‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 36 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES DE LA CUSSE BLRVF · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES DE LA CUSSE BLRVF

bien dans la tête que l'on ne vous fait pas plus de grâce sur les défauts qui vous déptaiseut et vous choquent si fort en votre voisine, que vous ne lui en faites.

K Vous seriez bien coupables , mes enfants , si vous ne profitiez de l'éducation que vous recevez ici. J'ai vu le Roi plusieurs fois prendre pltûsir à expliquer aux seigneurs de sa corr la manière dont on vous élève ; M. le duc d'Harcourt, entre autres, étoit ravi de l'entendre, et dit au Roi qu'il se souvenoit bien d'y avoir eu des parentes de son nom. H*" la maréchale de Noaiiles m'a proposé bien des fois de mettre ici ses huit ou dix fiUes, à condition qu'elle payeroit la pension d'un pareil nombre de demoiselles de Saint-Cyr, dans un autre couvent'. Tout cela vous fait voir combien on vous estime heureuses ; goûtez donc votre avantage, mes enfants, ne prenez aucun travers, et que les petites contraintes de votre règle ne troublent point votre bonheur. Croyez-vous, de bonne toi, être les seules personnes au monde qui soient obligées à eu garder une? Il n'y a point de maisons un peu réglées où cela ne se fasse. La première chose que fait une personne raisonnable, qui se met en pension dans une communauté, est de s'informer des heures, de l'ordre de la maison, pour s'y conformer et se lever avec les autres, aller à la

' Cette propmitloD fut souvent faite, i H™° de Halntenon, et Jamais acceptée, comme étant contraire au bnt de la fondation. * ïn tout ÛenK, disent les Mëitioii-es dtt Dame* 4t SaitU-Ct/r, on ae taiB<dt un honneur singulier de mettredea filles i Saint-Cyr, pour qu'elles eussent le bonheur et l'avantage d'être élevées smn les 7etii de W** de Hainlenon. >

i54 sntretieks sur l'ukicàtidn.

laesse a la mente heure, observer, pour le parloir, et qui est en usage, n'y tA\aat poiat trop matin, et en sortant d'assec bonB« heure pour ne pas incommoder ; si ce sont des maisons où l'on sort, reTeaff assez tôt pour qu'il m se fasse rien coobiv l'ordre établi, et on fait tout^ ces attentions À tr^te et à quarante ans quand (m & l'esprit bien rutonnoble et bi&i fait, ayeo la même attention et dépendance que le pourrôient faire les plus jeunes personnes.

u II faut que je tdhs dise, pour TOtre consolation, que je remftrque parmi vous un certain bwi e^rit que je n'y ai pas mis et que j'y ai trouT«\ c'est Cette docilité qui vous feit répondre à une de Vor compa- ^es^ quoique plux jeune tpie vous^ oiwune vous feriez à une n»ltresae quand elle la charge de vous tailfe apprendre ou répéter quelque chose, et je vous exliorte i ne point perdre cette boAne Doanière qui va au soulagement de la ra^tresse, et aide en môme temps à former les unes et à simplilîer les autres. Il faut rendre cette justice aux demorâdies de Saînt-Cyr, que Ton a eu toujours à les louer sur la soumission qu'elles ont pour cdUes de leurs compagnes que l'on établit «u-dessus d'eUes, et du bon . esprit^&vec lequel elles reçoivuit les avis qu'elles tnu* font quelquefois donner par leurs maîtresses; aussi suisse persuadée que ces avis ne se donnent jamais que comme ils doivent être donnés, c'est-à-dire pour des choses qui seroient véritablement mal, car nous ne prétendre pas qu'elles soient rapporteuses, et qu'eUes se Sassent un plaisir d'accuser leœs compignes pour des riens, ce qui seroit le plus méchant

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AVEC tES DAVBB DE S&rNT-LO(l» flTOS). %»«

(«raetère du monde. Quand an est ûbligé d'aTertir^ il ne le fant faire qu'avec une sorte de peine, eomme inalgré aol, faieanb violcoioe à son earectère, et uniquement pour le bioa de la peraonoe, «t pour satisn faire sa propre conseienee qui peut obliger en cer^ tajns cas, même sous peine de p^M, à donner sm avis; mais, encore une fois, je sui) bien éloignée d'exiger que vouaportiez à vos mattresaes mille baga* telles qu'il faut laisatt* tamber> ou reprendre vousmêmes de bonne tunitié. »

ENTRETIEN I,X('

Quelques jours après, M°" de Maintenon, parlant avec les religieuses de Saint-Louis des bons ou mauvais événements de la guerre pour la nouvelle campagne, elle leur dit qu'il y avoit actuellement à la cour deux sortes de généraux, les uns qui vouloient demeurer pour voir le Roi, et attendoient ses ordres pour partir ; les autres , au contraire , qui mouroient d'envie de s'en aller au lieu ofi ils dévoient passer la campagne , quoiqu'ils n'y fussent pas obUgéa, les armées n'étant point encore rassemblées, parce qu'en attendant ils pourroient rendre

' leltrM édifianles, %■ V, p. 981. ~- ReeitHl 4» Képotuei, p. 338.

