, par exemple, qui n'ont, pour la plupart, été occupées temporairement que pour donner des fêles. De ce que beaucoup de nos châteaux ou grandes habitations de campagne du xyu"* et même du xvni' siècle sont distribués d'une façon peu confortable, on en conclut que plus on remonte dans le passé, et plus ces inconvénients doivent se produire. Cela n'est pas exact. On s'est pris, à dater du milieu du xvii' siècle, d'une passion pour la symétrie et le majestueux qui ne tourmentait guère les siècles antérieurs. En ces temps, on pensait tout d'abord à satisfaire aux convenances des hôtes d'un logis si vaste qu'il fût, et les formes données a rarchilecture étaient déduites de ces convenances. 11 semblerait que c'est ù ce principe sage et naturel, qu'une époque positive telle que la nôtre devrait tendre; qu'il y aurait intérêt à mettre de côté ces préjugés d'école auxquels le public, plus que les artistes encore, reste attaché, pour se renfermer, avant tout, dans les règles du bon sens.

382 ENTRETIENS SUR l'aKCHITBCTURE.

Quelques riches parliculiers, frappés des dispositions de comfort qu'adoptent la plupart des habitations anglaises de campagne, ont essayé, en France, d^ faire élever des châteaux ou maisons par des constructeurs anglais. Cet essai n'a pas donné d'heureux résultats ; soit que ces constructeurs dépaysés n'aient pas conservé leur liberté, soit que leurs clients aient voulu leur imposer des formes d'architecture en dehors de celles auxquelles ces artistes étaient habitués, soit que ces artistes n'eussent pas pris la peine de s'enquérir de nos moyens de bâtir ; ces habitations ne^ présentent ni les avantages de celles que l'on cite en Angleterre comme des modèles, ni l'agrément des nôtres. Mal construites, tristes, elles n'ont d'autre mérite que celui d'offrir des distributions de détail assez commodes, des services généralement bien entendus. Ce n'est pas là où nous devons aller chercher des exemples.

Nous possédons en France, dans notre ancienne architecture (si nous voulons nous donner la peine d'observer), une variété de modes de structure bien autrement étendue que n'en fournit l'Angleterre ; et cela, indépendamment de notre génie plus souple, s'explique par les différences de climat auxquelles notre sol est soumis, par la nature diverse des matériaux propres à bâtir. Que nous ne tentions pas de copier servilement ces exemples si nombreux, c'est très-bien ; mais que nous n'en tenions pas compte, que nous ne profitions pas des résultats obtenus, cela ne peut se justifier par aucune bonne raison ; d'autant que les qualités dominantes, dans ces divers modes de structure adoptés jadis, sont : une grande liberté, une abondance de ressources propres à vaincre toutes les difiicullés que présentent les programmes imposés. Pourquoi donc nous priver de ces biens acquis ?

L'étendue de ces Entretiens ne permet guère de mentionner bon nombre de ces anciens procédés de structure, dédaignés aujourd'hui, et qui pourraient être si facilement mis en pratique et perfectionnés même de nos jours. Cependant, il parait utile d'en signaler quelques-uns, à l'occasion du dernier exemple que nous venons de tracer.

Ainsi voit-on, dans cette habitation de campagne, que les pavillons d'axes, tous à pans au rez-de-chaussée pour permettre des vues obliques^ et dégager lés angles, sont carrés au premier étage ; forme préférable pou^^ des chambres d'habitation.

Cette disposition, dont on fait peu d'emploi aujourd'hui, je ne sa^^ trop pourquoi, était fort usitée autrefois, et le problème était résc^t^^ d'une manière très-simple, ainsi que le montre la figure 18. Le (M/y coupé au rez-de-chaussée (voyez le plan en A) est de 2 mètres. Les murs a angle droit ont 0°,65, et celui du pan coupé 0'",70 d'épaisseur. Sur le

DIX-NBUV1ÈIIE ENTRETIEN. ,S83

coupé s'ouvre une baie de i mètre de largeur. Deux corbeaux lés chacun de deux assises prolongent les nus des murs à angle t, jusqu'au point où ils se renconlrent au-dessus du linteau de la baie.

ces corbeaux, deux autres assises a^, forment encorbellement ei ent l'angle de l'étage c. Il reste un petit sofiite triangulaire horizontal . L'élévation B explique suffisamment cette construction si simple et peut, dans bien des cas, présenter de si grands avantages, xaminons maintenant le système de structure du plafond de la lane centrale, cnuronnant l'escalier de la maison de campagne dont les imbles ont été donnés, figures 15, 16 et 17. Les vitrages formant bles, el recevant directement la pluie, présentent plus d'un inconvé- I dans les villes ; mais dans les campagnes où l'on ne peut avoir des "iers d'un jour à l'autre, ces inconvénients sont autrement sérieux ; survient une forte grêle, ces vitrages sont brisés et les intérieurs dés ; on ne les peut faire réparer immédiatement ; s'il neige, c'est icunié répandue dans les intérieurs; les grandes pluies d'orage passent )urs à travers ces sortes de couvertures, si bien établies qu'elles nU II faut donc les éviter. Aussi voit-on, dans la coupe, figure 17,

38/1 ENTRETIEKS SUR l'arCHITBCTURI.

que celte lanterne centrale est éclairée par des jours verticaux bien abrités et doubles, avec passnge entre deux pour permettre le nettoyage et les

réparations nécessaires. La figure 19 trace la structure d'un quart <ie cette lanterne à l'intérieur. 1^ quart du plan A est pris au niveau des

DIX-NBUVièME ENTRETIEN. 385

)laires-voies ; il montre en a Tune des trémies contenant les tuyaux de lescente. Quatre fermes-potences P sont posées suivant les deux axes, la anterne étant carrée ; huit potences H sont posées aux angles des pans coupés des trémies. Ces huit potences se rejoignent à leur tête. Les ermes-potences d'axes sont combinées ainsi que le montre la coupe, în B. Elles se composent d'un potelel posé le long du nu intérieur du Dur et portant sur un corbelet; d'une pièce inclinée C, de deux moises D, 'un chapeau F, d'une seconde pièce inclinée G, assemblée à mi-bois vec la première, d'un second poteau I, portant sur une longrine L. Les ?rmes diagonales, dont le rabattement est tracé en M reposent sur des lochets appuyés sur les potences H. Le nez de ces huit fermes supporle 5 châssis octogone 0. Des châssis vitrés sont posés en N dans les baies e maçonnerie; de seconds châssis en fer, vitrés, sont posés en E. Il este donc un passage K auquel on peut arriver par les combles. Les 3urs N, percés beaucoup plus haut que ceux E, permettent à la lumière le pénétrer dans la cage de l'escalier, de la manière la plus favorable. Les lois des fermes sont des chevrons de 0",10 à 0",12 d'équarrissage. Ils ont revêtus de planches sur les deux faces, ainsi que le fait voir notre racé, lesquelles peuvent être découpées suivant la courbe et l'ornemen* alion qui paraîtraient convenables: ces planches clouées ajoutent beaucoup à la solidité de ces fermes ; elles peuvent être ajourées, ainsi qu'on e voit en J. Et, si on a eu le soin de pincer des bouts de bois de sapin între les planches à leurs extrémités, la découpure mordant sur ces remplissages comme sur les planches elles-mêmes, on aura donné ainsi à chaque ferme l'apparence d'une côte homogène. Bien entendu, ces revêements des planches peuvent être décorés aussi richement que bon sem- >lera, de reliefs et de peintures.

