‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 16 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES DB LA CLASSE BLEUE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES DB LA CLASSE BLEUE

y contracte l'obligation des vœux et de l'observance des règles ? Ce seroit vouloir se tromper à plaisir : les vœux et les régies étant de grands moyens d'éviter les pécbés et pour se sanctifier, il est certain qu'on en fait beaucoup moins; on y vit éloigné de toutes les occasions ; chaque chose y est marquée depuis le matin jusqu'au soir, il n'y a qu'à suivre La règle, qui même n'oblige pas sous peine de péché, à moins qu'il n'y ait quelque autre accompagnement, comme seroit un grand mépris, une révolte, etc., qui sont par eux-mêmes des pécbés, dit saint François de Sales. Mais ces choses arrivent rarement, et presque jamais dans Les musons bien régulières; au lieu que dans le monde on est continuellement exposé à des occasions dangereuses; on a de grands devoirs à remplir, sur lesquels il est bien plus fusé de faire des fautes considérables. Vous ne sauriez, mes enfants, prendre une trop juste idée de l'étendue des devoirs d'un simple chrétien. Voyez ce qu'en dit le premier commandement : h Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toutes vos forces, o Cela est-il si aisé dans le monde, et si tôt fait de donner tout son cœur àDieusans partage? C'est pourtant ce qu'il faut faire en quelque état que l'on se trouve ; bien des gens s'y trompent, parce qu'ils ne comprennent pas ce précepte dans toute son étendue , qui demande une grande perfection. Or, il est bien plus facile de L'accomplir dans la religion que dans tout autre état.

n Je vous conjure de ne vous point croire trop jeunes pour penser à vous décider sur votre vo-

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cation. Commencez par demander instamment k Dieu qu'il tous la fasse connottre; rendez-vous en dignes par votre piété et votre fidélité à ta pratique de vos devoirs présents; partez-en à messieurs vos confesseurs, vous en avea de fort expérimentés, à vos maltresses, et faites votre chois dans la maturité, dans la seule vue d'obéir à Dieu, de faire quelque chosepour lui témoigner votre amour, et pour mettre votre salut en assurance. Que celles auxquelles il accorde celte grâce le prient tous les jours de la leur conserver, car c'est le plus grand bontteur qui puisse jamais leur arriver; elles feroient bien de s'essayer sur le courage et sur la mortification du corps, sans néanmoins faire des austérités, ou fort peu : vous êtes encore trop jeunes, et il faut laissa* croître et fortifier votre ccH'ps pour qu'il soit ensuite en état de soutenir la règle que vous embrassez. Mus ce que je vous conseille bien fort de fiure i présent, c'est de n'avoir nulle délicatesse dans le manger ; de ne jamais marquer de dégoût pour aucune sorte de nourriture qu'on vous présente; de vous accoutumer à manger de tout; à vous lever promptement quand l'beure en est venue, sans écouter la paresse-, à travailler assidûment-, à garder leulence de votre règle ; à ne vous chauffer l'hiver que par la nécessité; à souffrir les chaleurs de Tété sans en parler et sans vous en plaindre; enfin, à endurer avec paix et tranquillité toutes les mortifications de la Providence qui se prés^itent. Ce ssrMoit là tes vraies marques que vous avez vérîtabl^nmt fflivie d'être religieuses, et elles vous y disposeraient mer>

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v€dlleusement bien , sans faire lort à votre santé. « La résolution d'être religieuse est assurément un des plus grands etfets de la grâce et demande un grand courage, puisque c'est renoncer eft tout àla nature; or, si vousne vous y accoutumez pas de bonne heure, vous n'en aurez que plus de peine quand TOUS serez dans un noviciat. Vous vous imaginez peut-être que vous ferez bien quand vous voudrez- Vous vous trompez. Dieu n'est pas obligé de vous donner la grâce lorsqu'il vous plaint de la recevoir, après l'avoir négligée quand elle s'est présentée. J'ai toujours remarqué que les personnes qui oommencent de bonne foi à s'adonner à la piété se portent à pratiquer les austérités dont on voit tant d'exemples dans la vie des saints, et qu'on a besoin d'arrêter leur ferveur, qui, sans cela, les porteroit à des mortifications outrées. Quand M'°^ la ducbesse de La Vallière fut touchée de Dieu et qu'elle fut sur le point d'entrer aux Carmélites, je crus, comme plusieurs autres, lui devoir représenter qu'elle ne devait pas passer de la vie molle de la cour à une vie austère, et je lui conseillai de s'essayer quelque temps^ en se contentant de se retirer de la cour pour entrer comme bienfaitrice dans un couvent, y demeurant d'abord comme séculière, jusqu'à ce qu'elle Ttt par elle^nême si elle pouvoit en observer les règles. J'ajoutai : « Mais pensez-vous bien que vous a voilà toute battante d'or (car elles'habilloit magoi-' « fiquement), et que dans quelques jours vous serez B couverte de bure? » Elle me confia qu'il y avoit longtemps que sous ces dehors d'une vie mondaine

