AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLAS9B BLEUE
pwleF. Je suppose que plusieurs d'entre vous nii- Ronnent ainsi : « Je suis sans biens, sans fortune, et hors d'état de faire une bonne figure dans le monde et d'y avoir aucun agrément; il vaut bien mieux me retirer dans un couvent, où je trouverai les choses nécessaires à la vie. J'en cliercberai un bien doux, point si régulier, où on aille souvent au parloir, oâ je ne sois point contrainte, où, enfin, je puisse en quelque sorte me dédommager des plaisirs que je ne pourrai prendre dans le monde ; je coulerai le temps le plus doucement qu'il me sera possible. « Si ce sont là vos sentiments, comptez que vous n'avez pas de vocation ; demeurez dans le monde : il vaut encore mieux y ôtre une médiocre chrétienne qu'une mauvaise religieuse. Mais si, au contraire, vous dites : a Je suis pauvre, le monde ne me convient point, car je nepourrois faire que très-peu de bien,etjeseroi5 continuellement dans l'occasion de beaucoup de maux. Keu, apparemment, a eu ses desseins en m'appauvrissant. Je vais y répondre et entrer en religion pour l'y servir de toutes mes fwces, pour y faire volontairement et par vertu ee qui me devient en quelque façon nécessaire. Je vais choisir une maison austère, ou du moins d'une grande régula* rite, a&n d'y mettre mon salut en sûreté, et d'y faire le plus de bien qu'il me sera possible, u Si ce sont là vo» sentiments, comptez que voua avez une tri»* bonne vocation.
« Vous savez bien, mes enfants, que le dessein de Dieu, en nous envoyant des afltiotions, est de nous faire retourner à lui, et de nous engager i nous
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y attacher d'autant plus fortement, que nous voyons que tout le monde nous manque. Il est sûr qu'il ne fait rien sans dessein. L'Evangile nous apprend que nos cheveux sont comptés, et qu'il n'en tombe aucun sans l'ordre de notre Père céleste. Si une SI petite chose n'arrive point par hasard, combien plus est-il véritable' que les adversités viennent directement de Dieu pour nous conduire à ses fins! Un homme, par exemple, étoit libertin, et ne connoissoit pas même les devoirs du christianisme; Dieu lui 6te un fils qu'il aimoit passionnément, et sur lequel il fondoit toute l'espérance de sa famille, afin de le faire rentrer en lui-même ; cet homme est touché de la grandeur de sa perte ; elle lui fait faire des réflexions qui le portent à revenir à Dieu-, il se convertit et change de vie. Une femme ou une fille se complaisoit dans sa beauté, et pouvoit être l'occasion de bien du mal, ou se seroit perdue elle-même par la vanité; Dieu la rend difforme par la petitevérole ou quelque autre accident; la perte de sa beauté donne lieu à sa conversion, et quelquefois même à sa retraite du monde. 11 permet qu'une autre tombe d'une haute fortune dans une grande misère; ce changement subit lui ouvre les yeux; elle pénètre dans les desseins de Dieu sur elle, change de vie et même d'état. Toutes ces vocations sont trèsbonnes, et elles font ordinairement de très-bons chrétiens et chrétiennes, et d'excellentes religieuses. « Seriez-vous du seutiment de certaines personnes qui croient qu'on peut commettre plus de péchés dans le couvent que dans le monde, à cause qu'on