‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 18 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE VERTE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE VERTE

demoiselle. — Je suisbiende votre avis, reprit M°" de Maîntenon. Gomprenez par là quel bien c'est que de recevoir une bonne éducation, et avee quel soin vous devez vous attacher à en profiter. Je voiis exhorte aussi à n'être point délicates, et a contribuer de vous-mêmes, par votre propre volonté, à vous élever un peu durement. Soyez bien aises quand vous trouvez l'occasion de faire quelques ouvrages un peu grossiefs ; cela vous fortifie, et vous est trèsbon; vous savez que le Saint-Esprit loue la femme forte de ce qu'elle a roidi ses bras pour le travail^ e'est-à-dire qu'elle a surmonté sa foiblesse et sa déiictitbase naturelle pour s'adonner aus. soins de son

« Ne vous plaignez de rien, vous êtes très-honnêtemeot traitées pour toutes choses. Nous avons tâché, dans tout ce qui a été réglé pour vous, de prendre le milieu, en telle sorte que celles qui retomberont dans la misère ne tombent pas de si haut, ce qui les rendroit doublement malheureuses-, pour celles qui seront à leur aise, cll^ ne s'en trouveront que mieux d'avoir été élevées un peu durement. Je vois cela tous les jours en M'°' la marquise de Dangeau ', qui est une princesse d'Allemagne qui, ayant douze sœurs et plusieurs frères, n'a pas eu dans sa jeunesse toates les commodités convenables à sa naissance.

* Fille du comte de Lowenstein, de la maison palatine; elle épousa le marquis de Dàngeau qui «'en crut ^ du SiIdI^Idiod , électeur palatin. C'était une femme d'une grande vertu, et l'amlB trét-intime de Ho» de Halntenon. Voir les lettres qu'elle luiadresu dans U Corrapondance géttérale.

=, Cookie

Avec cet air mignon et délicat que vous lui voyez', rien ne l'incommode, et je ne connois personne qui s'avise moins qu'elle de prendre ses aises. Hle est très-inr«mmodée, et ne iMsse pas d'être toujours gaie; elle ne fait aucun remède, ne consulte point les médecins, souffre son mal avec patience, et dit : J'aime autant mourirde cela que delà fièvre, puisque Dieu le veut. N'est-on pas bien heureux de s'accoutumer ainsi de bonne heure à la souffrance? J'ai été mariée à quatorze ans : on est ordinairement ravi à cet âge de faire sa volonté ; je croyois sottement que c'étoit fiûre la grande dame de m'appuyer, et de faire mille autre choses dont je me sens fort bien encore, et dont je suis bien fâchée. J'ai connu une vieille personne (c'étoit M"* la duchesse de Richelieu') bien plus raisonnable que moi sur cet article, et par conséquent plus heureuse : elle avoit tellement l'habitude d'une contenance ferme, sans se permettre la moindre posture commode, qu'elle ne s'appuyoit jamais, quelque malade qu'elle fût, et le plus qu'elle faisoit étoit de se pencher un peu les bras ; aXors on disoit : Madame k duchesse, vous n'en pouvez plus.

« Pourquoi , mes epfants , croyez-vous que je vous dise tout cela? C'est pour votre bien, afin de vous encourager à prendre l'habitude de vous contraindre, et de vous accoutumer à ne pas chercher vos aises; c'est un vrai moyen d'adoucir un

1 < Elle étolt Jolie comiae le jour, dit Saint-Simou, et faite comme une nymphe , avec toute» les grâces de l'esprll et du corps. ■

> Voir U noie de la p. S3.

=, Cookie

peu la mauvaise fortune qui vous attend peutêtre; et quand vous devriez avoir chacune trente mille livres de rente, je vous dirois encore les mêmes choses; car eu quelque état que tous vous trouviez, il vous sera tr^vantageux d'avoir été élevées un peu durement. Adieu, mes enfants; je ne me repentirai pas de vous avoir tant parlé, si vous pratiquez aussi bien ce que je vous ai dit que je vois que TOUS le retiendrez. »

ENTRETIEN XXXVIC.

« Hy a, dit-OB un jour à Madame, des maîtresses qui ont l'attrait de s'attacher à perfectionner les demoiselles les mieux nées et les plus sages ; d'autres de s'appliquer aux mauvais caractères; lequel aimeriez-vous mieux? — Je ne voudrois, répondit Madame, négliger ni les unes ni les autres, non plus que les préférer; je vous l'ai déjà dit autrefois, mais vous touchez là l'endroit qui fera que votre gouvernement n'ira jamais bien; c'est cette conduite différente des mîUtresses. Les unes croiront qu'il faut s'appliquer à former les plus raisonnables; les autres penseront qu'il seroit mieux de s'attacher aux mauvws caractères et aux plus dé-

' Recueil da Répontei, p. 312.

Page 1