II
Poursuivons donc nos tentatives; si imparfaites qu'elles soient, elles n'en montreront pas moins qu'il y a tout à faire dans Fart de la construction aujourd'hui, et que l'architecture ne prendra une nouvelle forme que si elle se met franchement à la remorque des procédés réellement neufs et raisonnes que nous fournit noire temps.
Quelques personnes prétendent encore que l'archilecture grecque, essentiellement belle, se prête à toutes les formes ; il suffirait pour réduire leur opinion à néant de leur demander de faire des voûtes a l'aide de la structure des Grecs qui n'en ont point élevé. Il est vrai que pour beaucoup d'amateurs, et même pour quelques artistes, la tradition de l'architecture grecque consiste à maintenir quelques débris d'ornements ou quelques profils. Ces amis aveugles du grec croient sérieusement suivre les arts du siècle de Périclès, parce qu'ils auront copié sur la façade d'une maison à cinq étages, un chambranle ou une corniche de l'Atlique. Sans insister sur ces puériUtés, nous sommes forcés de constater que les Grecs n'ont pas jugé à propos de voûter leurs édifices, que les imiter en cela ce seraient rétrograder quelque peu; que les Romains ont élevé des voûtes concrètes et que les gens du moyen âge en ont fait beaucoup suivant un procédé élastique qui présente des avantages. Ce sont là des faits contre lesquels aucun regret, aucune admiration ne sauraient prévaloir. Mais les voûtes des Romains exigeaient des culées aussi bien que es voûtes des maîtres du moyen âge. Nous avons fait voir comment les poussées des voûtes peuvent être neutralisées par un système de tirans, comment quelques combinaisons de voûtes peuvent reposer sur du fer. 11 s'agit d'analyser plus attentivement encore les ressources que fournit le fer lorsqu'il s'agit de voûter un édifice, d'examiner s'il n'est pas possible, sans l'aide des tirans, de neutraliser la poussée d'un arc par une combinaison de la feronnnerie avec la maçonnerie.
Soit figure 9, un arc de 10 mètres d'ouverture ; supposons une bande de tôle de O^jiO de largeur A cintrée, sur laquelle sont fixées des palettes également en tôle a, de 0°,70 de longueur, au moyen d'équerres 6, ainsi que l'indique le tracé B. Deux cornières rivées à la bande cintrée servent à fixer les équerres et à donner du roide à l'ouvrage. Si entre chacune de ces palettes nous posons des claveaux en pierre c ou même en brique c, l'arc ne pourra subir aucune déformation. Le tracé perspeclif D fait comprendre le système de cette ferronnerie. En effet, supposons E, un arc de tôle, auquel sont fixées des palettes g maintenues par des entretoises rigides /", il ne sera pas possible d'écarter les deux points i, i, car tout effort tendant à écarter ces points ne fera que buter davantage les entretoises f les unes contre les autres. Or, l'arc B^
partie en fer, partie en maçonnerie, est soumis à la même loi. Tout effort d'écartemenl se traduira par une pression plus grande sur les lits des claveaux, et comme la bande en fer donne une surface continue, les joints ne peuvent s'ouvrir à Tinlrados; ces joints ne pouvant s'ouvrir, Tare ne se peut déformer.
Il ne pourrait se produire de déformation que par l'allongement de chaque portion d'arc passant de la ligne courbe à ligne droite sous une pression considérable de façon à faire de la bande d'intrados un polygone à la place d'un cercle. Mais on observera que chacune de ces courbes entre chaque palette est presque insensible, de plus, qu'elle est rendue rigide par les cornières et les équerres. Il faudrait donc admettre une pression bien supérieure à celle qu'exerce une voûte ordinaire, pour produire cet allongement de chacune des sections du cercle.
On peut, à peu de frais, expérimenler ce procédé avec du fer feuillard, ou même avec du zinc, et en posant des coins de bois entre les palettes; il sera facile ainsi de s'assurer de la rigidité de ce système *. Un arc
t Un arc de 4,00 d*ouYerture h Tintrados, de 0,05 sur 0,07 de section, établi en zinc sans équerres et avec douze palettes soudées simplement, bandé avec des coins en plâtre, a porté sans se déformer une charge à la clef de 4.0 kilogrammes.
ainsi consiruil coûte plus cher qu'un arc en pierre ou en brique ; mais outre qu'on penl économiser sur le cube de ces matières (car un arc de cette portée pourrait être bandé avec une épaisseur de 0",ftO sans se déformer), c'est sur les culées que portera l'économie réelle.