Sur les huit fermes (4 d'axes et 4 diagonales) on posera les plafonds ie bois en S, suivant le dessin que l'on voudra choisir. En T, il y aura me soupape de ventilation. Les vitrages intérieurs V comprennent donc out l'espace laissé entre les huit fermes, et donnent le plus de jour )ossible.

Il est facile de reconnaître qu*une semblable construction serait établie i très-peu de frais. Étant parfaitement couverte et abritée, elle peut être lécorée de peintures sans avoir à craindre les effets de l'humidité. Les armes sont ancrées en X ; leur flexion n'est pas à craindre d'ailleurs, misqu'elles viennent buter sur le châssis octogone qui ne peut se déforner, étant comprimé également sur ses huit angles.

[| est toujours ^prudent, si l'on construit à la campagne, d'éviter auantque possible le contact direct des bois avec la maçonnerie, ainsi qu'il

â été dit plus haut, les trop grands châssis de croisée, les portes plus hautes qu'il n'est besoin ; car les effets de Thumidité et des changements brusques de température sont plus à craindre aux champs qu'à la ville. C'est pourquoi le système de diviser les fenêtres par des meneaux fixes est surtout applicable dans les habitations de campagne, en ce qu'il permet, tout en maintenant de grandes ouvertures, d'avoir des châssis divisés et d'une surface peu étendue. Ce système ne présente certaines difficultés que si l'on veut établir des persiennes extérieures.

Mais les murs en maçonnerie des maisons de campagne devant avoir toujours une épaisseur assez considérable, il n'y a pas d'embarras à loger des persiennes en tôle dans les tableaux ^ repliées en feuilles de 0*,20, au moins, pour les entre-meneaux inférieurs. Quant aux entre-meneaux supérieurs, aux jours ouverts au-dessus des traverses en pierre formant bras de croix, on ne peut les clore au moyen de persiennes; car il ne serait possible de les ouvrir ou de les fermer de l'intérieur qu*à l'aide d'une échelle. 11 faut donc, pour ces parties supérieures des fenêtres à meneaux, adopter un autre moyen. Les mécanismes ont l'inconvénient, surtout pour les habitations des champs, de se déranger ou de se rouiller facilement pendant la mauvaise saison et de ne plus manœuvrer. L'essentiel est donc de trouver un système simple et qui ne demande pas un entretien constant. Or, ce qu'il y a de plus simple pour la fermeture des parties hautes des fenêtres à impostes ou traverses en pierre des fenêtres à meneaux, ce sont encore les volets partiels intérieurs fixés par des paumelles, sur le battement même du châssis vitré. Ces volets peuvent être ajourés, si bon semble, et même faits en tôle. II est facile de les ouvrir et de les fermer d'en bas, au moyen d'un loquet et d'une cordelle, ou d'une verge en fer très-déliée.

Mais il sera nécessaire de revenir sur tous ces détails de la construction des maisons des champs dans un ouvrage spécial que nous pré|)arons en ce moment, sur YHabitation urbaine et des campagnes aie xix* siècle. Ouvrage dans lequel on présentera plus particulièrement des exemples de constructions exécutées dans des données modestes et appropriées aux fortunes qui, de notre temps, tendent et tendront de plus en plus à une moyenne peu élevée.

Avec des besoins parfaitement définis, des moyens d'exécution trèsétendus et excellents, nous n avons pas su constituer une architecture privée, pas plus que nous n'avons su coordonner une architecture publique. Nous flottons indécis entre des traditions assez vivaces encore, des influences plus ou moins favorables, et la nécessité de satisfaire à des programmes nouveaux en désaccord avec la plupart de ces influences et

traditions. De là un courpromis bizarre qui ne satisfait que très-imparlailement aux besoins de notre temps et aux exigences de 1 art. El, en effet, une forme d'art ne surgit pas un matin du cerveau d*un architecte; une forme d'art n'est que le résultat d'une suite de déductions logiques qui s'enchaînent impérieusement.

On se préoccupe beaucoup trop, je crois, dans le public et le monde des architectes même, de celte forme d'art propre à notre temps. Elle se manifestera peu à peu si le public, comme les architectes, songent avant tout , lorsqu'ils font construire et construisent, à satisfaire, avant toute autre préoccupation, aux exigences purement locales ou résultant des besoins à satisfaire. Si cette manière de procéder ne fournit pas immédiatement ces formes harmonieuses et complètes qui constituent l'art, elle conduit à les trouver. D'ailleurs, il n'en est pas d'autre. Et toutes les civilisations qui ont possédé un art ont dû nécessairement commencer par là. C'est ainsi que les traditions ou influences qui avaient dû les accompagner au départ, se sont transformées jusqu'au point de ne plus laisser que des traces appréciables seulement pour les archéologues.

Ce phénomène s'est produit au sein des civihsations grecques dont l'architecture, si belle et si complète dans ses diverses expressions, se dégage peu à peu, par la juste satisfaction donnée aux programmes résultant d'un état social en formation, des origines asiatiques qui entourent son berceau. Il s'est produit en Occident, chez nous, lorsqu'un art laïque s'est constitué au moyen âge, en prenant pour point de départ les traditions gallo-romaines et les transformations que les ordres religieux avaient fait subira ces traditions du viii' au xu* siècle. Si l'on soumet à l'analyse les premiers essais des maîtres qui constituèrent notre art français du moyeu âge, on reconnaît que les formes nouvelles qui surgissent et se dégagent peu à peu du roman, sont dues à une appréciation attentive des besoins qui se manifestent, à leur satisfaction de plus en plus rigoureuse. Chercher des formes nouvelles en dehors de cette marche naturelle, c'est se lancer au hasard dans la voie des imitations et n'aboutir qu'à des compilations de documents, sans jamais créer des formes perfectibles ; et perfectibles par cela même qu'elles sont données par une appréciation exacte des qualités des matériaux à employer et de leur mode d'emploi. Personne ne contestera en principe que les propriétés diverses des matériaux doivent influer sur la forme qu'il convient de leur donner lorsqu'on les emploie dans les constructions. La pierre, le marbre, le bois, le fer fondu ou forgé, les terres cuites, possèdent des qua- Htés très-différentes entre elles; possédant des qualités très-différentes, opposées même, pour quelques-unes de ces matières, la forme qui con-

388 kNTHETIBMS SUR l'aRGHITBCTURB.

vient à Tune d'elles ne saurait convenir à l'autre. Cela étant admis sans conteste, je le crois, il est quantité de formes reproduites dans nos édifices, indé|)endâmment des qualités des matériaux, que l'on ne saurait justifier autrement que par un respect pour certaines traditions étrangères à la connaissance exacte de ces qualités.

On aurait été fondé à croire (juc la science moderne ayant poussé trèsloin la connaissance des propriétés diverses de la matière employée, les constructem^s profileraient de ces recherches pour donner aux matériaux mis en œuvre, des formes en rapport avec ces propriétés; il n'en a pas été ainsi» ou du moins, les tentatives en ce sens ont été timides et se ressentent d'une préoccupation constante de ne pas modifier les formes traditionnelles léguées par des arts antérieurs. Les ingénieurs civils eux-mêmes qui avaient particulièrement étendu le champ de ces connaissances, étaient moins que d'autres, peut-être, disposés à foire concorder les formes qu'ils donnaient à la matière avec ses propriétés. Cela vient de la lausse direction donnée partout à l'enseignement de fart ; enseignement qui ne fournit que des exemples empruntés à des civilisations antérieures, sans jamais expliquer la raison première qui a dû faire adopter ces formes et les milieux dans lesquels elles se sont produites.

