C.K.gle
EXHORTATION ACX RBLIGIG13SE8 DE âANT-LOUIS (1700). 07
Je la voudrois expérimentée dans U conduite pour l'intérieur et pour l'extérieur, puisqu'elle doit former l'un et l'autre en ses filles ; je la voudrois prudente, capable, ferme, patiente ; enfin tout ce que vous pouvez avoir de meilleur ne seroit pas trop bon pour une charge où l'on a à donner la dernière forme à des grandes Elles qu'on doit disposer pour toutes sortes d'états, et à qui il faut aider à en faire le choix. On peut dire que c'est elle qui achève l'éducation de vos demoiselles. Si l'on croit qu'une supérieure qui a une communauté de religieuses à gouverner est fort chargée, combien l'est davantage une maîtresse des bleues qui a la conduite de soixante filles de dixsept à vingt ans! Je crois, ajouta-t-elle, que vos déposées ' et vos maîtresses des novices ne seroient pas trop expérimentées pour cette charge, quand vous pourrez vous en passer dans le conseil'. Il ne seroit pas nécessaire que cette fille eût autant l'esprit de l'Institut que je le demande dans les conseillères; si elle l'avoit par-dessus tout le reste, ce seroit encore mieux. Pour moi, si l'on me présentoit une fille prudente, expérimentée et très-capable, et une autre qui eût moins de ces qudités, mais qui comprit bien l'esprit de votre fondation, je mettrois la première aux bleues, et l'autre au nombre des conseillères. »
■ C*e«t-à-dlre les Supérieurea qui avalent ralt leur Irieniial. > La charge de première oiailresse des bleues Tut toujours ei 'et remiilie par les Daines les plut dUUflguéek di ia maiton.
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EKTRETIEKS SUft LËMICATION.
ENTRETIEN XXIIP.
Madame nous dit qu'elle ne pourroit trop dire combien il étoit nécessaire d'agir de concert dans les charges, et que ce concert ne consistoit pas seulement dans la soumission des subalternes pour ne rien faire de leur autorité ; que les offîcières et la supérieure mfime ont un grand besoin de consulter celles qui dépendent d'elles avant que d'agir et de donner des ordres. « Pour moi, ajouta-t-elle, qui suis à la classe des Tovges, tantôt première et tantôt subalterne pour essayer de tout'', j'ai déjà fait l'expérience de ce que je vous dis, et j'ai éprouvé plusieurs fois l'inconvénient qu'il y a pour les maltresses de ne se pas consulter. Par exemple, j'ai vu faire une faute à une petite Qlle qui m'a paru assez grossière et qui m'a même donné une assez mauvaise opinion d'elle; je l'ai mise en pénitence sans consulter les maltresses. La première est venue un moment après, à qui j'ai rendu compte de la faute et de la pénitence que je venois d'imposer; elle m'a dit : 11 Ah 1 Madame, que j'en suis fâchée , cette « petite fille a de bonnes inclinations ; cette faute ne Il vient point de malice, et je ne crois pas qu'il en
> Secueil det Képotaes, p. 43.
* VdIt les aotes de» pages lOT et 200, dans les lellres sutréditcaHon.
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i( faille tirer de conséquence ; et marque de cela , 11 c'est qu'elle me vint trouver hier an soir et me dit « telles et telles choses. » — Quand je l'eus entendue, ajouta Madame, je vis bien que j'avoîs eu tort ; je fus fort fâchée d'avoir donné ma pénitence, et je tirai ma conclusion qu'il ne falloit rien faire dans les charges sans concert, et qu'il faut que les demoiselles vous voient tellement unies qu'elles croient ne pouvoir déplaire ou contenter une sans déplaire ou contenter toutes les autres; car il arrivera que si la première maîtresse punit ou récompense, sans consulter ses aides, elle le fera souvent mal à propos, et de plus, elle découragera un enfant en lui donnant pénitence pour une faute qu'elle n'a faite que par surprise, et qui d'ailleurs contente ses maltresses. »
ENTRETIEN XXIV
Madame dit aussi qu'il arrîveroit immanquablement que quelquefois les demoiselles feroient confidence à leurs maîtresses dii goût qu'elles ont pour elles, du dégoût qu'elles ont pour les autres, que quelques-unes le feroient par sincérité, d'autres par flatterie ; et que, pour éviter qu'elles fassent de
' itecueil (les Répotatt, p. 5*.
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70 ENTBETrENS StR L'ÉOTCATFON.
ces sortes de discours, il faut les recevoir non pas sévèrement, mais d'une manière qui marque qu'on est si uni les unes avec les autres qu'on n'est pas flatté de ces sortes de préférences ; qu'on peut leuf répondre, par exemple : Je suis ravie que voua m'aimiez, si cela vous donne plus de croyance en moi pour le bien que je veux vous insinuer; mais si vous m'aimez par de bons endroits, vous aimerez bientôt les autres comme moi, car vous trouverez en elles la même amitié pour vous, et que nous pensons si fort les mêmes choses qu'on ne nous doit point regarder comme si nous étions de différentes personnes.