Au moyen de ce système on pourrait élever des arcs doubleaux portant des voûtes d'arêles en brique ou en blocage , comme les voûtes romaines, sur des piles d'une très-faible section. Ce serait donc là un progrès au point de vue de l'économie de la construction et de la surface occupée par les pleins sur le sol. Or, dans nos villes, si les matériaux sont chers, la |)lace est rare, tout effort du constructeur doit tendre à économiser et ces matériaux et cette place.
On conçoit que dans ces conditions le fer ne subit pas d'altérations sensibles, car si les palettes en fer sont engagées entre les claveaux de brique ou de pierre, celles-ci n'agissent que d'une manière passive et par la simple pression qu'exercent sur elles les claveaux. La bande d'intrados, les Cornières et ses équerres qui constituent la principale solidité du système restent à l'air libre, au moins sur une face. D'ailleurs, les claveaux de pierre ou de brique à l'intérieur, sous une voûte, ne peuvent développer assez d'humidité et de sels pour altérer le fer d'une manière dangereuse. Mais ce n'est là qu'une application du fer à un mode ancien de structure. Ces arcs ont comme les arcs romains et comme les arcs du moyen âge, l'inconvénient que nous signalions plus haut; ils prennent beaucoup de hauteur, ils ont un poids considérable ; les voûtes d'arêtes romaines exigent l'emploi de cintres dispendieux. Si l'on veut construire des voûtes sur une salle très-large, ayant 20 mètres d'ouverture, par exemple, n'exerçant aucune poussée, n'exigeant pas la pose de cintres en charpente considérable, ne prenant pas de hauteur, permettant l'ouverture de grands jours très-élevés au-dessus du sol, présentant un aspect
plus monumental que relies données figures 6, 7 et 8, sans employer le ter autrement que comme supports et tirans et dans des conditions d'économie par conséquent, il- nous faudra recourir à des combinaisons diffé-
DOUZIRME ENTRETIEN.
renies de celles adoplées par les Romains ou par les maîlres du moyen âge.
Supposons, figure 10, un châssis a, 6, c, d, quatre jambettes ae, de, bf, cf, et un tiran ef. Il est évident que Farmature composée do ces pièces, en la supposant chargée sur les poinis a, 6, c, rf, ne pourra subir aucune déformation. C'est sur cette figure que repose le système de voûtes que nous allons développer.
Soit, figure 11, le plan parliel d'une salle de 20 mètres dans œiivrc, composée d'un plus ou moins grand nombre de Iravées. Si eu abcd^ nous établissons une armature composée suivant la figure 10, les lignes ae, rfe, bf, cf, donneront la projection horizontale des jambes de force, les lignes réunissant les points a, 6, c, d, la projection horizontale du châssis et la ligne e/*, la projection horizontale du tiran. Si nous bandons des arcs suivant les lignes ah , ad , di , bg ^bc, ck^ ab, de, nous aurons établi un réseau d'aycs sur lesquels nous pourrons élever la coupole A, une voiile en arc -de-cloître sur le carré B, et des berceaux sur les Ira-
pèzes liadi^ gbçk. Tout ce système pourra reposer sur des murs percés de baies et n'ayant pas plus de 1",80 d'épaisseur sans contreforts.
La coupe, figure 12, faite sur op, en A, et sur os, en B, explique ce système, mais ce qui l'expliquera beaucoup mieux encore, c'est la vue perspective, planche XXII. Les jambes de force ou colonnes inclinées a (voyez la coupe, figure 12) sont en fonte, reposent en 6, dans des sabots également en fonte armés d'un tiran c. Les pieds de ses jambes de force sont sphéroïdes et entrent dans deux alvéoles pratiquées dans chacun des sabots. Les têtes de ces jambes de force entrent à tenons dans des sphéroïdes e surmontés de bouts de fûts qui entrent également à tenons dans les chapiteaux en fonte g^ lesquels reçoivent chacun le sommier de trois
-/ titta
arcs. Les bouts de fûts sont réunis par les tirans d, lesquels avec l'arc qui les surmontent, forment un côté du châssis carré sur lequel repose la voûte en arc-de-cloître et une partie de la coupole. Ainsi, ces quatre arcs avec leurs tirans, ne peuvent exercer aucune poussée. Seuls, les arcs ah, di, hg, ck (voyez le plan, figure 11), pourraient exercer une poussée sur les murs latéraux. Mais, si au-dessus de ces arcs une armature circulaire en fer vient enserrer la base de la coupole, cette poussée, déjà très-oblique, sera neutralisée.
