AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE JA^E
sieurs conseils par jour, où l'oo traite d'affaires souvent fâcheuses et toujours ennuyantes, comme des guerres, des pestes, des famines, et autres afflictions. n a présentement le gouvernement de deux grands royaumes ', car rien ne se règle en Espagne que suivant son ordre; le roi d'Espagne n'a point d'argent, cela donne de nouveaux emharras à notre roi, il n'est presque plus question de plaisirs pour lui} les affaires prennent tout son temps. Cependant y a-t-îl une condition en apparence qui devroit être plus exempte de fatigues que celle de la royauté? Les ministres, dont les places sont si briguées et si enviées, quoique sans raison, méritent bien le profit de leur charge par les peines et les fatigues qu'ils ont à essuyer. M. de Chamillard' est dans un travail continuel : il n'est plus question pour lui de détassements, encore moins de plaisirs ; il ne saurait voir sa famille qu'il aime passionnément, parce qu'il ne trouve pas un moment à lui donner, étant depuis le matin jusqu'au soir à entendre des affaires désagréables, à voir, par exemple, qui a raison de Pierre ou de Jacques, etc. On craint qu'il ne tombe bientàt malade, il est très-change ; il a fait venir sa fille auprès de lui pour la marier, il ne peut la voir; c'est pourtant un homme qu'on croit très-heureux.
■ Le royaume de France et le royaume d'Espagne.
* Cfaargâ àU fols du conlrAle gënéra! des floancM et de l'adntintetration de la guerre, et Incapable de ce lourd fardeau. C'était un bomme d'une admirable probité, et populaire malgré son Incapacité : quand 11 fut nommé au ministère des finances, on dl- Mitdeluiaui portes des églises: «En volclunquLairaelepeuple.a C'est H"« de Haintenon qui nous a révélé ce détail.
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IdS ENtnbTieiis bdr l'ëdmation.
ti Les juges ont aussi beaucoup de peine ; ils passent leur'vie à examiner des affaires où ils n'ont auiMA intérêt, à voir de quel Côté est Ift justice, et s6Uv«nt à prendre le parti des pauvres tjui setlt bôi-s d'étdt de recDnnoitre le bien qu'Us leur fotit. Les évëques ottt encore dé trèS-ghliides peines quahd ils font lëtif devoir: ils 8e font hàlr bien souvent parce qu'iU se croient obligés de reprendre ceux qui ne font pas bien^ ils refusent coiititiuellëtnent des dispenses qui leur sont demandées ^tis de vraies nécessités ; ils essuient d'étranges fatigues dans la visite de leurs diocèses. Il y a quelque temps que M. de NOyob' itte dit qu'il avoit dotiné la cotitirmetloti en un même jour â quatre mille personnes; il avoit, par fconsèqtienl, répété quatre mille fois les parties qui sotit til forme de ce sacrement, ce qui lui aVoit donné UtK extiiictiori de toix.
<' Je n'ai pas le temps de parcourir les autrëfi états pour vous faire voir qu'il n'en est aucun 06 il fl'y ait de la peine et du travail, d'esprit ou dé Corps. A la guerre^ dans le mariage, tOut le monde a de la peine ; je ne connois que les dediolselles dé Saint-Cyr qui ti'en voudfoient point avoir, iitj moins pour la plupart. Nous voyons cela même jusque dans vos jeux : vous ne voulez point cbércher ce qu'il convient de dire ; on ne sauroil vous faire un plus grand plaisir que de vous le souflier sur-lechamp. J'ai toujours aimé les enfants, et je croîs que Meu m'a donné ce goût pour VouS àutreS. J'en al
■ C'MM un d'Aubi;né, parent éloigné Ûè Ai»* Se MsIntenoiiiU devint atcbevcqUB de RDueD.