L'enseignement de l'architecture, tel qu'il est praliqué en France, au lieu de faire une alliance intime avec la science et la méthode critique. semble les bouder un peu l'une et l'autre, et n'admet ces éléments qu'à la «^^ condition de ne pas les laisser empiéter sur ce qu'il veut bien appeler les^=^ ^ traditions du grand art; comme si les conditions de l'art de rarchitecturc^^^ aussi bien que de tout autre, n'étaient pas, avant tout, de se conformera la vérité en adoptant des formes résultant du concours harmonieux de connaissances acquises. Ainsi, on entend répéter aujourd'hui comme hi^^ que le fer ne saurait être employé dans nos édifices d'une manièir^ apparente, parce que cette matière ne se prête point aux formes mona* mentales. 11 serait plus conforme à la vérité et a la raison de dire que \es formes monumentales adoptées ayant été la conséquence de matériaux possédant d'autres qualités que celles propres au fer, ne peuvent s'adapler à cette dernière matière. La conséquence logique serait, qu'il ne faut pas conserver ces formes et qu'il faul trouver celles qui dérivent des propriétés du fer.

Mais, je le répète, on se garde de raisonner aujourd'hui dans le milieu enseignant de l'architecture. Dans ce milieu, on considère le raisonnement comme une hérésie; on l'exclut et on lui oppose l'autorité. Ce n'est l)as ainsi cependant qu'on entrera dans la voie du progrès.

SUR L'ÉTAT DE L'ARCHITECTURE EN EUROPE. — SUR LA SITUATION FAITE AUX ARCHITECTES EN FRANCE. — SUR LES CONCOURS. — SUR LE MODE DES ADJUDICATIONS. — SUR LA COMPTABILITÉ ET LA DIRECTION DES CHANTIERS.

En ce qui louche aux arts particulièrement, nous ne sommes ni inférieurs ni supérieurs à ce que nous étions avant la dernière guerre ; et les victoires de l'Allemagne, non plus que ses pratiques de brûleries, ne lui ont fait faire un pas dans la voie de la civilisation en général et des arts en particulier. Avec notre argent, elle bâtira quelques monuments publics de plus à Berlin. Seront-ils plus beaux que ceux qu'elle élevait? C'est une question.

On ne m'accusera pas d'une indulgence d'optimiste pour nos institutions d'art, non plus que pour le mode d'enseignement officiel qu'elles maintiennent et qu'avec une certaine étroitesse de vues elles onl fait rétrograder de quelques pas pour se venger du décret du 13 novembre 1863, à la faveur de la préoccupation générale et de la complaisance d'un directeur des Beaux-Arts membre de l'Institut. Ce sont là, au fond, choses de peu d'importance, au sein d'une opinion générale peu favorable à ces petites menées de coteries et qui demande que la lumière se fasse sur tout et partout. Cependant si l'on veut analyser froidement les institutions d'art chez nous, si l'on se rend surtout compte du mouvement de l'opinion chez les artistes comme dans le public, du milieu duquel sortent nos productions d'art, et que Ton compare cette situation avec celle qui est faite aux artistes dans les autres contrées de l'Europe, la balance penchera encore de notre côté.

Ainsi, par exemple, on s'est fort préoccupé des efforts faits de l'autre

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trouvé par hasard qui aient eu assez de droiture dans Tesprit et d'indépendance pour essayer d'entrer dans les voies libérales, ceux-ci ont bientôt été obligés d'abandonner ce rôle ingrat; les artistes étant, pour la plupart, les premiers à refuser la liberté qu'on leur offrait. Malgré tout, l'architecture française occupe encore en Europe la première place, tant cet art a de forces vitales chez nous. Puis il faut dire que les autres pays n'ont pas, mieux que lenôlre, compris les avantages attachés à la liberlé. Si en Angleterre, par exemple, les architectes ne sont pas, comme ceux de notre pays, sous la main d'une administration qui n'est et ne sera toujours, par le cours naturel des choses, que l'instrument d*une congrégation d'artistes, ils sont sous la main pesante des spéculateurs. Mais cepen* dant, il y a de l'autre côté du détroit une telle puissance d'initiative, un bon sens pratique tellement développé, que les jeunes architectes parviennent à s'instruire en dépit d'institutions surannées. En Angleterre, le système des anciennes maîtrises existe encore, bien que ces riches corporations ne soient plus guère que des associations charitables.

Si un jeune Anglais veut se faire architecte, son père le met en apprentissage chez un maître plus ou moins digne de porter ce titre, et moyennant une somme de cent guinées par an (2625 francs), ce maître s'engage. .. probablement à lui apprendre ce qu'il sait. L'élève, dès son enirée, est tenu par contrat de se rendre au bureau lous les jours de neuf heures et demie à cinq heures, et le samedi de neuf heures et demie à deux heures et demie, de donner à son maître tout son temps, de ne point divulguer les secrets du métier, ni de rien faire qui puisse nuire aux intérêts du patron, de se conduire honnêtement et respectueusement dans ses rapports journaliers avec ce patron et de ne pas contracter mariage sans son consentement.

Pendant deux ans cet élève passe son lemps à faire des calques, puis à mettre au net des dessins d'architecture, des détails d'exécution qui sou* \ent sont commencés par lui et terminés par un camarade. S'il veut visiter les chantiers, il ne peut le faire qu'à ses heures perdues — et l'on voit qu'il n'en a guère — ou en l'absence du patron.

Cependant cet élève, attaché dès son entrée au bureau à la pratique, acquiert assez promptement l'habitude de la construction ; il est mis au fait des difficultés d'exécution, du travail administnitif et, s'il est intelligent, travailleur — les Anglais le sont généralement — ce stage lui est profitable au point de vue du métier. Il a appris, pendant ce temps, les méthodes du maître, ses façons de procéder vis-à-vis les entrepreneurs et ouvriers. 11 a pris sa part de responsabilité, car si, dans les détails qui lui sont confiés, si dans les combinaisons d'une construction, il a laissé quelque

S92 ENTRETIENS SUR l'aRCBITECTURE.

chose au hasard, s'il n'a pas tout pr^vu, s'il n'a pas fourni les explications suffisantes; si, par suite, des malfaçons ou erreurs se produisent, c'est à lui, élève, que le maître s'en prend et, en ce cas, il risque de voir sa situation compromise. Cela, certes, constitue un enseignement peu élevé, mais qui produit des sujets utiles et prenant très au sérieux leur métier.

A cette heure les jeunes architectes anglais, sentant rinsufBsance de cette vieille méthode, tradition des corporations du moyen âge, n'ont pas été demander à leur gouvernement de prendre en main leurs intérêts ; ils ont simplement formé une association qui compte près de six cents membres, payant chacun une cotisation annuelle de dix schellings. Les séances et classes se tiennent pendant Thiver. On se réunit le soir, tous es quinze jours, pour discuter des questions posées parles membres. Ces discussions sont relatives, en général, à l'établissement de programmes très-minutieusement détaillés.

Les classes comprennent : 1* la composition élémentaire, c'est-à-dire l'exécution-esquisse d'un programme donné; le président fait des observations sur les dessins, qui lui sont rapportés à la classe' suivante avec détails de construction, d'ornementation, etc. 2"* La composition développée, c'est-à-dire comprenant des projets d'une étendue plus vaste ou d'un exécution plus difficile, â"" La construction proprement dite, avecmémoires explicatifs, détails, développements au tableau, devant Tassistance.

Pendant l'été, l'association, par groupes, visite les chantiers, et faitd cours de trigonométrie pratique et de lavis d'après nature. On lit des ou

vrages d'architecture en assemblée et on les commente ou on entame^rr-^ sur leurs aperçus, des discussions. Des prix sont donnés dans chaqu^ « classe et distribués publiquement au commencement de l'année. Ur^ e bibliothèque est ouverte aux membres de l'association.