La vue perspective, pi. XXII, fait voir que les murs latéraux peuvent être percés de larges baies, s'élevant de niveau jusqu'à la naissance du système des voûtes. Pour que ces voûtes pussent écarter les murs, il faudrait que les tirans c (voyez la coupe) se rompissent. Mais le tirage sur ces brides de fer n'est pas aussi considérable qu'on peut le croire, du
DOUZIÈME ENTRETIEN. 8â
moment que la structure est bien bandée et qu'elle n'a pas subi une déformation. Quand une construction est bien établie, que des voûtes sont bandées avec soin, l'effort initial que produisent celles-ci est peu de chose, et il suffît d'un faible obstacle pour arrêter son développement. En supposant les arcs et leurs sommiers en pierre, les voûles en briques creuses, chacune des jambes de force n'aurait que 15,000 kilogrammes à porter au plus. Une partie de cetle charge étant décomposée par l'oblicité de la jambe de force et répartie verticalement sur les murs, le tirage sur la grande bride inférieure en fer se réduirait à une action médiocre que le calcul peut donner, mais qui, en tenant compte des charges du mur lui-même au-dessus des sabots et de ce qu'il supporte directement, produirait un effort effectif sur les brides de 5 à 6,000 kilogrammes; or ce tirage n'a rien qui puisse inquiéter. Une construction de ce genre serait très-économique, car on remarquera qu'il n'est besoin que d'un seul modèle, soit pour les jambes de force, soit pour les sabots, soit pour les chapiteaux.
Sur l'échafaud qui servirait à poser les colonnes inclinées, les cintres pour les arcs (tous semblables) seraient facilement montés; et pour les voûtes, en les supposant faites par des procédés particuliers, on peut les bander sans cintres ou au moins sans couchis, ainsi que nous le démontrerons tout à l'heure.
Ce mode de structure en fer et maçonnerie remplit les conditions qui nous paraissent devoir être admises dans les ouvrages de ce genre, savoir : que les armatures en fer soient visibles, indépendantes, libres, qu'elles ne puissent causer des désordres, par conséquent, dans la maçonnerie, soit parleur oxydation, soit par leur variation ; que la maçonnerie demeure concrète par parties, en conservant cependant, grâce aux petits arcs en pierre qui portent le tout, une certaine élasticité ; que le système de voûtes, n'occupant qu'une très-faible hauteur relativement à la largeur du vaisseau, permette l'ouverture de grands jours relativement élevés, ne demande qu'un cube minime de matériaux et n'exige que des murs minces, pouvant être (sauf les points d'appui) construits partie en moellons; que dans l'armature en fer, les pièces assemblées avec boulons, sujettes à rompre ou à briser ces boulons, soient évitées, les boulons étant uniquement employés pour serrer les tirans avec les brides ou colliers. La figure 13 donne le détail d'un des chapiteaux en fonte en A, avec son bout de fût et son sphéroïde en B; le colliet* des tirans supérieurs en T; la tête des jambes de force en C; le pied de celles-ci en D, et le sabot en E, avec les branches de tirans F et l'une des ancres en G. On peut constate!* ainsi que ces assemblage* sont libres^ ne pouvant
8& KNTKËTltNS 6UK L'aRCHITBCTURB.
occasionner ni ruptures ni déformations, ni même une pose difficile ou (les relouclios au burin sur le las.
Il est évident que dans une construction de ce genre, tout doit être
DOUZIÈME ENTRKTIBN. 85
prévu à l'avance. Les diverses parties de l'ouvrage peuvent être disposées dans des usines ou des chantiers spéciaux et arriver à pied-d 'œuvre toutes façonnées, de telle sorte qu'il n'y ait plus qu'à procéder à leur montage.
