‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 13 sur 45 · AVEC LES DEHOISELLGS DE LA CLASSE JAUNE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEHOISELLGS DE LA CLASSE JAUNE

Mais un laquais qui seroit à nos gages? dît M'" de La Gatine. — Non, répondit M"* de Maintenon, ce n'est pas la coutume ; il m' arrive pourtant quelquefois de le faire, mats dans l'usage ordinaire, on ne le fait point. — Remercie-t-o» la femme de chambre d'une autre, et faudroit-il se lever pour lui faire la révérence? — C'est selon, dit-elle. Il la faudroit fUre si on n'étoit pas en familiarité avec elle , et qu'on ne fût pas libre dans la maison; mais si on y étoil aimée et fort accoutumée, il suffiroit d'une inclination ou d'un mot obligeant. — Appelle-t-on 1*8 laquais Messieurs? — Oui , quand ils ne sont point à vous : cela fait honneur aux maîtres, et je ne vois présentement personne qui ne le fasse. Cepenéant, il suffît aux gens du Roi de les qualifier de leur qualité, en disant, par eTtemple : Cocher du Roi, arrêter, je tous prie-, et non pas : Arrête, coeheP, comme l'on diroit au sien; de même aux valets de pied du Roi : Valet de pied du Roi, donnezmoi telle chose, s'il vous plaît; cela les honore elles contente. Vous savez bien que chez le Roi il n'y a point de laquais, on leur donne le nom de valet de pied'. — Faudroit-il appeler Monsieur, un homme de mélier qui nous viendroit voir de la part de notre famille? — C'est selon. Il y h de ces gens-là qui sont à leur aise, qu'il conviendroit d'appeler Monsieur; d'autres qui sont de pauvres misérables, qui croiroient qu'on se moqueroit d'eux: il faut que le

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lOS ENTRETIENS SUH l'ËDDCATION.

bon sens règle en bien des choses. — Si, en ^trant dans une église, un homme nous présentoit de l'eau bénite, faudroit-il en prendre ? — Cest encore selon, répondit H°" de Maintenon. Si c'étoit un homme connu qui fit cela bonnement, on le pourroit une fois en passant ; mais si la chose étoit ordinaire, il faudrait faire semblant de ne le pas voir, et n'en pointprendre. — Si, en passant un fossé, un homme nous donnoit la main pour nous aider à le passer, que faudroit-il faire? — Si vous voyez qu'il s'en fit un plaisir, et qu'il y eût de l'affectation, il ne lui faudrait jamais donner la maie ; mais si vous étiez en compagnie avec d'honnêtes femmes, et qu'un honnête ' homme qui serait parmi vous donnât par civilité la main à tout le monde, vous pourriez la lui donner comme les autres. — Si une personne de considération présentoit du tabac, pourroit-on le refuser? — Je crois qu'il seroit du respect d'en prendra un peu ; et s'il incommodoît, laisser tomber imperceptiblement le reste. »

M"° de Saint-Bazile demanda pourquoi on ne salue point le Roi quand on passe devant lui. « C'est l'usage, dit U'" de Maintenon ; cependant, quand le Roi salue, il faut lui rendre profondément. C'est l'homme du monde le plus civil, il salue les plus petites gens, jusqu'à une femme de chambre. — Observe-t-on la même chose pour H"" la duchesse de Bourgi^e? — Oui, dit M™' de Maintenon. — Faut-il saluer un homme

< Le mot honnête homme ne «IgnlQe point ici homme probe ou poil, mais bien né, bien élevé : c'est le gentleman des Anglais. SC^ de Halatcnon emploie presque toujours ce mot dans ce mus.

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qu'on rencontre en son chemin ? — Assurément, il faut saluer tout le monde quand on passe ^ il n'y a que dans les villes que cela n'est pas d'usage. J'ai connu un duc et pair qui saluoit tout le monde '. Il ne faisoit qu'Ater et mettre son chapeau. C'étoit un plaisir de le voir dans la grande cour de Versailles, où il y avoit un monde infini ; il salùoit souvent son propre laquais, et lui ôtoit son chapeau comme aux autres. Cela se disoit partout; on l'en railloit; cependant, il n'en étoit que plus estimé. — Salue-t-on en carrosse? — Non, à moins que ce ne soit des personnes de connoissance ou de respect ; alors on fait arrêter le carrosse, on baisse les glaces, et on s'incline bien has, surtout si c'est le Roi ou quelque prince ou princesse. Tout cela se fait selon l'usage des pays. J'ai vu autrefois des ambassadeurs se lever en carrosse et taire une profonde révérence. En France, on ne se lève point, mais on fait une profonde révérence.

« Bonsoir, mes chers enfants ; rappelez-vous tout ce que nous avons dît au commencement de cette conversation sur la politesse chrétienne que l'Évangile et moi nous vous demandons. Ces deux motifs ne sont pas d'une force égale ; mais tout est utile aux bons cœurs, et je crois que vous vous en piquez. »

* C'est le due de Beauvlllier».

