‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 26 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES DE LA. CLASSE BLEUE (170S · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES DE LA. CLASSE BLEUE (170S

retournant la médaille, comme l'on dit, il n'y s rien de pire et de plus dangereux pour son propre salut que de donner ou de mauvais exemples ou de mauvais conseils aux autres, de les détourner du bien ou de 1^ porter au mal; c'est le métier du démon, ce sont de ces péchés d'autrui qu'il est si difficile et même conune impossible de réparer, et dont je prie Dieu instamment, mes enfants, de vous préserver, et toutes celles qui viendront après vous. »

ENTRETIEN XLVIil'.

(DMTBrtnictrdiiitln.)

M"" de Haintenon , se trouvant à la classe bleue , parla aux demoiselles sur les vertus cardinales, et dit premièrement que ce mot ét«t pris d'un mot latin qui signifie un gond, parce que de même qu'une porte roule sur ses gonds, aussi toute la conduite de notre vie doit rouler sur ces quatre vertus qui renferment toutes les autres; elle les exhorta â les aimer et à ne s'en pas tenir à les savoir déânir, mais à les pratiquer, afin d'acquérir de bonne heure du mérite. M"" de Villeneuve lui demanda en quoi consistait le mérite-, elle répon-

' Lettres édifiantei, t. V, ]/. 366.

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100 BHTRSTIENS SUR L'fiDUGATION.

dit : «A avoir uq assemblage de vertus et de bonnes qualités, et surtout de la religion et de la raison. » Puis elle expliqua la justice, disant que celle d'action consiste à rendre a chacun ce qui lui est dû et à consentir qu'on nous rende à nous-mêmes ce qqe nous méritons : « Qu'estrce que l'on mérite quand on a tort? Mademoiselle de Laudonie , répondez. — On mérite le blâme, répondit la demoiselle,— Oui, dit M*" de Maintenon, et c'est une justice de souffrir qu'on nous blâme quand nous avons tort, et outre cela, c'est une des meilleures manières de réparer ses fautes; il n'y a personne qui n'en puisse faire ; mais c'est la marque d'un très-bon esprit de les reconnaître et d'en convenir, et, au contr^re, c'est une marque de très-petit esprit que de ne pouvoir convenir de ses torta, et de chercher de fausses excuses pour les couvrir. »

Elle dit ensuite qu'outrecette sorte de justice, qui se doit trouver dans nos actions, il y en a une de jugement qui s'appelle équité, qui fait que, sans se lùsser préoccuper par ses inclinations ou ses répugnances, on se fonne de justes idées de toutes choses, on discerne le bien d'avec le mal, jusqu'à voir les dé&uts de ses amis sans se laisser aveugler en leur faveur par l'amitié qu'on a pour eux , et à reconnaître de bonne foi les bonnes qualités qui se peuvent trouver dans les personnes que nous aimons le moins ou qui nous sont le plus contraires. » Non que nous soyons obligés de découvrir les défauts de nos amis, puisque l'amitié nous engage à les couvrir et à les excuser, si ce n'est qu'il fût néces-

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