Nous devons tenir compte aujourd'hui dans les constructions, d'un embarras majeur» celui que nécessite l'établissement des chantiers. La place est devenue si rare dans nos villes populeuses qu'il semblerait opportun de chercher les moyens propres à réduire autant que possible l'étendue de ces chantiers. Pour la maçonnerie particulièrement, l'usage d'amener sur un chantier des blocs de pierre bruts, dans lesquels l'appareilleur doit trouver chacun des morceaux qui entreront dans la bâtisse, a l'inconvénient de faire accumuler un cube énorme de pierre en pure perte^ puisque ce cube sera réduit par la taille. La pierre payant des droits d'octroi en raison du cube introduit et de transport par chemin de fer en raison du poids, il est clair que si sur chaque bloc de pierre, il faut enlever un quart ou un cinquième de ce cube avant de le poser, on a payé les droits d'octroi et de transport pour un déchet qui ne profite à personne, mais dont cependant il faut tenir compte à l'entrepreneur. Ce déchet, que l'on paye sur le chantier à l'entrepreneur, a payé une portion des droits d entrée et une portion des frais de transport. La pierre mise en œuvre vaut donc, outre sa valeur réelle, le déchet et ce qu'a payé ce déchet à l'octroi et à l'administration du chemin de fer.
Si l'appareil, surtout quand il s'agit d'élever de grands édifices, était complètement fixé par l'architecte lorsqu'il donne les tracés à l'entrepreneur, celui-ci pourrait demander une grande partie de sa pierre aux carriers sur panneaux, ne serait plus ainsi dans l'obligation de louer et d'occuper des chantiers aussi vastes. Il y aurait économie pour lui, partant, marchés plus avantageux pour l'administration ou les particuliers.
Si dans les œuvres légères de maçonnerie, comme les voûtes, par exemple, on employait certaines méthodes qui permettraient d'éviter les approvisionnements de matières premières sur les chantiers, si ces œuvres légères arrivaient d'une usine, prêtes à être mises en place par parties, on ferait encore une économie sur le moulage, la main-d'œuvre et le temps. Les perfectionnements dans Tart de la construction doivent consister à épargner le temps, la place, la main-d'œuvre superflue, comme celle affectée au montage sur le tas des matières dont une partie seulement devra entrer dans la structure. A quoi bon, par exemple, monter de l'eau à 20 mètres de hauteur si l'on peut employer une grande partie de celte eau sur le sol ou dans un atelier? N'est-ce pas un procédé barbare que celui (lui consiste à gâcher du plâtre dans des n. 12
augées à pied-d'œuvre et à faire inonler ces augées par des garçons maçons? Que de temps et de peine perdus! que de causes de malfaçons, d'accidents, de négligences !
Examinons donc comment, pour les voûtes particulièrement, on pourrait éviter certaines manœuvres ou certains ouvrages préparatoires adoptés encore aujourd'hui, et par conséquent des dépenses. Outre le plâtre qui, employé à l'inférieur, est une excellente matière, nous possédons des ciments, des bétons comprimés ou agglomérés qui peuvent donner de grandes parties de voûtes toutes façonnées d'avance à l'atelier, dans d'excellentes conditions, sous une surveillance facile, pour être montées sur le tas et être posées rapidement , a Faide de dépenses minimes. Aujourd'hui, si l'on veut bander des voûtes, on commence par poser des cintres en charpente sur lesquels on établit des couchis en bois, composant la forme convexe de la voûte. Ces cintres et couchis^ qui doivent disparaître, sont une dépense considérable. Les Romains n'employaient pas une autre méthode. Sur ces couchis ils bandaient des arcs en briques entre lesquels ils coulaient un bétonnage battu sur forme. Ainsi faisaient-ils des voûtes d'une très-grande portée. Les maîtres du moyen âge établissaient des cintres en charpente pour porter les arcs doubleaux et les arcs ogives sur lesquels, à l'aide de couchis mobiles, ils maçonnaient les remplissages ^ Ce dernier moyen économisait déjà une partie de la charpente qui était nécessaire pour bander les voûtes ro* tnaines. Mais nous ne devons pas nous en tenir à ces procédés; il nous faut profiter de ce qu'ils ont de pratique et trouver mieux s*il est possible. La planche XXII montre plusieurs formes de voûtes employées simultanément pour couvrir un vaisseau. Que sur le plancher en charpente qui aura servi à établir les jambes de force inclinées en fonte, on pose des cintres (tous tailléâ sur la même épure) pour recevoir les arcs en pierre, cela est inévitable ; mais pour bander les coupoles indiquées dans cette planche, on peut se dispenser de dresser cet attirail de cintres et de couchis si embarrassants, si longs à tailler et si dispendieux.
