‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 3 sur 45 · C.K.gl · texte numérisé non relu

C.K.gl

14 BNTRETlEItS SUR L*ÉDndATION.

veiller 8ur vous. Si une personne niMiée étoît tout le jour à l'église en oraison, abandonnant sa famille à une femme de chambre, ou marne à une servante, sa piété ne seroit pas droite , parce qu'elle est obligée de veiller sur ses enfants et sur son ménage, et non pas d'être toujours à l'église. Mais voyons ce que c'est que la piété simple : c'est de ne point chercher de raffinement dans la dévotion, ni de nouveauté dans la doctrine et dans les livres ; il ne faut point être curieuse ni en bien ni en mal, car nous sommes des ignorantes , et n'en devons pas être honteuses-, nous n'avons point de science, ainsi nous sommes incapables de juger de ce qui est bon ou mauvais. Ayez peu de livres , et des plus communs, et surtout n'en lisez jamais de suspects, ni pour ta doctrine ni pour les mœurs; lisez ceux que TOUS avez bien choisis, cinquante fois, cent, si vous voulez , et enfin jusqu'à ce que vous ayez mis en pratique ce qu'ils enseignent, car c'est la fin que nous devons nous proposer dans toutes nos lectures spirituelles. »

ENTRETIEN IV'

... « Parlons un peu de la maîtresse générale ", dit

< Seeuell dt* répomet, p. 4.

* Voii.surles [oncUons delà mattressegénéiale, l'^ùfoireA la JlfoUon royale de Saint-Cyr, p. 12T.

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AVEC LES DAMES DE SAIHT-LODIS (1695). 1$

M"" du Tourp', — ^Volontiers, répondit Madame; j'en parlerai mieux que d'aucune officiera, car c'est une charge que j'ai créée ; je pensai que les inaltreeses ne pouvoient être trop renfermées dans leurs classes, et que pour cela il falloit charger une personne de tout ce qui concerne les demoiselles au dehors, qui se mêlât de leur entrée dans la maison, de leur sortie, -de leurs lettres, des parloirs, et enfin qui eût la vue sur elles dès qu'elles sont hors de la classe. Je dirai donc, dit Madame en riant, pour répondre a ce que vous me demandez, que je pense de la maltresse générale ce qu'on dit de la méthode d'oraison, qu'elle est donnée pour aider, et non pour embarrasser, c'est-à-dire que 1^ maltresse générale doit soulager les maîtresses, aller à leurs classes quand elles la demandent, ou quand il y a quelque chose de conséquence ; mais hors de là n'y guère paroltre, et ne point aller les importuner, les laissant faire au dedans de leur classe comme elles l'entendent, car, puisqu'elles ont la peine, it est juste qu'elles en aient l'autorité, et elle leur est même nécessaire pour gouverner les demoiselles, qui s'en moqueroienthientôt si elles remarquoient qu'elles fussent dépendantes de la maîtresse générale pour les punir et pour les récompenser, et rien ne diminueroit l'autorité des maltresses particulières comme de voir a tout propos une mdtresse générale les tenir, régir et gouverner. — Mais, dit une de nos sœurs, si quelque maîtresse

' Elle était alors maîtresse générale. Voir la Dote 2 i p. 130, des Lettra sur l'Êducalion.

corrigeoit trop, ou donnoit trop de relâchement, ne devroit-elle pas y mettre ordrej* — Comment le saura-t-elle, répondit Madame, puisqu'elle doit aller rarementaux classes?n faudroit que cela fùtbien excessif pour venir à sa connoissance ; et en ce cas, elle devroit en parler aux maîtresses ou à la supérieure. J'ai été aux Ursulines ', et je me souviens que quand la maîtresse générale venoit aux classes, c'étoit une nouvelledonlonparloitquinze jours devant etquinze jours après; elle avoit sa robe et ses manches retroussées, et nous tremblions de respect. Ces personnes de grande autorité doivent se rendre rares. Après cela, pourtant, les maltresses ne doivent point être blessées de voir la maîtresse générale parler aux demoiselles en particulier. Elle ne sauroit pourvoir à leur établissement et connottre ce qui leur convient pour le choix d'un état, qu'elle fie juge par ellemême de leurs dispositions ; mais cela ne regarde que la grande classe. » On demanda encore à Madame comment il falloit entendre l'article de la constitution qui dit que la maltresse générale veillera sur la conduite des maîtresses. « Cela s'entend, ditelle, pour ce qui regarde les demoiselles, et non pas pour ce qui regarde les maîtresses personnellement, car, pour être aux classes, ne sont-elles pas toujours du corps de la communauté ?u

■ Aux Ureullnea du faubourg Saint-Jacques, où elle fut élevée depuis l'âge de onxe Jusqu'à treize ani.