Cela est évidemment plus intelligent et plus utile que ne le sont 1^ charges d'ateliers en usage chez nous, les punchs et les serments m^és des rapins.

En Allemagne, la position des architectes est plus ou moins indépendante, suivant les traditions locales. Il y a tout à croire que la Prusse unifiera aussi le régime sous lequel il leur sera permis de pratiquer leur art. Mais l'Allemagne a ses entraînements froidement passionnés, qui sont peu favorables au développement régulier des arts. Tantôt *elle penchera vers le moyen âge, tantôt vers l'art antique grec, et cela n'est pas le résultat de déductions logiques, c'est ce que nous appelons en France une mode; et chez les Allemands les modes sont tenaces et intolérantes. Un homme d'esprit, le vieux roi Louis de Bavière, avait eu l'idée, il y a

quelque quarante ans, de faire bâtir dans sa bonne ville de Munich des édifices copiés ou passablement imités des architectures grecque, romaine, byzantine, italienne du moyen âge et du nord. Il présentait ainsi à ses sujets un spécimen de toutes les productions architecloniques applicables et semblait leur dire : « Choisissez maintenant. )> Cette lentative fut peu comprise à Munich; car Tesprit du Germain n'est rien moins qu'éclectique et les monuments du roi Louis, bâtis d'ailleurs par des procédés économiques peu en rapport souvent avec le style d'architecture qu'ils prétendent reproduire, n'auront été qu'une sorte d'exposition d'objets d'art, un peu plus durable que ne sont ces sortes de solennités.

Bien que l'Allemagne se soit prise d'un goût très-vif depuis quelques années pour les productions d'art de la Grèce, qu'elle ait manifesté la prétention de continuer la grande époque grecque, qu'elle se considère comme le dernier et le seul rameau pur d'alliage de la souche Aryenne^ et par conséquent appelée à dominer sur toute la terre plus encore par son intelligence et son génie que par la force de ses armées, elle n'en est pas moins pénétrée jusqu'à la moelle des traditions du moyen âge et aura de la peine à prendre en Europe la place qu'occupait Athènes dans l'antiquité.

Elle a et aura des hellénisants, mais si son génie peut être jusqu'à un certain point comparé à celui des Macédoniens, et si les souverains de la Prusse ont quelques rapports avec les rois de Macédoine, elle se tromperait si elle croyait jamais prendre la première place dans le domaine des arts.L'instinct de l'indépendance intellectuelle manque à l'Allemand, et il n'y a pas de développement d'art sans cette qualité. L'architecture iudesque du moyen âge, si savante qu'elle paraisse parfois, pèche par la sécheresse et la monotonie, avec une grande prétention aux effets. D'ailleurs cette archileclure n'est, à son principe, qu'une imitation de notre vieil art français du commencement du xni' siècle, faite par des gens qui n'en comprennent pas les principes dominants ; et la preuve, c'est qu'ils ne les suivent pas et se jettent dans les formules scientifiques, suppléant ainsi à un sentiment d'art qui leur manque.

L'architecte allemand est donc placé dans des conditions fâcheuses, ne manquant ni de méthode ni de science, mais étant soumis aux fluctuations de modes intolérantes, exclusives, sans avoir pour se guider une doctrine établie sur des principes et des déductions logiques. La lumière critique et analytique lui fait défaut ou; si cette lumière, — comme cela peut arriver et arrive pour plusieurs — Téclaire personnellement, il ne peut la faire pénétrer dans un milieu réfractaire, se passionnant pour des abstractions changeantes.

'69k ENTRETIENS SL'R L*ARGHITBCTURE.

On peut modifier^du jour nu lendemain, un système philosophique; il n*en est pas ainsi d*un art utile et intimement lié aux habitudes et aux mœurs, comme est l'art de Tarchitecture.

Une archileclure n'est que la conséquence d'une longue suite de traditions qui ont uni les membres d'un peuple en une communauté d'intérêts, de sentiments nationaux. Ce n'est pas encore le cas pour l'Allemagne ; et en supposant que l'unitication du corps germanique soit un fait accompli, ceque la philosophie de l'histoire ne permet guère d'admettre, il faut que les Allemands attendent au moins deux ou trois siècles pour posséder une architecture qui soit bien réellement l'expression originale de leur civilisation. Cela nous laisse un peu de répit. Mais à cette heure, il ne faut pas compter que l'Allemagne nous sera supérieure par la puissance, la souveraineté et l'originalité de ses aris et notamment de son architecture.

Mais si, à proprement parler, il n'y a pas aujourd'hui une architecture * allemande, on trouve, dans les contrées qui composent l'Allemagne, des expressions locales qui ont une valeur incontestable. La Bavière présente de bons exe^nples d'architecture privée. Il en est de même du Hanovre, du Wurtemberg. Ce qui ne vise pas au monumental, dans ces contrées, reflète exactement les mœurs locales et les besoins des habitants. I.es maisons, les petits établissements, tels qu'écoles, marchés, gares de chemins de fer, sont toujours des œuvres conçues avec économie, exécutées avec soin et un sentiment pratique allié à une certaine grâce un peu âpre, qui ne manque pas de charme. Il en est de même des habitations privées que l'on rencontre dans les campagnes. Rarement prétentieuses, ces bâtisses sont bien des demeures où rien n'a été sacrifié au luxe et au besoin de paraitre, mais où la vie intime des habitants laisse une empreinte vive et originale. Cela est habituellement très*simplement, mais bien construit. De toutes les contrées germaniques, Vienne est certainement le centre traditionnel d'art le plus apparent. Vienne a son Acsidémie, son École offîcielle; mais ce n'est point là ce qui fait la valeur de ses artistes. C'est une instruction développéeacquise par une élude approfondie des œuvres étrangères, italiennes, françaises et du nord-ouest de l'Allemagne. Si cette instruction, relativement développée chez les architectes de Vienne, n'a pas provoqué encore Téclosion du style propr au xix'' siècle et a l'Allemagne du sud, du moins leur a-t-elle permi d'élever des édifices remplissant parfaitement leur destination, sageme conçus, exécutés rapidement dans d'excellentes conditions, et d'un aspect très-satisfaisant. L'Opéra devienne, entre autres édifices, a pu être construit en moins de huit ans et n'a coûté que 8 000 000 francs. Cette vaste salle est aujourd'hui la meilleure et la plus complète de l'Europe.

Mais au point de vue de Tunité el de roriginalité du style, la Russie aura fait sa place probablement avant rAllemagne. La Russie se trouve depuis longtemps déjà dans les conditions favorables d*unité ; et, à cette heure, elle fait des efforts dont en France (par suite de notre insouciance habituelle pour tout ce qui se passe k Tétranger) nous ne nous doutons guère, mais qui n'en sont pas mois très-énergiques. La Russie, avant la mode d'imitation des arts de TOccident qui s'empara de ses maîtres depuis Pierre I", possédait un art à elle; art grossier, informe, mais ayant son caractère local et son originalité, ou si Ton veut, son autonomie. C'est un mélange d'éléments orientaux, byzantins, tatares, indous même, qui n'était pas arrivé à son plein développement quand la noblesse russe se prit de passion pour le faux romain du xvii* siècle. Aujourd'hui, il s'agit de retrouver ces éléments el, la critique moderne aidant, de les soumettre de nouveau aux combinaisons naturelles qui doivent en amener Téclosion complète. C'est là une grande pensée, et les esprits distingués en Russie en comprennent l'importance; aussi se mettent- ils à l'œuvre. Déjà des écoles se forment, un système d'enseignement s'organise ; tout cela sans trop de bruit, mais avec cette ténacité lente qui caractérise le Russe et qui finit par triompher des obstacles. La Russie cherche dans son propre fonds les éléments favorables à la constitution d'un art autonome, et il y a là une pensée féconde; ce qui ne l'empêche pas d'étudier soigneusement ce qui se fait à l'étranger.

