C.K.gIc
224 ENTRETIENS SUR l. EDUCATtON.
si aimable que la bonté, la bonne humeur, et Tafiabilité', c'est ce qui faitaussi que le Roi est si chéri de ses peuples, jamais il n'a rebuté personne. »
Puis, faisant un moment de rétiexion, elle dit : « Mais, quand même il ne seroït pas bon, il le faudrait aimer. Savez-vous bien, dit-elle en adressant laparôle à M"° de Flavigny, qu'on est obligé de l'aimer et de lui obéir quoiqu'il fût méchant? » Elle répondit qu'oui. « Quoi ! répondit M°* de Maintenon, s'il agissoit en tyran et s'il accabloit ses peuples, on seroit obligé de l'aimer? — Oui, Madame, répondit la demoiselle. Dieu nous l'ordonne. — Cela est bien vrai , répondit M"' de Maintenon, c'est un devoir du christianisme d'obéir aux rois et de les honorer; je ne dis pas qu'il faille avoir autant d'inclination et sentir les mêmes attachements pour un mauvais roi que pour un bon , cela n'est pas possible ; mais il faut être aussi soumis en tout, et avoir le même respect pour l'un que pour l'autre, en ce qui n'est point péché. On ne veut point croire cela, dans le monde; quand on a un mauvais roi, il y a bien des gens qui ne se croient pas obligés de lui obéir; il n'y auroit donc aussi qu'à se croire dispensé d'obéir aux magistrats, età toute puissance et autorité, parce qu'on ne les croit pas honnêtes genp; il s'ensuivroit de là une conséquence étrange, qui est qu'on ne seroit
et les plus reiléréesi son lempérameDt J contribuoit ^t son Qegnie qui ne se dëmentoit jamais, mais qu) n'avait lien de rebutant 1 »a nuiDière de refuBci persiiadoit du dép'aiùr qu'il en restenloit, et celle d'accuider sjuutoit i la grâce. > [T. IV, gi. |49. del'Wiliorln-iî.)
L,.,....C()o>^lc
AVEC LES UEHOISELLES UE LA CLASSE JADNE (tTOR). 235
plus obligé d'obéir à personne , si on s'imaginoit que toutes celles qui sont constituées en dignité sont défectueuses. Ce raisonnement, comme vous voyez, est très-mauvais, car toute puissance vient de Dieu, et nous devons le regarder dans toutes les personnes qu'il met au-dessus de nous; quand il nous donne un mauviûs roi, c'est qu'il veut nous punir, et quand il nous en donne un bon, c'est qu'il nous regarde dans sa miséricorde. — 11 nous en fait une grande, dit M°" de Boissauveur, en nous donnant celui que nous avons. — Assurément , répondit M™ de Maintenon , c'est véritablement un bon roi ; c'eût été un grai^d malheur pour la France s'il avoit été autrement, puisqu'on n'a point encore vu de règne si long que le sien; je pense qu'il signe de la soixante-troisième année de son règne, aussi a-t-il régné bien jeune, il n' avoit que quatre ans et demi. » n Madame, dit M"' de Boissauveur, notre Roi a fait de grands établissements? — Oui, répondit M* de Maintenon en riant, quand il n'y auroit que celui de Saint-Cyr, il seroit admirable, n'est-il pas vrai ? Et ne l' est-il pas encore davantage dans l'établissement des Invalides ? ma sœur, vous seriez surprise de voir la règle qu'il y a dans cette maison : ils sont plus de deux mille bommes qui gardent le silence aussi exactement que vous dites que les jaunes font présentement; on entendroit, comme on dit, une souris irotter; ce sont cependant des soldats grossiers. Il y a des officiers, chacun tient son rang. On a établi des punitions pour ceux qui font des fautes : il y a la table de la Samaritaine, oîi l'on ne boit (|ue de
i'eau j il y 9 ayissj le cheval de bois pour cetix quj font d^ faute^ plu^ cofi^4^rables : il est d^PS uu eudroit ofi il pei|t etrp v^ <|e tout le moqde, et çeit¥ i, (|ui pn irppose c^ttB pi(fi)ti«>D, fiufre la dppleijr, pat encore 1$ honte.
