‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 4 sur 45 · ENTRETIENS SUR L'ËDI]CAT[(W · texte numérisé non relu

ENTRETIENS SUR L'ËDI]CAT[(W

sont pleines, mais avoir soin de les exciter au bien ou à la haine du péché par la crainte et l'amour de Dieu, et non pas par des exemples profanes qui, quoique utiles en certaines occasions, ne laissent pas d'exciter un orgueil qu'il faut détruire ensuite, et qui est plus difficile à surmonter que les plus grands vices; c'est ce qui reste à faire à la plupart de ceux qui se donnent à Dieu : après avoir orné son esprit, s'en être, pour ainsi dire, fait une idole, il faut nécessairement y renoncer , en faire un sacrifice et le soumettre à l'humble doctrine de Jésus-Christ, Croyez-moi, ne préparez pas tant d'ouvrage à vos enfants, insinuez-leur partout l'esprit et les maximes de Notre-Seigneur, qui en vérité n'inspirent que la véritable grandeur. Si elles font quelque faute, dites-leur : Comment accordez-vous ce que vous dites ou ce que vous faites avec l'Evangile? Si vous avez, par exemple, à combattre quelque acte de paresse, citez-leur saint Paul, qui aimoit mieux travailler de ses mains, quoiqu'il fût .tout occupé à prêcher l'Évangile aux nations, que d'être à charge aux autres. Cette sorte d'éducation ne vous fera pas tantd'honneur auprès des mondains ; mais souvenezvous toujours, mes chères filles, que vous ne les élevez pas pour plaire au monde, que c'est pour en faire des personnes toutes vertueuses, toutes sages et toutes raisonnables -, je dis raisonnables, car quoiqu'il faille les porter à embrasser de grand cœur la pratique exacte de l'Évangile, il n'y faut mêler rien de bas et de petit, ne leur point faire de contes, ne leur en point faire accroire, ne leur point faire de crimes

AVEC LES DAHES DE SAINT-LOUtS (1696). 25

de choses indifférentes, ne leur point donner comme choses d'obUgation celles qui ne sont que des conseils, enfin leur dire toujours vrai et ne rien outrer; je crois que c'est le meilleur moyen pour les aflernjir dans la piété, et que toutes les railleries des mondains ne les pourront ébranler quand elles seront certaines que vous ne leur avez jamais rien enseigné de trop fort ou de faux.

fi Quant aux livres que vous leur donnez, je voudrois qu'ils fussent bien choisis ; ils devroient tous renfermer le même esprit, sans s'écarter de ce que doivent faire tous les chrétiens dans une vie simple et commune. Ce que vous leur faites lire sur la rehgion, quoique excellent, ne leur sert pas ordindrement beaucoup; elles croient que cela n'est bon 'que pour le cloître , et il est à craindre que celles qui ne veulent pas s'y renfermer ne laissent sous ce prétexte toute autre piété. 11 arrive encore, quand on leur lit de ces choses si extraordinaires et singulières, qu'après que l'on a passé bien du temps à les lire, il en faut passer autant à leur faire comprendre qu'elles sont plus admirables qu'imitables; il faut, di) moins, alors leur en faire tirer tout le fruit qu'il est possible, en les portant en effet à l'admiration que ces choses méritent, à adorer les différentes conduites de Dieu dans ses saints, à leur ffure entendre qu'il faut les suivre avec fidélité quand il les tient sur nous, et soumettre toujours ce qu'il nous inspire aux lumières de ses ministres.

M Que vous avez besoin, mes chères fdles, d'avoir une piété plus éclairée, plus droite, et plus solide que

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26 ENTRETIENS SUR L'ÉDtCATION.

sensible et démonstrative, pour ne pas prendre le change dans celle que vous devez inspirer à vos enfants I Accoutumez-les donc à écouter les lectures avec simplicité, à s'édifier de ce qui est bon, à s'appliquer ce qui leur est convenable et utile, à ne point raisonner sur ce qu'elles n'entendent pas, ou qui n'est pas de leur goût. On ne peut empêcher que de certaines pensées ou réflexions ne viennent & l'esprit, mais il faut savoir les taire et môme les réprimer, et les étouffer en soi-même si elles étoient contraires i la foi ou au respect dû aux opérations de Dieu dans ses saints. Je vous conseille , ditrcUe en souriant, de les accoutumer à mettre tous les bons auteurs au rang du prochain, de qui on doit dire du bien quand on en veut parler, et jamais rien de ce qui pourroit être mal ou qui paroltroit l'être. »