L'Italie, tout imprégnée de traditions locales d'une puissance indiscu* table, n'est pas cependant sans faire des efforts pour s'en affranchir, en tant qu elles gênent le développement des conditions nouvelles imposées à l'architecte. Elle restaure les vieux monuments avec un esprit de criti(|ue très-développé, et c'est là un acheminement à l'application de ce même esprit de critique aux conceptions nouvelles.

Restaurer scrupuleusement des édifices élevés dans des conditions différentes de celles au milieu desquelles on est placé, c'est forcer l'intelligence à passer par les phases diverses qui ont produit un certain développement de l'art, c'est le contraindre à des déductions logiques applicables aussi bien au temps présent qu'au temps passé; car il n'y a toujours qu'une manière de raisonner. Ce travail de restauration consciencieuse auquel se livre l'Italie aujourd'hui ne peut donc manquer de porter des fruits; d'autant que les Italiens ont le bon esprit de ne pas séparer en deux classes leurs architectes : les restaurateurs de monuments et les constructeurs d'édifices appropriés aux besoins nouveaux. Us semblent estimer qu'un artiste capable de s'approprier un art ancien et de se placer, par une succession de raisonnements, dans un milieu qui existait il y a

396 ENTHETIINS 8IIR L*AilCIHTECnniE.

trois ou quatre siècles, est autant apte qu'un autre, sinon plus, à comprendre les besoins du temps présent et à y conformer ses conceptions. 11 faut reconnaître aussi que les Italiens n'ont jamais laissé penlre entièrement certains procédés déstructure appliqués chez eux pendant la période du moyen âge, et qu'ils ne répudient pas ces procédés comme on prétend le faire chez nous.

Un mouvement d'art prononcé se manifeste également dans les pays septentrionaux de l'Europe; et la Belgique, la Hollande, les Danois et les Suédois cherchent la voie, en étudiant les traditions locales et en s'approprianl les ressources qu'elles peuvent fournir, au temps présent. On doit donc admettre aujourd'hui que, sauf quelques écarts, il se manifeste en Europe une tendance marquée à trouver, pour chaque groupe de civilisation, un art autonome. Le principe des nationalités, destiné à faire, an sein de la vieille Europe, des révolutions, ou plutôt à produire des évolutions politiques dont nos enfants ne verront probablement pas le terme, se manifeste jusque dans le domaine de l'art. Les études ethnologiques, hi toriques, ont poussé à ce mouvement dont, au point de vue du développe — ment de la civilisation, on peut contester la valeur, mais dont on ne sau rait méconnaître l'importance. La France a été une des premières s^ à entraîner les nationalités dans cette voie de revendication. Elle a contribu à reconstituer Sa Grèce et la Belgique, elle a, platoniquement, souten«^(/ l'indépendance de la Pologne, elle a aidé par ses armes *et sa politiqc:«(> ritalie à se faire.

Rien n'est plus périlleux que de soutenir un principe, si l'on prétert^ s'arrêter et ne pas en subir toutes les conséquences. La France a-t-ely^ eu tort ou raison de soutenir le principe des nationalités en Europe, ai/ point de vue de son propre intérêt ? Bien entendu, je ne discuterai point la question, étrangère au sujet qui nous occupe; je constate simplement un fait, et le fait existant, il n'est plus en son pouvoir d'en atténuer l'importance. 11 semble préférable pour elle de profiter des seuls avantages que ce fait peut lui fournir encore, plutôt que de se frapper la poitrine. Or, ces avantages résident précisément dans la facilité avec laquelle la France peut renforcer son autonomie, établie par le temps, la conformité de races, de goûts, de mœurs, et par une situation géographique des plus favorables. En face de tant de revendications de nationalités brouillées parla politique et une longue ignorance, la France doit et peut donner à la sienne une puissance suffisante pour n'avoir rien à craindre des nationalités voisines. Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire qu'elle apprécie très-exade ment la nature de son génie et les ressources qu'elle en peut tirer. CeAi qu'a fait l'Allemagne depuis soixante-six ans, dans des conditions bir

autrement difficiles que celles qui nous sont failes; et c'est ce qu'elle a fait avec un succès très-apparent, sinon élabli sur des fondements solides. Comment la Prusse est-elle arrivée à ce résultat? En dévelop-» pant le sentiment patriotique, soit; en organisant chez elle, méthodique-^ ment et économiquement, les forces vives du pays ; soit encore ! Mai^ surtout en établissant au sein de l'Allemagne une sorte d'enquête sur ce qui se faisait à l'étranger, dans Tordre politique aussi bien que dans les arts de la paix et de la guerre, et dans les sciences. Parla comparaison, le frottement incessant avec les sociétés voisines, elle s'est assimilé goutte à goutte ce qui convenait à son tempérament, qu'elle renforçait ainsi en constatant les points faibles et défectueux de ces sociétés. Si un travail de cette nature a pu se faire dans un corps aussi disparate qu'est le corps germanique, que ne produirait-il pas dans un pays comme le nôtre, dont tous les éléments sont si fortement unis par une longue série de siècles? Et, pour en revenir à l'art qui nous occupe, quelle est cette prétention étrange qui nous pousse à ne lui reconnaître qu'un caractère cosmopolite, indépendant des milieux, des nationalités et des climats? Que l'on étudie toutes les formes d'art produites dans le passé et le présent sous l'influence de certains milieux favorables à leur développement, je l'admets et le souhaite, mais qu*on prenne indifféremment et sans critique, dans ces études, les éléments propres à constituer un art national, voilà ce qui n'est bon à aucun point de vue. Je veux bien que l'art n'ait pas de patrie, mais chaque expression de l'art doit avoir la sienne et n'est digne d'être considérée comme un art qu'à cette condition.

La frivolité dont en Europe on veut bien nous gratifier, non sans motifs, est cependant plus à la surface qu'au fond du caractère national. Notre tort est bien moins d'être frivoles, que de laisser à la frivolité carte blanche chez nous, et de paraître prendre au sérieux des faits et des discours, qu'au fond, nous savons très-bien n'avoir aucune valeur. Cer* laines vanités qui nous font sourire et que nous laissons s'épanouir sans protester, qui nous amusent parfois, sont prises, au delà de nos frontières, comme l'expression de notre caractère. Nous endossons ainsi des travers qui ne sont partagés que par (|uelques individualités bruyantes, tout occupées d'elles-mêmes et qui se font un piédestal de notre indifférence ou de notre facilité. C'est seulement en France que l'on voit dans les arts, dans les lettres, et même dans ce qu'on veut bien appeler la politique, certaines notoriétés s'établir sur le scandale ou sur l'effronterie*

11 n'y a pas de pays où se vanter à tout propos, juger à tort et à travers, entretenir le public sans cesse de soi, de ses œuvres, des mérites que l'on se prête, réussisse aussi bien qu'en France auprèsdelanombreuse

398 ENTRETIENS SUR l'aRGHITECTURE.

confrérie des badauds. Mais enfin les 38t)00000 d'âmes qui composent la nation française ne font pas toutes partie de celle confrérie. Il y a un fonds de bon sens et de droilure — j'allais dire d'honnêteté — dans noire pays, qui répugne à ce rôle de dupeurs et de dupés. Le gros du public passe indifférent devant les tréteaux des uns et l'ébahissement des autres ; on se contente de lever les épaules. Ce n'est pas assez : s'abstenir et s'effacer devant le mal, l'impertinence ou la sottise, c'est s'en faire les complices et encourir les dommages qu'entraînent avec eux le mal, la sottise et l'impertinence. Nous n'éprouvons que trop les effets de cette solidarité aujourd'hui. Indifférents ou dupes, il nous faut payer les folies que nous avons laissé passer sans protester, ou que nous avons approuvées par ignorance ou badauderie. S'il en doit toujours être ainsi, c'est à désespérer de l'avenir du pays, et le petit nombre de ceux qui protesteraient , n'auraient, comme dernière ressource, qu'à s'exiler pour ne pas être plus <« longtemps les complices ou les témoins de cette décadence morale.

