‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 27 sur 45 · AVEC LES DEHOISBLIES DE LA CLASSE BLEUE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEHOISBLIES DE LA CLASSE BLEUE

9âire d'arrêter le mal ; mais la justice veut que nous jugions mauvais ce qui est mauvais et bon ce qui est bon, indépendamment de nos dispositions à l'égard des personnes en qui l'un ou l'autre se trouve. La plus sûre règle pour ne se point tromper dans ses jugements, c'est de les approcher le plus près que l'on peut de ceux de Dieu, qui nous sont manifestés dans l'Écriture sùnte et dans l'Évangile, et la seconde règle, qui est aussi tirée de l'Évangile, est de juger les autres comme nous voulons être jugés, de penser et de parler d'eux comme nous voulons qu'ils pensent et jugent de nous, et de les traiter en tout comme nous voudrions en 6tre traités. Mais il y a encore un degré de justice plus , excellent que celui4à et qui demande bien une autre vertu : c'est le désintéressement , qui nous rend capablesde décider contre nous-mêmes en foveur de ceux qui ont le bon droit de leur cAté. Q se trouve bien des gens qui sont assez équitables pour juger justement les causes des autres; mais dès qu'ils y sont intéressés, on les trouve tout préoccupés en leur faveur; cela est opposé A la justice, qui veut qu'on se déclare pour la bonne cause en qui que ce soit qu'elle se trouve. Le Roi a fait sur cela une action louable et qui a été fort admirée. Il y a quelque temps qu'il eut un procès contre plusieurs particuliers de Paris , qui avoient cru que les remparts de la ville ayant été négligés, ils pouvoient s'approprier cet espace de terre et y bâtir des maisons. Bien des années après, les gens chargés des revenus du Roi firent réQenon que cette terre étant à lui,

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les musons qui y étoient situées dévoient par la même raison lui appartenir, ou du moins qu'il falloit lui payer k valeur du fonds où elles étoient bâties; les particuliers prétendoient que le long temps qu'il y avoit qu'ils étoient en possession de ces maisons étoit un titre suEQsant pour se les conserver. L'affaire fut rapportée au Roi et jugée en sa présence : une partie des juges fut pour lui ; l'autre, en pareil nombre, se déclara pour les particuliers ; ce qui fut bien louable, le Roi étant présent. Or, c'est une loi du royaume que dans les procès qui sont ainsi jugés devant le Roi, à la pluralité des opinions, en cas de partage égal, celle qu'il embrasse a gain de cause ; il ne tenoit ainsi au Roi de gagner son procès, puisque, les opinions étant également partagées, il pouvoit embrasser le parti qui lui étoit favorable ; mais au lieu de le faire, il se mit du côté qui lui étoit contraire, en disant que, puisqu'il y y avoit de bonnes raisons de part et d'autre , il aimoit mieux relâcher de ses droits que de les porter trop loin au préjudice de ses sujets.

«Passons à la prudence : c'est une vertu qui règle toutes nos paroles et nos actions selon la raison et la religion; elle fait discerner ce qu'il faut faire ou omettre, dire ou taire, selon les occasions et les circonstances; elle est opposée à l'indiscrétion qui fait parler mal à propos. » Et sur cela, elle demanda à M"° de Saint-Maixant ' ce qu'elle croyoit de plus contriûre à la charité, de railler une personne d'un

■ Od Suint-HewaDt. (Voit Iw Lelliessur tédtication,ii. 341.)

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défaut corporel ou d'un défaut de l'esprit, ou de l'humeur? Cette demoiselle répondit que c'étoit de reprocher les défauts de l'esprit ou du cœur. •( n ne convient jamais, dit H™' de Uaintenon, de relever aucuns défauts ; la chanté nous engage à les excuser tous ; mais je trouve que c'est une bassesse et une cruauté de reprocher à quelqu'un un défaut naturel auquel il n'a nulle part, et qu'on n'est pas maître de corriger. Les bons cœurs et les esprits bien &ils sont incap&bles de rire de ces sortes de défauts^ ils les supportent et les cachent avec soin et avec tendresse pour ceux qui les ont. Mais je trouverois plus excusable de reprocher un défaut de l'esprit et de l'humeur, car, après tout, la personne en qui il est pourrait s'en corriger, ou du moins le diminuer; ainsi elle est blâmable de s'y laisser aller, mais cependant la charité nous défend de les reprocher, non plus que les autres. Un moyen d'éviter l'indiscrétion, qui est si désagréable et si insupportable dans la société, est de devenir prudente, de faire réflexion à ce que nous voulons dire , afin de prévoir s'il n'aura aucune mauvaise suite et ne fâchera personne.

« La prudence fait encore consulter les personnes sages et expérimentées-, elle fait prendre de justes mesures pour venir à bout de ce qu'on veut entreprendre; et elle n'entreprend rien que de juste, et ne le fait point sans apparence de succès.

« La tempérance est une vertu qui nous modère en toutes choses et nous fait tenir un juste milieu entre le trop et le trop peu. Elle est d'un usage continuel,

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elle empêche tout emportement de passÏDD, soit de jue, soit de tristnse : si on rit, c'est avec modération et modestie ; si on pleure, c'est sans se livrer tout entière k la douleur, la portant paisibl^nent et patiemment; si on mange, c'est avec modération; enfin la tempérance empêche tout excès. J'ai connu trois personnes qui eurent un grand sujet de tristesse par la perte d'un frère qui leur était également cher ; l'une d'elle étoit si outrée de douleur, qu'elle se battoit la tète contre la muraille, ne vouloit ni boire ni manger, et donnoit toutes les marques d'une douleur excessive; les autres, au contraire, pleuroient si paisiblement, quoique très-amèrement, qu'elles ne feisoient aucun geste qui marquât le moindre emportement : laquelle de ces tristesses trouvezvous la plus nûsonnable? Cest sans doute celle qui demeure dans les bornes de la modération et de la patience.

B La tempérance vous est, è vous autres, très-nécessure en toute occasion, car le faible de la jeunesse est l'emportement pour la joie et le plaisir; tout la met hors d'elle et l' empêche de se posséder, si elle n'a grand soin de retenir la fougue de ce penchant. Retenez bien ce que je vais vous dire : Toute personne qui n'est pas maltresse d'elle-même n'aura jtrauûs de mérite, ni selon Dieu, ni selon le monde. Il faut être maltresse de sa joie pour ne se pas laisser aller aux grands éclats de rire , aux démonstrations excessives; toute joie qui se montre par la posture du corps est immodérée, et, par conséquent, opposée à la tempérance. On ne doit jamais entendre

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