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AVEC LES DAMES DE SAINT-LOUIS (lC9d).

ENTRETIEN V

« Il n'y a rien de plus raisonnable, nous dit un jour Madame, sur plusieurs questions qu'on lui faisoit, que de laisser à vos tilles la liberté de parler en particulier à leurs pères et à leurs mères : cela est néce^aire pour entretenir le respect et la tendresse qu'elles leur doivent, et que vous ne pouvez trop leur inspirer; il faut leuf apprendre à les respecter, à les servir, aies aimer, même malgré leurs défauts; vous devez les instruire sur les commandements de Dieu avec beaucoup de soin, et leur faire voir que rien ne peut les dispenser du respect et de l'amitié qu'elles doivent à leurs pères et mères. Il y aurait de la dureté à empëcber qu'un père parlât en particu- \iw à sa fille; qu'il ne put lui demander si elle est contente, quel parti elle veut prendre ; lui dire en confiance qu'il est mal dans ses affaires, et qu il n'a pas de pain. Si vous cjraignez qu'il veuille l'obliger à se faire religieuse, ou qu'il tàcbe de la détourner si elle en a envie, il vous resteroit assez de temps pour détruire ce qu'on lui auroit dit de déraisonnable, et puis en un quart d'beure de conversation il scroit

' Reûueil des Béponscs, p. Sa.

* Les demoiselles ne sortaient jamais, et leurs parents ne pou- TStent les voir que quatre fois l'anDée.

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18 ENTRETIENS SUR L'BDUCAÏIOH.

difficile qu'un père jetât un grand poison dans le cœur de sa tîlle ; car je ne voudrois pas que ces visites fussent longues, qu'on demeur&t deux heures à attendre qu'une mère eût caressé sa fille; il faudroit dire honnêtement que vos occupations ne vous permettent pas de si longues visites, et qu'on dit hien des choses en une demi-heure ; et quand je dis en particulier, c'est-à-dire parler bas si elles veulent; mais il faut toujours demeurer là pour voir ce qui se pasae, autrement elles recevroiont, elles donneroient des lettres, d'autres gens pourroient venir les voir quand on les croiroit seules : il n'y auroit nulle sûreté. »

ENTRETIEN VI»

Madame répondit à la maîtresse générale {M"* du Pérou), qui l'avoit priée de savoir de M. Fagon* s'il étoit nécessaire d'user de vin ' à ses repas quand on prenoit du quinquina, qu'il n'y avoit nulle nécessité, surtout à de jeunes personnes, que cela pouvoit échauffer. Elle ajouta qu'il ne falloit point accoutumer les filles à en boire; elle rejeta ce qu'on lui

' Recueil det Sépomes, p. n.

■ s C'est le premier et le plu« fameux médecin de la eour. ■ ' LwdemoiMlles, ajD»i que les DnineB, ne buvaient quedel'eau. Ce régime était celui de toutes les maUons de Teninies. Oa peut observer, k ce sujet, que l'éducation corporelle était autrelols beaucoup plus dure qu'aujourd'hui : nous en lerrons d'autrei exemples.

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AVEC LES DAHES PE SAIHT-LOUIS (1695). 19

dit de quelque occasion où Von avoit cru qu'il en falloit donner à quelques demoiselles, entre autres à une, parce que, disoit-on, elle étoit d'un pays où l'on en buvoit beaucoup : « Fort bien, dit-elle en riant, nous leur apprendrons à s'enivrer de crainte qu'elles ne paroissent sauvages aux buveurs de leur province quand elles y seront retournées. H n'y auroit pas grand danger qu'elles n'apprissent point ici à coniu>Itre le vin. » ËUe termina la r&illerie en disant que l'usage en devoit être fort rare, et que souvent on s'imaginoit, faute d'expérience, qu'il étoit nécessaire pour des incommodités auxquelles il étoit contraire '.

