‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 2 sur 45 · ENTRETIEN PREMIER · texte numérisé non relu

ENTRETIEN PREMIER

« 11 faut commencer, mes chères filles, par fùre observer le règlement avec beaucoup de silence. Ne vous pressez point d'entrer dans la conduite spirituelle de vos filles ni de gagner leur confiance pour les porter à Dieu; soyez sérieuses et graves avec elles. Ce que vous avez à faire, c'est de tes contenir, et non pas de les diriger*. Comptez que vous aurez bien employé votre journée quand vous les aurez empêchées de faire du mal; qu'elles auront

■ Recueil des Béponses de M"" de Maintenon, p. 09. (Voir, sur ce manuscrit, la préface des Lettres sur l'éducation.)

* LeB BommaiTet qa'on trouvera ainsi à la tfie des Entretiens appartiennent aux manuscrits.

' Voir la préface de ce volume pour l'explication de cette première date.

* HiBe de Malntenon entend par là diriger leur const^euce : c'était la tendance dei Damée de Saint-Loula, qui voulaient donner aux demoiselles une éducation trop monacBle; elle ne ceua de combattre cette tendance et d'exciter les Dames i n'inspirer à learB élèves qu'une piété de séealiÈrea.

2 ENTRETIENS SUR L'ËDDCATIOH.

travaillé en silence ; qu'elles n'auront point eu de conversations particulières , je ne dis pas seulement dans ce commencMnent , mais c'est Ift meilleure conduite que vous puissiez prendre pour toujours. Contentez-voùs de les instruire sur leurs devoirs; semez et attendez les fruits aVec patience, sans vouloir tout rectifier à la fois, sans les presser par l'insinuation , par la confiance ; Dieu ne béniroit pas cette conduite dans laquelle on compte souvent trop sur soi, et puis si elle profitoit à quelques-unes, vous en verriez un grand nombre qui en abuseroient, qui deviendroient familières , et que vous ne pourriez contenir, ce qui est, encore une fois, ce que vous avez à faire; c'est à leur confesseur à faire le reste. Gouvernez-les avec douceur, et que vos réprimandée soient rares; tâchez plutôt dans vc» entretiens de leur inspirer l'amour de leurs devoirs; prenez occasion d'une fête, d'une lecture, d'une communion pour les animer, pourles avertir d'une chose qu'elles font mal; ne les rebutez point par des corrections fréquentes ou faites sur-le-champ , comme, par exemple, si elles parlent dans le réfectoire, dans la marche, ou qu'elles s'y dérangent : ce n'eàt point le temps de les en reprendre, ou de les tirer par la manche pour les faire marcher sur une même ligne; c'est là ce qui les impatiente , et qui leur fait faire de sottes réponses dont on est un peu coupable par son impatience à les corriger, a quoi, pour l'ordinaire, on ne réussit pas par cette précipation. Quand elles sont en mouvement, elles ne vous entendent qu'à demi , et ce que vous dites augmente le dérange-

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ment; s'il est considérable, redressez-le avec fer- Bieté et à propos, sinon, ayez patience tant que le bien surmontera le mal ; c'est l'avis que saint Paul donne dans Véptlre d'aujourd'hui, et comptez que quoi que vous fassiez, il y aura toujours quelques filles qui parleront ou se dérangeront ; il est impossible que daos le grand nombre cela soit autrement. 9 Nous lui demand&mes' l'explication de ce qu'elle avoit dit quelques jours auparavant, qu'il ne.falIoit pas entrer dans la conduite de nos filles, n C'est, noua dit-eUe , pour les commencements que je vous ai parlé , où vous ne les connoissez point encore ; il vaut mieux y entrer trois mois trop tard que trois mois trop tôt; car j'ai toujours bien compris qu'il falloit parler en particulier à ces filles-là, les avertir de leurs défauts , les animer pour la pratique de la vertu, les aider à corriger leur naturel et à coo- Doltreleur vocation (si elles sont en âge d'y penser), sans pourtant en décider vous-mêmes ; c'est dans ces sortes de conversations qu'on peut leur dire tout ce qu'on veut sans craindre de se commettre et sans hasarder qu'elles vous fassent une sotte réponse qui seroit de conséquence en général; c'est là, «n un mot, la vraie occupation d'une première ïnaltresse. Ce que je aois que vous ne devriez pas entreprendre , c'est une direction suivie ; il faut les exhorter à avoir une grande confiance à leur confesseur ; les renvoyer quelquefois à lui quand elles demandent des pratiques pour leur intérieur, leur