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AVEC LES DEHOISELteS DE LA CLASSE JAUNE (1703). 163
ilevé plusieurs, et qui jouoient comme vous à des jeux où il falloit penser, chercher; mais loin d'éviter Iti péînej ils tâdhoient de l'âugmenlet" en se retrftticbatit td liberté de cherclier généràkment Sur toutes choses, tiiais seulement sUr quelques-unes ; par exemple, ce qu'il faut pour un habillëmëht, une cuisine, sur l'ameublement d'une thambte, sur ce qu'il Tant à un repas-, plus leur esprit i^idsoit, et plus ils trbuvoient de plaisir. Votre goût est bien différent du leui-, et la première chose que vous dites sur tout ce qu'on vous propose^ est toujours : Cela est trop difficile, cela est impossible, je ne saurois. Si vous faites tin ëëmptê, vous ne cherchez pas à le trouver, mais que quelqu'un vous le dise poUr Vous eii épargner li peine-, vbiis êtes bien atseS d'entendre une histoire, mais Vous ne voudriez pas être obligées de la raconte!' A d'autres. Je n'ai jamais été que ti'ois Btls avec ma mèi-e ', et je me souviens qu'elle me défendit, à mon frérB et à moi, de parler entre nous d'autres Choses que dé ce que nous lisions dans Plutbfqiie ; c'est un livre dû Soiit contenus les faits des grands hommes et des femmes qui se sont distingués par leurs véHus ou par quelque action mémorable. Nous ne finissions d'en parler: Après avoir lu; nous étions toujours à comparer les faits des uns
' Elle parlé dé son sfjour i la Martinique; elle avoit alors de bult i dix ans. La mhte de Mme de Hainl«n(in,ëIo)t dite fïmnle trts-BéTèrei qui éleva ses enrsnts Tort durement; n M'*' de HaintenOD ne se souvenoit d'avoir élé embrassée de sa tnÈta que deux tols, et seulement au front, cela après une iéparutiou assez loD'iaé. ■ {Mémoires da Dama de Saint-Cyn )
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et des autres. Une telle femme, lui disois-je, s'est plus signalée qu'un tel homme, elle a fait telle et telle chose. Mon frère me prouvoit que son héros étoit plus merveilleux. Cette belle action, me disoitil, est de lui; et je courois vite regarder dans mon livre s'il n'y avoit rien à opposer à ce qu'il disoit: nous soutenions bien l'un et l'autre notre parti fort vivement ; cela nous divertissoit beaucoup, et depuis que ma mère nous eut défendu de parler d'autre chose, nous y mimes tout notre plaisir, bien loin de regarder cette espèce d'assujettissement comme fâcheuse et pénible. Il y en a bien d'entre vous qui auroient trouvé cet ordre trop gênant, et qui s'en seraient peut-être fait un sujet de peine.
« Tous les exemples que je viens de vous citer, mes enfants, ne sont que des bagatelles, mais qui nousfont voir que vous étendez cette crainte de la peine à tout, et jusque dans vos divertissements ; il faut, assurément, que vous vous vous croyiez de meilleure condition que le reste du monde, puisque vous voulez vous exempter d'avoir part à tout ce qui est généralement pour tous. Ce que je vous dis, mes enfants, je le dis pour vous piquer un peu d'émulation, et vous forcer à être plus courageuses, à compter pour rien la peine, i savoir en prendre de toutes les sortes et de bonne grâce quand elles se présentent et sont ou utiles, ou convenables, ou nécessaires et inévitables. Ne vaut-il pas infînimeat mieux, en ces occasions, faire de bon cœur et courageusement les choses, que de suivre ses répugnances, son dégoût et son ennui ? Je vous parle pour ainsi dire humainement, car à des filles
pieuses, comme je me persuade que vous l'êtes, je devrois ne parler que de motifs de piété, et tous faire comprendre avec quelle fidélité tout bon chrétien a soin de ménager, pourl'amour de Keu et pour son salut, toutes les peines et les contraintes qui se présentent, de quelque nature qu'elles soient, petites et grandes, et surtout celles de son état ; il sait fùre un saint usage de tout. Et voilà, mes enfants, comme je vous désire toutes. »
ENTRETIEN XL'
Un jour de la fête du Saint-Sacrement, Madame dit, à la récréation : « Faisant ce matin réflexion sur les austérités que plusieurs de vous voudraient faire et qui ne sont pas en usage dans votre maison comme en d'autres communautés, j'tù trouvé que c'en étoit une bonne que cette vigilance continuelle et sans rel&che qu'il faut avoir sur les demoiselles ^ je la crois même plus difficile parce qu'elle est de tous les jours, et que naturellement nous aimons le changement. Il est bien aisé de se relâcher sur ce point, qui est pourtant très-important, si on a soin de s'y renouveler souvent. Il faudroit le faire dans les retraites, aux grandes fêtes, dans les temps de dévo-
■ BeeueU de» RéponKt, p. 365.