Après nos désastres, nous n'avons guère conservé la supériorité ena Europe que sur un seul point : les productions d'art. C'est peu, assurément, et il doit répugner à une grande nation de n'être plus que amuseurs du monde civilisé. Mais ce peu même nous sera bientôt ravi nous n'apportons pas la plus grande attention et l'esprit le plus libé dans l'enseignement de cette branche des travaux de l'intelligence. To se tient dans la vie d'une nation, et la splendeur intellectuelle va de paS; j avec les supériorités de tout ordre. C'est avec le développement polft ^ tique, le sentiment profondément patriotique, l'énergie morale, la pfiî^ losophie, le commerce, Tinduslrie, que les arts ont acquis une hau/e valeur dans l'ancienne Grèce comme à Rome, pendant le moyen âge et fa Renaissance en Occident ; et il ne faudrait pas espérer voir les arts continuer à jeter chez nous un certain éclat, du jour où la France serai! réduite au dernier plan des nations civilisées. Bien qu'il soit téméraire de préjuger l'avenir du pays d'après ce qui s'est passé depuis la fin de la guerre d'invasion et la guerre civile, et qu'il faille laisser au pays le temps nécessaire pour se remettre après de pareilles crises, cependant ce serait une faute de ne pas signaler les tendances funestes au rétablissement d'une situation normale favorable au progrès.

Nous sommes en république mais le nom ne fait rien à raiïaire:

nous préférerions la chose sans le litre au titre sans la chose. Une repu* blique oligarchique ou démocratique peut être très-favorable au développement des travaux intellectuels et de l'art, par conséquent. Si c'est une république démocratique — et la nôtre ne peut avoir une autre forme — il faut admettre, pour qu'elle prospère, les conditions inbé-

rentes à celte forme de gouvernement; savoir : respect absolu aux lois du pays ; force gouvernementale solidement appuyée sur ces lois ; absence de privilèges ; contrôle assidu de tous sur tout, et responsabilité dans rétendue des attributions dévolues à chacun ; travail, surveillance, et, pour que le travail soit sérieux, persistant et utile par conséquent au bien de la république, inviolabilité des fruits du travail. Je ne pense pas qifil se trouve dix hommes intelligents qui ne souscrivent des deux mains à ce programme ; mais il faut que son exécution ne puisse être mise en doute, car le doute fait avorter les fruits qu'un pareil état social peut donner. Le doute suspend les bonnes volontés particulières, et ce n*est que par le concours de ces bonnes volontés, sans arrière-pensées, que cet état social s'établirait. Quels sont ceux qui doivent les premiers inspirer la confiance? les chefs du pouvoir. C'est donc à l'accomplissement de ce programme que leurs actes doivent concourir, les plus importants comme les plus insigniGants en apparence. Mais si ces chefs du pouvoir, ou leurs délégués, agissent en certaines circonstances de telle sorte que leurs intentions puissent être supposées hostiles ou même indifférentes à Taccomplissement de ce programme, le doute surgit dans Tesprit des gens les mieux disposés, et par suite le découragement paralyse les volontés les plus fermes, les efforts les plus utiles au rétablissement de la prospérité publique.

Sous l'Empire dernier, on paraissait attacher une importance assez considérable aux progrès de l'art; on admettait, dans les discours ofliciels, que ces progrès étaient une des sources de la richesse publique ; on eficourageait beaucoup les artistes, c'est-à-dire qu'on dépensait des sommes assez fortes a soutenir les médiocrités, impuissantes à vivre sans ce secours, et que ce qu'on appelle la Direction des beaux-arts était un bureau de secours. On construisait beaucoup d'édifices, et, pour contenter le plus de monde possible, on avait le soin de les couvrir de sculptures et de les décorer intérieurement avec un luxe inouï jusqu'alors. L'Empire aurait bien voulu avoir un art qui marquât sa date, et qu'on pût dire un jour : le style du second Empire, comme on dit le style de François T', le style de Louis XIV. A-t-il obtenu ce résultat? Je ne le crois pas. Pouvait-il l'obtenir? Peut-être. Mais ce n'était ni par la quantité, ni par le luxe des bâtiments, ni surtout en dépensant autant d'argent à emoxi' rager la mendicité. La grosseur des sommes en ceci ne fait rien à l'affaire. La question est de dépenser son argent, si peu qu'on en dépense, à ne rémunérer que ce qui est bon. La difliculté, c'est de reconnaître ce bon. Si ceux qui sont au pouvoir prétendent être juges en ces matières délicates et qui ne leur sont pas familières, ils ont chance

&00 ENTRETIENS SUR l'aRCHITEGTURE.

de se Iromper, et Terreur les déconsidère autant qu'elle est fatale à Tépanouissement libre et régulière de Tart; s'ils délèguent rautorité dont ils disposent à un corps, il y a à craindre que ce corps ne soit qu'une coterie beaucoup plus préoccupée de faire prévaloir ses idées et surtout ses inlérêls, que de sauvegarder les intérêts de tous et la libre expression des penchants du public. C/est entre ces deux partis que le dernier Empire a louvoyé, essayant tantôt de développer un art émané de la cour, ainsi que cela s'était fait sous Louis XIY, tantôt de recourir aux lumières d'un corps qui prétend être l'expression la plus élevée des travaux intellectuels en France et le gardien de certaines doctrines déclarées par lui inattaquables. De fait, l'Empire ne contentait personne; il provoquait la mauvaise humeur de rinstitut en ne lui laissant pas tout pouvoir, et ne vivait plus dans un temps où la Cour pût avoir une influence quelconque sur les travaux intellectuels. 11 rédigeait le décret du 13 novembre 1863, relatif à la réorganisation de l'École des beaux-arts, décret timide, et devant l'attitude hostile de l'Institut, il n'osait le faire exécuter dans sa teneur; de telle sorte qu'il désorganisait la vieille machine sans se sentir l'autorité suffîsante pour en établir une autre. Devant les personnes désintéressées dans ces questions, il paraissait vouloir se saisir seul et sans contrôle d'un pouvoir dont il déclarait l'Institut avoir mal usé. Ces personnes désintéressées ne voyaient pas que l'État fût plus capable que ne pouvait l'être une congrégation composée d'hommes compétents, de diriger l'enseignement des arts.

L'Empire qui, à cette époque encore, pouvait beaucoup, n'avait qu'un moyen de rompre avec des errements funestes : c'était d'affranchir les arts de sa protection, aussi bien que de la prédominance que s'arroge l'Institut. En un mot, il n'avait qu'il proclamer la liberté absolue dans l'enseignement des arts, en se réservant la faculté de choisir et de protéger les développements nouveaux que cette liberté ne pouvait manquer de faire naître.

L'Empire étant tombé, ceux qui avaient combattu les idées libérales mises timidement en avant par lui en 1863, et qui pendant sept an^ clnient parvenus à en neutraliser entièrement l'effet, les rendant ain plus funestes que profitables par la plus complète désorganisation, n pouvaient manquer de se prévaloir de cette désorganisation poursuiv par eux avec persistance, pour essayer une sorte de restauration.

