II. i
Romains, nous avons, pendant plusieurs siècles, flotté indécis entre des méthodes de bàlir très-diflerentes. A la fin du xi* siècle et au commencement duxn% nous allons chercher des modèles en Orient, et nous parvenons à faire une sorte de renaissance romano-grecque, qui n'est |)as sans valeur, mais qui, comme toute renaissance en fait d'art, ne pouvait fournir une longue carrière. A la fin du xu* siècle, il se manifeste un mouvement d'art bien tranché qui part de notre propre fonds et (jui développe en très-peu de temps un germe fécond. Il a manqué à celle époque tout ce que nous possédons aujourd'hui, des ressources considérables, des matériaux très-variés, le fer, et toutes les richesses de l'industrie. Ce mouvement si prononcé, appuyé sur un sentiment vrai des besoins de la société moderne, s'est fourvoyé ; produit six cents ans tro[) tôt, il s'épuise en vains efforts devant la matière rebelle ou insuffisanle; si bien que, grâce à la mobilité de notre esprit, nous le considérons comme une erreur, et que nous allons chercher un art de seconde main, mélange de traditions diverses, pour en faire ce que nous appelons rarchitecture de la renaissance. Alors c'est la forme qui domine; les principes disparaissent, la structure n'existe pas. Puis vient celte période pCde qui commence au xYii* siècle pour finir dans le chaos.
C'est là, en quelques lignes, l'histoire de rarchitecture chez nous, considérée au seul point de vue de la structure, c'est-à-dire du judicieux emploi de la matière. Or, toute architecture qui ne tient pas compte de la matière pour imposer une méthode de bâtir, et par suile une forme, n'est pas une architecture, et l'on ne pourra citer dans l'antiquité grecque ou romaine un seul édifice qui soit élevé en dehors de ce principe.
Quelles sont donc les matières dont l'architecte a disposé de tout temps cl dispose aujourd'hui? La terre accumulée- et moulée, le pisé, la brique crue, par suite la brique cuite ; puis à la place des pisés primitifs, les bétons ou agglomérations de cailloux à laide du mortier: la pierre, granit, marbre, basalte, calcaire, etc.; le bois et les mélaux. Tout d'abord rien ne paraît plus simple que de metire en œuvre ces matériaux ; mais quand il s'agit de faire autre chose qu'une hutte de terre ou qu'une cabane de branchages, quand il s'agit d'employer simultanément ces matériaux, de leur donner à chacun la forme et la place convenables, de ne pas les prodiguer inutilement ou de n'en être pas avare, de connaître exactement leurs propriétés et leur durée, de les poser dans les conditions les plus favorables à leur conservation et à l'utilité qu'on en veut tirer, les difficultés surgissent de tous côtés.
En effet, telle matière bonne dans telle condition est mauvaise dans telle autre j celle-ci détruit celle-là ; cette autre, par ses qualilés mômes,
s'oppose à lelle fonction. Le bois enveloppé, privé d'air, se pourrit; le fer scellé dons la maçonnerie s'oxyde, se décompose, et fait éclater la pierre 5 certaines chaux produisent des sels en abondance qui détruisent les pierres qu'elles sont deslinées à souder. L'expérience peu à peu conduit le consiructcur à la connaissance d'une innombrable quantité de [)liénomènes qui se produisent dans toute structure, et il est clair que plus la slruclure est compliquée, c'est-à-dire plus elle se compose de matériaux variés, plus ces phénomènes se répètent. Si les Égyptiens, élevant un temple en blocs calcaires juxtaposés, n'avaient qu'un petit nombre d'observations à faire sur les effels de leur structure, l'architecte qui bàlit une maison a Paris, où la pierre, la brique, le mortier, le bois, le fer, le plomb, la fonic, le zinc, l'ardoise, le plâtre, s'emploient simultanément, doit nécessairement réunir un nombre considérable d'observalions pratiques. Ce qui est singulier, c'est de vouloir imiter avec cette quantité notable de matériaux des édifices baiis à Taide d'une seule matière. Il y a là un défaut de raisonnement sur lequel je n'ai pas besoin d'insister i ce qui est plus étrange encore peut-être, c'est de mettre en œuvre des matériaux médiocres avec l'intention d'imiter des construc-*lions obtenues à l'aide de moyens d'une grande puissance : d'élever, par exemple, des colonnes composées d'un empilage d'assises basses et de les surmonter de plates-bandes appareillées, voulant simuler des monolithes ; ou faisant l'opération contraire, de construire en pleines assises de pierre des bâtisses dont l'apparence indiquerait des massifs de blo-»cages revêtus de parements.