« Il leur faut peu parler, ajouta-t-elle, et leur ôter les occasions de parler beaucoup elles-mêmes, et pour cela, aux heures de récréation, les porter le plus qu'on peut à s'occuper à des jeux innocents. n faut peu parler, parce que, premièrement, en parlant beaucoup on se hasarde à leur dire des choses qui ne conviennent point ou qui peuvent être mal prises par quelques-unes d'elles, supposé même qu'elles fussent bonnes. Il faut les mettre tantôt haut, tantôt bas, par rapport aux petits emplois dont on les charge, et ne point faire façon de donner le soin des lieux à celles, par exemple, qui auroient été dans les emplois les plus imporUnts ; mais pour en user de la sorte, il faut que ce soit d'une manière qui ne les puisse aigrir ; il faut qu'en cela elles voient qu'on agit avec un esprit d'équité, puisqu'il ne seroit pas juste que quelques-unes eussent toujours les emplois agréables , et les autres tout ce qu'il y a de dégoûtant. Quand elles verront qu'on n'a une
AVEC LfiS AAMB3 DE SAINT -LOUIS (ITOO). 71
telle coaduite que par raisoo, que c'est l'esprit de votre inai5<Hi et que toutes les maîtresses la gardent, c^ n'indisposera point leur cceur, et ne laissera pas de rompre leur volonté. »
ENTRETIEN XXV'
M"* de Fontaines demanda à M"* de Maintenon ce qu'^e entendoit par les personnes obscures auxquelles elle dit souvent aux religieuses de Saint- Louis qu'elles pourroient confier leurs demoiselles, quand elles auroient des raisons indispensables de les faire sortir de la maison pour un peu de temps, de préférence à d'autres personnes d'un rang distingué. « Ces pCTSonnes obscures, répondit M"" de MiântMion , sont de bonnes bourgeoises de la probité desquelles vous seriez assurées. J'aimerois mieux, par exemple, confier une demoiselle à M"* Balbien' et à d'autres femmes de cette sorte qu'à tout ce qu'il y a de princesses et de dames de qualité de la cour, quelque vertueuses qu'elles fussent, parce que ces dames ont bien d'autres choses à faire que de garder vos demoiselles, et que leur cbambre étant remplie de monde , elles ii'y seroient guère
' Lettres éd^attea, t. IV, p. in.
' ScBur àe l'ar<lilt«cte de lasMltondeSalnt-Loule, etnère de la temme de cliaiiil>re de H" de Maintmon.
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en sûreté. Croyez-vous que moi-même, avec tout le zèle que j'ai pour les fjure garder, je me hasarderois à en mener chez moi , si mon domestique n'étoît tourné comme il est, si je n'avois pas H"' Balbien qui, cerUùnement, vaut bien une excellente maltresse , W de Normanville ' qui a une conduite si sage, que, toute jemie qu'elle est, on lui confie M°" la duchesse de Bourgogne ? Outre cela, tous mes gens sont pleins d'honneur ; il n'y en a pas un qui n'ait autant de pudeur et de modestie que bien des filles et des femmes-, sans cela je ne tes croirois pas en sûreté dans ma maison. À plus forte raison ne consentirois-je de les abandonner à une jeune comtesse qui ne seroit occupée que de son plaisir, et qui laîsseroit votre demoiselle à ellemême mêlée avec des écuyers et des femmes souvent peu raisonnables, ou qui se divertiroit avec elle, la mèneroit à l'Opéra, lui feroitlire des romans, etc. Je ne craindrois guère moins de les confier à une dévote qui leur inspireroit peut-être une piété de travers, ou qui passeroit toute la journée à l'église sans se mettre en peine de ce qu'elles deviendroient. Encore moins les confierois-je à une parente même, à une mère quj, n'ayant pas de chez elle, promèneroit sa fille de maison en maison, lui laissant voir toutes sortes de personnes sans choix. Mais s'il arrivoit, par exemple, que vous eussiez quelque fille à faire traiter pour une maladie extra-
< C'était une élève de Salnt-Cyr que UP" de Hklotenon aralt prise auprès d'elle comme secrélalie ou demoiselle pour l'accompagaei. Elle épousa le président de Cballl;.
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ordinaire, que vous entendissiez parler d'un fameux médecin tel qu'est M. Fagon, et que votre mai^n n'étant plus en crédit comme elle l'est aujourd'hui, vous ne pussiez pas le faire venir chez vous, je vous conseilleroîs de confier cette demoiselle à la femme de votre tailleur, si vous la connoissez sage et vertueuse, plutôt que de la donner à une dame de qùahté. Vous pourriez encore, en pareil cas, la mettre chez les sœurs de la chanté, s'il y en avoit dans ce lieu-là, ou chez une maîtresse d'école dont le curé répondroit. Enfin vous ne devez laisser vos demoiselles qu'à des personnes dont vous seriez aussi sûres que de vous-mêmes, et ces sortes de personnes ne sont pas aisées à trouver^ elles sont rares , même parmi celles qui sont pieuses ; il y en a peu qui comprennent l'extrême danger qu'il y a de perdre une jeune fille de vue, même pour un moment. »
M"" de Saint-Pars ' demanda si on pourroit accorder ces sorties de la maison à une demoiselle qui auroit dessein d'y être religieuse, et d'aller quelque temps chez son père et sa mère pour voir un peu le monde avantque d'y renoncer. HOhIDieunon, répondit-elle, ce seroit une coutume bien dangereuse d'y faire passer toutes celles que l'on voudroit recevoir au noviciat ; il seroit fort à craindre qu'elles ne perdissent en ce peu de temps tout le fruit de l'éducation que vous leur auriez donnée pendant plusieurs , et qu'elles vous rapportassent un mauvais
> V(^t Iwlettittaur eéducalion,p. 199.