u y étant allée une fois, le curé des Invalides p)^ dit qife 4e deux niillp hommes il n'y en ^vojt qu^ fixante qui n'étaient pas tout à fait pqnyertis, et qni leur faisoient un peij de peine. Qu'étûjt-ce que ce planque de cpnversion? C'est qfi'ib n'agpror choient pas si souvent des sacrentents, et qu'ils n'étoient pas si dévots que les autres. A peine |.ous ces honunes connoissoient-ils Djcu ^ farinée^ et présepr tement ils sont d'une piété et d'tjne dévotion surpre-: nantes. Il y en 9 grand nombre qui communient tous les huit jours , et plusieurs le fopt eiicorp daijs la semaine ; ils font leurs deux heures d'oraison p^r jour, quoique cela ne soit pas de règle. J'allai dans une tribune de leur église, qui est parfaitement belle et fprt grande : elle inspire 4u respect par su beauté et sa grandeuri je vis dedans trois ou quatre cents invalides qui prîoient Dieu avep une dévotion ad- B)irable. Je demandai quel exercice c'étoit, ou me répondit que ce n'étoit point un exercice, que c'étoit seulenieiit quelques particuliers qui faisoient l'oraison. Cp ^Wi cependant des hommes, et des hon»pjps de guefre, qqi sont avec ee respect (laifs les églises et qui prient si dévptepient. » Qpelqq'iia deip^n^a »i c'étoit je Roi qui avQit fait leiirs féales. iiOg j, di^-elle, c'est lui-même, excepté certains détails pîi il ne pouyoit entrer ; maïs topt ce qui est es-
L,.,....C()o>^lc
AVEC LES DEII0i8F.LLIîa DE LÀ CLASSE lAUNR (1706). 227
sétiHfel est de lui. Ils bnt vingt hiéssieurs de Saliit- Lâzarë et trente soeurs dé la Charité ; quel respeët n'ont-ils pas pour ces filles! ils n'osent leUt dire tih mot. Jàtnais ces gens nejtirent, qllbiqu'ilsy aient été àfccbUturriés à rarmée; — Ne sOrtbht-ils ]ahialSidit ilriè riialtresse?-^Pârd6nné4-moi, répondit M*' de ilaltitënon; iii&is Avétf icbn|é , et on leur màiTiUfe l'heure o(i ils reviendront. Mais ce n'est pas M Ib ^1 étahtissement tjUè Ib Roi ait fait; c*é^t ëncdh* lui t[iil à établi lés HfipitaU j qui sotlt dans les arméM; Quand on rainpe en quislqiié lieu, bn (■HbiMtdans la vlUë bU le villài^ le plu« pt^octié Jiitb ttlldson poiir trailet^ Ifes blessés fet les mHliiHHi, pe fjui 9è Mt aUic dépeiid dU Roi ; quand bn der»inpë, ce qili atrité îtbuvfeht, bn cherche tin dUtré liëU pour àfervir d'hôpital, tet bn i-ecolilmenfè ainSi à tbUS les décampements. il
Quelqu'un dit que l'Hôtel-Rieu était aussi uti bel étahlisseinent. «Oui, répondltM"" dé Maintenoit, on y reçoit tous ceux qui se présentent , mais ce n'est pas le Roi qui l'a Tait, il y a longtemps qu'il subsiste ^ ce sont des religieuses qui en sont ehargéës et qui les gouvernetit; tes feeits-là ne sont pas aussi bien réglés que les invalides, aussi ce sont des niftladbs. — Est-(^e que les invalides ne sont pas des malades? ait M"*de Marais.— Non, dit IW^' de Maintenon, ce sont des gens qui, faute de quelque membre ou par quelque autre blessure, ne Sont pas en , état de servir -, ils ont Seulemeht une infirmerie pour c«ux qui tombent malades. À l'Hôtel-Dieu , dont nous parlions tout à l'heure, il y s des salles diB%-
S28 ENTItCFEENS SUR l'ËDUCATIOK.