M™ de Glapion demanda s'il falloit absolument interdire aux demoiselles l'histoire de France. « n est juste de connoltre les princes de sa nation, dit M"' de Maintenon, et d'en savoir suffisamment pour ne pas brouiller la suite de nos rois et leurs personnes avec les princes des autres empires, dont il convient aussi qu'elles aient une légère connoissance pour ne pas prendre un empereur romain pour un empereur de la Chine ou du Japon, un roi d'Espagne ou d'Angleterre pour un roi de Perse ou de Siam ; mais tout cela sans règles ni méthode, et seulement pour n'être pas plus ignorantes que le commun des honnêtes gens'. "

< Malgré cea recommandations rigourenses. Il est certain qu'on apprenait fi SalntCyr l'histoire de France dans l'abrégé de l'abbé

ENTRETIEN IX'

. . . Madame nous dit en une autre occasion « qu'on pourroit tirer de grands services des demoiselles', mais qu'en cela il falloit un grand désintéressement et s'oublier beaucoup soi-même; qu'une maîtresse de classe qui ne penseroit qu'à ce qui l'accommode le mieux ne voudroit jamais donner ses 611es, qu'une officière qui en auroit besoin les voudroit avoir trop souvent , mais que les unes et les autres devroient penser au bien de la maison et au besoin qu'ont les demoiselles d'être instruites ; que, outre la bonne foi qui étoit nécessaire pour tenir ce tempérament, la supérieure et la maltresse générale doivent veiller pour qu'on ne tombe point en l'une de ces deux extrémités : c'est une balance qui penchera toujours, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et qu'il faudra de temps en temps redresser. Quoiqu'il soit utile à la maison et avantageux, aux demoiselles de les faire agir , il faut bien prendre garde à ne les point trop tirer de leurs exercices, car on s'apercevra bien moins vite du tort qu'en recevroit leur

Le Ragols. Cet abbé ëuit un neveu de l'abbé Gobelln , qui était dsTeou, paT la protection de Hi"* de Haintenon, prëcepteur da dus du Maine. Ce fut par le contai et avec Vapprobilion de cette dame qu'il composa ee« Abrégés d'blstoire.

' SecuMdes Siponses,'^. 13.

* Pour les besoins de la maison.

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28 ENTRETIENS SUR L'ÉDDCATION.

éducation qu'on ne s'apercevra de l'utilité de leurs services , celle-ci étant très-visible , au lieu que l'autre ne paroltroit pas à la communauté j c'est pourquoi une maltresse qui verroit, par exemple, que ses filles auroient été quelques jours sans lire, devroit le dire à la maltresse générale, et même à la supérieure , pour empêcher qu'on ne les lui ôtàt trop souvent. »

ENTRETIEN X'

I Portrait i'aae G lia propre k bien sertir la mslsuii.)

u Je VOUS prédis, dit un jour Madame, que Dieu vous punira, comme il punit les autres religieuses, si vous les imitez dans l'inhumanité qu'elles ont pour la santé des filles qu'elles reçoivent , ce qui engage les filles à des déguisements bien contraires à la simplicité , et à des contraintes qui en effet nuisent beaucoup à leur santé, au lieu que si elles osoient dire leurs incommodités on leur donneroit de petits soulagements qui raccommoderoient une santé délicate. Ces maisons, où l'on est si attentif à ne prendre que des sujets d'une santé vigoureuse, sont pourtant remplies de filles infirmes, vaporeuses et visionnaires, et qui le deviennent après leur profession pour punir le défaut de charité de ces maisons. 11 le punira de même chez vous si vous avez

' Hecueil des Répoma, p. 10 el !0.