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74 ÉSTHETlfesS StR L'ÊDbCATlOI»,
esprit ({ui gàtcroit les ailtreâ. Lé ttioindre inconvénient seroit qu'elles y pefdisfeent leuf vocation , comme il arrive souvent à dés filles qiie Vort lait ainsi sortir des monastères dans la viie de leur faire connoltre le moflde. H est Vnd qu'il ti'y auroit pas sujet de regretter une vocation qui n'auroit pu sontenir Stï semaines cette épreuve. Je crois néanmoins que pour elles-mêmes, il est de la sagesse de ne les y point exposer, et qu'entre celles qui sorti demeurées dans le monde, plusieurs auroient été bonnes religieuses si elles n'avoient jamais vu que leur couvent. [1 est difficile de rfeister à l'occasion, surtout à de jeunes personnes qui aimerit naturellement le plaisir et la liberté.
« n ne faut pas, cependant, vous lier si &bsolum<ent ^ vt)S règlements ni par mes écrits^ que Vous ne puissiez jamais, en aucun cas, faire certaines choses que, généralement parlant, il est bon d'évitef \ il y àiiroit tels parents à qui on pourroit confier une fille pour se Kirmet et lui donner quelques cohnoissânCêS, ou pour d'autres bonnes raisons, t^r exemple, j'iâi ilermis que M"« dé Boufflers ' allât quelque tenips éheï M. lé maréchal de Boufflers*, parce que je suis aussi Siire de lui que de moi ; Ce ti'est pas à cause du fiom qu'il porte que J'ai consenti : il y en a beaucoup de ce
' Vait les Lettres sur Véducalion, p. Î51,
' C'est l'iUiislre défenseur de Lille. Il s'élalt lié de grande amitié, <iUnt i(ik colonel séttérsl des dragon^ , arbe H»» de Halntentm , dont il avait malu «piiii«cr )■ Biéc«; m'c de Vllletie, qnl M U>nc ijK Caylue. Elle refuea par modestie : • Ha nièce n'e»t pai un asiez grand parti pour toui, dîl-elle j Je ne voua ta donnerai point, mais je tous nfardeial â l'aréiirceBnnkHHi BbrMt •
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AVEC LBS DAHES OE SAlNT-LOPIEi (1700). 75
rang à qui pour rien dans ce monde je ne voudrois oenfier une fille ; xam pour lui je suis certaine qu'il U gardait, comnie Qn dit, à V*sil; jesaig qu'elle ne; soFtoit jamais çt qu'elle ne voyoit personne sans être a/e^ çompagDée d'qne sage gouvernante, que tout le domestique de M. de BQufflers est vertueux et réglé, coQiQie le pourroit être un monastère réfornié, J'îii encore confié M'" de Ia Noue ' à M"' Balbien, poup qu'elle Igi fit voîp quelque chose, qu'elle Igi apprit à vendre, à ^çlteter et pareilles choses de piénage qu'elle ne pourvoit savoir ici, ptirce que je U savois autant ep sûreté çhe? une femme de cette sagesse et de celte vertq, qu'elle l'auroit été dans votre maison \ je suis assurée qu'elle ne la perdoit pas un instant de vue. Mais il ne faudroit user de cette liberté que pour des raisons très-particulières, et que les filles qu'on confieroit ainsi fussent ellesmêmes sages et bien nées, car il y en a à qui cela pourroit être fort dangereux, quelque précaution qu'on prit. Cest à la prudence d'une supérieure et de son conseil à discerner les temps et les circonstances ofi ces sortes de choses ge pourroient permettre f il y en a à qui i) sçroit très-mal de l'accorder, ■ et d'autres où il n'y aurpil aucune conséquence- Pw e:!temple, notre mère ' fit sortir vos demoiselles du rijban noir ' pour s'aller promener sur la mon-
■ FraRfotse-JacquellneVasconullegde La Noue Pié-Font^lnu, Darne de SsiDt-CjT, flt pTofeuion le 8 rentier 1108.
* La supérieure, qui était alon U^x do Pérou.
' Voir 8or Ira demoiMllee du m^ati neite, ou les mira, le^ Leltra sur l'è4ncatiim, p. 184.
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tagne ' et aux environs pendant que nous étions à Fontainebleau ; quelques-unes de vous, craignant qu'il n'y eût quelque danger, m'en écrivirent pour savoir mon avis. J'avoue que si vous faites de pareilles consultations au dehors, il n'y a personne qui ne vous réponde qu'il est mieux, de ne pas laisser sortir vos demoiselles, parce qu'en général il ne peut y avoir d'inconvénient à prendre le parti le plus sur, et qu'on veut toujours enfermer les iîlles. Mais, dans les circonstances présentes, il n'y en avoit aucun de faire ce petit plaisir à vos demoiselles; tout ce qui vous environne vous garde; la proximité de la cour vous est une sûreté bien loin de vous être un piège, comme elle le scroit sous un roi qui auroit moins de bonté pour Saint-Cyr que le nôtre; chacun s'empresse à vous servir et àvous garder pour lui plaire; ainsi je ne vois aucun danger d'envoyer quelquefois promener vos demoiselles dans le village et aux environs, bien accompagnées, car c'est a quoi il ne faut jamais manquer ; ajoutez à cela que vous êtes surveillées par MM. les missionnaires '', qui ne vous laisseroient rien passer d'irrégulier. Il est vrai que si vous étiez à l'avenir, proches de la cour comme vous y êtes, environnées de gardes et de mousquetaires qui ne seroient pas retenus, comme ils le sont aujourd'hui, par la protection spéciale dont le Roi vous honore ; si vous aviez un curé moins régulier que le vôtre-, si votre fermier, votre fermière n'étaient
) C'est-ii-dire le coteau qui domine la maison de Salnt-Cyr. * Les prêtres de Sainl-Latare attachés 1 la maison.