rentes pour chaque espèce de maladie , et toutes sont doubles, parce que les hommes et les femmes sont séparés. »
M"* de Vandàm dit que le Roi empèchoit bien du mal et faisoit de grands biens. <( 11 me semble que vous nous avez dit qu'il est très-sensible au plaisir de sauver des âmes? — D est vrai, dit M"* de Maintenon , et c'est ce qui me fait le plus espérer de son salut , puisque , s'il est vrai que pour avoir sauvé une seule âme, on est presque assuré du salut de la sienne , que sera-K;e quand on aura pro> curé de grands biens à un nombre presque inQni? Combien d'hérétiques lui doivent, après Dieu, leur salut ' ? Avant même qu'il se fût déclaré contre eux, il disoit à quelques-uns : «Je ne vous demande pas de vous convertir, mais, pour l'amour de moi, écoutez ceux qui prêchent la vérité catholique. » Ils le faisoient, et il étoit rare qu'ils ne changeassent pas. Que d'enfants n'a-t-il pas fait enlever du sein de leurs mères huguenotes pour les faire élever dans
* H»" de Halnlenon n'a point fait ni conMllIé, alnvl qae Ha enaemLB le lui ont tant leprachë, la rëvocaUon de l'édlt de Nanles, c'eet un point blsloiique aujourd'hui parraitement démontré i mais, comme la majorité de la France, elle l'a apprODvée; et rien ne témoigne mieni l'aveuglement qnl Iniplra cet acte dépli>rable,quelafacllitéaTeclaquelleH"*deHaJnlenon pariede la coKversiondeihëréliques, mime après les conséquences déautreugea qu'il ufilt eues. 11 est cependant certain qu'elle s'opposa, autant qu'elle le put faire, aux mesures violentes de Louvols, « tout en désirant de tout son cœur, disent les Mémoiret du Dames, la réunion dea liugucnots i l'Ëglise, elle aurolt voulu que c'eût été plutât par la voie de la persuasion que de la rigueur. • (Voir VBitloIre de la Maison ropale de 5ain^Cyr, p. iST.)
,C.K,gIc
AVSC LES DBHOISKLLES DE LA CLABSE JAUNE (ITO6). 229
la religion catholique ' ! M*° de Hailly '' est de ce nombre ; elle étoit attachée à la religion de ses pères etavoit beaucoup d'éloignement pour la catholique, mais, depuis qu'elle est convertie, je ne conaois guère de femmes qui aient une plus solide dévotion, et surtout à la sainte Vierge. »
M°" de Boissauveur dit qu'elle avoit oui dire que le Roi rapportoit tout à Dieu , et recevoit humblement de sa main les disgrâces et les pertes qui lui ■arrivoient. nOuitditM^'deMatntenon, quand il reçoit de mauvaises nouvelles de la guerre, c'est avec une grande soumission à Dieu, et sans perdre la confiance en lui. Je lui ai oui dire dans c«s occasions : «J'espère que Dieu nous aidera et que les choses iront mieux; il faut toujours nous confier en lui.»
* H°x de Mainteaon, à son retour d'Amérique et étant âgëe de diianSifntconQéeâ^alaDte.HDicdeVIlIette.cslviniilelTèg-auglère qai réleva dan» la religion protestante pendant près de deux ani. Alors Doe autre de sei pareutes, H°» de NeulJlaDt, obtint un ordre de la reine- régente, Anne d'Autriche, l'enleva d'antorité aux mains de H<™ de Vlllette, et la mit dans un couvent, où l'on eut beaucoup de peine k la ramener à la religion catholique, H'»' de HainteDDD ne recula point à faire subir à d'autres le traitement qu'on lui avait tait; elle fit enlever ainsi la peu le- fil le de M"* de VillettelM""" de Cnylus), el la fit élever auprès d'elle dans la religion catholique. Elle en Ut de même pour W^ de Salttt- Hermlne, dont elle va parler, cl qui était aussi su cousine. Enfin elle n'a ceaaé de regarder cet odieux moyen d'enlever aui mère» leurs enfantii cwnme le plus efllcace pour ruiner le protestantisme. Ses ennemis le lui ont vivement reproché, et, il faut le dire, aXBc lustice.