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AVEC LES DAMGS DB SAINT-LOUIS (iGSe). 29

la même âpreté. Je ne prétends pas, en voua disant ceci, vous persuader qu'il faut remplir votre maison de filles malsaines, mais seulement vous inspirer do demeurer sur cela dans des bornes raisonnables ; ces bornes raisonnables servent, ce me semble, de règle par rapport à la disposition présente des filles sans raisonner sur un avenir fort incertain, et ne pas juger, par exemple, sur un petit rouge qu'on verra à une fille, décider que sa poitrine est attaquée. 11 faut même encore que vous remarquiez que vous recevez des filles dans un âge où elles sont sujettes à des incommodités qui n'ont point de suite ; vous l'avez déjà expérimenté en plusieurs qui ont présentement une santé robuste et que l'on condamnoil comme des filles qui toute leur vie dévoient être infirmes. Quand on a un vrai sujet de croire qu'une personne a véritablement la santé attaquée d'un mal qui ne se guérira point et qui la rendroit incapable des fonctions de la maison, je crois qu'il ne la faut pas recevoir. Quand je parle de vos fonctions, je ne veux pas dire qu'il soit nécessaire que toutes vos religieuses soient propres aux travaux pénibles de la maison ; c'est même à quoi on peut le mieux suppléer, et par conséquent ce qui est le moins importanL

« Cette fille servira bien la maison » est une phrase que je n'aime guère, sï l'on entend par là qu'elle a bien de la force et de la vigueur pour soutenir son travail ; ce que j'appelle rendre service à la maison n'est pas d'avoir de meilleurs bras qu'une autre, les bras ne sont pas ce qui vous manquera, vous en

30 ENTRETIENS SUR l'ËDVCATION.

avez ici assez à votre disposition ; ce que j'appelle donc une iîlle en état de rendre service à la maison, c'est une fille d'une piété solide, d'un sens droit, d'une régularité exacte et en laquelle on peut se confier, à laquelle, par exemple, vous pouvez confier toutes vos demoiselles, assurées qu'efies sont en de bonnes mains, qu'elle ne leur laissera rien faire de mal à propos, et ne leur donnera que de bons exemples. Je croirois donc qu'une fille de ce caractère devroit être reçue (quoiqu'elle fût délicate), par préférence à la plus vigoureuse personne du monde qui n'auroit pas ces qualités-là. Quand donc on vous en présente une que vous soupçonnez d'une santé foibie, et qui avec cela est un sujet médiocre, je ne balancerois pas à m'en défaire, parce qu'en effet vous avez besoin de filles qui aient de la santé, ■ et qu'il ne convient de passer par dessus que lorsque vous êtes récompensées par des qualités préférables à la santé. »

ENTRETIEN XV

(Sir le ton tiuge d» lilenU. ]

Seplembre In87.

Dans une couversation où l'on rapporta à M"' de Maintenon cet endroit d'un examen qu'elle avoit fait pour les religieuses de Saint-Louis : Fais-jc tout servir à la justice ? elle dit : « U est vrai que je suis

t Ultrea é4i/ianle$, t- IV, p. &n. — EeetMl det Bépmtei, p. 361.

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continuellement frappée que comme nous tenons tout de Dieu, nous devons aussi lui tout rapporter. Je suis persuadée qu'il ne fait rien en vain: il a dessein que tout serve à sa gloire et à notre salut; ainsi il faut faire valoir tout ce qu'on a reçu de lui, l'esprit, le savoir, le crédit, l'autorité; c'est ce /o/«ïi duquel on rendra compte et qu'il faut faire prodter au double \ c'est ce grain qui doit rapporter ou au trentième ou au soixantième , ou même au centième. Je ne puis croire que Dieu donne aucun avantage à personne pour son seul plaisir; qu'une Qlle, par exemple, à qui il a donné de l'agrément, de l'esprit, ou même sans beaucoup d'esprit un certain air de plaire et de se faire aimer, qui fait le plaisir des autres dans la conversation, je ne crois pas, dis-je, que cetto personne ait reçu rien de tout cela simplement pour être aimée. Dieu veut que par son esprit, ses manières engageantes et ses complaisances, elle contribue à inspirer la vertu à celles qui la goûtent, et à les détourner du mal. J'en dis de même de tous les avantages natiu-cls ou acquis ; je suis persuadée, par exemple, que je dois rapporter à Dieu les complaisances que je suis obligée d'avoir pour M"' la duchesse de Bourgogne', et que je lui plais, quand, à dessein de gagner son esprit pour lui dire quelquefois des vérités un peu fortes, j'entre dans ses plaisirs innocents jusqu'à jouer à cache-mitauclie avec elle, parce qu'en voyant que je lui accorde tout ce que je puis, elle se rend à la raison gur les choses que je lui refuse, et

■ Elle n'avait alors qae dix ans.