* G'eit, dans tooa esf entrelieiu, H>" de Beua) qui racenta'

4 ENTRETIENS StR L ËDUCATK»).

oraison, etc. ; car souvent elles n'en demandent que par curiosité : il faut pourtant les écouter, mais couper court, surtout avec celles qu'on remarquera aimer à discourir, et d'un caractère à tourner en ridicule ce que vous leur diriez de meilleur et à conter à leurs compagnes : Mon confesseur m'a donné une telle pratique, et ma maltresse une tout opposée. Mais ce qu'il ne faut jam^s faire , c'est d'entrer dans leurs peines d'une manière qui les amollisse, par exemple, entretenir la peine qu'elles auroient d'observer leur règle , leurs répugnances pour leurs maîtresses, entrer dans les atlaires de leurs familles pour s'insinuer dans leur esprit et s'en faire aimer; car je ne veux pas dire qu'on ne doive pas consoler une ûlle aûligée sur un accident arrivé à sa famille, mais ce qu'il faut éviter, c'est l'inutilité et l'amusemeot. »

Une de nous lui demanda ce qu'elle devoit faire pour celles qui la pressoient de les voir, de les conduire. i( Vous ne pouvez, dit Madame, refuser de répondre à une fille qui demande des conseils ; diteslui que vous voulez bien l'aider puisqu'elle le veut; que voilà les défauts que vous avez remarqués en elle, et qu'il faut qu'elle travaille aies corriger; qu'après celtii vous verrez à lui dire autre chose. Si elle persévère et qu'elle ne se rebute point de ce que vous ne paroissiez pas bien touchée de sa confiance , c'est une marque qu'elle y vient de bonne foi, et alors vous pourrez l'aider, l'instruire, ta soutenir, observant pourtant toujours ce que je vous ai déjà dit de ne pas trop parler, et de les por-

ter le plus que vous pourrez à une grande confiance en leur confesseur. Ce que je vous dis est ce que je ferois moi-même pour le repos de ma conscience j la leur sera toujours mieux entre les mains de leur confesseur qu'entre les nôtres; Dieu attache une grâce particulière à la conduite des confiseurs ; de plus, vous ne pourriez suffire à tout.

« n faut, nous dit-elle sur quelques autres questions, que les maltresses agissent avec un grand concert ; mais sur cela je fais une grande différence de celui qui doit être entre la première et la seconde, et celui qu'il doit y avoir entre les quatre mattresses '. Les deux premières doivent régler ensemble ce qu'il y a à faire , et dire ensuite à leurs aides ce qu'elles doivent savoir et faire exécuter. Les maltresses subalternes doivent veiller comme les premières, avertir de ce qu'elles voient et ne pas croire qu'elles ne sont chargées des choses qu'autant qu'elles ont d'autorité pour ordonner et pour punir. Qu'elles ne trouvent pas mauvais si la première ne punit pas toutes les fautes dont elles l'avertissent, et qu'on ne les consulte pas ordinairement pour le gouvernement de la classe. Quand même toutes seroient capables de conduire les classes, ne comprenez-vous pas qu'il seroît impossible de penser toutes de même , et fort embarrassant pour la première d'avoir à prendre des conseils que souvent

' 11 y avait toujours quatre maitresees à chaque clasee : les deux premières étalent ordinairement religieusea proFeeees; la tioislâme, novice; la quatrième, demoiselle noire. — Voir, pour Ibb détalla, VHistoire de ta Maison royale de Saint-Cyr.