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AÏEC LES DAMES DE SAINT-LODIS (lîOO). 77
pas des gens à qui vous puissiez vous confier, il y aaroit un extrême danger à laisser sortir vos demoiselles, et pour rien au monde il ne le faudroit permettre. Mais tant que les choses seront comme elles sont aujourd'hui, quel mal y a-t-il que la supérieure, de temps en temps, envoie quelques demoiselles, sous la garde de personnes de confitmce, entendre la messe à la paroisse ou voir un peu la campagne, ce qui est une récompense merveilleuse? Mab je vous conseille encore une fois, ajouta-t-elle, de ne pas consulter aux personnes du dehors des choses de cette nature, ou du moins de faire la consultation entière, car il y en a plusieurs de cette sorte qui, proposées toutes nues, sans être accompagnées de certaines circonstances, paroissent d'abord très-blâmables, au lieu qu'on les trouve bonnes ou du moins indifférentes, quand on en fdt voir toutes les raisons et les manières de les taire. Il n'y a rien, par exemple, qui soit plus inviolable dans les couvents que la clôture ; cependant notre évêque ne permet-il pas que quelques-unes de vous autres sortent quelquefois pour faire la visite des appartements de votre dehors*, quand cela est nécessaire? Mais encore une fois, quand vous enverrez ainsi promener vos demoiselles, vous devez toujours les faire accompagner par quelque honnête homme de ceux qui sont attachés à votie maison, outre les
* LeB appartements où iogeaient l'éTêque de Chartres et anttes bAtes de dUlinction. 11b élaient dans la cour où le public était admis, dite cour du dehors. (Voir V Histoire de la Maison royale de Saint-Cyr, chap. i.)
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78 J^HTR^ietl» »I;r V'ÛWG^TIDB.
femiDOS n qui vot^ les eonfiefflz ; «ar dies pourroîeut èfe reûcoBtrée» pw un fou, fwr un ivrogne ciu pw qu4lqu9 impudent qui leur diroit une sottise, et quoique l'on ne soit pas pwisç âf ce» avantaires, il «et eepwdant fort désa^^Ie de ]fia easuyer- Il peut encore aFrirer des in(iidenU dont il* se dràn^le^ roient mieux que voU*e tourière. Nous observow cela dpns le monde quand nous allons à des promer nades ou à des églises éloignées. »
ENTRETIEN XXVI'
Dans une de nos journées de travail, Madame nous dit : « Vous me demandez que je vous instruise sur les classes : l'expérience vous en apprendra plus que je ne sauFois voijs en dire ; c'est moins l'esprit qui m'a appris ce que j'en sais, que ce que j'ai expérimenté moi-même dans le temps que j'élevois les princes. Il faut avoir une conduite proportionné» ^Ji divers caractères ; il faut une conduite ferme, mais il ne fa|it point trop gronder; il faut souvent fermer le» yeux et ne point tout voir, et surtout pi%ndrç garde (k ne point aigrir vos filles et » na les pas pousser à bout indiscrètement. Il y a des jours malheureux où elles sont dans upe émotion, dans
■ Recueil de* Bépontet, p. 13.
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IKSTKDCTIO» SUS L'£QUUTUlItoe!iDEII01^El,l,ËS(l70l). 70
up dérangetoeat, jirèLe^ 4 murmufer; tout ce ({pq vous feriez alors, toutes les remoDtrances, toutes les réprim^des, œ les remettroient pas dans l'ûr* dre. Il faut cquler cela 1q plus doucement que l'on peut, a6u de oe point comqettre son autorité, et il arrivera quelquefois que le lendemaîa elles feront des merveilles. Il y a des enfants si emportés et qui ont des passions ^i vives, que quand une fois ils sont fârhés, vous leur donneriez dix fois le fouet de 3U)t«, que vous ne les oièperiç? pas ^ votr? but \ ils sont incapables dans ce temps-là de raison, et le chlUiment est inutile. Il faut leur laisser le temps de se Qolcier, et ^ calmer sQi-mfiDe) mais afin qu'ils ne pu^nt croire qqa vous YOU^ rendez, el que par leur opiniâtreté ils sont devenus les plus forts, il &ut user d'adresse, faire intervenir un médiateur, ou dire qu'on nç remet U chose à une ftutre fois que pour U rendre plps terrible, et ne pas croire qu'ils soient colères et emportés tnute leur vie, parce que dans la jeunesse ils ont les passions vives. Je l'ai vu dans M. le duc du Mfdne; c'est l'homme du monde le plqs doux, et dans son enfance, comme il étoit toujours aigri par des maux et par des remèdes violents, il étoit quelquefois dan? un feu et dans une impatience, que tout le monde me reprochoit de ^ufTrir. On le mettoit dan^ un bwn hpuillant, çt parce qu'il crioit, qu'il étoit de mauvaise humeur, on vouloit que je le grondasse ; mais je vous avoue que je n'en avois pas le courage; je m'en allois écrire, je me faisois appeler, afin qu'il ne cri^t pas que je tolérois son impatience et sa mauvaise humeur
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80 BNTttBTtBm SOB L'ÉDUCATION.