32 E.N'TRETIlîNS SCK L ÉDUCATION.

elle est bien convaincue que je ne la prends pas par humeur. Je voudrois que vous eussiez à peu près la même conduite pour vos demoiselles, ne leur faisant sentir ce que l'autorité a de dur que dans la nécessité, entrant bonnement et prudemment dans leurs plaisirs pour les gagner et les disposer à fiùre ensuite plus volontiers ce que l'on souhaite d'elles. Quoiqu'il s'en faille beaucoup que vous deviez avoir pour vos filles les condescendances que j'ai pour notre princesse , je serois bien fâchée, par exemple, que vous les laissassiez divertir tout le jour comme elle fait quelquefois , parce qu'elles ont de quoi passer le temps utilement; mais pour M"' la duchesse de Bourgogne et nos princes, nous sommes trop heureux de les tenir dans une chambre, de les y amuser par des petits jeux, et de les tirer par là des lieux et des compagnies dangereuses où ils apprendroient ce qu'il seroit à souhaiter qu'ils ignorassent toute leur vie. »

ENTRETIEN XII'

{Eitiur Ici demoiHlIei à chanler la chicar; «II» n-{ doivent parler Ruades livres qui 6crT«D( h priar; nepasoEurger teurm^iuoiro. J

Madame resta un jour avec nous jusqu'à trois heures -, la maîtresse générale lui demanda ce qu'elle devoit répondre aux maîtresses qui la consultoient pour savoir si elles ne dévoient point empocher les

' Recueil des Répoa^fs, p. à27.

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demoiselles de porter des livres au chœur, afin de les obliger toutes à chanter et à psalmodier avec la communauté, comme elle avoit paru le désirer. « On ne peut, répondit Madame, faire là-dessus une réponse positive, et on ne sauroit donner de régies si générales qu'elles n'aient quelques exceptions. 11 est vrai que, généralement parlant, vous ne sauriez trop porter vos filles à chanter et à psalmodier au chœur ; que vous pouvez même l'exiger de toutes les rouges et de toutes les vertes, sans distinction de celles qui ont de la voix ou de celles qui n'en ont point, parce qu'il leur en peut venir en chantant; et leur faire regarder à toutes comme un grand honneur de chanter les louanges de Dieu-, mois je crois qu'on peut laisser aux premières maîtresses des grandes classes la liberté d'en dispenser quelques-unes, et qu'elles pourroient permettre à une iille qui n'auroit point du tout de voix de porter un psautier françois ou une Imitation. Je suis cependant persuadée que peu auront un véritable besoin de cette dispense ; il est rare de trouver à leur âge des personnes qui n'aient pas assez de voix pour chanter avec tout le chœur, et il sera difficile de les discerner d'avec celles qui le feroient par paresse. Ce qu'il faut observer généralement, ajouta Madame, c'est de ne point permettre aux demoiselles d'avoir au chœur d'autres livres que ceux qui servent à prier. — Ne peut-on pas leur laisser porter des livres à la messe, dit M"" de Montalemberl',

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34 enthetigns sur l'âducatioh.

pour empêcher qu'elles y soient oisives? — U est vrai, répondit Madame, que toutes ne sont pas assez avancées dans la piété pour s'occuper de Dieu sans secours, mus il faut bien distinguer les livres qu'on leur peut permettre ; elles n'en doivent point porter d'autres, encore une fois, que ceux qui servent prier, comme, par exemple, le Psautier, l'Imiiation, les Soliloques de saint Augustin, un Exercice pour entendre la messe, en s'unissant au prêtre! Il seroit trè&-utîle de leur apprendre à s'occuper des mystères qui y sont représentes, et porter celles qui ne sont pas capables de cette occupation à dire leur chapelet ou autres prières vocales, et non pas à passer le temps à lire, parce qu'on ne vient point à l'Église, et surtout a la messe, pour lire, mais pour prier, et l'on seroit peu édiQé d'elles dans le monde si on leur voyoit un Uvre de lecture pendant toute la messe ou vêpres, principalement les fêtes et les dimanches à la messe. Je pensai l'autre jour en aller ôter un que j'aperçus dans les mains d'une demoiselle lorsque j'allois communier, et je l'aurois fait si je n'avois appréhendé de les mal édïQer. »