ENTRETIEN VIP.

[Toamerà l'uliliU de* enfuli Ict puai lioM qu'on Icnr fiit.)

Il II faut tant qu'on peut, pour punir et corriger les enfants, se servir des choses qui, en leur servant de pénitences, tournent encore à les former ; par exemple, faire tenir debout, droite, les pieds bien en dehors, une petite fiUe de mauvaise grâce, ou qui ne sait pas se tenir en place; mais ilnefaudroitpasque

1 Hme de Haintenon dit dans une lettre à M'oe de la VierTtlIe, abbesse de Gomerfonta'me : ■ Je vois tous le» Jours guérir des maux d'eslomac en quittant le vin. Je suis dans ma soitantedoazlème anuée. et je ne bols que de l'eau; c.'eet une erreur dans les filles que l'usage du vin. > (Lettres el Avh, p. 799.]

* Recueil de* Biponiti, p. 88.

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cela fût bien longtemps, et il faut plutôt leur faire de petites punitions qui les humilient et qui les contraignent, que des choses pénibles qui puissent nuire à leur santé. Quand vous leur faites aussi répéter des cérémonies, ne les faites pas tenir debout ou à genoux, les enfants n'en ont pas la force. »

ENTRETIEN VIII'

[Qlul«l«tDr(iprorintwlaflii> ÎDni)c«ni«>oiitloDi«undBngereaHi'.)

juiu teee.

Hooseigneur l'évéque de Cbartres ayant parlé, dans l'exhortation qu'il fit aux demoiselles qu'il venoit de confirmer, contre les chrétiens qui se plaiseat à la lecture des livres profanes, M"' de Maintenon dit aux religieuses de Saint-Louis à cette occasion : « Je les crois fort dangereux, surtout aux personnes de notre sexe, qui sont naturellement curieuses. —

' Zetlres édifiantes, t.iV , p. Mil. — Beateildes Répanseï, ç. 7 et 534.

■ Cette insbuËtloD paraîtrait d'une rigidité excessive si l'on ne Bongeait à l'époque où elle Tut donnée. Nous avons d<tjâ dit ailleurs que réduca'Jon de Saint-Cyr lut, dans l'origine, superllcielle et mondaine, qu'elle amena de graves inconvénients, qu'il fallut la réformer, et que Mme de Maintenon, passant d'un eicés i un autre, proscrivit, k Salnt-Cyr méoie, les choses les plue innocentes. Ce fut dans cette ferveur de réforme qu'elle donna l'instruction qu'on va lire, et où l'on trouvera d'ailleurs, toute sévère qu'elle soit, les préceptes les plus sages ; mais il est certain ( voir la note delà page 179, dans \ts Lettres sur féduealUm) que ces conseils outrés ne furent point observés à la lettre, et que l'instruction général^ encore bien que subordonnée, dans SaintXyr, jt l'éducation morale, ne cessa pas d'y être en bonaeur.

Qu'entendez-vous, dit M°" de Glapion, par ces livres profanes? sont-ce seulement les romans? — Il y a, répondit M"' de Maintenon, des livres mauvais par euiL-mèmes, tels que sont les romans, parce qu'ils ne parlent que de vices et de passions-, il y en a d'autres qui, sans l'être autant, ne laissent pas d'être dangereux aux jeunes personnes, en ce qu'ils peuvent les dégoûter des livres de piété, et qu'ils enflent l'esprit, comme, par exemple, l'histoire romaine ou l'histoire universelle, du moins celle des temps fabuleux, — Mais, dit M™ de Blosset, vous mettez ces histoires au rang des livres profanes? — J'appelle livres profanes, ma sœur, répondit M"" de Maintenon , tous ceux qui ne sont pas pieux , quoiqu'ils soient innocents, dès qu'ils n'ont pas une vraie utiUté. Apprenez à vos demoiselles à être extrêmement sobres sur la lecture , à lui préférer toujours l'ouvrage des mains, les soins du ménage, les devoirs de levr état', et si enfin elles veulent lire, que ce ne soit que des livres bien choisis, propres à nourrir leur piété, à former leur jugement et à régler leurs mœurs. Un bon esprit fait toujours un bon usage de ce qu'il lit, et le tourne à son profit de façon ou d'autre; mais un mauvais esprit en abuse, ou pour s'enorgueillir, ou pour d'autres travers, dont vous devez vous efforcer de garantir votre jeunesse. »