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256 ENTRETIENS SCR l'ÉDUCATION.

quelques services au Roi, en consâdérant les chemins, les passages, en observant les mouvements de l'ennemi, etc., pendant qu'ils étoient inutiles auprès de lui; et que l'un d'eux, nommé M. deBerwick', qui n'étoit arrivé que depuis quelques jours, lui avoit dit que si le Roi ne lui donnoit son congé, il le demanderoit incessamment. Puis elle demanda à M"" de Veilhant lesquels étoient les plus affectionnés au service du prince et le servoiènt le mieux ? Elle dit que Rodriguez ^ répondoit à la question. M"' de Malntenon , l'interrompant vivement, lui dit : « Je veux votre pensée, ma sœur, et non pas celle de Rodriguez. » Elle répondit donc que c'étoient ceux qui vouloient partir. « Faites l'application, répondit M"" de Haintenon ; et je crois qu'une religieuse de Saint-Louis qui voudroit faire des prières extraordinaires, qui déroberoitpour cela tout ce qu'elle pourroit sur sa classe au lieu de ménager du temps pour en employer davantage auprès des demoiselles, qui s'estimeroit heureuse et bien dévote d'avoir su gagner quelques petits quarts d'heure de lecture ou d'oraison, neseroitpas, à beaucoup près, si agréable à Dieu que celle qui, pourlui plaire, et s'acquitter le plus qu'elle peut de son quatrième vœu, donne tout son temps libre à ses demoiselles.»

' Jacqaes FiU-James, dac de Berwick, fllsmtarel de Jacques n, maréchal de Fcan« en ITOG, [et qui gagna en nOT la bataille d'Almaoïa.

' Jésuite eqt^not, auteur de la Pratique de la per^clio» chrétienne , ouvrage très-estimé dsn» Je ÔU-septiime siècle et traduit ail fais en français. On le lisait beaucoup à Saint-Cjr.

Toutes les maltresses s'écrièrent sur i'amour qu'elles avoieDt pour les classes, assurant qu'elles ue prenoient rien sur le temps qu'elles y doivent être, et ne faisoient que les exercices d'obligation, mais qu'étant quelquefois obligées de les avancer, on croyoit peut - être alors qu'elles les déroboient. « Je sais bien, dit M"" Maintenon, qu'on aime tes classes, que vous 6tes ponctuelles à y aller danp les temps marqués ; mais je crois, ajouta-t-elle d'un ton de raillerie , qu'il y en a quelques-unes qui le sont encore plus à en sortir; que l'on donne aux classes ce qui est absolument nécessaire , et que l'on seroit bien fftcbée d'en donner davantage ou d'y aller un peu plus tôt qu'il ne faut; ce sont nos généraux qui attendent les ordres pour partir. Il y a cependant une différence bien consolante pour vous entre ceux qui veulent s'en aller et vous, parce qu'en partant ils s'éloignent de la présence du Roi, et que vous ne vous éloignez de celle de Dieu en quittant l'oraison pour aller faire sa volonté, puisqu'il est toujours avec vous, et qu'on le trouve plus sûrement où il nous veut qu'où -notre volonté propre et notre dévotion particulière nous portent.

« Il est encore à craindre, dit-elle, que ce ne soit pas toujours la. piété qui excite à faire des prières extraordinaires, maisTamour du repos. On se trouve bien à l'oraison, parce qu'on se délasse, qu'on cesse de penser à des choses désagréables et ennuyantes, qu'on n'a point le bruit des enfants, ni la conversation des grandes, ni les contraintes qu'il faut avoir auprès d'elles sans s'en apercevoir-, on y cherche sa

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258 EfnuKTISNa WN L'ËDUCATIOV.

coDsolatioD; ramouri>ropTe s'en tiourrit; on est quelquefois plus satisfait d'UD quart d'heure de prière qu'on a fait en particulier que de toutes «elles qui ge font avec les autres. Supposons même qu'on ne cherche qu'à servir Dieu, si l'amour qu'on a pourl'oraison fait aller à L'Église dans les temps où la règle en donne la liberté, cûmme les dimanches et fêtes, le zèle des classes ne doit-il pas faire faire la même chose p Vous devriez plutôt être portées h y aller trop eouv^nt qu'à vous en retirer volontiers. Quand on aime Die\i , on est ravi dç faire quelque chose pour lui plaire, et on n'y regarde pas de si près pour ne rien faire de trop. ILes personnefi ch*ritables qui ont du hien ne 9e contentent pas de donner à un pauvre seulement pour l'empôeheF de mourir, on lui donne largement et au delà de ce qui seroit absolument nécessaire, »

