‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 19 sur 45 · C.K.gIc · texte numérisé non relu

C.K.gIc

fectueuses -, Tune vouârs une éducatioB dure ; l'autre en voudra une douce et peut^tre molle. Tant que cette diversité se rencontrera, je ne dis pas dans les maltresses d'une mtmé classe (car il ne doit y SToir que la première qui soit maîtresse du gouvernement), mais je dis entre la maîtresse qui a précédé et celle qui lui succède, jamais vos demoiaelles n'auront une éducation solide. Tant qu'elles pourront dire avec fondement : La maîtresse des rouges est douce, celle des vertes est sévère ; Tune ne presse point sur l'ouvrage, l'autre en exige trop ; on tolère à la classe bleue des défauts qu'on attaque dans les jaunes; enfin dès qu'elles changeront de conduite en changeant de maltresse , comptez qu'elles iie prendront jamais de honnes habitudes : ce qu'une aura établi, une autre le détruira. 11 faudroit, pour réussir dans votre gouvernement j n'avoir toutes que les mêmes idées, les mêmes maximes, ou du moins, si vous en avez de différentes, être assez humbles pour renoncer à vos sentiments et suivre ceux de vos supérieurs j soutenant ce qui est établi par eux malgré votre propre jugement; il faudroit un seul esprit qui régnât dans la maison; que vos demoiselles trouvassent dans toutes les maltresses une telle conformité, qu'elles ne sentissent pas même la différence d'une classe à l'autre. Je sais bien qu'il y en aura toujours à faire des rouges aux bleues ; mais on doit pourtant les conduire par le même esprit, et pour cela, il faut se soutenir les unes les autres, ne donnant jamais sujet aux demoiselles de faire des compardsons de

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AVEC LES DAIES DE SAINT-LOUIS (t703). 151

vouSi Je sais bien que vous ne sauriez empêcher qu'elles n'en fassent quand elles Toudrent parle!pour parler, mais je votidrois que tous ne leur dônnasuez jamais lieu de les faire.

a Défaites-vous, ajouta Madame, des projets particuliers que l'amour-propre fait faire pour se dédommager de la nécessité où Ton se trouve de s'accommoder au sentiment d'une ofBcière. Ôq se laisse le plaisir de désavouer en soi-même sa conduite et de se dire : Si je suis jamais à celte chai^, je m'y prendrai bien d'une autre façon; je ferai ceci ou cela, je serai ou plus douce ou plus ferme. Jamais^ encore une fois, votre gouvernement ne s'établii'a aveb cette diversité de conduite. Il vaudroit mieiix- ne pas faire tout à fait si bien et qu'on Ht toujours de même, que de faire sentir ce haut et ce bas, dans la manière d'élever vos demoiselles et d'exercer vos charges.

« Un autre article encore bien nécessaire , est de renoncer au plaisir d'être aimée particulièrement des demoiselles ; on ne doit pas vouloir non plus en être plus crainte et respectée que les autres ; il faut porter le désintéressement jusqu'à n'être pas susceptible du plaisir de sentir qu'elles ont quelque chose de particulier pour vous, et leUr montrer en toute occasion que vous êtes si unies les unes avec les autres, qu'elles n'osent jamais s'aviser de vous faire leur cour aux dépens d'une autre maîtresse. Une fille vous dit qu'elle a beaucoup de confiance et d'attachement pour vous : répondez-lui bonnement : Je suis bien aise que vous aimiez les

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152 BNTRETfBNS SUR l'ËDDCATION.

personnes que Dieu vous a données pour vous conduire : c'est une bonne marque; cette reconnoissance est dans l'ordre ; je me persuade que vous avez les mêmes sentiments pour vos autres maltresses, puisque vous avez les mêmes raisons de les aimer. Si les filles portent la flatterie jusqu'à vous faire entendre qu'elles vous goûtent bien plus qu'elles ne goûtent les autres, témoignez un si profond mépris de ces bassesses, et un si grand désir que vos soeurs ne soient ni moins estimées ni moins aimées que vous, qu'elles connoissent que vous êtes bien éloignées de prendre plaisir à leur discours. 11 seroit Irès^nal de leur fîûre apercevoir qu'on a cette foiblesse. »

ENTRETIEN XXXVIIJ'.