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elle portoit le cilice, couchoit sur la dure, et faisoit toutes les autres austérités des Carmélites. Et quant au conseil que je lui donnois de se retirer comme bienfaitrice dans un couvent pour y servir Dieu paisiblement en dévote séculière, elle me dit : « Seroit- « ce là une pénitence? Cette vie seroit trop douce, u ce n'est pas là ce que je cherche '. « Voyez, mes enfants, ce que fait la grâce dans un cœur qui correspond à ses mouvements.

« Croyez-vous qu'il n'y ait que les religieuses qui pratiquent des austérités et qui font l'oraison? Nous voyons plusieurs des dames du palais de madame la duchesse de Bourgogne se retirer à plusieurs heures pour prier; elles savent s'esquiver adroitement de la compagnie pour vaquer à l'oraison. J'en connois une qui, depuis plus de vingt-cinq ans, couche sur la dure. Elle a l'adresse de renvoyer ses femmes qui croient qu'elle va se coucher après avoir prié Dieu, mais dès qu'elles sont sorties, elle 6te les matelas de son litaQn de se coucher sur la dure, et pour cacher sa mortification, elle remet chaque chose à sa place te lendemain avant qu'on n'entre dans sa chambre. Je connois encore une autre personne de la cour qui vient tout nouvellement de se convertir. C'étoit une jeune personne fort agréable, et qui étoit de toutes les parties de plaisir. Elle avoit la bonne coutume délire tous les soirs un chapitredu Nouveau Testament, qu'elle tâchoit d'imprimer dans son

' On peut voir, t. Il, p. S6, édit. de 1T70, dans tes Jfânoirra de la Beauinelle, comme «et écrivain a traiiECormé ces curieux détails.

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esprit et sur lequel elle faisoit réflexion en se couchant. Cette lecture lui a été très-salutaire, car au milieu des spectacles et de tous les autres divertissements qu'elle se permettoit, elle se disoii à ellemême: Ce n'est pas lace que j'ai lu dans l'Evangile; ma vie est bien différente de celle de Jésus que je suis obligéed'îmiter. Cette réflexion, souvent réitérée, la fit rentrer en elle-même, et résoudre de changer de vie. Elle commença par s'excuser de se trouver à une partie de plaisir dont elle était priée; son refus étonna toute la cour, car elle n'avait aucun empêchement; moi-même je trouvai ce refus si extraordinaire en elle, que je lui en demandai le sujet; elle se contenta de me dire qu'elle avoit des raisons; je ne la pressai pas davantage. Quelque temps après nous la vîmes rompre ouvertement avec le monde et faire profession de la dévotion. Elle me conta ensuite que la lecture d'un chapitre du Nouveau Testament, joint aux réflexions dont je viens de parler, avait été la cause de ce changement. Remarquez en passant, mes enfants, que ce ne fut pas la lecture toute seule, quoique excellente, qui la convertit, maïs les réflexions solides qu'elle faisoit sur ce qu'elle avoit lu, en comparant sa vie mondaine avec la vie humble et mortifiée de Jésus-Christ. C'est ainsi qu'il &ut que vous vous appliquiez ce que vous entendez et lisez, et faire un sérieux examen sur votre conduite pour y réformer ce que vous remarquez en avoir besoin à mesure qu'il vous est connu. Adieu, mes enfants. »

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ESTRETIRNS SUR r.'EOllCATIOI».

ENTRETIEN XXXVP.