Nous consacrons ce premier entrelien à l'examen des questions de construction (jui concernent seulement l'appareil et la maçonnerie. Il n'y a que trois principes généraux applicables à la structure en pierre d'appareil et de maçonnerie : r Le principe de stabilité simple par superposition de matériaux se résolvant en des pressions verticales. S"" Le principe d'agglomération produisant des masses concrètes et dérivant de l'hypogée. S° Le principe d'é(jnilibre obtenu par des forces agissant en sens opposes. Les Égy[)tiens et les Grecs n'ont guère employé que la structure d'appareil réduite au premier principe; les Romains ont adopté le second, et les Occidentaux, du xn' au xvi* siècle, le troisième. S'il y a eu parfois application de deux de ces principes simultanément, la soudure est toujours apparente, et forme un produit bâtard qui n'a jamais, au point de vue de l'art, la franchise que l'on aime à trouver dans toute œuvre d'architecture.
En effet, toute architecture procède de la structure, et la première condition qu'elle doit remplir, c'est de mettre sa forme apparente d'accord
avec celle slruclurc. Si donc elle est fidèle aux principes ci-dessus énoncés et qu'elle adopte à la fois deux de ces principes, elle trahira ses origines différentes et manquera à la première loi, qui est Tunilé. Si, en adoptant simultanément deux ou même trois principes de structure, elle cherche l'unité de forme, elle mentira au moins à deux de ces principes, peutêtre à tous les trois. Il faut reconnaître que c'est l'art de mentir à ces principes que depuis longtemps on nous enseigne, quand on nous enseigne quelque chose.
Les peuples de l'Asie ont adopté à la fois le système de la maçonnerie concrète et celui de la stabilité obtenue par superposition. Devant des massifs en brique crue ou cuite ou même en terre, ils ont posé des revêtements de pierre, comme pour enfermer ces blocages, peu consistants, dans des caisses. Us ont adopté, dans l'Inde par exemple, la Chine et le royaume de Siam, la maçonnerie de moellon ou de brique agglutinée par des mortiers et revêiue de stucs. Nous retrouvons ce même principe de structure dans le Mexique, et les pyramides d'Egypte elles-mêmes sont un amas de pierres énormes réunies par un mortier, devant lequel on a posé des assises régulières revêtues encore , dans Torigine, d'un stuc peint couvrant leurs angles saillants. Il semblerait donc que dans l'antiquité la plus reculée, l'art de la maçonnerie employait le mortier comme un agent nécessaire. Mais comment l'Orient, d'où tous les arts dérivent, avait-il, dès une très-haute antiquité, procédé, en fuit de maçonnerie, par voie d'agglomération, plutôt que d'adopter le principe qui semble le plus naturel et le plus simple, celui de superposition?