(Qat Hoienl foit ce jooHl kor pmnitn conunnnian.)

join 1703.

« Je voulois, mes chères enfants, vous envoyer chercher hier, mais je n'en ai pas eu le temps; je vous prends aujourd'hui pour vous congratuler du bonheur que vous avez eu de communier ce matin, et voir si vous comprenez bien la grandew de l'action que vous venez de faire. » Et s' adressant à M"° de Villers : u Savez-vous, ma fille, lui dit-elle, ce que vous venez de recevoir en communiant ? » Elle répondit que c'étoit Notre-Seigneur. « Oui, lui dit

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INSTRUCTIOK aux petites demoiselles {1703}. 153

H"* de Maintenon, c'est son corps, son sang, son âme et sa divloité. C'est une grâce au-dessus de tous les mérites imaginables ; ni les siûnts, ni les anges n'en sont pas dignes, et cependant Notre- Seigneur Jésus-Christ veut bien s'abaisser jusqu'à cet excès de bonté de se donner à nous d'une manière si intime ; nous ne pouvons assez lui témoigner notre reconnoissance. Voilà que vous avez fait pour la première fois cette grande action-, on a pris tous les soias possibles pour vous y bien préparer; mais comptez, mes enfonts, qu'il faudra toute votre vie y Importer les mêmes dispositions, autant de désirs, d'amour et de ferveur que vous en avez eu en cette première fois ; et plus vos communions seront fréquentes, plus il faut que toutes ces saintes disposi' tioDS croissent en vous. Souvenez-vous, mes chères enfants, de ne vous jamais familiariser avec tes sacrements, et de n'en approcher jamais, la centième et la millième fois, qu'avec un tremblement et le même respect que vous venez de faire. Je voudrois que vous vissiez le Roi, comme il montre sa foi dans cette occasion ; tout le monde est pénétré de le voir approcher de la swnte table; il le fait avec une si grande humilité qu'il parolt tout anéanti en luimême à la vue de ce divin sacrement. Rien ne fait mieux connoltre l'abaissement où tout chrétien doit être devant Dieu que de le voir en ces occasions. « Vous ne devez plus vous regarder comme des enfants depuis que vous avez communié ; votre conduite doit être à présent toute pieuse et raisonnable ; vous devez avoir grand soin de tenir votre conscience

1S4 BHTIlBriENS SUR l'ÉDUCATIOH.

pure, et exempte de tous péchés volmittûrês, quèl(]bt) petits qu^ils puissent Ëtrei Que vous serez beureusesj mes chèrésenfants, à l'heure de votre mort, et même dans tout le cours de votre vie, si, à commencer dès aujourd'hui^ votre conscience vous rend le témoignage que depuis votre pj-emière communion, vous n'avez fait que 4es fautes d'inadvertance, et pas uhe de volontaire; vous paroitriez devant Dieu avec une grande confiuice^ et ^us auriez sujet d'en être bien reçues.

« Il y a trois choses que j'ai toujours désirées dans les iîlles de Saint-Cyr, et que je vous recommande d'une manière particulière, persuadée que vous y ferez une grande attention en un jour comme celui-ci ; c'est l'horreur du péché, la présence de Dieu et la docilité. Qu'entendez-vous pai* l'horreur du péché, Partbenay? — C'est, dit la demoiselle, avoir pour le péché plus que de la haine, — Fort bien, dit M°" de Maintenon; il est sur que d'avoir quelque cliose en horreur est encore plus que de le haïr. Que faitnjn ordinairement pour les choses que l'on 8 en horreur? — On les fuit de toutes ses forces. — Oui, ditM^deHaintenoUj et voila ce que nous devons faire à l'égard de tout ce qui est péché. Mes enfants, halssez-le et l'ayez en horreur toute votre vie. Je me souviens que quand M"' la duchesse de Bourgogne, qui étoit à peu près de votre âge, vint en France, elle paroissoit être indifférente pour toutes sortes de plaisirs, et elle étoit de même pour les richesses et pour les honneurs dont il nesembloit pas qu'eUe se souci&t ; mais quand je lui disois : 11 y