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110 ENTRETIENS SUR L &DUq*TUKt.

ENTRETIEN XXXIP.

(Snr l« diiiDUrenemiiit tt la boni» foi h former In dsnoiacIlH. I ITflî.

Madame ayant eu la bonté de nous accorder une de ces jouniéM que nous appelons les récréations de Madame, pu-ce qu'elle demeure avec nous pendant quelques heures; on travaille, on lit, on chante, ihi cause, selon la règle qu'on a faite pour ce jour-là ' ; elle commença par nous dire qu'elle avmt bien à cœur d'établir l'autorité des premières maîtresses, et de convaincre les subalternes que c'est cette première qui doit répondre de tout, qu'ainù il faut qu'elle tienne ce qu'on appelle les rênes du gouvernement, que les autres dmvent à la vérité travailler avec elle, mais dépendamment d'elle, et qu'enGa elle doit être dans sa cbarge comme la supérieure est dans toute la maison. Une de nos sœurs de> manda s'il falloit étendre son vœu d'obéisAnce jusqu'à ses premières of&cières, et se faire un devoù de leur obéir à l'aveugle, comme on le doit à l'égard de la supérieure? Madame répondit : « Dès que ce qu'elles ordonnent n'est pas contraire aux constitutions et aux règlements, les maltresses subalternes doivent obéir à la lettre, mais si ce qu'elles exigent y parolt opposé ou qu'il y ait quelques bonnes raisons de ne le pas exécuter, on peut faire ses re-

■ Recueil des Ri'ponsis, p. 3M.

* Je donnerai quelques progranunei de ces r^créationt dans iM Lettre* idifiantet.

3, Cookie

INSrRÏCTlON A«X ÛAMËS DE SAlHT-LOtlS (1703). 111

présetitatlAns, puisqu'on a bien cettelïberté AI' égafd de la supérieure, pourvu qu'après la représentation, l'on se soumette et Yon demeure en pAîx. Si its choses en valoient la peine, il en faudroit avertir la supérieure. »

Les premières officières ayant dit qu'elles croyoient qu'on ne pouvoit avoir plus de déférence ni leur obéir plus exactement que le faisoîent les maîtresses subalternes, Madame répondit : » Je m'aperçois avec plaisir qu'on se conduit bien sur cet article; mais j'appréhende qu'on ne se rende sur cela à mon sentiment par soumission et par déférence, et non par conviction et par la persuasion de la droiture et de ta nécessité de cette conduite; car vous save£, ajduta-t-elle, que j'aime mieux persuader que soumettre, et qu'on me reproche que ma folie est de vouloir faire entendre raison à tout le monde. » M" du Pérou lui dit que nous avions remarqué que dans tous les instituts on avoit toujours retenu quelque portion de l'esprit des fondateur», et qu'elle espéroît qu'il en seroit de même de nous par rapport à elle. « Il est vrai, repartit Madame fort vivement, mais ce qui vous manque, c'est d'avoir une sainte institutrice. Je vois bien que vous retiendreï quelque chose de moi, mais c'est à savoir si ce sera quelque chose de bon ; je crains plutôt que vous n'en reteniez un certain tour de raillerie dans la conversation qui m'est naturel, et qui ne convient pas tout à fait A des religieuses. » Nous lui répondîmes que nous espérions encore en retenir des choses meilleures. « Eh bien! retenez-en donc,

ajouta Madame, cette attention à vous occuper de faire valoir les autres et de chercher en tout à leur être utile, en vous oubliant vous-même, car c'est ce que je voudrois vous inspirer, et ce que je crois le plus nécessaire dans votre maison pour bien exercer vos charges. En même temps, par exemple, que je prêche aux maltresses subalternes d'être tout occupées de faire valoir l'autorité de la première, en se comptant elles-mêmes pour rien, je voudrois aussi que cette première fit son affaire de former ses aides, particulièrement la seconde ; qu'elle lui dit ses vues, ses desseins, sa conduite , et que de bonne foi elle ne négligeât rien pour la rendre capable de remplir sa place, bien éloignée de se faire un plaiàr d'entendre, après qu'elle sera sortie de sa charge ; Ma sœur N. faisoit bien mieux. >i

Madame ajouta : « Si l'on s'examine bien, l'on trouvera quelquefois que, sans y penser, l'on se laisse aller a des sentiments qui partent d'un fonds de dureté très-criminel aux yeux de Dieu., et c'est sur cela que je voudrois que les Dames s'examinassent, et, qu'au lieu de se casser la tête pour démêler si une distraction a été volontaire, elles commençassent leur examen par les sept péchés mortels, les dix commandements de Dieu, ceux deTEglise et les vœux de la religion. »

H Quels péchés pourrait-on ftùre contre notre vœu d'instruction ? dit une de nos sœurs. — Ces péchés, répondit Madame, regardent principalement les premières maîtresses. — Dites-nous donc, je vous supplie, lui dit une maltresse des bleues, ceux d'une pre-

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