La grande race blanche aryane, qui dès les premiers temps s'est répandue des plateaux septentrionaux de l'Inde sur les terres basses et plus chaudes, ne parait avoir eu d'autre genre de structure que la charpente, puisque partout où l'on retrouve ses origines, le principe de structure de charpenterie domine. Se précipitant au milieu des races touraniennes qui occupaient le continent indien, et qui paraissent s'être établies de toute antiquité au fond de l'Orient et jusqu'au delà de la mer Caspienne en Occident, ces races blanches ont été bientôt entraînées à adopter les méthodes de bâtir admises par les races conquises : or, les races jaunes ont une disposition particulière pour les travaux terriers, et par suite pour les ouvrages de maçonnerie procédant par agglomération. Il faut bien reconnaître, en présence des faits, que les races diverses qui constituent le genre humain sont douées d'aptitudes diverses. Les unes, nées sur des plateaux élevés, couverts de forêts, prennent les bois comme matériaux propres à élever leui^s maisons et leurs temples. Les autres, établies au milieu d'immenses plaines marécageuses, bâtissent avec la boue
et les roseaux. D'autres entln, comme les i^ces noires qui occupaient la haute Egypte et qui sont aujourd'hui refoulées dans leSennaar, creusaient leurs habitations sur les pentes de collines calcaires. Des premières invasions blanches au milieu de races jaunes, il a dû déjà résulter, en fait de bâiisses, un mélange souvent étrange des traditions importées par les conquérants avec les habitudes enracinées chez les peuples conquis. Ceci explique la singularité des monuments les plus anciens de l'Inde, où l'on voit des formes empruntées a la charpenterie traduites au moyen de maçonneries de blocage recouvertes de slucs, ou même taillées dans le tuf ou dans le roc. Ceci explique comment, en Egypte, des monuments reproduisent en grandes pierres superposées une structure dont l'origine est due certainement à des bâtisses de boue et de roseau. Sans nous étendre davantage sur ces origines, nous remarquerons seulement qu'il n'y a pas dans le vieil Orient un principe de bâtir en maçonnerie, mais bien des mélanges de méthodes très-diverses. Pour nous Occidentaux, qui croyons devoir chercher la raison de toute chose, il n'y a pas dans ces monuments un principe applicable, suivi avec méthode, fertile en déductions. Les premiers, les Grecs, ont su débrouiller ce chaos : laissant de côté les méthodes de bâtir des Assyriens ou des Mèdes, abandonnant l'imitation en pierre de la charpenterie qui était habituelle â certains peuples de l'Asie Mineure, ils ont franchement, et sans concession aucune, admis le premier des principes que nous avons émis ci -dessus, celui de la stabilité simple par superposition de matériaux appareillés. Découvrir un principe très -simple à travers la confusion des principes, et avoir le courage de l'appliquer sans déviation, c'est la preuve d'uq génie tout particulier et qui ne se rencontre que bien rarement dans l'histoire de l'humanité. En cela les Grecs ont montré de quelles aptitudes exceptionnelles ils étaient doués; ils ont rendu un immense service à l'Occident, ils lui ont appris à faire intervenir le raisonnement dans les choses d'art. En un mot, l'architecture est devenue un art sous leurs mains, tandis qu'elle n'était, dans tout l'Orient, qu'un métier plus ou moins habilement exercé. Nous appuyant sur cet exemple, nous ne cesserons de répéter qu'il n'y a pas d'art sans intervention du raisonnement. Les premiers, les Grecs ont établi et appliqué celte loi; si nous loublions, nous nous abaissons, et d'artistes que les Grecs nous ont faits, nous retombons à l'état d'esclaves travaillant pour des maîtres fantasques.
On conçoit fort bien comment et pourquoi les Grecs ne pouvaient admettre le principe de maçonnerie élevée à l'aide de mortiers, de matières agglutinantes. Pour faire une maçonnerie de pisé ou même de blocage, il ne faut que des manœuvres. Les Grecs avaient placé trop
haut l'arl de rarchiicctnre pour en développer les splendeurs à Taide de moyens aussi vils, et nous voyons que bien tard encore, dans ces contrées gréco-romaines de Syrie, près d'Anlioche et d'Alep, les |)his humbles conslrucliôns sont élevées à Taide de cet appareil qui exclut les blocages et ces brigades de manœuvres organisées partout par les Romains. D'ailleurs, s'il est possible de mentir au moyen de constructions faites par le système d'agglomération, cela est difficile lorsque Ton n'emploie que le mode d'appareil sans mortier ; les lois de la slalique ne le permettent pas. Il faut, dans ce dernier cas, que chaque pierre ait une fonction déterminée. Les Grecs avaient-ils a élever une cella précédée d'un portique, ils formaient comme une huisserie de pierre, par exemple, qu'ils remplissaient de blocs taillés seulement sur les deux parements ex[)Osés, au moyen d'une fausse équerre, alin d'éviter autant que faire se pouvait les déchets de pierre. Certains calcaires et des marbres se brisent plutôt en rhombes (|u'en parallélipipèdes; on pouvait ainsi utiliser bien des matériaux qu'il eut fallu rebuter si l'on eut voulu obtenir un appareil composé de lits horizontaux.