6 ENTRBTIBNS SUR L'ËD(JCATI0N>

elle ne pourroit pas suivre ? et puis, qui veilleroit vos filles pendant que vous vous assembleriez un temps si considérable ou si fréquent, étant inévitable qu'il n'y ait souvent des choses à dire et régler dans le gouvernement d'un si grand nombre de filles ? Pour la première et la seconde , elles doivent avoir plus de rapport ensemble, la première devant l'avertir de tout ce qu'elle règle dans la classe pour le général et pour le particulier, afin qu'elle soit toujours en état en son absence, »

Puis, changeant de conversation, elle dit : « Il est très-bon de faire quelquefois ce que vous faites depuis deux jours, c'est-à-dire de faire travailler vos demoiselles assidûment, sans aucune interruption, pour les accoutumer à l'ouvrage, ou pour en finir un pressé, ce que j'entends principalement pour les grandes, car les petites ont trop de choses à apprendre pour qu'il convienne de le faire souvent. »

Nous lui dîmes que depuis quelque temps nous sentions dans nos demoiselles un esprit de murmure, et qu'elles disoient bien des choses mal à propos, et nous lui demandâmes s'il ne falloit point faire quelque exemple pour l'arrêter. » Il faut, ditelle, en ces occasions prier Dieu, et agir avec bien de la discrétion. Je crois que vous rendrez vos filles souples, par ne point faire d'attention à leurs peUts raisonnements : quand elles verront que vous ne faites pas semblant de les entendre , et que vous prenez en riant un trait qu'elles lancent à dessein de vous chagriner, allant toujours droit votre chemin, elles cesseront de raisonner. 11 ne faut jamais leur

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AVEC LStt DANE& DE SAIHT-LOVIS (1694). 7

dire , ni leur faire faire des choses déraisannabtes, mais il ut faut pas non plus toujours leur dire tes raisons que vous avez de les lear faire faire, parce que alors elles veulent aussi raisonner et faire des difficultés qui embarrassent. Qu'elles fassent donc tout ce que vous jugerez à propos de leur faire faire, mais ordonnez-le sang hauteur, sans changer de ton ni de visage, et dites avec un ton doux et ferme : Mesdemoiselles, il faut faire cela aujourd'hui ; vous ne ferez point un tel exercice ; vous n'irez point en tel endroit; vous travaillerez tout le jour, etc.; mais souvenez-vous toujours , et n'y manquez jamab, à leur donner du temtps pour prier Dieu l'après-midi les jours que vous ne les mènerez pas à vêpres, afin qu'elles prennent cette bonne habitude et la conservent toute leur vie. »

A une question que lui fit la dépositaire, elle dit : n J'ai remarqué que vos filles ne se soucient point de gâter leurs hardes, parce qu'elles comptent qu'à la distribution il faudra bien leur en donner d'autres. Les bleaea ' disent, quand on les en reprend : Il n'y a qu'à prendre la mesure. Je voudrois bien qu'elles les portassent avec des pièces quand elles les ont rompues; qu'elles ne s'accoutumassent point à vivre comme s'il n'y avoit qu'à aller prendre à la boutique tout ce dont elles ont affaire , sans avoir l'attention de le ménager, et pour les accoutumer à ce ménagement de leurs hardes , laissez-les manquer quelquefois de quelque chose ; faites-les attendre : cela

' Les demoiselles de la claese supérieure et qui avaient de diisepU Tingtans (Voir la prérace des Lettreiiur l'Mucafton, p. iTuJ.

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leur sera bon , car si elles ne savent pas ménager ici le bien de votre maison, elles ne sauront pas ménager celui de leurs parents, u

ENTRETIEN II'

(Qu'il bol M faire Htimer des deni<iii«Uea, étitor d« parlude ■•utb déTmli.) 31 décembre 16St.

Dans un chapitre^ du dernier jour de l'année, où M°" de Maintenon se trouva , elle laissa parler la mère supérieure °, comme elle faisoit ordinairement quand elle y venoit, et quand la supérieure eut fini, M°° de Maintenon ajouta : « Votre mère a passé légèrement un article bien essentiel , c'est la nécessité de vous faire estimer des demoiselles par une conduite toute religieuse et régulière ; comptez que l'empressement que vous avez à vous instruire, et toutes vos questions qui partent d'un si bon fonds, mes bonnes intentions , mes misérables discours, et tous les moyens que nous pourrions prendre pour établir une vraie piété , une vertu solide et un bon esprit dans vos classes, seront sans fruit si vos demoiselles ne vous estiment pas, et elles ne vous es^ timeront qu'autant qu'elles vous verront vraiment vertueuses et régulières. Vous ne sauriez croire comme elles sont clairvoyantes sur vos moindres

' Lellra ëdtfianles, t. IV, p. 189.