(ce qui, me semble, étoit bien pardonnable en ces occasions); et puis ces remèdes lui écbauffoient â fort te sang, que tout ce que je lui aurais pu faire, tout ce que j'aurois pu lui dire dans ce temps-là ne l'auroit potnt adouci. 11 faut donc étudier les moments, prendre les moyens convenables pour corriger les enfants. Quelquefois un regard, une parole, les remet dans leur devoir, ou une conversation particulière, où vous les faites entrer en raison en leur parlant avec bonté. Il y en a qu'il faut reprendre en public, quelquefois mémo plusieurs fois, avant de les punir ^ il y en a d'autres qu'il faut punir d'abord sans faire parottre de ménagement; enfin la discrétion et l'expérience vous apprendront le parti qu'il faut prendre suivant les occasions; mais vous ne réussirez point si vous n'agissez avec une grande dépendance de l'esprit de Dieu. Il faut beaucoup le prier pour les personnes dont vous vous trouvez chargées; il se faut adresser à lui d'une façon spéciale quand vous êtes embarrassées; ne doutez point qu'il ne vous aide tant que vous vous dé&erez de vous-même, et que vous aurez soin de demeurer unies à lui. »
Madame nous dit ensuite qu'ayant entretenu les novices sur l'éducation, elles lui avoient demandé ce qu'il faudroit faire à une petite fille qui rougiroit jusqu'au blanc des yeux d'orgueil et de dépit quand on la reprend, et qui pourtant ne dit mot ; qu'elle leur avoit répondu que pour elle, elle Tadmireroit d'avoir assez de pouvoir sur elle pour se taire; qu'il ne falloit pas faire semblant de voir ces sortes de
AVEC LES DAMES OB SAlfJT-LOUlS (ITOl). 81
mouvements, non plus que les répugnances qu'on voit bien qu'elles ont poar de certaines choses qu'on leur fait faire. Il faut passer par-dessus sans s'embarrasser ni leur en faire une querelle, quand elles sont assez sages pour ne point éclater et pour ne point entraîner les autres au murmure manifeste, car nous sommes hommes, et nos passions remueront toujours quand elles seront contrmées.
ENTRETIEN XXVU'.
(QiM cbuDii lime I droilnn à tonleni nr la pied qu'ai
Une des Dames disoit un jour a Madame : » Je ne sais comment accorder le soin particulier que vous nous recommandez , d'avancer et de former les douze plus âgées de la classe, avec celui que je voudrois prendre des plus âgées dont on peut se servir pour inspirer le bien qu'on veutétahlir dans les demoiselles. — Il faut, répondit Madame, s'occuper de bonne foi de ces douze plus grandes, parce qu'on les doit bientôt perdre, sans néanmoins que cette attention préjudicie au soin général de la classe, qu'il ne faut jamais négliger. J'en dis de même de celui que vous voulez avoir des plus sages, que je crois fort utile. Il est bien certain
* Kecueil det Répotuet, p. 304.
aa ENTRETIENS ^R ^'ÈDUPATM)»-
que w qu^qijes^upe? (le vos fiJlçs Rvoient uq boH esprit, elles Iç ccuuHiUQiquerûîeiit aux autres comme elles se cQiiimuqiquent l^i^rs travers; vous devez donc tâcher d'en former quelques-unes des plus raisonnables pour vous aider à établir dans vos classas la raison, la droiture, la bonne foi, le courage. — Comment s'y prendre? continua la m^tresse. — Comme j'ai fait aujourd'hui aux rougeSy répliqua Madame; j'ai demandé d'abord quatre des plus raisonnables : on m'a présenté de grandes filles prêtes à monter à une autrç classe-, j'en ai demandé quatre plus jeunes, qui puissent, en restant plus longtemps, servir à inspirer le bon esprit aux autres; je leur ai parlé là-dessus, je l§s y ai exhortées; je les verrai de temps en temps pour leur parler raisonnablement. C'est ainsi que je vous conseille d'en user : il faut former les jeunes de quelque espérance, et les avancer sur leurs exercices et leurs ouvrages, pour qu'elles vous aident à former leurs compagnes, et les âgées pour leur bien particulier, parce qu'elles sont le plus pressées, Qy«qt moins de temps que les autres.
K 11 y a dans vos classes, ajouta Madame, une chose qui me fait toujours de la peine, et que je tolère parce qu'elle me parolt irrémédiable, c'est que ces filles dont vous fiveî pris un spin particulier, et dont pour la plupart vous avez fait des merveilUeg, deviennent, en sortant de votre classe, les dernières de celle où elles montent et sont comptées pour rien, ce qui les afilige et les décourage, se voyant tellement déchues qu'au lieu qu'il n'étoit question quf 4' elles, elles
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AVEC LàS DAKBS DK SAlNT'LÔttS (1701). 8^
sôQt eotnow cmbltéésl. Or il y & peil Ae personnes qui n'aient besoin d'être soutenues pour se maintenir dans le bien ; et il n'est pas étonnant qu'elles dégénèrent quand elles ne le sont plus comme elles rétoieht aUpar&vaht. Cependant je n'y vois guère de remède, car la maîtresse de la classe oiS elles entrent a ses mériter anciens^ dont elle est bien plus touchée que des nouveaux, parc* que les premiers sont son ouvrage et que ce qui est nôtre nous parolt toujoufâ plus merveilleux que les choses où nous a'atons point de part. — ^ Que voudriee-vous donc qu'on ftt^ Madame , dit M*" de Glopion, pour âoutenir ce9 merveilles nouvellement arrivées dans Une classe ? les mettriez-vous d'abord au nombre 3b9 bbiinesKlft8?i«-Jene veux rien dire sur cela, fépondit'«Ue agréablement, car je sais bien que, quoi que je pusse vouloir^ je né parriendfôis pae à perâuâdef qu'un mérite étranger pûl valoir celui que tioiis regardons comme le fruit de notre travail. Là inatiresse des jaunes;^ par exemple, à qui celle des teftes donnera des filles sur le pied d'excellentes &wiverâ que les médiocres de sa classe Valent Infinimeiit mieux, et n'admettra les nouvelles qu'après ivoir jugé de leur mérite par sa propre expérience, sans vouloir s'en rapporter au jugement de la maîtresse qui les a données ; et avant qu'elle puisse les connoltre par elle-même, il se passera bien du temps encore; après cela arrivera -t- il soAvént qu'elle n'en fera pas grand cas , pendant qu'aux YërteS on les tnmvoltadmifâbles, parce que ctKiqUe mâKt-MBë Mttu^ 1« lâérite i d«B qualités bvHi