La figure 1 fera comprendre ce que nous disons ici. Le plan de la cella ayant été tracé et ses fondations faites, on élevait les antes d'angle A, puis les jambages B de la porte, en ayant le soin de rapprocher ceux-ci au sommet, de façon à diminuer d'autant la portée du linteau et de faire tendre les pesanteurs vers le milieu du miu\ Alors on remplissait les intervalles C à l'aide de blocs que Ion prenait sur le chantier en ne se donnant pas la peine de les équarrir. En effet, cet appareil (dit cyclopéen) ne présente pres^iuc toujours a la pose qu'un angle à contenter ; prenant cet angle avec une sauterelle ou fausse érjuerre, on allait sur le chantier chercher une pierre donnant un angle saillant correspondant a l'angle rentrant mesuré avec la sauterelle, ainsi que l'indique le détail D. Cet appareil irréguher était maintenu par les antes et les jambages de la porte, d'autant que les pierres d'appareil do ces antes et jambages portaient souvent des tenons qui s'embrevaient dans des mortaises creusées dans les morceaux supérieurs, ainsi que l'indique le détail E. 11 v avait certes entre celte construction et celle des édilices de Ninive, par exemple, un progrès ou plutôt l'intervention d'un raisonnement qui fait défaut dans les monuments assyriens : car ceux-ci ne présentent que des blocages de brique crue revêtus de dalles de gypse ou de calcaire, comme d'un lambris décoratif. Dans l'architecture grecque primitive, la maçonnerie prend une fonction, elle vit, pour ainsi dire, et cesse d'être un amas. Mais dans leurs édifices d'une é[)oque reculée, les Grecs font bien voir quelle est leur origine, ils élèvent en
pierre, à Taide du raisonnement, des consiruclions dérivées de la charpenterie ; leur niérile, c'est cependant de n'avoir pas imité à Taide de matériaux calcaires des formes empruntées à la cfiarpenleric, ainsi que le faisaient les Lyciens et la plupart des populations qui habitaient les côtes de l'Asie Mineure. Quand les procédés d'extraction se perfectionnent, les Grecs cessent d'employer la méthode dite cyclopéenne dans
leurs maçonneries ; ils bâtissent par assises, mais leur génie ne les conduit jamais à devenir des maçons. Ce sont des appareilleurs, c'est-à-dire des assembleurs et des empileurs de pierres. L'idée de la concrétion, de Tagglomération des matières leur répugne évidemment, puisque nous voyons que bien tard, aux iv"" et v® siècles de notre ère, ils ne peuvent se
résoudre à adopter ce mode de bâlir, et que même, à celle époque avancée, ils semblent donner à la plaie-bande la préférence sur l'art appareillé.
II faut bien reconnaître d'ailleurs qu'il y a dans l'appareil le plus simple, le plus naturel, un charme puissant auquel les races occidentales sont sensibles comme par instinct. Employer de grands malériaux à propos, les couper en raison de leur fonclion, les poser de façon que la structure paraisse stable, c'esl, en architecture, depuis l'époque grecque, une partie essentielle de l'art de bâlir, et sous ce rapport les architectes du xu* siècle, par exemple, élaientplus près de l'art vrai que nous ne le sommes aujourd'hui. Nous verrons bienlôt pourquoi.
Il n'est pas nécessaire de melire sous les yeux de nos lecteurs ici ce qu'ils trouvent partout, c'est-à-dire la structure d'un temple grec, par exemple. Rien d'ailleurs n'est plus simple : des blocs aussi grands qu'on pouvait se les procurer, pour les colonnes; des plaies-bandes d'un seul morceau, ou composées de deux blocs juxiaposés, portant d'une colonne à l'autre; et pour les murs, des malériaux de dimensions médiocres ; des carreaux formant les deux parements extérieur et intérieur. Sur les architraves, des linteaux d'un seul morceau franchissant la largeur du portique ; sur ces linleaux, des dalles, ou dans certains cas, à défaut de pierres longues et résistantes, du bois. Une frise composée d'une suite de dez et de dalles de remplissage ; puis, sur ces dez, la corniche. Épargne de grands blocs là où ils n'étaient pas nécessaires, et toujours des lits et joints coïncidant avec les membres de l'archileclure. Si ce n'est trèssavant, du moins la raison et Tœil sont satisfaits par une structure en harmonie parfaite avec la forme.