* M" la comlesse de Hailly était 1111e du marquis de Saint- Hermine, cousin germain de H>"* de Halntenon. Celle-ci l'éleva près d'elle i Versailles, la mnria au comte de HalUy, et la Qt
ir dame d'atours de la duchesse de Chartres.
,C,(K)j^le
2^ fiîTrtRTifera im t'ÉhwcÀTiW.
M'^ (lé Se^titagiife detnandà rfe que c'ètéit qdê rêtttblissëiheilt qii'bn hbinmé là Charité i « U Charité, dit M™ dé Màintenôii, est ilii én3h>it b& l'on liflitn« à triail^er A tous les psuTres; la. feue fteïne' ^ «îloit tous les jeudis, les sérVbit, et, aliffe leur avoir donné à cliacun un potâgS et ilrtê Jibrtibn, tîlle letir diStrihuolt k tbtift uti deitii-Itibis. 11 V a enrobe aillfcors de ces sotlèS ûé Charité : Potnhie à Saibt-fletmidfa, li FonWitiebleAu. — Il fabt, dit M"" de Piherée, qu'il y flit bien dès (jaUvl^s, fiuisqué tarit d'ehdroits Hë suffisent pas pout les soulager ? — Ah ! t-epHt M"" de Mtinltenbni le nombre en est infini, et surtbUt dès pastres honteux; re sont là les meilieUi-eS chttfilfe que l'on puisse faire ; tés pauvres gen*i-lA qui n'osent demander leur pain sbnt éfirore plus à plaindre qlife les autres. J'en ronnois bien de ee rang; on leur peut ftdre la charité en leur faisant tenir de l'argent, soit par un confesseur, soit par soi-même, sous prétexte de leur rendre dés visités, mais toujours d'uite manière qui ne leur fasse point de peine. '
« De toutes les charités que j'ai faites en ma vie, je li'ai jamais ressenti tant de joîe que dé fcelle qiie j'ai faite à une jeune demoiselle. On me donna avis que sa mère l'élevoit comme une princesse dans de mauvais desseins. On me donne tant d'avis semblables, qu'il y en a Uii grand nombre auxquels je ne puis remédier ; mais quand Dieu veut les choses, elles se font. J'écrivis sur-le-cbamp à M. l'abbé Tibei^, pour savoir si cela étoit vrai ; il me manda que cela
< Harie-TbéièM d'Autriche, ^ate de LodU XIT.
Àvec LES DElfafSeLt:^ &B U CU^B JAUpE (1706). 231
ije YélQit qif£} tpop ; j'enyoyw preiitlre cette fiUe, i'nsftï jiD peii d'ButQcit^i op ip^ l'ftpBepa jcj à pioa parloir. Pp me l'avoit failp belle copiipp le jofiri elle ^tP)t ^ la vériié jplie e^ bien faite, ipai^ point 4ussi ^elle qii'pn pie l'avoit dépeinte-, elle d&nsoit parf^tepient biep, jouoit à raefveille du c]avecjt}, savoit trè»-biea la musique, paroissoi^ la &)|e du monde )a mieux, née. Je la mis à l'abbaye de Saiat- Cyr'; elle n'y eut pas été trois mois, qu'elle demanda à être religieuse; elle ne put y être reçue à cause de son peu de santé. Je l'ai mise dans un autre couvent, où la règle est plus douce ; elle y est une excellente religieuse, et y emploie au service de Dieu et à chanter ses louanges les talents que le monde lui avoit donnés pour le mal. — Je crois, Madame, dit M*"* de Vandam, que vous vous êtes fait un grand plaisir d'ôter cette proie au démon? — Il est vrai, repritelle, que j'en ai beaucoup de penser que Dieu s'est servi de moi. pour retirer cette pauvre enfant d'un si grand péril! Elle passe sa vie à gémir sur l'élat de sa mère, qui menoit une si mauvaise vie qu'on a été obligé de l'enfermer. Voilà une sorte de charité^ il y en abien d'autres, si chacun vouloit se servir de ses talents pour contribuer au soulagement de ceux qui souffrent , il y auroit moins de malheureux, et on féroit beaucoup de bien, sans grande peine, car IKeu ne demande que ce que Ton peut faire ; les uns doDDeroient de leur esprit, les autres de leurs biens,
I L'qbMïe d^ Nolcï-Daïqc-dtH-An^Qs, qui «lait daoe le .village de SaiDt-Cyr; od en falimit remonter ta fondatioD aux lois méro-