84 ENTRETIENS SDB L'ÉDUCATION.
différentes. L'une ne comptera que sur la dévotion ; si elle n'en remarque pas une bieu sensible à une flUe, elle ne l'estimera guère, quelque bonne qualité qu'elle puisse avoir; au contraire, elle en trouve une autre bien dévote, elle la prônera comme une merveille et n'aura pas d'yeux pour voir ses défauts. Une autre qui aimera beaucoup l'ouvrage ne connoltra point d'autre mérite, et si une fille travaille bien, elle la mettra au nombre des excellentes, quelque défaut qu'elle ait. Une autre attachera le mérite à l'écrit, à l'intelligence, aux agréments et à d'autres semblables qualités, et comptera pour de médiocres sujets celles qui n'en seront pas bien pourvues. Je ne voudrois pas exclure du nombre des bonnes filles celles qui se distingueroient par ces sortes de talents, mais ce n'est pas par là que je jugeroîs du mérite. — Qu'appelleriez-vous donc, dit une de nos sœurs, une bonne et excellente QUe? — Ce seroit, répondit Madame, celle qui auroit des inclinations portées au bien, qui auroit de la piété, qui aimeroit à plaire à ses maltresses et à les contenter toutes, et non pas celle qui en aimeroit une avec passion et compteroit pour rien de mécontenter les autres; un esprit droit et simple, qui seroit frappé de la raison et sur qui elle ne couleroît pas comme l'eau sur la toile cirée , une humeur douce et accommodante, une fille qui se prendrait par la douceur, qui ne seroit pas aisée à blesser, qui ne feroit point de peine aux personnes avec qui die vit, qui seroit courageuse et dure sur elle-même, qui aimeroit l'ouvrage, je ne dis pas qui travaille-
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AVEC LES DAMES DE SAINT-LOUIS (l70l). S5
roit bien, car elle pouiroit être née maladroite, sans en 6tre moins bonne, mais je ne choisirois pas pour mes mérites des filles molles, paresseuses et difficultueuses, qui se fàcbent tûsément. — Comment éviter, dit-on, de négliger les filles qui montent d'une classe à Vautre, car la maltresse de celle où elles arrivent est obligée de prendre un soin particulier d'avancer et de former les plus Agées de sa classe de préférence à elles? — Il est vrai, répondit Madame , qu'elle doit s'occuper beaucoup des filles dont il faudra plus tôt se défaire (c'est un désintéressement que j'ai toujours demandé, et ce qui me fait regarder comme irrémédiable l'oubli des mérites nouveaux venus à une classe); mais sans en être occupée comme des plus grandes, je YOudrois du moins qu'on les soutint sur le pied qu'on les adonnées, et que si elles étoient de bonnes filles à la classe qu'elles quittent, on ne les mit point au nombre des mauvaises ou des médiocres à celle où elles arrivent. Je ne désapprouverois pas cependant qu'on leur donnât un peu de temps pour les éprouver et pour mériter les distinctions, et je n'approuverois point du tout qu'on mit au nombre des sages celles qui ne le mériteroient point, ou qu'on leur donnât des distinctions peu de temps avant le changement des classes, sous prétexte de les faire mieux recevoir à celles où elles sont prêtes de monter, afin, comme l'on dit quelquefois, de foire valoir la marchandise : cela ne serait pas de bonne foi.»
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KNTREHEÏtit suit l'ËDDCATIOM.
ENTRETIEN XXVIli'.
n ... Voiis atOT ici tant d'OCCasioïis de vous fatiguer, flous dit Madame, que je voudfois bien que vous ne le lissiez point itiutiiêtnent ; iJne des pelnet que j'ai à tua classe * est de faite asseoir nos Daméi : ou elles âe pfonlènent, ou biles demeurent debout, et j'en VoyoiS une dernièrement qui rsccommô' doit U jupe d'une petite flile en celte posture: n'suroit-^lle pas fait aussi bien de s'asset^r? Pouitnoi, je vôudrois qu'on ie Ot dès qu'il n'y A plus de néeesBité de feire autrement. Si vous vtHile2 ^-oir té qui se paSsë dans tous les coins de votre ciftssé, fâite*-y un tour, piiis s^seyet-vous tantôt appuyée sur un bout de la table, ou bien dans vos grandes ôhaisés^ une Autre fois sur leurs bancs auprès d'elles; enfitl méHageZ-VDlis, si ce n'est pour la lassitude présente, qiK ce soit pour celte qui pOurroit venir. J'ai été huit jours i me remettre d'une après-dlnée oîi, i^sAiit d'une chose à une autre avec nos maltresses, je demeufti presque tout le jour d^out. Vous ne serei;
» JtMtieli Ott RépotiMS, p. T6.
