‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 22 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE VERTE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE VERTE

ici plutôt qu'ailleurs; c'est lui qui m'inspire de vous parier, et qui fait que l'on vous dit des choses convenables. Mais pensez-vous qu'il soit indigne de Dieu de se mêler de si petites choses, et croyezvous en effet qu'il s'en mêle ? — Oui, madame, dit M"* de Merbouton. — Assurément, reprit-elle; il vous les rend profitables et utiles. V a-t-il rien dans 1 Evangile qui marque que Dieu ordonne et permet tout ? » M"* de Cateuil ' répondit que notre Seigneur Jésus-Christ dit qu'il ne tombe pas un seul cheveu de notre tête sans son ordre, ii S'il ne tombe pas un seul cheveu de notre tête sans son ordre, reprit gaiement H"" de Maintenon, combien plus se mê- Ier»-t-il de mon instruction , car ne vaut-elle pas mieux qu'un cheveu ? n

Puis elle demanda à H'" de Morangle si elle pouvoit avoir de la reconnoîssance pour une personne qu'elle n'aimeroit pas. Elle répondit que cela étoit difficile, maisqu'ilfaudroit se contraindre. «Laissons la reconnoissance, ajouta-t-elle, pour un moment; dite&-moi tout simplement si vous pourriez aimer une personne pour qui vous n'auriez pas d'estime? » Elle répondit que non. « Il est vrai, dit M"' de Maintenon , qu'il n'est pas possible d'aimer d'une vraie amitié une personne qu'on n'estime point, parce que la vrûe et solide amitié est fondée sur l'estime , et l'estime sur le mérite. Revenons à la reconnoissance. H faut rapporter à Dieu tout le bien qu'on nous fait , mais il ne faut pas se faire de cela

* Voir le noie de la p. Hl.

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un mauvais pr^teiLte pour être ingrates à l'égard des personnes de qui Dieu s'est servi pour nous fnire du bien; ce seroit un très-mauvais raisonnement de dire : C'est pogr Djeu que je dois avoir de la reconnoissance, je ne dois rien aux créatures. H veut qu'on leur doive après lui tout l@ bien qu'il nous fait par elles. Il y a des personnes de si mauvws cœur, qu'elles voudroient n'avoir obligation 4 qui que ce soit ; j'en ai connu une qui disoit : Je Toudrois que cette personne fût morte , car ma voilà engagée à lui être obligée toute ma vie. » Elledemanda ensuite s'il n'y avoit point d'ingrates dans la classe ; elles répondirent toutes que non ; elle dit encore : « Que les ingrates se lèvent ! » personne ne remua de son siège; ce qui lui fît dire que l'ingratitude est un défaut qu'on ne veut point avouer, parce qu'il est bas, et qu'il montre un bien mou? vais coeur ; chacun le dévoue, et cependwt il ept fort commun. Il y a d'autres défauts dont on coq-: vient plus lùsément : je suis sûre, par exemple, qqe si je demandois tes paressenses , il y en auroit qui se lèveroient pour peu qu'elles fussent simples, car il n'est pas qu'il n'y en mt ici quelqu'une qui s'en sente coupable. ■» Puis parlant à la première maltresse : « Consolez-vous, ma sœur, lui dit-elle, vous n'avez pas une seule ingrate dans votre classe ; cependant je vous apprendrai bien à les connoitre : ce sont celles qui donnent de la peine et qui ne fpnt pas leur devoir; elles sont ingrates, puisqu'elles ne savent pas reconnoitre par leur bonne conduite les bontés qu'on a pour elles et les soins

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AVEC LES DEM018fetX&& OBË GRANDEB CUSSES (1704). 1?1

qu'on en prend, qu'elles soiit iadocilès, et qu'elles ne 96 soucient pas de donner du eontentemeat, cstf les coeurs recotinoissants font tout ce qu'ils peuvetit pour satisfaire les personnes à qui ils ont obli|^ tion; il n'y eh a pas de plus ^ande que d'€tre élevées et instruites comme l'on est ici. »

Elle demanda ensuite s'il n'y âvoit point de disputes dans la classe et si elles étaient toutes bien uiiieë ensemble? La maîtresse assura Qu'elles s'aîmoient toutes comme des sœurs, et qu'on tie voyôit aucun démêlé parmi elles; « Si cela est; répondit M"" de Mainlenbn, tous avez la paix, qui est Un si grand bien, que Jésus-Clirist à tant de fois recommandée â ses a|>6tres, et que saint Paul souhaitait aux chrétiens i qui il écrivoit. C'est une excellente disposition pour TOUS préparer à recevoir le Saint-E*' prit. Adieu , mes enfants , je tous reviendrai voir avant cette fête pour nous exciter ensemble à la bien célébrer, et à tâdher de mériter d'y recevoir r&bondânce des grâces qui y sont attachées. ■»

ENTRETIEN XLli'.

(Dfl la àbtMà il M mnlcHir, et iti boillieiii' i]n'll j à Mn su» rAervi. )

M" dfeMaititeHon leur dit : « je commence aujourd'hui par vous exhorter à bien profiter de cette re-

> Lellret édifiantet, t. Y, p. 139.

traite ' , à ne vous pas attendre à apprendre des choses nouvelles, puisque les vérités de la religion sont toujours les mêmes; mais à les méditer avec plus de goût que jamais, et à y faire une attention toute nouvelle et encore plus grande que par le passé. Allons, mes chères enfants, que ces saints jours soient ceux de votre conversion ; vous savez que tout le monde en a besoin, du petit au grand, et qu'il y a toujours beaucoup à réformer en nous tant que nous sommes en cette misérable vie. Les prédicateurs prêcheront toujours la patience et le retour vers Dieu, parce qu'on aura toujours besoin de se convertir à lui, les uns plus, les autres moins; ce seroit un grand orgueil et une grande présomption de croire n'en avoir pas besoin. Prenez de bonnes mesures avec Dieu pour détruire en vous tout ce qui lui déplaît, pour y étabhr en la place les vertus qui vous manquent, et pour vous fonder et enraciner si solidement dans la piété, que rien dans la suite ne puisse vous en détourner. Comptez, mes enfants, qu'il n'y a que cela de bon même dans ce monde-ci, et que hors de ce chemin, on est toujours dans un péril évident de se perdre, et que l'on se perd effectivement pour l'éternité si Dieu ne fait une espèce de miracle sur lequel il ne nous est pas permis de compter, pour nous rappeler à lui.

« Quelques-unes d'entre vous pourroient peut-être me dire : Mais nous sommes encore bien jeunes, et

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