Les Orientaux ont une méthode bien simple pour faire des coupoles sphéroïdales. Ils attachent au centre du sphéroïde une tige en bois par un bout, et la faisant manœuvrer comme un rayon, ils posent successivement sur plâtre les briques qui forment la concavité. Chaque cercle de briques, ou plutôt chaque section horizontale de la sphère, forme une zone qui ne saurait se déformer , et les ouvriers arrivent ainsi à
> Voyez l*exposé de cette méthode dans le DicUonnaire raisonné de Varchiteelure trùnçaise, article Construction.
fermer la voûte. On conçoit toutefois que ce procédé ne peut être employé que pour des coupoles d'un assez faible rayon et qu'il n'est pas oxpédilif . Cette méthode est bonne cependant et pourrait être appliquée avantageusement dans certains cas et avec des perfeetionnenients, comme, par exemple, de faire manœuvrer au pied plusieurs de ces tiges dans une noix en fer ou même en bois, possédant un nombre de rainures égal au nombre des tiges. Mais pour une calotte de 20 mètres de diamètre à la base, et dont le rayon est de 15 mètres comme celles représentées dans la coupe, iig. 42, le procédé des tiges mobiles ne saurait être appliqué. Toutefois, en adoptant un système de maçonnerie nouveau, on peut obtenir sur le cintrage des économies notables.
Soit une calotte de 20 mètres de diamètre à la base, et dont, par conséquent, la circonférence, à celte base, sera de 60 mètres, nous divisons cette circonférence en soixante parties, et, faisant l'épure d'une tranche de la calotte ainsi divisée, nous coupons cette tranche en un certain nombre de caissons, ainsi que l'indique le. tracé perspectif, fig. I&.
Rien n'est plus simple, surtout si nous avons plusieurs de ces calottes à fermer, que de faire faiœ dans un atelier, soit en plâtre moulé, soit en béton comprimé, la quantité nécessaire de ces caissons. D'après notre figure, il y aurait seulement sept modèles différents de ces caissons. S'il en faut soixante pour la zone inférieure, il en faut soixante également pour chacune des zones.
Ces caissons, préparés a Tavance, même en hiver, séchés suffisamment, peuvent être montés sur le tas comme des claveaux et scellés entre eux au moyen du plâtre ou d'un ciment. Chaque zone scellée est bandée, et l'on peut passer à la suivante. Il n'est pas besoin de dire que ces caissons peuvent être moulés avec compartiments et tables renfoncées de façon à former décoration intérieure.
Le cintrage pour une calotte ainsi fermée, au moyen de caissons
moulés, épargnera les couchis, car chaque caisson présente une surface concrète. 11 suffit donc de trente cintres ou soixante demi-cintres sous les joints ascendants. Pour établir ces cintres, le fer est d'un excellent emploi, d'autant que cette matière, conservant sa valeur, peut être employée â d'autres usages ou être échangée, le travail achevé. Si donc, fig. 15, nous établissons un cercle en fer à T, ou même en fonte en A, un autre cercle en fer cornière en B; si nous relions ce cercle inférieur par une quinzaine detirans C, comme surcroît de précaution, boulonnés à un œil D; entre les ailes du cercle supérieur et la cornière circulaire inférieure, il suffira de poser soixante arbalétriers Ë, avec courbes en bois moisées qui les roidiront et qui serviront i\ poser les caissons ; les joints ascendants de
ceux-ci étant au droit de chacun des cintres. Si au lieii du cercle inférieur on posait un polygone à soixante côtés en tôle coudée pour deux travées, avec plaques d'assemblage, ainsi que Tindique le détail G, on pourrait se dispenser de poser les tirans C.
En moyenne, chacun de ces caissons ne cube pas plus de cinq centimètres et demi et ne pèserait par conséquent, en béton comprimé, que 400 kilogrammes environ, et en plâtre sec, que 80 kilogrammes environ. Leur nombre étant de &20, le poids total de la calotte, ayant 20 mètres à la base et 4" ,60 de flèche, ne serait, en béton comprimé, que de 42 000 kilogrammes, et en plâtre, que de 33 600 kilogrammes. Cette calotte ne donnerait donc qu'un poids de 5250 ou de 4200 kilogrammes sur chacun des huit points d'appui.