M"" deRocquemont lui demanda si on ne pouvoit jamais citer aux demoiselles des exemples vertueux des sages paiens de l'antiquité et des philosophes,

' Voit les Lfttres mr l'éducation, p. 49,

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92 ENTBEnENS SUR L'ËDOUTION.

puisque les plus saints livres en sont pleÎDsP « Je craindrois fort , répondit-elle, que tous ces grands traits de générosité et d'héroïsme se leur élevassent par trop l'esprit, et ne les rendissent aussi vaines et précieuses qu'elles l'étoient dans les commeacementB, où nous avions pris cette sorte de manière da lea instruire ; vous avez vu combien tout ce que nous en mêlions dans nos instructions les avait g&tées, et quelle peine nous avons eue à les ramener à la simplicité convenable à notre sexe '. C'est ce qu'il y a de pernicieux dans ces sortes de citations, et encore plus dans les livres tout profanes; ils dégoûtent de l'aimable simplicité du saint Évangile et de tout ce qui tend à l'humilité, à la petitesse, au mépris de soi-même et aux vertus vraiment chrétiennes. Je crois qu'il ne vous en faut pas dire davantage pour vous convaincre du danger de ces sortes de lectures et de citations. Encore une fois, vos demoiselles ont infiniment plus de besoin d'apprendre à se conduire chrétiennement dans le monde et à bien gouverner leur famille avec sagesse, que de faire les savantes et les héroïnes ; les femmes ne savent jamais qu'à demi, et le peu qu'elles savent îcs rend communément fièrei, dédaigneuses, causeuses, et dégoûtées des choses so~ lides ^. Je suis si persuadée de ce que je vous dis, que vous voyez que c'est la conduite que je tiens à l'é-

' Cette phraie explique la note 2 de la page 20.

' Ced s'adresse directement aux Dames en qui H>°b de Maii;tenon voalalt arrêter la recherche des choses d'esprit, et principalement i H°" de Glapion, qui avait, dlealt.e11e, un raffinement de aaToIr.

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gard de manièce ', qui pourra cependant être un bon parti, et tout ce que j'exige de sa gouvernante* est qu'elle la rende une bonne flUe, douce, pieuse, bienfaisante, charitable et bonne chrétienne. Mais pour en revenir aux citations profanes, je ne m'oppose point que, quand elles demandent ce que c'est, par exemple, qu'Alexandre, on leur réponde simplement et sans affectation que c'était un roi de Macédoine, fort grand conquérant, et ainsi du reste ; que quand vous leur faites quelque lecture où il se rencontre de ces sortes de traits, vous les leur laissiez lire comme le reste, en leur faisant remarquer en passant la différence qu'il y a entre ces actions qui paroissent si belles en apparence et celles qui sont animées par la religion et par la piété; que les premières sont punies en Vautre monde à cause de l'orgueil qui les a fait faire, et les secondes couronnées de récompenses éternelles.

« La vie des saints, les actes des martyrs, etc. , sont tous remplis des noms des dieux, des empereurs et des philosophes païens-, ce n'est pas une raison pour les leur 6ter; il faut au contraire leur expliquer en peu de mots, à mesure que les occasions se présentent, ce qu'étoient ces empereurs, ces dieux, et encore bien plus ces saints martyrs dont nos histoires

■ KUe d'Aublgné , qui deviot la duchesae de Moailles ( Voit lei Lettre» sur féducation, p. 72).

* MOaBanyleaiyolrïei Lettres iKrVéducattcm, p. 13]. n Ella dlwlt, «n paTlant de réducaiioii qne Madame Toulolt qu'on donnil A sa D)èce : Madame veut qu'on ne lui mette dans l'esprit que es qui peut servit à la cendre une bonne fille. > {Recueil des Répontes, p. 8.)

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