Dans tout ceci, nulle liaison obtenue par des agglutinations ; parfois quelques crampons ou queues d'aronde de bronze ou même de bois; stabilité obtenue par superposition, et pesanteur agissant verticalement sur des points d'appui verticaux.
Les Romains, qui prenaient partout et admettaient tout principe pratique, n'ont pas dédaigné le système des Grecs, mais ils l'ont simultanément employé avec un procédé de bâtir qui lui était absolument opposé. Ils ont employé le système concret ou d'agglomération obtenu par les mortiers. Formant des masses épaisses composées de cailloux, de moellons, de briques, de blocages, réunis par la chaux et le sable, ils ont parfois revêtu ces noyaux de parements de pierres appareillées posées à joints vifs, sans mortier, suivant le système admis par les Grecs; ou bien, devant des murs ou massifs concrets, ils ont dressé des colonnes avec leurs entablements, suivant le principe grec; mais jamais
OZIÈME ENTRIiTIEiV. 9
les Romains iront pose de la i)icrre d'appareil sur morlier : ils semblaient, en admeltani les deux systèmes très-différents, les respecter tous deux et ne pas permettre qulls fussent confondus. Ce fait est remarquable, et contribue a donner a leur maçonnerie un aspect tout particulier. Ils les confondaient si peu, ces deux principes, que nous les voyons même suivre, dans leur slruclure d'aj)pareil, la méthode grecque la plus pure : comme, |)ar exemple, de ne pas faire passer des lits de parements dans des jambages, de former ceux-ci de blocs monolilhes; de foire des antes et colonnes d'un seul morceau ; de ne pas liaisonner les pierres d'un arc très-épais, mais de le composer de plusieurs arcs juxtaposés ^ ; d'exlradosscr leurs claveaux. En un mot, la structure d'appareil des Romains esl franchement grecque, conforme à la méthode grecque, ce qui ne les empêche pas d'adopter simultanément une méthode absolument différente, celle de la structure concrète. C'est en cela que nous devrions imiter les Romains, et c'est ce que nous ne faisons pas plus dans nos constructions privées que dans nos constructions publiques.
Les Romains, avec leur grand sens pratique, avaient bien compris que les deux systèmes de bâtir (pi'ils ado[itaient pouvaient s'aider réciproquement, mais à la condition de ne pas les mélanger. Ils avaient compris qu'une colonne de granit no i)ciit subir aucun tassement ni aucune dépression ; qu'un support pareil posé devant un niassif de blocage devait nécessairement roidir ce massif du côté où il était posé, car le massif, subissant nécessairement un retrait par suite de la dessiccation des mortiers, devait s'affaisser quelque peu, tandis que la colonne conservait toute sa hauteur. C'était, dans bien des cas, une ressource pour le constructeur. Faisant autour du Colisée une croûte en pierre d'appareil, le constructeur romain sentait que cette énorme masse intérieure de maçonnerie de brique et de blocage était élayée dans son pourtour par une ceinture absolument rigide, inébranlable, ne pouvant ni subir de tassement, ni se rompre, ni se lézarder. C'était un épaulemenl. Si les Grecs n'élevaient que de petits monuments, les Romains en construisaient d'immenses, et leur méthode mixte était parfaitement appropriée à leur programme, en ce que, plaçant toujours à l'extérieur, ou sous les arcs, à l'intérieur, dos consiruclions d'appareil sans mortier, ils faisaient ainsi que leurs maçonneries s'élayaient d'elles-mêmes, toutes les résistances rigides tendant à rejeter les pesanteurs sur les milieux: et ce qui était conforme à la bonne structure était en même temps une parure.
' Ali pODldu Gard el aux arcucs d'Arles, pai' exeiupli*.