‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 9 sur 45 · L.,-,..,. Cookie · texte numérisé non relu

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EXHORTATION AUX RELIGIEUSES DE SAINT-LOtlS {l 700). 63

que le zèle que j'ai pour cela me porte à V5us chercher des secours étrangers ; que je ne voua conseille pas par e^Eemple de faire connoissance avec monsieur

l'abhé de dont j'entends parler comme d'un

saint et d'un homme admirable, afin qu'il vous soutienne quand je n'y serai pas, parce je suis persuadée que vous ne trouverez de force que dans l'union et la bonne intelligence que vous aurez les unes avec les autres ; si cela vous manque, tous les secours que vous chercherez aU dehors vous seront plus dangereux qu'utiles. C'est pourquoi il vous est si important de bien choisir votre supérieure et vos conseillères; on peut dire que c'est d'elles que dépend la conservation ou la ruine de votre Institut, parce que c'est le conseil qui gouverne, c'est par lui que passent toutes les atTaires spirituelles et temporelles, et plus son autorité est grande, mieux votre maison sera gouvernée. Il serait très-nuisible à votre communauté que les particulières voulussent s'entremettre du gouvernement; et quand même elles aUroient de meilleures vues que les conseillères, elles ne poufroient rien faire de mieux que de les soumettre en laissant agir celles qui en sont chargées. Cela n'empêche pas que chacune n'ait la liberté de représenter aux supérieurs, surtout à la visite, ce que le conseil pourroit faire de contraire aux règles de la maison et  la fondation -, du reste, votre snpérieure, aidée des conseillères, ne peut être trop autorisée.

i< Vousnedevezmettredanele conseil, ajouta-t-elle, que des filles capables de soutenir votre établisse-

ment, qui soient attachées aux rëgles,et qui lesenteodent bien. Vousm'avez souventpriéedevousdireles qualités propres aux conseillères ; j e n'en connois pas de plus essentielles que l'estime et l'amour de votre vocation. Une bonne conseillère est une fille zélée pour l'Institut, qui est parfaitement instruite des conditions de la fondation , qui en connott toutes les obligations, qui en pénètre l'étendue. Quand je dis savoir les obligations de la fondation , 3e n'entends pas parler d'une science spéculative qui vienne de les avoir lues ^ mais je veux dire une connoissance de goût et d'inclination qui fait qu'une fille en aime l'esprit , qu'elle est charmée de sa grandeur et de son excellence, regarde tont ce qui s'y fait comme ce qu'il y a de plus parfait pour elle et pour ses sœurs ; qui le préfère à toutes les autres pratiques qui ne sont pas des devoirs de son état, dont elle ne voudroit jamais se départir pour donner dans un bien étranger. J'aimerois mieux pour conseillère, ajouta-t-elle, une personne qui auroit éminemment ces qualités, quoiqu'elle ne fût ni si dévote ni si capable qu'une autre dont l'esprit et la dévotion ne seroient pas tournés du côté de cet amour pour l'Institut ; car on peut bien avoir une dévotion très-sensible et conserver son esprit particulier, en i^e se rendant que par soumission aux vues et aux sentiments des instituteurs. Or, j'aime beaucoup mieux en cette matière la conviction que la soumission, car une fille qui n'aura, par exemple, qu'une aveugle déférence pour les principes et les maximes qu'on nous a donnés sur l'éducation de

EXROBTATION ACX RELIGIEUSES DE SAIKT-LOUIS (1700). 65

nos demoiselles, sans être convtûncue qu'elles sont préférables à ses idées particulières, ne les soutiendra pas avec la rigueur et la fermeté que doit avoir une conseillère.

a n faut aussi vous instruire sur les choix de ces conseillères par rapport aux. différentes charges qu'elles doivent remplir; ce n'est pas assez d'élire la fille que vous croyez la meilleure, et qui possède le plus l'esprit de votre maison, il faut choisir celle qui est la plus propre à la charge dont il s'agit, car telle seroit une excellente maltresse de novices qui sera une mauvaise dépositaire ; telle seroit bonne assistante qui ne seroit pas bonne maltresse générale. n faut assortir les filles aux emplois, et faire en vousmême, avant l'élection, un plan et un projet de ce que vous voudriez -, vous connoissez assez vos sujets pour cela, et vous sentez bien à peu jirès celles qui vous seront proposées ; vous devez même avoir de la prévoyance, et ne pas croire faire merveille d'élire simplement à la première chaîne qu'on propose une personne capable de l'exercer, mais penser aux charges qui doivent suivre, car si vous prenez pour assistante la plus propre à être maîtresse des novices, que vous restera-t-il pour conduire votre noviciat?

« Quoique l'on doive, autant qu'on peut, choisir pour chaque charge celle qu'on croit la plus capable, cela ne dispense pas les conseillères de se former à tout. Il ne faut pas, par exemple, qu'une maltresse des novices qui est présente aux assemblées de conseil où l'on tridte des affaires temporelles se retranche dans le spirituel en disant : Qu ai-je affaire de m'in-

strtiife du temporel, puisque mon emploi n'y a point de rapport? 11 faut que toutess'eh instruisent autant que l'occasion s'en présente, et qu'elles tâchent de bien entendre les affaires ; car si vous n'avez qu'une fille qui les Sache, que ferez-vous le jour qu'elle mourra ou qu'elle sera élue à une autre charge, et qu'on Vous donnera pour dépositaire uije personne qui ne saura pas seulement ce que c'est qu'une affaire? C'est pourquoi vous devez toutes vous rendre habiles; et quoique vous tie soyeî pas ici maîtresses de votre temporel comme lé sont les autres reli" gieuses, vous ne devez pas moins vous appliquer que si vous en étiez chargées toutes Seules, car quoique vous n'en puissiez disposer absolument, vous pouvez éclairer et redresser par vos avis les gens qui composent votre conseildu dehors ' : ils seront plus attentifs à vos affaires s'ils voyent que vous les entendez bien, et que vous ne vous laissez pas mener comme des enfants à qui l'on fait accroire cie que l'on veut.

Il Vous avez encore, ajouta-t-elle, une charge qui n'a pas de rang dans le conseil, et que je trouve cependant une des principales dé votre miûson, c'est la première maîtresse des bleues. Je dis même qu'elle est en quelque façon plus importante que celle de Vos conseillères. ïl vous faudroit, pour remplir cette charge, une ûlle âgée qui fût comme la mère de ces grandes filles, car il faut avouer que l'âge y fîdt beaucoup, et qu'il est difficile de prendre une grande autorité sur des personnes presque du même âge que soi.

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