Toute action de poussée serait Aicilement neutralisée par un cercle en fer posé en H (voir la figure 15). Mais ces procédés ne présentent pas une structure nouvelle. Il n'y a ici qu'une substitution de point d'appuis en fer à des points d'appuis en maçonnerie, et des moyens de façonner des voûtes dans les formesordinairesà Taided'expédients économiques qui ne sont pas habituellement usités. Le fer n'intervient pas dans la combinaison de ces voûtes. Les dimensions n'excèdent pas celles adoptées pour nos plus grands édifices voûtés. Cependant chaque jour des besoins nouveaux qui se manifestent nous indiquent assez que les dimensions les plus vastes admises dans les monuments du passé ne sont pas suffisantes. Les populations urbaines ne trouvent nulle part dans nos bités des locaux assez spacieux pour contenir certaines assemblées. Nous avons vu, par exemple, que des salles prêtées pour des concerts populaires, à Paris, ne pouvaient permettre d'introduire dans leur enceinte la moitié des personnes qui prétendaient y entrer. Le palais de l'industrie, les gares de chemin de fer, ne sont que des halles vitrées, ce ne sont point des édifices clos, sains, pouvant être chauffés. Ces halles ne peuvent avoir la sonorité qui conviendrait dans certaines circonstances. L'air y arrive de tous côtés, les surfaces réfrigérentes sont considéi'ables. Or, je le répète, les édifices en maçonnerie présentent des avantages qui ne peuvent être obtenus avec du fer, de la tôle et du verre seulement. Si nous recourons aux plus vastes édifices romains en maçonnerie, nous voyons qu'ils ne présentent pas des surfaces vides très-considérables.
La grande salle circulaire des thermes d'Antonin Caracalla à Rome, n'a pas plus de â5 mètres de diamètre dans œuvre. La grande coupole de l'église de Sainte Sophie à Conslantinople n'a que 31 mètres dans œuvre ; celle de Saint-Pierre de Rome a 10 mètres de plus. Constatant la puissance des moyens employés pour obtenir ces résultats qui semblent prodigieux encore aujourd'hui, on ne sera point surpris si nous n'osons y recourir, vu la dépense énorme qu'ils occasionnent.
Si le fer introduit dans les bâtisses ne nous permet pas de franchir ces limites avec une économie marquée, en vérité, nous sommes au-dessous de nos devanciers. En effet, les maîtres du moyen âge, comme ceux delà renaissance, se distinguent par leur esprit subtil, actif et chercheur. Je dis esprit chercheur, car c'est la qualité qui domine dans les travaux laissés par ces anciens maîtres. Elle intervient dans la structure de nos édifices du moyen âge et ne cesse de se manifester que quand la matière se Infuse à obéir. Elle intervient dans les essaisde la renaissance; et laissant (le côté l'imitation superficielle des formes de l'antiquité à laquelle s'attachaient les architectes de cette dernière époque, ceux-ci dans leurs cons-
iructions, dans les méthodes qu'ils employaient, ne s*en tenaient pas à cette imitation. Sans recourir aux monuments, on peut avoir la preuve de ce fait dans les ouvrages que nous ont laissés plusieurs de ces maîtres tels qu'Albert Durer, Serlio, Philibert de l'Ormé, etc. A chaque page de leurs œuvres on voit surgir une tentative, un fait nouveau, et comme leurs prédécesseurs, ils ne s'arrêtent que si la matière leur fait absolument défaut. Avons -nous atteint ou même cherché cette limite aujourd'hui; je ne le crois pas. Nos ingénieurs, dans leurs grands travaux de ponts, sont entrés résolument dans une nouvelle voie, mais nos architectes n'ont faitqu'appliquer timidement les nouveaux moyens à de vieilles formes. Se dispensant de calculer, de chercher, de combiner, sous le prétexte que ces recherches, ces calculs et ces combinaisons sont contraires aux formules qu'ils se sont posées, ils préfèrent vivre sur un passé qui croule sous leurs pieds et qui les entraînera avec lui dans sa chute finale. Au milieu d'une société où tout se transforme avec une ra« pidité prodigieuse, eux seuls, comme s'ils étaient les prêtres d'un dogme sacré, nient le mouvement par leurs œuvres. La plupart, parmi les plus autorisés même, refusent de s'enquérir d'une partie considérable de ces recherches du passé qui peuvent conduire à des découvertes nouvelles.
Et cependant ce respect pour un prétendu dogme n'est, à tout prendre, qu'un amas de préjugés entretenus depuis deux siècles ù peine au milieu du public. Le public qui se plaint sans cesse, de voir élever des édifîces qui ne répondent ni à ses besoins ni a ses désirs, qui demande du nouveau, qui prétend qu'on le ruine pour élever ces édifices dont il ne conçoit pas la raison d'être, se pique parfois d'un faux goût classique.