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I6d KNTnÊtIBflS SUR i'ËBUGATHH).
tion, dans les examens, et se demander à soi-^nème : Ne mé sui»-je point felAchée sur la Teille des demoiselles pendant cette année, ce mois, cette semaine, aujourd'hui? âi-je pris garde d'assez près Aleiir conduite dans oette occasion? leur ai-je dit ce qui convenoit dans cette autre ? ai-je empêché qu'elles ne liassent une conversation? ou bien ai-jè été attentive à ce qu'elles disoient? ai-je regardé ce que faisoient telles et tellra ensemble? à ce qu'elles écrivoient? Quand je suis à leurs bandes, pensé-je à leur être utile, prévois-je quelquefois ce que je leur dirai ? ne me suis-je point trop reposée sur une sœur ou une noire à qui je les ai conQées? Ce renouvellement est d'autant plus nécessaire à faire à présent, que vos demoiselles paroissent plus portées au bien et plus dociles que jamais. Vous pouviez penser qu'il y àuroit moins de nécessité à les suivre de si près; mais soyez persuadées que c'est i cause que vous êtes si exactes à les veiller qu'elles sont si aisées à condiiire, et qu'aussitôt que tous cesserez de les observer, elles deviendront libertines*. Il ne parottra pas d'abord grand changement à l'extérieur ; elles vous Charmeront peut-être mSme pdr leur cbflddite , et vous serez tout étonnées qu'un beau matin voUs découvrirez dans le plus grand nombre un mauvais esprit, point de piété et un si grand relâchement que VOUS aurez toutes les peines du monde à en venir à bout, et à rétàbUr parmi elles cette droiture, cette simplicité,
• Voli la note de la page 62 des Lettret mut féducatiwi.
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AVEC LES DEmBUm 0» I.A CLAfiSH YBHTE (1704). tfi?
eette docilits et eette innocence âfi vie si aimable. l^ moyen d'éviter les petits désordres qui povrroient arriver dans vos classes, je vous le redis encore, c'est cette vigilance sans reWhe, dans le^ temps m^es qu'elle vous pwoU le moins néce»-' saire. »
ENTRETIEN XLI'
H"* ie Maintenon, étant à 1^ classe verte, de- Ejanda aux demoiselles sur quoi elles vouloient qu'on leur parlât; M"'d'Escoublant'luipropQsa la reconnois- 58îice ; plusieurs furent du mènie avis. M°" de Maintenon dit à M'" de Ségonzague d'opiner du bonnet, lui demandant si elle savoit ce qu^ c'étolt. — Elle répondit que c'étoit d'être du même sentiment que ÇeUjL qui donnent leur avis avec nous sur quelque cfinse. il Oui, dit M"* de Maintenon, et par exemple quand les juges sont assemblés pour terminer quelque affaire, et que le rapporteur a expliqué le fait en question, chacun dit son sentiment , et quand les premiers ont parlé, si les autres sont de même, ils ne font qu'ôter leur bonnet, pour marquer qu'ils
■ Lettres ùl<fiiuttes, t. V, p. 191.
' Anne- Françoise d'Eacoublant de Tourneville. Cette demoi- Klle devint Same de Salnt-LiODla; elle Qt proresaioe la 16 nun
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168 ' ENTRETIENS SUR L ËDOCATION.
sont de même avis qae les aatres-, cela s'appelle opiner du bonnet , parce que c'est en effet un bonnet qu'ils ont quand ils jugent. — Hais savez-vous, ajouta-t-elle,'ce que c'est qu'opiner? » Une demoiselle répondit qu'elle croyoit que ce mot venoit d'opinion, et qu'opiner, c'étoit prendre l'avis ou le sentiment de ceux qui doivent délibérer sur quelque cbose. M™ de Maintenon approuva cette réponse et dit agréablement : « Nous avons déjà appris aujourd'hui ce que c'est qu'opiner du bonnet : passons à la reconnoissance. Solare, qu'en pensez-vous? — C'est, dit-elle, faire tout son possible pour plaire aux personnes qui vous ont fait du bien. — Non-seulement vouloir leur plaire, répondit M"* de Maintenon, mais se souvenir du bien qu'elles nous ont fait et le témoigner dans les occasions qui s'en présentent. Et l'ingratitude, la connoissez-vous ?» La demoiselle dit que c'étoit tout le contraire. « Il est vrai , dit H™* de Haîntenon, c'est oublier les bienfaits qu'on a reçus. Savezvous pour qui vous devez avoir de la reconnoissance? C'est premièrement pour Dieu, et puis pour les personnes qui vous font du bien ; par exemple, devez-vous avoir de la reconnoissance pour l'instruction que je vous fais à présent P » La demoiselle fut embarrassée : elle en sentoit beaucoup pour M"' de Maintenon, et elle voyoit qu'elle en devoit avoir encore plus pour Dieu ; elle ne savoit que dire. « N'en doutez point, lui dit M""' de Maintenon; c'est principalement pour Dieu qu'il en faut avoir-, c'est lui qui a permis que je vinsse