M"' de Mainteiioii, étaiU enlrée dans celte clwae. dit à M°" de La Haye, qui y étoit maîtresse, de leur faire fuire l'exercice qu'elle voudroit tout comme si elle n'y étoit pas. Elle fit répéter à une demoiselle une instruction que M"" de Maintenon avoit eu ta bonté de faire quelque temps auparavant. M"" de Maintenon en fut très-contente et dit à cette jeune demoiselle : « Vous seriez bien criminelle, ma cbère fille, si vous ne profitiez de tout ce que vous savei ; il y a plaisir à vous instruire puisque vous retenei si bien tout ce que l'on vous dît ; il n'y a plus qu'à le mettre en pratique. » La demoiselle ayant continué, H"* de Maintenon dit : "Cela est admirable! mais tu l'embellis, CateuiP, tu y mets du tien, il n'est pas possible que j'aie dit de si bonnes choses. » M"* de La Barre dit ensuite ce qu'elle avoit retenu d'un entretien sur la droiture, et en rapporta plusieurs exemples, entre autres, que les Dames de Saint-Louis ne feroient pas leur devoir si elles manquoient de nous instruire. « Non-seulement si elles manquoient de vous iostruire, reprit M*"' de Maintenon, mais même ^, se contentant de faire l'instruction, eUee

' Lettres édifiantes. 1. V, i. il.

» Marie Madeleine de Vaudreti de Catenil devint Dune de Salnt-Loui», et fit proteuton en 1 7 1 1 .

AVEC LES DEMOISF.LI.ËS DE LA CLASSB VEftTE (iTOS). Ui

passoienl le reste du jour à prier Keu, au lieu île veiller sur vous et d'avoir les autres attestions nécessaires à votre éducation ; car quoique la prière soit une œuvre excellente, elles ne laisseroient pas de se perdre, parce que leur devoir capital est de s'occupa' à vous instruire et à vous bien élever. Vous voyez que, quoiqu'elles soient obligées comme religieuses à dire l'office et à faire l'or^son en oominuQ, elles quittent cependant tour à tour l'un et l'autre pour être auprès de vous, et pour ne vous jamais laisser seules, parce que votre bonne et pieuse éducation est la principale Qn de leur lastitut, et ce que leurs fondateurs exigeât d'elles avant toutes cfacrâes.

« Mais quel compte n'aurez vous pas à rendre « Keu, mes enfants, toucbant cette bonne éducMion? Supposez-vous pour un moment dans l'état où vous deviez être naturellement, comme d^noîselles passablement à votre aise: votre mère auroit au plus deux femmes de chambre, dont l'une seroit votre gouvernante. Quelle éducation pensez-vous qu'une telle fille vous douneroit? ce sont ordinairement des paysannes, ou tout au plus de petites bourgeoises qui ne savent que faire tenir droite, bien tirer la busquière, et montrer à bien faire la révérence. La plus grande faute, selon elles, c'estde chiffonner soa tablier, d'y mettre de l'encre : c'est un crime pour lequel on est bien puni, parce que la gouvernante a la peine de les blanchir et de les r^>asser ; mais mentez tant qu'il vous plaira, il n'en sera ni plus ni moins, parce qu'il n'y a rien là à repasser ni à raccommoder. Cette gouvernante a grand soin de vous

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parer pour aller en compagnie, où il faut que vous soyez comme une petite poupée. La plus habile est celle qui sait quelques lignes de vers, quelques quatrains de Pibrac qu'elle fait dire en toute occasion, et qu'on récite comme un petit perroquet. Tout le monde dit : La jolie enfant! la jolie mignonne! La gouvernante est transportée de joie et s'en tient là; il s'en trouvé peu qui parlent de raison.

« Je me souviens que quand j'étois chez ma tante', une de ses femmes de chambre avoit soin de moi ; elle me tiroit à quatre épingles et elle me disoit continuellement de me tenir droite; du reste, elle me laissoit faire tout ce que je voulois. Mais montons jusqu'à nos princes ; comment pensez-vous qu'ils soient élevés ? On leur donne pour gouvernante une femme de qualité, qui souventa été élevée à peu près comme je viens de dire ; c'est d'ordinaire la femme d'un favori ou la parente de quelque ministre, qui n'a pas toujoursiesqualitésnécessairesd'un emploi si important. Comment pensez-vous qu'elle parle à la petite princesse? est-ce de piété et de raison? cela seroit bien à désirer ; mais pour l'ordinaire ce n'est que de ce qui la peut faire briller dans le monde. Quand elle va en compagnie, elle a grand soin de l'ajuster et de la parer, lui recommandant d'être bien honnête, la prend par la lisière si c'est une enfant, ou la suit si elle est déjà grande , l'instruit de la manière de recevoir la compagnie chez elle; et puis s'en va pour

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