L'on demanda à Madame quels hvres il ne leur falloit pas laisser porter à l'Église : <( Je ne leur en laisserois point porter, dit-elle, ni d'histoires, quoique pieuses, ni même de morale, à moins que ce ne fussent des méditations; je ne croirois pas, par exemple, qu'il fût à propos d'y porter les Conjessiojis de saint Augustin, quoique ce soit un bon livre. — Y pourroient-elles avoir l'Introduction^ de

■ Vlnlroduclim à la vie dévote était vme dei lectareB onli-

AVEC LES DAIBS DE 3AIHT-L0tI[3 (1698). 35

saint François de Sales? dit une de nos sœurs. — Quoique ce livre soit excellent, répondit Madame, il ne conviendroit pas d'y lire quand on doit prier, à moins que ce ne fût pour prendre les méditations qui y sont. — H y a, dit M°" de Lagny, un chapitre qui marque la manière d'entendre la messe qui est merveilleuse. — Il seroit bon, reprit Madame, qu'elles le lussent avant que d'aller à l'Église, et qu'elles le sussent même par coeur, mais ce n'est guère le temps d'étudier la manière de bien entendre la messe quand il s'agit de l'entendre effectivement.

« A propos d'apprendre par cœur, dit M™ de Bouju, n'y a-t-il pas des mesures à prendre ou à garder pour ne pas trop charger la mémoire des enfants sous prétexte de leur remplir l'esprit de bonnes choses ? — Il ne faut jamais, répondit Madame, se piquer de fwre briller les filles en leur faisant apprendre plusieurs choses par mémoire ; c'est une vanité qui est ordinaire aux personnes qui élèvent les enfants : elles croient par là en faire de petites merveilles-, et, en effet, on les admire; mais il est très-dangereux de pousser trop les enfants sur cet article , on leur fait faire quelquefois des efforts de tête qui nuisent beaucoup à la santé, qui pourroient même détraquer leur esprit-, et, après tout, cela n'est pas fort utile, il vaut bien mieux que

luire» h Bilut-Cyr. ■ U>u de Holntenon ; prenolt souvent le» anjels de ses UutTuctlons et nous a bien recommandé d'en Taire apprendre par cteur aux demolaelles les plus beaux chapitres. ■ [Mém. de* Dama de Saint-Cyr.)

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36 ENTRETIENS SDR L'ÉDUCATION.

VOS Glles sachent moins de choses et qu'elles les comprennent, et que les maltresses s'occupent davantage de former leur jugement que de remplir leur mémoire. — Seroit-il bon, dit M°" de Berval, de fure apprendre aux enfants le Nouveau Testament par cœur? on ne pourroit leur mettre rien de meilleur dans l'esprit. — Le Nouveau Testament, repartit Madame, est un livre si sacré qu'il ne doit être lu que par les personnes qui ont assez de raison et de piété pour s'en nourrir ; il ne le faut pas lire indifféremment comme un autre livre, seulement pour se remphr l'esprit, mais il faut en lire peu et méditer beaucoup-, ainsi, je ne le permettroîs point dans les petites classes; il suflit de leur faire apprendre par mémoire l'épître et l'évangile des fêtes et des dimanches, et quelques autres endroits choisis. Je n'en permettrois la lecture dans les grandes classes qu'à celles qui se distinguent par leur piété, encore ferois-je attention à leur donner ceux qui seroient les plus clairs et ne leur laisseroîs point lire les obscurs, dont elles pourraient abuser, tels que sont certaines épitres de saint Paul et l'Apocalypse. Si vous en rendez la lecture commune, ajouta-t-elle, elles ne feront aucun discernement de ce livre divin d'avec les autres j elles n'en seront plus frappées quand elles seront en âge de le goûter. Notre infirmité a besoin d'être excitée par quelque chose de nouveau ; et qu'aurez-vous a leur donner quand elles seront grandes, si vous leur prodiguez ce qu'il y a de plus excellent dans un âge oîi elles ne peuvent encore en concevoir le prix? Il seroit utile de

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leur faire apprendre par cœur les psaumes ; ils leur founuroient l'esprit de saintes aspirations, elles n'en pourroient guère abuser. h'Imiiation est encore un excellent livre à leur faire goûter. »

ENTRETIEN XUP.

