C.K.gle
IKsrRDCTION AtiS PETITES DEMOISELLES (1703). 157
ce que Notre-Seigneur recommandoit à ses apôtres lorsqu'il leur disoit : Si vous ne devenez comme des enfants vous n'entrerez point dans le royaume de Dieu. Ayez donc l'esprit et le cœur dociles à présent, et conservez cette docilité jusqu'à la mort. Adieu, mes enfants, n'oubliez jamais la grande action que vous venez de faire aujourd'hui, et songez à mettre en pratique ma petite instruction; je vous reverraî dans quelque temps pour voir si vous l'avez Lien retenue. »
Puis revenant sur ses pas elle leur dît : « Nous avons une jeune princesse de dix ans (U'^deContî') qui vient aussi de faire sa première communion : elle vint quelques jours auparavant voir le Roi dans ma chambre ; U lui recommanda avec une piété et un zèle admirables de bien prendre garde à ce qu'elle alloit faire, d'en comprendre toute l'importance , et d'y apporter toute l'attention possible. J'étois charmée de l'entendre. D lui répéta plusieurs fois que c'étoit la plus grande action qu'elle put jamais faire en sa vie; elle Técoutoit d'un air respectueux et touché. Je lui dis : « Prenez bien garde, princesse, de ne pas conserver la piété dans laquelle vous êtes élevée, et fortifiez -vous contre les railleries que l'on vous fera sur vos communions et sur vos autres exercices de piété, w Elle répondit : u II y en a déjà beaucoup qui s'en moquent. — Comment, dit le Roi, il se trouveroit des gens qui se moqueroient de votre piété? — Oui,
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15B ENTR&TIBliS »JR L'ÉDUCATIOtl.
dit-elle, on me raille quand je vas à confe^. —7 G» sera assurément, ajouta M*"' de Maintenon, un miracle si cette jeune princesse persévère ; priez Dieu qu'il lui $n fasse la ^àce. J'espère cependant de ses bonnes inclinations et du fond 4o religion qu'on lui inspire, car elle n'a autour d'elle que des personnes vraiment chrétiennes et pleines de verti). j'ai voulu, mes enfents, vous dire encore ce pptit mot ppur vous faire peser le bonheur que vous avez ici d'être poussées et excitées à ]a piété géiiéraler mefit par toi4t le monde, bien loin d'eii être déU^rnées par qui que ce soit, t
ENTRETIEN XXXlï».
(Del'aitlitédeir^BeiioDi, et i|a'il ne fanlpoinl aliter 11 pc<n«.) Juillet IIOl-
« Je suis toei eontente, mes chères enfants, d'avoir trouvé en vous la même docilité etla oiiëme ^implicite que dans les petites classes; je prétends par là vous donner une grande louange. Si les Batnes de Saint- Louis ne vous aimoientsolidement et ne cherchoient que leurs commodités, elles se tiendroient en repos sans exiger autre chose de vous que ce que vous faites, contentes de ce que l'extérieur va bien ; mais comme nous vous aimons pour vous-m^nes, et que nous cherchons votre plus grand bien, nous allcns
> Lettret étUfiantes, U V, p. 65.
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AVEC LES DEMttSELLeS DE LA CLAS^ JAtUte (1703). IfiS
travailler â former l'intérieur. Je tcu* commencer pfer tous apprendre à ptcflter des temps de silence <{Ué tiôtis avons mis dans le règlement, ce qiie nous s'ÀTOtls Tait que pour de bonnes raisons; je veut bien vous les dire; je crois que vous serez assez raisonnables pour les comprendre. La première, c'es^ de vous apprendre à voua tàil-b ; Ken ne Sied si mal à Une fille que de toujours parler, quand même elle auroit le plus gràiid esprit du inonde et qu'elle diroit defe hietreilles, Utle autre raison fie ce silence qu'on TOUS fàit observer, t'est pour voufe dOiiner le temps de feire de sérieuses rêflesiôtia, persutidées que si vous le saveï bien etriployer, rien rie contribuera tant à vouâ l'erïdrè i^sotihiibles. Mais poiir eèla il faut savoir ce que t'est que l'cfléchlr : c'est pensei- plusieurs fois avec àtteiilion à là mCme eboset Je crains que Vous lie perdie* tout le temps qu'on à prètetidu qiie Vous ëinploieriei aui réflexions; celles qui vous eonvietihent prèsénteniêiit Sont, par eiemple^ sur l'état de Vie que vous dévei choisir, Sur ce que vous deviendrez quand Vous ilë sei^z plus à Saint-Cyr, sur ce que vous entendet dire de bon pour vous rappliquer, sUr la conduite des personnes raisofthablés t>6ùr y eoiifornier k votre. Les plus pieuses prendront Ce temps-là pour penser à Dieu et pour s'etitretebif avec lui. VbtiS pourriez quelquefois conter de mémoire , répéter une instruction pour tâcher de bien ta comprendre, répéter ce que vous avez appris par cœur, ou apprendre quelque chose, narrer une histoire que vousvoulezretenirouraconter ou écrire^ eu un mot, vous occuper toujours utile-
ment. Si je pouvois contenter ma curiosité et connoître à quoi s'occupe votre esprit, et quelles sont vos pensées quand tous êtes obligées de garder le silence, j'auroisbien envie de le savoir; au moins apprenez a le garder comme il faut, et à vous rendre ce temps utile.
« Je veux encore traiter avec vous des précautions que vous prenez pour éviter toutes peines et tout travail. Il semble qu'il y en a qui croient pouvoir s'exempter de la loi commune, et qui voudroient ne pas souffrir la moindre chose ; cependant ce que vous avez à souffrir présentement n'est rien du tout en comparaison de ce que vous trouverez dans le monde. 11 n'y a personne qui ne souffre; j'ai l'honneur depuis longtemps de voir le Roi de fort près : s'il y avoit quelqu'un qui pût secouer le joug, et n'avoir point de peine, ce seroit assurément lui ; cependant il en a continuellement : il est quelquefois toute une journée dans son cabinet à faire des comptes ; je le vois souvent s'y casser la tète, chercher, recommencer plusieurs fois, et il ne les quitte point qu'il ne les ait achevés, et il ne s'en déchaîne point sur ses ministres. Il ne se repose sur personne du règlement de ses armées; il possède le nombre de ses troupes et de ses régiments en détail comme je possède les bandes de vos classes '. Il tient plu-
' Louis XIV, depuis la mort de Hazarin, a trataillé coiiglaiii> meDtbuitheares par Jour aux aRalTegdel'Ëlat; dana lesdemièrw années de aon règne, il travalUatt eonTent pendant dix à douie heurej. On eait que Napoléon possédait, comme Louis XIY, " le nombre de ses troupes et de ses [égimenls en détail. ■
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