Les circonstances étaient favorables. Qui donc, dans ces temps «/é malheurs publics, se préoccupe de savoir s'il est profitable aux aris (fue rinstitut soit ou ne soit pas le maîlre de l'enseignement et de l'existence des artistes? On a bien autre chose à faire et à penser. Ainsi le gouver-

VINGTIÈME ENTRETIEN. /jOl

neinent qui s'intitule républicain fait ou laisse faire une marche en arrière, et se montre moins libéral que n'avait été l'Empire.

Si des corps privilégiés peuvent subsister sous une monarchie absolue sans qu'il en résulte de grands dommages pour la chose publique, parce que ces corps trouvent alors un contre-poids dans la puissance monarchique et sont jusqu'à un certain point sous sa dépendance, il n'en va pas ainsi sous la forme républicaine; car ces corps ou congrégations composent une puissance irresponsable, insaisissable, sans contre-poids, et contre les abus de laquelle il n'y a nul recours. C'est un État dans rÉlal, une république oligarchique au sein de la république démocratique. Et si, comme il arrive pour l'Académie des beaux-arts, cette congrégation se recrute par elle-même, il arrive bientôt qu'elle abaisse son niveau, c'est-à-dire qu'elle ne cherche à se recruter [que parmi les médiocrités qui ne pourraient changer ni ses habitudes, ni proposer des réformes utiles. Bientôt aussi elle devient l'instrument de quelque esprit avisé, ambitieux, qui n'a pas de peine à la diriger dans le sens de son ambition ou de ses visées. Cela établi, il lui suffit d'un de ses délégués au sein de l'administration de l'Étal pour être, soit secrètement, soit ostensiblement, la maîtresse absolue, malgré les chefs du pouvoir, malgré les autorités reconnues, malgré l'opinion publique, malgré les protestations de quelques rares esprits indépendants qui résistent à cette oppression clandestine.

Voilà à cette heure, mars 1872, la situation qui est faite aux artistes et aux arts en France, malgré ou plutôt avec la forme républicaine du gouvernement. Pour ma part, j'en parle à mon aise, ne demandant rien, n'espérant rien et ne désirant rien au delà du rétablissement de la prospérité de mon pays, de sa dignité morale et de son influence dans le monde civilisé. Je n'attendrai pas que mon voisin ait parlé pour ouvrir la bouche, ait mis sa pensée sur le papier pour y jeter la mienne. Je le dis donc clairement et sans aucun sentiment d'hostilité contre les personnes, puisque la plupart des membres de l'Académie des beaux-arts sont des amis pour lesquels je professe individuellement la plus complète estime: les arts en France marchent rapidement au déclin sous la prédominance qu'on laisse, par faiblesse ou indifférence, prendre à l'Académie des beaux-arts dans l'enseignement et dans l'administration. Cette puissance irresponsable étouffe l'initiative, Y individualisme ; elle est l'ennemie naturelle de l'indépendance du caractère, de l'examen. Elle protège, par sa nature même, le convenu, la médiocrité complaisante. Elle met en quarantaine, à son gré, ceux qui ne la reconnaissent pas et prétendent agir en dehors de son action, parce qu'elle a ses affiliés partout. Irres-

Il02 ENTRETIENS SLI\ l'aRCHITCCTURE.

ponsable, insaisissable, ainsi que je le disais, elle ne discute pas, elle ne répond jamais directement, mais poursuit sa marche par toutes les voies, car ce qu'un individu aurait honte de faire, un corps irresponsable le tente sans pudeur; chacun de ses membres, retiré chez lui, ayant toujours le droit de se considérer comme étranger à une décision prise en commun, qu'il réprouve au fond de sa conscience, mais a laquelle sa personne et son nom ont cependant apporté leur appui.

Cela aujourd'hui devient plus funeste que jamais, et il est temps que les hommes qui ont à cœur l'avenir du pays, sa prospérité, s'en préoccupent sérieusement,

Je comprends que les hommes d'État ne discutent pas sur des questions d'art ; ce n'est pas leur affaire, et ce serait aussi ridicule qu'inopportun. Mais j'admets qu'il est du devoir de ceux qui sont à la tête d'une république, de ne pas laisser des citoyens, fussent-ils en minorité, à la discrétion d'une congrégation irresponsable, ne fût-elle composée que d'intelligences d'élite. Je crois qu'il est du devoir de ces hauts fonctionnaires de protéger l'indépendance du caractère, du moment que cette indépendance n'attente pas au respect que l'on doit aux lois. Je crois que si l'on admet que les arts sont une valeur dans un État, c'est par l'indépendance de l'artiste qu'ils progressent, s'élèvent, et non par une soumission aveugle à une sorte de pouvoir occulte. Je crois plus encore, que TafTaiblissement moral, cause majeure de nos malheurs, vient en grande partie de ce peu de souci qu'ont pris les gouvernements passés, de respecter, de proléger, d'honorer cette indépendance individuelle, mère des vertus civiles. Que cette indépendance parût gênante sous un gouvernement absolu, on le conçoit, mais que la république ne s'attache pas à la développer, qu'elle la traite ou permette à un corps de la traiter en paria, ce n'est guère admissible.

Pour ce qui concerne les architectes en particulier, quelques-uns croient qu'il suffit d'instituer une Société centrale, ou tout autre groupe^ plus ou moins nombreux, pour former un corps. C'est une illusion; una corps, pour mériter ce nom, doit être composé d'individualités indépen — dantes. Or, c'est précisément ce qui manque aujourd'hui aux architectes^^ c'est cette indépendance du caractère qui distingue Yindividu. On dit : corps des médecins, des avocats, des ingénieurs, parce qu'en effet corps ne sont formés que par la réunion d'hommes ayant chacun ] sentiment de son droit, de sa valeur ; étant chacun disposé à ne laisse/ en aucune circonstance, rù sous aucun prétexte, attenter à l'indép^j?dance de ses convictions et de son caractère. En est-il ainsi des arcb/. lectes ?

VINGTIÈME ENTRETIEN. &0â

On a VU, SOUS le dernier Empire, le préfet de la Seine organiser un service des archilectes de la ville de Paris, préjudiciable aux Iravaux et aux finances de la cité aussi bien qu'aux intérêts et à la dignité des archilectes. L'illustre préfet delà Seine d'alors avait un faible pour la régleinentalion. II disait à qui le voulait écouler : « L'archiiccture n'est autre chose que l'administration... » Que lui, tout occupé de soins si divers, était autant architecte que vous et moi, et qu'il n'admettait pas cette prétention des architectes, de croire, s'ils élevaient un monument, qu'ils créaient une œuvre personnelle ; que Y édifice était l'œuvre de tous et particulièrement de celui qui le commandait et le payait. Cette manière de voir, fort innocente chez le bourgeois qui fait bâtir un pavillon à Asnières pour lui et sa famille, a eu de funestes effets sur l'architecture de notre temps, et entraîna certainement le préfet de la Seine plus loin qu'il n'eût voulu aller. Le service d'architecture de la ville de Paris fut donc réglé à peu près comme le sont les cadres de l'armée. Il y avait un maréchal, des généraux de division et de brigade, des colonels, commandants, majors et capitaines. Aujourd'hui, vous, général A..., vous commandez telle brigade; je veux dire, vous bâtissez tel édifice. Les convenances administratives, ou simplement le besoin de manifester l'autorité, vous appellent ailleurs; vous laissez là votre brigade, je veux dire, le monument que

vous avez commencé, et le général B... est appelé pour l'achever

Qu'une tête administrative conçoive ainsi les choses, rien de plus naturel ; mais que cette têlc trouve des architectes pour se prêter à ce singulier procédé constmctif^ voilà qui est plus étrange, car que devient alors la responsabilité de l'artiste et même la responsabilité légale? Qui l'endosse? Celui qui commence ou celui qui termine ?