(Ce qu'il tant dire aui demoiselles lonqu'ellea qnaUoniieDl tnr

Madame nous dit souvent que quand il arrive que les demoiselles nous demandent quelque chose que nous ignorons , il ne faut nullement s'embarrasser de leur dire qu'on ne le sait pas : cette simplicité ne leur peut nuire-, on n'est point obligé de tout savoir, et il faut leur apprendre à elles-mêmes qu'il vaut mieux paroltre ignorantes que de faire l'habile. «Pour moi, me dit-elle, je ne m'en embarrasserois pas du tout. Si ce qu'elles demandent étoit une chose curieuse ou qu'elles dussent ignorer, je leur dirois : Je n'en sws pas assez pour éclaircir votre question; mais je le saurois, je me garderois bien de vous dire une chose qui ne serviroit qu'à nourrir votre curiosité. Si elle étoit nécessaire à leur dire, je leur promettrois de m'en instruire et de la leur dire après ". "

' Recueil des Réponse!, p. 64 et 6à.

* ■ C'est asseï la manière dont W^^ de HalnteDon répond aux qneatlonB qu'on lui fait; je ne sais si c'est pour nous apprendre à le taire, ou s) en elTet elle Ignore cerlaines cTioses ; Je sala bien

ENTRETIEN XIV

Il d^ur^er tar l'édnutiaD, occnjicr lei

Madame nous dit un jour qu'une des choses dont nous devions nous garder étoit le découragement : n 11 faut, dit-elle, compter que, malgré vos soins et vos instructions, vous aurez des ûlles qui se perdront; il n'en faudra qu'une dece caractère pour faire murmurer tout le monde contre votre éducation ; quand il n'y en auroit pas qui portassent si loin le dérèglement, il est toujours vrai qu'il y en aura un grand nombre en qui vous ne verrez pas sitôt le tVuît de votre travail. Mais si vous avez besoin de fermeté et de courage , pour ne vous point abattre par les mauvais succès, ou par l'incertitude où Dieu laisse même quelquefois d'avoir fait tout ce qu'on auroit pu faire pour conserver les unes, et pour en ramener une autre de l'égarement, vous avez aussi de grands sujets de vous consoler en celles mêmes qui ne marcheroient pas d'abord dans la vérité, car outre que Dieu ne récompense pas votre travail par rapport au fruit qu'il produit , il est certain que ce seroit encore pis si elles n'avoient eu nulle éducation. Il est rare que des personnes qui ont connu.la

qu'après un tel exempte nous ne devons pas nous embaitasser de montrer que nous en igaornoi heifacoup. •[ Note de M"" de Berval.)

I Recueil des Bépmties, etc., p. 3S.

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AVEC LES DAHES DE SAINT-LOUIS (l699}. 39

vérité ne reviennent pas, et ne soient touchées dans de certains moments favorables , quand même elles auroient fait de grands écarts. Je trouve encore que c'est une grande consolation de les avoir préservées jusqu'à vingt ans de la corruption du siècle ; il y a peu de ûlles de cet âge dans le monde dont on n'ait parlé; et quand ce seroit sans fondement, c'est toujours leur rendre un grand service de les y mettre avec une réputation sans tache qu'il y a lieu d'espérer qu'elles y conserveront, car l'âge où elles sortent d'ici est un âge où une fille est formée pour l'ordinaire , et elles y passent les années les plus dangereuses de leur vie. C'est une des grandes raisons que les gens sages, qu'on a consultés sur cet établissement, nous ont données pour les garder jusqu'à vingt ans; car ayant bien prévu la peine que cela vous donneroit, on voulut d'abord vous les ôter à quinze ans, mais vous jugez bien vous-mêmes que si vous ne les aviez eues que jusqu'à cet âge, vous n'auriez fait pour elles que ce que font les maîtresses d'école pour les filles qu'elles instruisent pour la première communion, et à qui elles apprennent à lire et à écrire ; ce n'auroit pas été les élever et les former comme vous faites en les gardant jusqu'à vingt ans. Il faut donc qu'animées par les grands avantages de votre état, vous passiez pardessus toutes les difScultés qui s'y trouvent; il faut avoir une patience sans bornes pour attendre celles qui ne font pas aussi bien que les autres; nous en avons déjà tant vu qui , après avoir fort mal fait et nous avoir donné bien de la peine, sont présente-

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