Il est temps cependant de songer à l'avenir pour nous architectes, de nous mettre sérieusement à chercher comme nos devanciers et de ne plus voir dans le passé que des efforts dont nous devons profiter, que nous devons analyser pour atteindre au delà; il est temps de songer k cette question principale de l'économie dans les bâtisses, si nous ne voulons pas voir bientôt ce public lassé de payer sans obtenir rien qui satisfasse pleinement à ses besoins, s'adresser à des hommes indifférents en matière d'art, mais constructeurs et calculateurs selon le temps.
Nous qui sommes arrivés au milieu de la carrière, il ne peut nous être donné de trouver ces formes d'un art neut\ mais nous devons, dans la mesure de nos forces, préparer le terrain, chercher à l'aide de toutes les méthodes anciennes, mais non de quelques-unes seulement à Texclusion des autres, les applications en raison des matériaux et des moyens dont nous disposons. Le progrès n'est jamais que le passage du connu à
DOUZIÈME ENTBETIEN. 91
rinconnu, par la transformation successive des méthodes admises. Ce n*est pas par soubresauts que se produit le progrès, mais par une suite de transitions. Cherchons donc consciencieusement à préparer ces transitions et, sans oublier jamais le passé, en nous appuyant sur lui, allons plus loin.
C'est seulement à ce point de vue qu'il faut envisager les exemples donnés dans cet entretien. Je n'ai pas la vanité de croire ou de faire croire que j'aie mis en lumière tout un système nouveau de structure, devant entraîner des formes nouvelles d'art. J'apporte un contingent, je n'ai d'autre prétention que de signaler des méthodes permettant l'appli» cation des moyens qui nous sont fournis. Que chaque architecte, de son côté, en fasse autant; tout en respectant l'art de l'antiquité, celui du moyen âge, en les analysant surtout, nous verrons surgir cette architecture de notre telnps dont le public réclame l'avènement mais qu'il ne saurait nous donner, si de notre côté nous nous en tenons à recopier les arts du passé, sans tenir compte d'ailleurs du milieu dans lequel ils se sont produits et des éléments qui les ont fait naître.
La série des exemples donnés dans cet entretien^ fait entrevoir la mé « thode qui semblerait devoir être admise dans ces recherches. Nous sommes partis de procédés connus, en les modiliant peu à peu ou plutôt en y appliquant de nouveaux éléments. Nous allons essayer maintenant d'aborder plus franchement l'emploi des nouvelles matières et d'en déduire des formes générales de bâtisses dans des conditions nouvelles.
Obtenir le plus grand vide possible à l'aide des pleins les plus réduits est certainement le problème posé par toutes les architectures, dès l'instant qull a fallu bâtir pour le public. La foule n'entrait pas dans les temples grecs, et comme je l'ai dit quelque part déjà, les petites républiques de la Grèce n'assemblaient les citoyens que dans des enceintes en plein air. Si les Romains ont les premiers donné à leur structuredes dispositions qui permettaient à un public nombreux de se réunir à couvert, les gens du moyen âge ont suivi ce programme en cherchant à réduire autant que possible les pleins. Les matériaux mis à leur disposition ne leur ont pas permis cependant de franchir une certaine limite, puisqu'ils prétendaient voûter leurs grands édifices. Ne pouvant employer le fer forgé ou la fonte en grandes pièces, ce n'était qu'a l'aide de combinaisons d'appareil, d'un système d'équilibre des résistances et des poussées, qu'ils parvenaient à élever des vaisseaux tels que ceux de nos grandes cathédrales. Or nous possédons ces moyens qui leur manquaient. Le fer nous permet des har^ diesses à peine tentées, à la condition d'employer cette matière en raison de ses qualités4 Encore une fois, il ne s'agit pas d'élever des halles, des
gares de chemin de fer, mais bien de couvrir des surfaces en maçonnerie, largement éclairées et pouvant remplir les conditions de salubrité > et de durée que demande notre climat.
Les corps solides, les polyèdres composés de surfaces planes paraissent devoir fournir un élément applicable à la structure partie en fer, partie en maçonnerie s*il s*agit de voûtes. En effet les combinaisons tendant à fabriquer des arcs en fer, soit au moyen de plaques de tôle assemblées, âoit au moyen de trapèzes en fer fondu ou forgé réunis par des boulonnages ne sont données ni par la nature du métal, ni par les formes que peuvent fournir les usines.