Le préfet de la Seine dont il est question avait l'intelligence vraiment haute et appréciait assez exactement les choses : au moment où cette inspiration administrative lui est venue, si un homme de sens, de cœur, de talent et indépendant par nature lui eût fait entrevoir les côtés fâcheux de ce système, il eût admis ses raisons et s'y fût rendu.... Personne n'a dit moL Cet homme ne s'est pas rencontré; tous, malcontenls certes, se sont soumis à celte prodigieuse réglementation; et cependant le directeur du service d'architecture au département de la Seine choisissait scrupuleusement ses aides et employés — car on ne peut donner à ces embrigadés le nom d'architectes — parmi les lauréats de l'école des Beaux- Arts, où l'on n'enseigne guère l'administration, mais où l'on tient grand compte de la soumission à l'autorité académique.

Si cette réglementation était peu favorable à l'initiative et au développement des talents originaux, si elle ne s'accordait guère avec l'indépen-

liOli ENTRETIENS SUU t'AnCHITECTURE.

dance du caractère que Tarlisle doit, avant tout, tenir intacte, elle n'était pas de nalure à sauvegarder les intérêts financiers de la ville de Paris. Car au point de vue des constructions, les intérêts des clients ne peuvent être sauvegardés que par l'indépendance de Tarchitecte qu'il emploie. En voici une preuve :

A la date du 20 janvier 186/i, on remettait aux architectes sectionnaires (c'était leur titre) de la Ville une note qui disait en substance : « que les besoins de l'instruction primaire exigeaient la création, dans Paris, de plus de cinquante établissements scolaires; qu'en conséquence, M.«., ar-^ chitecte sectionnaire, était invité à concourir dans le cercle de ses attributions à la création dont il s'agissait. M. le préfet, ajoute la note, ne veut acheter ni construire ces établissements aux frais de la Ville, mais il charge l'architecte M...., 1** de rechercher les locaux déjà construits réunissant les conditions nécessaires à une installation scolaire ; S"" de préparer les éléments de traités à passer avec des particuliers qui se charge* raient de construire les locaux affectables à la même destination. »

Ces divers établissements devaient faire Tobjet de baux dont la durée ne serait pas inférieure à vingt ans, avec réserve pour la Ville d'acheter les immeubles pendant la durée du bail. V entretien demeurait à la charge de la Ville ainsi que les contributions mobilières et autres. 11 devait être accordé un loyer annuel de 5 pour 100 de la valeur des terrains occupés et de 6 pour 100 de la valeur des constructions élevées. Pour les établissements à construire, les projets et devis devaient être dresses par les architectes de la Ville.

Dans le cas où la Ville prétendrait user de la faculté d'achat, cet achat serait effectué moyennant, d'une part, une somme égale à vingt fois le loyer du terrain et, d'autre part, au remboursement de la somme dépensées pour la construction.

Au reçu de ces instructions incomplètes et laissant jour a des abu^ qu'il est superflu de signaler, des architectes moins bien enrégimentée que ceux de la ville de Paris et qui se fussent considérés comme de-^ conseils avant d'être des commis, auraient certainement présenté à 1 chef des objections d'une nature assez grave. Ils auraient, enlise au choses, fait ressortir que « rembourser » la somme dépensée pour une co struclion faite en prévision d'un bail de vingt ans et dont l'entretier^ été fait par le locataire devenant acquéreur, somme d'ailleurs dont op n'aurait pas reconnu exactement la quotité réelle, puisque les constructîo/7^ étaient laissées à la charge des particuliers, et ne point payer ces constructions sur estimation, au moment de l'acquisition, ainsi que cela es( de droit commun, constituait un marché onéreux pour la Ville; car il y

avait ceni à parier conlre un que ce « remboursement » serait l'abandon d'une somme très- supérieure à la valeur réelle de l'objet, el n'était qu'une prime oITerte à des spéculateurs, pour les engager, par des avantages extraordinaires — puisqu'ils recevaient déjà plus de 5 pour 100 net des capitaux employés ou supposés employés — à construire ces écoles. C'était là un de ces moyens qu'on emploie quand on est dans l'embarras et qu'il faut recourir aux prêteurs à gros intérêts. Je ne sache pas qu'aucun architecte de la Ville se soit élevé contre cette façon d'emprunt usuraire ou ait refusé son concours. S'ils ne le pouvaient faire isolément, ils eussent pu le faire en corps, avec toutes les convenances nécessaires en une circonstance aussi délicate. Mais la Société centrale^ qui ne s'était pas émue au moment de V enréghnentation de ses membres et en face de l'étrange système adopté par Tadministration préfectorale, n'avait plus à s'émouvoirdesconséqucncesdel'état de choses établi. La Société centrale pense qu'il lui suffit d'écrire des rapports sur les prospectus que lui envoient des entrepreneurs ou des industriels, ou de censurer ceux de ses propres membres qui manifestent des intenlions réformatrices. C'est une antichambre de la section d'arehileclure à l'Académie des Beaux-arts, mais ce n'est pas un corps.

La Société centrale s'est-elle émue davantage lorsque, sous l'Empire, les architectes des départements ont été placés, sous prétexte de décentralisation, sous la dépendance absolue des préfets? N'était-ce pas l'occasion de remontrer alors au Gouvernement que c'était là une mesure qui, en enlevant à rarchitecle toute indépendance vis-à-vis du préfet, pouvait annener les abus les plus fâcheux? En effet, autrefois, la nomination des architectes des départements, ou leur révocation par le préfet, devaient être soumises au ministre de Tintérieur. C'était une garantie donnée à rarchitecte, qui remplissait scrupuleusement ses devoirs et qui lui permettait même de refuser son concours, s'il pensait qu'on voulût lui imposer une manière d'opérer contraire aux intérêts du département. L'architecte était donc attaché à l'administration départementale et non soumis aux fantaisies d'un préfet. On trouva cela gênant et, mettant en avant le mot décentralisation^ Ton supprima un agent indépendant chargé d'une partie de la gestion des intérêts départementaux, pour le remplacer par un agent du préfet. De telle sorte que, sous peine de révocation, cet agent devait se prêter à tout ce que ce haut fonctionnaire prétendait lui imposer : virements de crédits, substitutions de dé{«enses, etc. Si les architectes eussent formé un corps, uni par des sentiments de dignité et d'indépendance personnelle, de pareils faits n'auraient pu se produire.

En effet, pour composer un de ces corps qui, comme ceux dont je

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llOa ENTRETIENS SUR l'aRGHITECTURE.

parlais tout à l'heure, savent garantir la dignité, rindépendance et les intércls de leurs membres, il faut que chacun de ces membres, isolément, acquière son indépendance propre et commence par se soustraire à cette domination étroite et exclusive qu'exerce la congrégation académique; à cette crainte perpétuelle de lui déplaire et d*agir en dehors de son influence; à cette soumission aux caprices des clients ou des administrations;, a cette tyrannie que des médiocrités prétendent imposer dans rÉcole à toules les intelligences, en leur traçant la voie bornée dans laquelle on leur permet de se nïouvoir sous peine d'ostracisme. Chacun sait bien, dans son for intérieur, qu'il faudrait se soustraire à cette domination, mais comme toujours, dans notre malheureux pays, où de toutes les vertus le courage civique est certainement la plus rare, chacun attend l'initiative du voisin, prêt a le suivre quand il aura essuyé le premier feu et s'il n'est point écrasé.

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