' Assemblée générale des Dames de SaiDt-Louis.

' C'était alors M"" de Fontaines {Voir les i.eiir« iwr l'éifu-

défauts , tout ce qu'elles en diroient, les comparaisons qu'elles feraient de vous autres, comme elles sauroient démêler celles qui sont les plus exactes de celles qui le seroient moins , comme elles diroient : C'est une telle qui nous garde , nous pourrons l'entretenir; c'est cette autre, nous n'aurons pas un moi d'elle. Qu'est-ce à dire cela? sinon une telle est régulière, et l'autre ne Test pas.

« Il m'est revenu que, dans vos récréations, vous parlez des défauts de vos demoiselles, sous prétexte, dites-vous, que vous êtes leurs mères; mais ce n'est pas une raison pour divulguer dans une communauté des fautes et des défauts qui peuvent prévenir contre elles et leur nuire beaucoup , surtout si dans la suite elles vouloient être religieuses ici. Ce sont des filles de seize à dix-huit ans , leur réputation commence à n'être plus indifférente, et vous devez la ménager aussi soigneusement que le christianisme vous oblige à conserver délicatement la réputation de notre prochain ; autrement vous pourriez bien tout bonnement, et sans y penser, être aussi médisantes que nous autres dans le monde. Soyez circonspectes dans vos paroles, soyez délicates sur la charité ; vous savez mieux que moi combien il est aisé de pécher considérablement en cette matière : vous en instruisez les autres. Considérez toujours avant que de parler si ce que vous allez dire a quelque nécessité ou utilité, ou du moins s'il est innocent. Je ne vois pas à quoi peut servir de parler des défauts de vos demoiselles; je vous ai dit quelquefois en riant que je vous abandonnois le prochain

10 ENTRETIENS SUR L'ËDDCATIIHI.

rouge ' ; c'est une r&iUerie , et quoiqu'il y ait moins de précautions à prendre à l'égard de ces enfants dont les défauts à cet âge ne doivent pas faire grande impression, jeferois cependant scrupule déparier de ceux qui sont grands. Si vous étiez frappées de ce que quelques défauts s'établiroient parmi vos demoiselles , ou quelque mauvaise coutume ou manière , je ne trouverois pas mal que vous dissiez en général que vous craignez qu'un tel défaut ne se glisse dans les classes, ni qu'on en cite mftme des exemples ; cela vous instruit les unes et les autres, vous précautionne ou vous relève-, mais je ne voudrois jamais que Ton nomm&t les demoiselles qui ont ces défauts; je trouverois même moins d'inconvénient à marquer positivement quelle sorte de faute quelqu'une auroit faite que de dire : C'est une humeur difficile , c'est un esprit mal fait , c'est un mauvais caractère, car ces choses-là notent toujours d'une manière très-fàcheuse, et ne manquent point de laisser une mauvaise impression. »

Quand M"' de Maintenon eut cessé de parler, la mère supérieure lui demanda pardon, au nom de toute la communauté, des fautes qu'on avoit faites pendant toute l'année ; elle répondit : m Je vous l'accorde de hon cceur, mes chères enfants, et je suis pleine d'espérance que nous allons faire merveille à l'avenir ; je suis résolue de me livrer tout entière, et de vous aider de tout mon pouvoir à établir dans nos classes ce hou esprit et cette éducation solide

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AVEC LES DEHOIULLES DE BAINT-CTlt (1695). 11

dont je TOUS parle si souvent; celle que nous leur avons donnée jusqu'ici a été trop extérieure et superficielle ' ; travaillons toutes ensemble à la rendre chrétienne, raisonnable et solide. Je vous demande pardon si je vous parle si librement aux récréations, si je vous dis quelquefois des choses trop dures ; je me persuade que vous ne vous en offensez pas, parce que vous voyez le cœur dont elles partent , et que je n'envisage que votre utilité, et le bien de votre établissement. Je suis bien fâchée de vous donner mon esprit, mes idées, mes maximes particulières, et je puis vous assurer que je ne vous fais aucune décision qui soit un peu importante, que je ne l'aie auparavant consultée plus d'une fois à des personnes capables de m' éclairer.