1 M"» de Haintenon était iloci i la dasie rouge, où elle fit succeisivem«Dt les fonction» ds première, deuxième, etc., mtïtresee. (Voir lei notes dei pages 307 et !09, dans les Leffrefiftr féducatUm, et les entietleas 9UU1I et XXVII. ]
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AVEC IBS OAHBS BB aWW-ipfflS (1701). «T
pas totÛQur? j«tmes, mes fibires Mes. Si, loraqn« vctq^ vei, été maîtresses, vous avez gardé cetta maitièra cl9 veiller et d'agir autour de vos demoiselles, jenem'étonitçpasqu'on ait trouvé les classes fatigantas. Je vois aussi que quand nos novices ont été là dm^ bfluFes de suite, ellos n'en peuvent plus, elles sont rouges et çpflaonméei. Savez^ous ce qui arrive ? o'ast qu'après s'être fatiguée mal à propos par une mortification mal entendue, on est si lasse le reste duiour qu'on en est de mauvaise bumeur et avec soi et avec les autres, ear le eorps s'épuise et l'esprit en devient plus faillie. Pour moi, quand j'établis une de nqs petites lilles pour apprendre ^àéà celles qui urivept, je la fais fort bien asseoir, et la disciple est à genoux devant elle, parce qu'elle fi'a pas longtemps à rester dans cette postiire. J'ai remarqué dans vos dortoirs que voua faites tout autrement; vous coiffez vosdemoi^llesassisesdevfuitlespetit^s tabler comme des dames à leur toilette. Et qui a jamai» «étendu parler de c«la? n'avons-noufi pas toutes été coiffées par \» femmfi de chambre dQ notrç mère, ou par une gouvernante qui nous meta terre devant elle, la tète Etir up vjlaia tablier'' Ne gâtez donc point vos demoiselles, je vous en prie; asseyeî-vous pour les habiller^ vous êtes leurs mères, traitez-les bonnement comme vos glles. Ne dites pas que vous ne penaez pas à vous reposer de si bonne heure: eb! quand vous sortez de votre lit, vous ne pensez pas que vous pourrez être lasses; quelque vigoureuses que vous vous sentiez à six heures du matin, souvenez-vous qu'il faut agir jusqu'à neuf heures du soir, et ména-
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88 ENTBET1BN8 SUR L'ÉDDCATiON.
gez-vous à cette intention. Je ne prétends point par là que vous soyez des filles lâches et qui craignent le travail ; je voudrois des filles qui ménageassent un quart d'heure de repos qu'elles peuvent prendre sans nuire à leurs charges, et sussent perdre- trois heures de leur sommeil, se lever la nuit quand il gèle bien serré pour soulager une petite fille, ou pour faire le tour de son dortoir ' si on le croit nécessaire,* mener les demoiselles à la promenade le jour qu'on auroit plus besoin de se coucher que de se promener. Il faut ici du courage et de la discrétion ; voilà vos véritaiîes mortifications. Si vos demoiselles voyoient une de leurs maltresses qui ne mangeât point , qui demeurât toujours dans une posture gênante, qui s'allât enrhumer dans une porte, elles la canoniseroient sans autre examen, bien qu'elle ne soit pas la plus sage au moins en cela; elles seroient au contraire sc^idalisées d'en voir une qui mange tout simplement ce qu'on lut donne oii qui évite ce qui pourroit l'incommoder quand elle le peut sans manquer à ses devoirs. J'espère pourtant que si l'on tient en cela un juste milieu, elles ne pourront ne pas être édifiées de vous voir si simples à prendre les soulagements nécessaires et à ménager vos forces, et si courageuses pour les sacrifier, et pour n'y pas même faire attention dès qu'il s'agit de vos devoirs. «
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JNSTRUCTEON FAHE A LA CLASSE ROOGE (l70l). 89
ENTRETIEN XXIX'
M"' de Maintenon demanda à M"° de Provieuse si elle savoit ce que c'étoit qu'une fille raisonnable. La demoiselle ne sachant pas trop que répondre à cette question', M"' de Maintenon lui dit : « Une personne raisonnable, c'est une personne qui fait toujours et à chaque heure du jour ce qu'elle doit faire, qui commence la journée par adorer Dieu de tout son ccBur, non pas seulement parce qu'on lui a dit de le faire, ou parce que les autres le font, mais qui pense tout de bon à s'offrir à Dieu et tout ce qu'elle sera pendant le jour. Elle se lève promptement, s'habille avec diligence, modestie, et le plus proprement qu'elle peut; fait bien son lit, arrange bien ses bardes, aide aux plus petites si elle a du temps de reste. Elle descend à la classe, y prie Dieu avec respect et avec dévotion, sans badiner, sans rire, car rien n'est plus sérieux que de prier Dieu. Après cela elle déjeune aussi de tout son cœur ; s'il est permis de parler, elle le fait, sinon elle garde le silence et s'entretient avec Dieu, Elle va au chœur pour entendre la messe, elle pense à se bien placer, elle regarde si ses compagnes ont de la place, elle se met
■ Lettrei édifianles, t. IV, p. 145.