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[NSTRUGTKm AUX PETHES DSII0IWLLE6 (1703). 165

«ura du péché si vous faites cela, elle repranoitavec une grande vivacité : Il y aura du péobé? voilà qui est ffut, je ne le ferai point ; et j'avois le plaisir de lui voir toujours le même mouvement de vivacité, toutes les fois que je la faisoîs apercevoir qu'il pourroit y avoir du péché à quelque chose ; et quelque envie qu'elle eût de le vouloir faire, elle s'arrétoit tout court. Voilà comme je vous désire, mes enfants, et que vous ajoutiez à cette heureuse disposition la présence de Keu, qui vous entretiendra infaillibleraeat dans cette horreur du péché que je vous recommande.

a. Montfidcon , savez-vous ce que c'est que la pratique de la personne de Dieu? — | Madame, dit la petite demoiselle, c'est de penseF toujours à lui. — Nous serioDS infiniment heureuses, répondit M"'deMaintenon, si nous pouïiwisavûir le bonheur de penser toujours à Dieu sans aucune disti^action, mais je ne vous en demande pas encore tant; cela pourra venir dans la suite; commencez seulement par offrir à Dieu, tous les matins, tout ce qge vous ferez dans la journée, élevez votre cœur vers lui de temps en temi», par exemple, quand l'hcrloge sonne; et si l'occasion se présente de faire quelque chose qui déplaise a Dieu , abstenez-rvous-en en disant en vousHnâmes : Keu me voit, cela me suffit pour ne le jamais faire. S'il vous arrive quelque bonheur ou quelque peiae, recevez l'un et l'autre comme de la main de Dieu, lui rendant grâce de ce qui vous fait pLaistr et vous soumettant humblement à ce qui vous fait de la peine, sans murmurer, sachant qu'il oe

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156 ENTRETISNS SDB l'ÉDECATION.

nous peut jamais rien arriver contre son ordre ou sans sa permission. Par exemple, c'est lui qui permet que je vous parle à présent, c'est lui qui vous a conduites ici pour vous faire instruire de votre religion, afin que vous soyez de bonnes chrétiennes ; c'est lui qui ordonne tous les événements de la vie des hommes, et qui veut qu'ils en fassent un bon usage, de quelque nature qu'ils soient. Vous voyez bien que cette pratique n'est pas seulement pour le temps que vous avez à rester ici, niMs que c'est pour toute la suite de votre vie que je vous la recommande, et vous devez l'observer jusqu'au milieu du monde, et même du plus grand monde, si vous y êtes engagées. Vous trouverez peut-être étrange que je vous parle de la présence de Dieu à votre âge; je vous assure, mes chères enfants, que vous ne pouvez commencer de trop bonne heyre à vous accoutumer à regarder Dieu en tout, et à reconnottre sa mfùn qui agit sur nous dans tous les différents événements de cette vie.

« La troisième qualité que je souhaite à mes filles, c'est la docilité; je voudrois bien savoir ce que vous entendez par la docilité. — C'est, répondit M"' de Moléon, de bien obéir aux maîtrises. — Non-seulement aux maltresses, dit M"" de Maintenon, mais encore plus à votre confesseur. Rien n'est d'un meilleur augure pour l'avenir que cette docilité à se laisser conduire, à embraser le bien qui nous est recommandé ou inspiré. Et ne croyez pas que ce soit une vertu d'enfant; cette docilité convient à tout âge, et je suis persuadée que c'est

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