=, Cookie
332 ENTRETIENS SUK L*EDtICATION.
d'autres de leur adresse, d'autres de leur crédit, etc.» M"* de Boissauveur dit : « E y en aurait qui ne donneroient que leurs bras pour le service des malades. — C'est une belle charité ! dit M°" de Maintenon, Dieu en serait aussi content, et peut-être plus que des autres, et ils auraient une grande récompense, puisqu'ils emploieraient tout ce qu'ils ont. Adieu, mes enfants. «
ENTRETIEN LVI'
M*"' de Glapion demanda à M"" de Maintenon ce qu'elle entendoit par cette éducation solide qu'eUe avoit si à cœur que Von donnât aux demoiselles. « Je comprends, dit-elle, que c'est de s'appliquer, avant toutes choses et par-dessus toutes choses , à former la piété, ta raison et les mœurs de vos filles, à leur inspirer l'amour et la pratique de toutes les vertus qui peuvent leur convenir pour le présent et pour l'avenir; et pour cela il faut travailler sans cesse à détruire et à planter en ces jeunes cœurs, ce qui se fait chaque jour par les entretiens publics et particuliers que vous devez avoir avec elles, et ménageant habilement toutes les occasions de leur inculquer de bons principes, de bonnes maximes, et encore plus de bons sentiments et de bonnes habitudes ; car tout
' Lettres 6d<fiaatet, l. VU, ii. îcî,
,,„,.... C()o>^lc
n'est pas fait, par exemple, quand vous avez réussi à tenir vos Mes si recueillies à l'église qu'elles n'osent y lever les yeux-, il est vrai que cela édifie et leur est utile à elles-mêmes pour les accoutumer à k contrainte et à l'assujettissement si nécessaire aux jeunes personnes -, mais ne les en croyez pas. plus dévotes si vous n'avez eu soin d'établir dans leur cœur un vrai amour de la piété. On pourroit quelquefois leur dire à ce sujet : « Je suis fort contente de votre extérieur, cela va à merveille; mais c'est à vous à voir si c'est par respect pour la présence de Dieu que vous vous contraignez, car si vous ne le faisiez que pour les créatures, votre peine serait bien inutile, n Et s'il arrivoit que la communauté se plaignit que les demoiselles soient dérangées et causeuses pendant que la maîtresse sauroit qu'il n'y a, grâce à Dieu , aucun défaut considérable parmi elles, et qu'elles sont vraiment pieuses et vertueuses, elle ne devroit pas être bien afHigée de ces plaintes, parce qu'il faut chercher à être plutôt qu'à paraître; ce qui ne devroit pas cependant l'empêcher d'y remédier autant qu'elle pourroit. Je dis hier, sur cela, à celles de la communauté qui étoïent ici, que je craignois qu'il y eût des maltresses plus affligées quand leur classe a fait du bruit dans un corridor que le jour qu'il se sera fait parmi elles quelque chose qui aura déplu àDieu, quoiqu'il n'y ait que les yeux des hommes qui aient été blessés de la première faute et que Dieu l'ait été de la seconde. Une d'entre elles me dit fort simplement qu'elle ne pouvoit souffrir que ses filles fussent trouvées en faute, et que
,C,KvsIc
ç'étoit 14 ^p faib)^, 11 e^ ffffoii, lui dU^j^ e^ sg fait biep sentir ^ la jeup^^ à qi4 fi^ji n'éctf^p^, e^ qui reoiftrqve ifi^ineitt g^'upe nitUtcessa pe soucis H^oing d'ét^l))ir la yerf.^ fl^^ Sft clause que ^e 1§ faiçe paroUre daps pi| or4>'e mery^jlLeux. Jt; pa pqj^ asaez yous répéter combien j^ crains ^'90 ^ cpolente 4e régler l'extérjeur; votre vcet) (l'éd^ic^oq vous eiig^ge sur toutes phqses à les ^ey^ chréU^-; qeipent ^t f^ Içs accQutuip^ à bien rpgl^f ]p^f^ fpc^ui^ ; PQur ç^la }\ fa)j^ deg p^rsppn^ gui ^ livrent 4^ bqppe foji ^t tput ^pl^ère^ à IVpyre que Qieu j^iff CDiifie, et qui se cqnjpl^at elles-môraes ppHf fiep^ ce n'^t ppa se livfer tout entière pomme on j ee^ obligée qifand qq se contente i}e s'an^user de ses ^empisell^, p^ul-étre d'eii tirer quelque servicfi, ^ns songer à leur donner de bonne fui ceux auj^r quel^ on est absolifipent obligé par sa vQcat)on.