■ Le lecteur n'oubliera pas que celte inEttuction l'adretee à 'des eatanU de sept i dix ans.
90 EIÏTRETIEN» $UR L'ÉOUUTION.
vis-à-vis d'elles, elle ne regarde point de tous côtés pour voir ceux qui entrent ou qui sortent ; elle s'applique aux parties de la messe avec tout le respect et la dévotion dont elle est capable, parce que de toutes les choses de la religion, c'est la plus sainte. Elle retourne à la classe, ofi elle s'occupe à ce qui est marqué; elle s'applique à bien apprendre i lire, à écrire ; si elle est capable de montrer aux aulres, elle s'y donne tout entière, comme si sa vie en dépendoit-, elle écoute avec attention et respect, tâche de comprendre ce que l'on dit et d'en tirer quelque profit pour sa conduite intérieure ou extérieure, selon la matière dont on parle. Avant d'aller dîner, elle fait son examen particulier, pour voir en quoi elle peut avoir déplu à Dieu dans la matinée, pour lui en demander pardon, et prendre résolution de mieux faire le reste du jour; elle regarde surtout si elle n'est tombée en rien dans le principal défaut dont elle a entrepris de se défaire. Voilà notre pei^ sonne raisonnable au réfectoire; qu'y f^t-elle? elle y mange de bon appétit ; point en gourmande, la tète sur son assiette, mais de bonne grâce et proprement, et puisque Dieu a bien voulu qu'on trouvât du plaisir dans le manger, elle le prend sans scrupule et avec simplicité. Elle écoute la lecture avec encore plus de pl^sir, et c'est sa principale attention ; elle fait la récréation d'aussi bon cœur que le reste, y apporte la joie, saute, danse, et joue volontiers à tout ce que les autres désirent; elle pense à les réjouir, car celle personne rtùsonnable tait bien tout ce qu'elle fait, et il ne seroît pas raisoanotile d'étr?
INSTRDCTIOH FAITE A U CLA&W KtÀKE (iTOl). 91
sérieux à la récréation, et is ii'y vouloir jftpmiti parler ijue de choses graves oij de dévotion. Elle écoute ensuite la lecture ou l'instructioa, tàcbe di^ U retenir, et demande ce qu'elle n'eotend pas; cUe apporte 1& même applicstioo aux exercices de l'après-midi qu'elle a fait à ceux du matin; elle travaille de son mieux, elle ne perd pas un moment de temps, elle chante avec les autres, et est ravie de chanter les louanges de Dieu -, elle écoute le catéchisme sans ennui, tâchant de s'en hien instruire. Elle va souper comme elle a dîné, et ensuite à la récréa^ tion, où il faut encore bien sauter, se promener, jouer et rire, car cette personne est fort gaie. Elle fait la prière et l'examen, et s'ira poucher parfaitement contente de sa journée. »
Ensuite M'°'de Maintenon, s'adressantàces jeunes demoiselles, leur dit ; « Ne trouvez-vous pas tout cela bien raisonnable? et ne l'est-i] pas en eiîet d'adorer Dieu, de l'aimer et d'apprendre aie servir ? C'est pour cela seul que nous sommes au monde; c'est la première chose qu'on nous apprend dans notre catéchisme, parce que c'est la plus importante et la plus nécessaire, et ce que vous devez faire toute vptre vie. N'ept-il pas encore bien raisonnable que dç« jeunes personnes apprennent à lire, à travailler, et toutes les autres choses qu'on vous montre ici? Vqijs serej bien aises, quandvgugrctournere;£dans]em<Hide, da savoir faire quelque chose, ou pour votre ménage, ou pour vous personnellement, ou pour vos parents, suivant les occasions. Il est aussi très-raisonnable que vous vous réjouissiez; vous en avez bien des
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sujets, mes chères enfants : vous êtes chrétiennes, quel bonheur ! que de gens qui ne le sont pas, et qui ne le seront jamais ! vous êtes ici dans une bonne maison, à l'abri de toutes sortes de maux corporels et spirituels; vous êtes jeunes et gaies; réjouissezvous donc, cela est de votre âge ; je prie Dieu, mes enfants, que vous en ayez toute votre vie autant de sujet que vous en avez présentement.
— Notre première maîtresse', dit M'" de Saint-Bazile^, nous parle presque continuellement de raison, et nous dit souvent que, si c'étoit une marchandise qu'on put acheter , elle en feroit bonne provision pour nous en donner à toutes. — Cest en effet une exceUente marchandise, dit M"* de Maintenon; c'est elle qui apprend à s'accommoder de tout, à vivre avec toutes sortes de personnes, et à savoir se passer de celles qui nous plaisent davantage. »
M°" de Gruel dit qu'une demoiselle sortie d'ici n'avoit pu durer avec les gens avec qui elle étoit, parce qu'ils n'avoient pas une piété assez droite. H Sa piété elle-même n'étoit pas droite , repartit M"" de Maintenon; elle en savoit la définition, mais elle ne la pratiquoit pas, puisqu'elle consiste à s'accommoder à son état et aux personnes avec qui on vit. Une personne bien raisonnable sait supporter bien patiemment ceux qui ne le sont pas, sans même leur laisser apercevoir qu'elle les supporte; elle fait son compte en elle-même d'en rencontrer partout
1 C'était H»» de Gruel. (Voir eur cette Dame lee Lettre» mut l'éducation, p. 309, 216, etc.)
le de U clanH rouge.
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