AVEC LES DEMOISELLES DES GRANDES CL ABSBS
pour détruire entièrement ses défauts; et, comme l'on dit. il se tient à quatre pour ne se point fâcher; mais b piété Ta tellement métamorphosé, que d'emporté et violent qu'il étoit, il est devenu modéré^ doux, complaisant, et si attentif sur lui-même qu'on a peine à discerner si c'est son naturel '. Quand il se détermina à servir Dieu tout de bon, il cessa le jeu qu'il aimoit passionnément. Je lui demandois un jour confidemment quelles raisons il avoit eues An s'interdire le jeu auquel nous savons qu'il est le plu9 attaché, et qui est une des occupations les pltis innocentes de la cour ^, où les conversations sont ordinairement plus dangereuses; il me répondit qu'ayant fait ses réfleuons, il avoit reconnu que ce qui lui faisoit aimer le jeu étoit lé désir du gain ; qti'à la vérité il ne se soucioit pas beaucoup de perdre, mais qu'il sentoit une grande joie de gagner ; qu'il craignoit que cela ne vint d'un fonds d'avarice, et qu'il lui sembloit impossible que ce qui vient du péché mortel fût innocent en soi-même, il pense de même sur tous les autres articles, et quelque envie qu'il ait de faire quelque chose, c'est assez de lui dire qu'il peut y avoir de l'offense de Dieu pour l'arrêter tout court. Madame, sa femme, qui sait bien cela, qui connott sa grande simplicité malgré son grand esprit, abuse uû peu de cette délicatesse de
1 Toue les Hlslorieni coDSrmerit ces détails.' Toit Saint-Siniori. T. XV( p. 19, de l'édition io-lî;
' Point di Innocentes que le dit H>o< de Haintenon. On jouait k la cour de Louis XlV un jeu eilrénë et de tous les instants.' PludenrB éoumunt firent au Jeu des toitunes sEandaleHiM.
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176 ENTRETIENS StR LEDUC AHON.
conscience pour le faire abstenir des choses qui lui déplaisent, quoiqu'elles ne soient pas péché, car il sufSt qu'elle lui dise : « Monsieur, si vous continuez à faire cela, vous serez cause que Dieu sera offensé, parce que je me mettrai en colère. » Il n'en faut pas davantage pour Varrèter. Certaines gens pensoient que c'étoit par avarice qu'il avoit quitté le jeu, mais les aumônes secrètes qu'il fait depuis qu'il s'est adonné à la dévotion le justifient parfaitement de ce soupçon, et ce qui montre davantage que c'est véritablement par vertu qu'il se prive du plaisir du jeu, et que ce n'est point par entêtement de sout!bnir son entreprise, c'est qu'il ne fait pas difficulté de jouer quand cela est nécessaire pour condescendre au goût de M""* la duchesse de Bourgogne ; mais il se contente pour lors d'un petit jeu, comme d'une pistole ou deux tout au plus ; à peine lui arrive-t-il de jouer une fois en Iiuit jours. Il prend de même avec modération et par complaisance d'autres plaisirs innocents, comme la chasse, la promenade, etc. ; et bien loin que sa piété s' oppose à ces sortes déplaisirs, elle les lui rend plus agréables qu'ils ne le sont à ceux qui, n'ayant pas la ressource de la piété, se laissent tyranniser par leurs passions, ne savent à quoi passer le temps, et cherchent à s'étourdir depuis le matin jusqu'au soir en faisant succéder un plaisir à un autre, sans en trouver aucun qui les satisfasse entièrement. Ils vont à la comédie, à la chasse, à une promenade ; je voudroîs que vous pussiez les voir revenir, rien n'est plus propre à faire faire la méditation^ vous les verriez avec un visage chagrin,
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