« n ne faut pûipt pïitsf d' entrer dan^ leurs jeu?., dans leurs conversations, œdine dans le^rs déiu^lé§: il y a du bipn à faire partout quand on le veut siaçèrement, et tout pela fait partie de leur édqcation. |Se leur souffres ni raffinements pi p^titpss^ dans lepr piété, mais enseignez-leur le saint (Ivangile dans toute sa forcp; dites-kur qi^'il p'y a que ceqx qgi se font violence qui remportent le royauipe dtt Pieu; qu'il faut oécessairenient porter sa croix et se fepopcef soi-même pour être sauvé j qi}'il fauf; pardonner du fon4 du cœur À ceux qui nous ont offen^; gu'il f^ut adorer Diep en esprit et ep vérité et le sefr Tlis de même ; qu'il faut avoir le péché en horreur, ep éviter toute^ les oçc»s)QDS ^t ^'attap)ier de tpitf
.C()o>^lc
AVEC L^ ^^ ^E ^IHÏ-LflUl^ (1706). 934
eiçm ct^t » 1^ PF9^9V<! 4es vertus ^ue fijq^-^i- ^eur nous ^ f^GûpunqJl4ées.
« Prëch^^rl^ur, tfpU)t lespiastimes fortes et soli<}es ^p }a religiop, et Uotât celles «le l'honneur et de I4 bieps^ce. Np vpus Iftssez poin^ de leur rebattre souvent, à présent et après ina mqrt, l'importancts et ^ nécp^jté de cette piété solide et siipple qi^e j^ vous r6CDl)>ima))doîs presque iiiceiisfimmeiit el peutêtre jusqu'à yous eppuyer,
Il M*"" la duchesse de Qoiirgogne ep fit, il y a quelqije teii(ps, un trait qui me plut jnfinitnept. Vous ^vez qu'elle ayoit été fprt mukde, et tou}. le ' mODil^ se récrioil sur le bon effet des reinè(les qui i'avoieat si pf^omplemeut tirée du danger. Elle ntf) dit tout bas : u Je suis biei) persuadée que c'uit sainte Geneviève plutôt que 1^ remède^ qui aia guérie, p^rce que je me suis sentie soul^ée (}ès q^e je lui ai ttommepcé une neuvaipe et bu de l'eau 04 on avoit trempé desop pain. — Je suisrav^e, Madame, lui dis-je, de trouver eu vogs cette simplicité de foi ^1 rare dans les ^ands et que Dieu récompense'assex cuvent par des guérisqns ipiraeuleuses qui, pour Tordinaire, sopt réservées pour le simple peuple, à pause de la yivacité et de la sinjplicité de sa foi. » Puis, rappelantquelques miracles de rÉvangilc, je lui û^ repïarquer que Notre-Seiguepr les «voit faits en fayepr de la foi de ceux qui avoje^t eu recours à lui, disant à la Cananéenpe. ■iVotrefoieslgr3nde,»àune aqtre : n Qu'il vous soit fait selon votre foi, etcv Si je ne vous voy ois point, Madame, ajoutai-je, d'autres marques de piété que cette cpnli^ce à upe peuvaine
3,Cooi^lc
Z36 KNl RETIENS SUK L EDUCATION.