Dans ces conditions, les armatures en fer sont dispendieuses et ne remplissent les fonctions auxquelles on les affecte qu'à la condition de leur donner plus de force qu'il n'est nécessaire pour résister aux déformations ou aux ruptures; mais si nous considérons le fer laminé comme une matière bonne surtout pour résister à des tirages, si par la combinaison des maçonneries qui les accompagnent nous maintenons leschantournements, si nous prenons le métal comme étant d'un emploi et d'un assemblage faciles par parties rectilignes; si nous formons de ces pièces une sorte de
réseau indépendant, et si sur ce reseau en ferronnerie nous posons des voûtes par parties, nous aurons ainsi établi les armatures en fer suivant leurs qualités et nous aurons des facilités pour couvrir de grandes surfaces au moyen d'une suite de concrétions en maçonnerie. Soit un polyèdre, figure 16 pouvant être inscrit dans une demi-sphère, composé de côtés égaux entre eux, formant des octogones, des hexagones et des cams, il est clair que si nous établissons une armature en fer, ainsi disposée, nous obtiendrons un réseau solide, résistant^ et que sur chacune des parties de ce réseau nous pourrons bander des portions de voûtes. Parlant de cette donnée simple, nous admettons que nous avons à voûter une grande salle de concert, par exemple, pouvant contenir, compris les tribunes, enviix)n 3000 persoimes. Le plan A, figure 17, remplira ce programme. En a
DOUZIÉHE ENTRETIKN.
nous aurons un vKtibule pour les pictonâ, eu 6 des vestibules pour les personnes arrivant en voilure, en e des escaliers montant aux tribunes.
La salle, non compris les appendices e aura &6 mètres dans les deux sens,
dans œuvre, et donnera une surface de plus de 2000 mètres, lîn ffffffff
9/i ENTRETIENS SUE L* ARCHITECTURE.
est tracée la projection horizontale du polyèdre indiqué figure 16. Si nous faisons une coupe sur gh, nous obtiendrons le tracé B.
L'armalure du polyèdre en fer reposera sur huit colonnes en fonte reportant les charges sur les jambes de force obliques t. Ces jambes de force porteront en même temps les tri bunesft. Les murs des quatre appendices buteront les poussées de tous le système, poussées d'ailleurs réduites à une très faible action. Ces appendices seront voûtés (ainsi que Tindique la coupe C, foite sur op) sur des poitraux en tôle 5, de façon à ne point exercer de poussée sur les pignons. On observera que chaque membre recliligne de l'armature est d'égale longueur et que cette longueur est de 8", 60 environ, pour le polyèdre comme pour les autres parties des voûtes. Nous reviendrons sur la forme de ces membres et sur leur décoration, quand nous nous occuperons plus spécialement delà serrurerie.
L'aspect de cette structure est présenté dans la figure 18, grâce à ce réseau de fer, les portions de voûtes pourraient être faites en matériaux très-légers et n'auraient qu'une très-faible épaisseur. On voit que ces portions de voûtes, entre les mailles du réseau en fer, sont composées d'arcs qui pourraient être faits soit en brique moulée, soit en pierre tendre ; que les remplissages, se feraient aisément, soit en poteries, soit en briques creuses à plat, soit même en tranches moulées comme il a été dit cidessus. Le cintrage de ces voûtains s'établirait sur l'armature même qui reste indépendante, vue, au-dessous des voûtains, et qui ne sert qu'à les porter aux points où aboutissent leurs arcs diviseurs.
La plus grande surface à voûter est celles de l'octogone du milieu qui a 21 mètres de diamètre, mais dont le poids est diminué par le jour circulaire du sommet. Quant aux hexagones ils n'ont que 16 mètres d'angle en angle, et leur position oblique fait que les charges de la voûte qui les remplit, se reportent sur les colonnes en fonte. Il faudrait, pour rendre compte de tous les moyens d'exécution de ce système de construction, une quantité de détails qui ne peuvent avoir ici leur place*; et d'ailleurs il n'entre nullement dans ma pensée de donner dans cet exemple autre chose qu'une des applications raisonnées de l'emploi simultané du fer et de la maçonnerie, d'indiquer seulement le sens dans lequel les recherches doivent être poussées, si l'on prétend sortir de la routine et adopter sérieusement le fer dans nos grandes constructions, autrement que comme un palliatif ou un moyen dissimulé.
' Nous aurons l'occasion d'étudier quelques-uns de ces détails, notamment en ce qui concerne les assemblages , quand nous nous occuperons plus spécialement de la grande serrurerie.
{fig.18)