ENTRETIEN IIP.

La première maltresse de la grande classe', qu'on appelle communément classe bleue,, à cause qu'elles portent un ruban de cette couleur, dit à M" de Haintenon : « Il y a longtemps , Madame , que vous

1 Voir la prétace de es Tolome «t VHiitoire de la Maitùn rofaU de Saint-Cyr. , ch. VI.

* Lellres édifiantes, t. IV.p. ÎOl.

* C'était alors H»» de Lcubett [Voir let Lettret mr l'idtteattat. p. 54 ].

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12 ENTRETIENS RDR L'ÉDUCATION.

avez la bonté de me faire espérer que vous renouvellerez à nos demoiselles l'instruction que vous leur avez dqà faite des qualités que doit avoir la véritable piété. — Est-ce qu'elles n'en ont plus nulle idée ? dit-elle : je veux bien la répéter, car il n'y a rien de si nécessaire que de la bien entendre ; je leur ai dit, ce me semble, que la véritable piété doit être solide, droite et simple. » Et adressant la parole à M"" de Feriol, elle lui demanda ce que c'étoit que la piété solide. Ia demoiselle lui répondit : « Vous nous avez dit, Madame, que c'étoit de consulter Dieu dans toutes ses entreprises. — Oui, dit M"° de Maintenon, afin d'agir en toutes choses par les principes de la religion, par préférence â ses intérêts temporels et à son inclination naturelle. Par exemple , un père et une mère veulent marier leur fille ; il se présente deux partis ; l'un est plus riche que l'autre , mais de mauvaises mœurs ; ils voient clairement que leur fille sera malheureuse et ne pourra vivre chrétiennement avec lui: l'autre a moins de bien , mais est honnête homme : lequel des deux devroit-on choisir? c'est sans doute le dernier. Cependant c'est ce qui ne se fait point dans le monde ; mille livres de plus ou de moins décident d'un mariage; c'est pourquoi il y en a si peu d'heureux. Un autre exemple encore : un homme a plusieurs enfants ; il veut donner son bien à l'alné-, pour cela il destine les autres selon sa fantaisie, sans consulter Dieu ni leur volonté : je veux, dit-il, que mon ^né ait mon bien, et pour cela je ferai celui-ci d'Église; je veux marier ma fille, et pour cela je ferai

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yiE.C LES DEMOISELLES DE SAINT-CTR (ISBS). 13

les autres religieuses, sans me mettre en peine si elles ont vocation ou non : voilà un manque de piété soiide. Une personne a un procès ; si elle a de la piété, elle examinera si la cause est juste, si ce n'est pas sa partie qui a raison ; si elle découvre que c'est elle qui a tort , elle se démettra de ses prétentions et cessera de plaider. Une personne est-elle dans le cas de choisir un état de vie , il faut que Dieu soit sa première vue, et qu'elle ne fasse rien sans l'avoir consulté; si elle agît autrement, elle n'a point de piété solide. — Mais, ajouta M°' de Maintenon, qu'est-ce que la piété droite ? — C'est, répondit une demoiselle, de faire chaque chose en son temps. — C'est bien cela, reprit M"° de Maintenon, mais c'est aussi de conformer sa piété à son étal : par exemple, si vous vouliez aller visiter les malades pendant que vous êtes à Saint-Cyr, vous voyez bien que votre piété ne seroit pas droite, puisque vous ne le pouvez pas; cela sera bon quand vous n'y serez plus, et qu'étant chez vous, vous aurez la liberté d'aller visiter les malades de votre village, ou ailleurs; il le faudra faire avec les bienséances convenables, les consoler, leur donner quelque chose si vous le pouvez, ou les assister d'une autre manière : alors votre piété sera droite parce que cette pratique sera de votre état. Si une Dame de Saint-Louis vouloit avoir les yeUx bien fermés quand il faut vous regarder, ne la trouveriez vous pas bien dévote? oui, mais, sa dévotion seroit de travers, puisqu'elle la doit faire consister à remplir ses devoirs , et elle ne le feroit pas si elle vouloit prier quand il faut vous regarder et

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