OU au pain de sainte Geneviève, je n'en ferois point de cas et j'y craindrois de la superstition, parce que ces pratiques, quoique bonnes et autorisées de l'Église, ne sont pas essentielles, et se tournent même en abus quand on y met toute sa confiance sans se soucier de manquer à des devoirs plus importants, comme font ceux qui ne voudroient pour rien au monde omettre leur cha[»elet, et qui n'ont aucun scrupule de blasphémer ou de se venger; qui gardent l'abstinence du samedi et qui mangent de la viande le vendredi ; qui croient qu'il est impossible ' d'être damné quand on porte le scapulaire ou qu'on dit le rosaire, quoiqu'on demeure volontairement dans le pécbé. Hais quand ces pratiques e:&térieures sont accompagnées d'une vertu fidèle à tous les de-^ voirs du cbristianisme, et qu'on leur préfère, ainsi que vous faites, ce qui est d'obbgation, et que je vous vois attentive à attaquer vos défauts, à vous convaincre de la nécessité de vous faire violence pour vous sauver, à profiter de vos communions, à vous tenir en garde contre votre humeur, à faire excuse à vos femmes dès qu'il vous est échappé quelques paroles trop vives, et surtout à fuir le péché et à mieux servir Dieu, je reconnois avec plaisir que votre piété a les quahtés nécessaires. La dévotion qui, sous prétexte de s'attacher au solide, dédaigne et méprise les moindres pratiques de l'Eglise, tient de la superbe : celle, au contraire, qui la fait consister en ces sortes de choses, sans s'acquitter des premiers devoirs de la religion, est superstitieuse. i( Je vous dis tout ceci, mes chères filles, ajouta
AVEC LES DAKfiS DE SAINT-LOUIS (1706). 237
M"" de Maintenon, pour vous convaiocl-e de plus en plus de l'obligation où vous éles d'inspirer à vos demoiseUes ces mêmes sentiments, et que vous preniez un grand soin d'éviter de leur laisser prendre une piété orgueilleuse qui méprise ou raille tout ce qui tient du miracle, sans cependant les laisser tomber dtms toutes les petitesses de certaines personnes peu éclairées. Il faut qu'elles aient un profond respect pour les dévotions approuvées de l'Église, quelque petites qu'elles paroissent, mais vous devez les rappeler toujours aux pratiques essentielles qui sont : la fuite du péché, l'amour de Dieu et du prochain, et l'accomplissement des devoirs de son état, leur faisant bien comprendre que la vraie piété consiste à aimer Dieu, à penser à lui, à le consulter dans ses entreprises, à ne se pas contenter d'être à lui quand on est à l'Eglise ou qu'on approcbe des sacrements, mais à y être tous les jours de sa vie par la fidélité à éviter ce qui peut'lui déplaire et à faire ce qu'on sait lui être agréable. »
ENTRETIEN LVIC.
{Sa [aira ntimer dot demoiHil». )
Uécembre ITOn.
H Je ne puis me lasser de vous rebattre sans cesse tes mêmes choses touchant votre quatrième vœu. Vous savez combien j'ai a cœur que vous en com-
' Letlrtt édifiantes, I
,, Cookie
preniez toute l'étendue et l'étroite obUgAUoB fifa i] yptfs met 4p fionneF 4^ ^bs ^sempl^ en tout à voft deatoù^lles. Ce i^'est n^ii t)e 1^8 ipaUvire, de les pr4ch(ir, de Ips repr^fidrei n vous ne le^ édifiez. Cctmptei qt)e p'e${ oetl^ cfiwluitg éditufite et régu-r U^re ep tpift qiji leur fer» le plua d'impresson, Tfti^ï est perdu poup sll^ et peur vous, ai elles peiiyent vhus r*inropl»er Aveç justipe.des irrégul^r ritps, des iflaRqH^ de drqiUipe. dps hizwreries, fies partieijtéa oj^ des négligepees dftus lijg soios qMfl VPU^ devez aypir d'elles. Sfluyefifi^'Ypus tpkijours, ^ celles qui vieudroift après Y^HS, qu'i) fftut avec W enfants p9rol|Te irréproclwlile. Qp qe sauroit s'ilOft: gioer cQipbien iU voient claie , pi le peq df cm qu'ils fqnt des personne qu'Us n'estiinppt pçin^. Avant le mariage de M"' la duphesse de Bpurgogne, les dames du palais coucbuieift toqr à tonr dans S4 cbaipbrei il pae revint qu'elle m^qMoit beaucoup d'éloignement pour une d'entre aUes et un grand goût pour quelques autres. Je lui parlai sur les inconvénients de cette préférence, et je tâchai de la porter à avoir plus d'estime pour celle pour qui elle paroissoit si mal disposée ; mais elle me dit que cela lui étoit impossible, parce qu'elle n'avoit aucune piété. Je lui demandai sur quoi elle se fondoit pour en juger si mal. « C'est, dit-elle, que je ne la vois presque jamais prier Dieu : à peine se met-elle un iiionient à genoux., au lieu que M°" ... prie Dieu très-longtemps, tous les soirs, et fait toujours une heure d'oraison avant de s'aller habiller. » Voilà comment les enfants jugent des personnes ^m ]e^ gou-
,C..K,glc
AVEC tR8 MttClftHSIîH ftfe ftAttfT-tîttl* (1707). iS&
Tërnenti Soyei assurées que les VStrBs ne Sont pas inoins elairroyantes, êtqtieTOsdembiselIesh'aurbni ié créance en tous qu'autant qu'elles Vous estimèrent. Il ne faiii pas se persuad^f qu'on en imposera au* enfiints ; ils savent démêler la tnauVaise foi des personnes qui cherchent des prétextes polir couvrir leurs défauts et leurs passions. La vérité, comme vous ëavez, perce les murailles, et tOt ou ttird éllé se découvre, quelque soin qu'on prenne de la cftchei*. Rien n'est si fort que la Vertu; élté ne itiftnqUfe guère de fOirë sisn effet ; et quoiqu'il pnfoiëto quelquefois qu'elle ne produise rien stlr certaine sujets, croyez qil'elle ne laisse p» dé leur être dtile, et qu'ils feroient afiparemment encore plus rrial Si on n'^ sayoit de la leur ftùre goûter; »
ENTRETIEN LVIII'
(TMU llnn mr l'eiièUfbu 9i lenr înMifait. )
M"* de Mftintenon leur disbit souvent qde l'éducation de leurs demoiselles et U charge de leui^ classes sont un ouvrage immense pour des personne qui s'y donnent de bonne foi, et qu'il n'est pas possible d'en soutenir le travail et d'en remplir les devoirs sans une sainteté éminente-, c'est à qudi elle les exhortoit sans cesse, même dans les Commencements : <i Vous devez , leur disoit-elte , traiter
* tttfres édifimUt, t. V,p. 4TI.
toujours VOS demoiselles d'une manière raisonnable, les élevant jusqu'à vous, au lieu de vous abaisser à elles. Il faut beaucoup de fermeté pour les conduire à la fin qu'on se propose sans se rebuter des difficultés, et une grande douceur pour y parvenir. « Quelqu'un ayant dit que M. d'Aubigné, archevêque de Rouen ', ne parloit qu'avec admiration de la grandeur de l'Institut des religieuses de Saint-Louis, tt B est vrai, reprit M"* de Maintenon, qu'il y en a peu où l'on puisse faire de plus grands biens à la jeunesse de notre sexe-, la plupart des maisons établies pour l'élever n'ayant pas ordiniûrement assez de temps pour leur apprendre suffisamment tout ce qu'il faut qu'elles sachent, pour former leur raison, leur jugement et leurs mœurs; c'est cependant l'essentiel, et ce doit être là votre capital: comptez pour peu le savoir si vous ne réglez bien la conduite. »
Une maîtresse de classe voulant la suivre à la communauté, M°" de Uaintenon lui dit de rester plutôt à sa classe pour y faire le bien que Dieu demandoit d'elle, et comme cette personne marqnoît du regret de ne pas entendre ce qu'elle alloit dire d'uli)e,M'°° de Maintenon lui dit: « Il vaut beaucoup mieux faire des choses utiles que d'en entendre. »
Un jour que M™ de Maintenon suivoit l'ordre du jour de la classe rouge, une maîtresse lui faisoit fure attention à l'innocence de leur vie; M"° de Miùntenon lui dit d'un air pénétré-: « Que cela est agréable
■ Purent de H"' de MalDlenon.
,,:...G00gk