Puis elle dit, d'un air touché : « Vous verrez un jour ce que vous deviez à vos classes , c'est sur quoi Dieu vous jugera. Une Carmélite qui, au lieu de s'^ pliqueràl'oraison, voudroft aller au parloir instruire la jeunesse, comme les Ursulines, seroit fort en danger de son salut; elle feroit une œuvre excellente en elle-même, mais je suis assurée que cetla bonne œuvre ne la conduiroit pas au ciel,, parce qu'elle n'est pas pour elle dans l'ordre de Dieu. Je dis la même chose d'une religieuse de Saint-Louis qui n'iroit pas volontiers aux classes, ou qui les quitterait pour aller méditer ; la an de votre établissement cet l'édueation, comme celle des Bernardines est de ehiuiter les louanges de Dieu, et cell^ des Hospita-

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AVEC LH PAIUB DE U1NT-U1VI8 (1708). W9 liàrefi de servir les maladu. Si vous compreniez rejtoçlleQcede voira ceuvre, etoombien vous plaises à Dieu qitand vous vous appliquez à inspirer k piété à vos demoiselles, que vous leur dûQpei; une hoam maxime, que vous leur àtez l'oocasiou de faire ou de dire du mal m demeurKot avec ellea et les amusant innocemment \ eta tout est bon quand il est fait dans la> vue de glorifier Dieu, d'empêcher qu'il ne soitoffensé, (Hi pour l'utilité du proçb&wt n, difr^e, voua étiez bien persuadées de ces avantages, Youfi< iriez pins ans cluses que l'on ne voudroit, et it foudroit vous retrair, Je ne désapproQvt) cependant pas le goût que vous avez pour la prière ; au contraire. c»T votr« vie doit être une oraison continuelle ; iliaut que yous viviez de Dieu, que vous marchiéi en; sa prfseqqe et que vous l'ayçz en vue dans tonte: votre conduite , sws cela vous vous lasseriez et no; pourriez vous soutenir-, mius je trouve qu'il n'y u point de charge plus propre à ee recueillçment eontinuel q^Lie vos classes : tout vous y porte ou vous y appelle : vous y faites de saintes instructions, vQUf y entendez des lectures pieuses, on y cbante des psaumes et des cantiques, on y garde lesilcnce; tout cela éloigpe-t'il bien de Dieu? Quaqd saint Paul a dit : t< Priez sans cesse, » il n'a pas prétendu qu'en soil; tout le jour ^ régUse, parce qu'il parloit à des chrètieps ^e toutes sortas de professions dans lesquelles \\ vouloit qu'ils demeurassent ; il explique aussi de quelle manière on le doit entendre en disant : «Soit ■ que vous buviez, soit que vons mangiez, ou fassiez autre chose, faites tout au nom du Seigneur.

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360 BNTRETIBKS SUR L'ËDOCATION.

K C'est une erreur, dit-elle, de croire que la vie intérieure ne consiste qu'à prier : elle consiste de plus à remplir-les devoirs de son état et à travailler dans ia vue de plaire à l)ieu. Croyez-vous que dans le monde nous ne connoissîons point la vie intérieure , et que, parce que nous ne sommes point religieuses, nous ne puissions y parvenir ? Ces bonnes dunes, dit-elle agréablement, s'imaginent apparemment qu'il y a un paradis particulier 'pour elles, et que nous n'y aurons point de part? Vous vous trompez, nous sommes souvent plus droites que vous dans notre piété. M. le duc de BeauviUiers', dont je vous ai parlé bien des fois, entend tous les jours une petite messe de grand matin ; quand il y communie, il fait une courte action de grâces ; il va ensuite au conseil, où il demeure jusqu'à une heure après midi, et il ne pense point à le quitter pour aller prier, parce qu'il est persuadé qu'il platt à Dieu en écoutant parler des affaires de l'Etat; je le crois aus^ intérieur que vous autres. »'

Puis regardant en souriant M"" du Pérou qui étoit supérieure, elle lui dit : « Si vous leur donniez la liberté de faire Ce\qu' elles voudroient, on les verroit toutes aller chercher des petits coins pour prier , et je craindrois bien qu'8'n'y en allât guère aux classes, excepté quelques-Mes, que je sais qui les aiment beaucoup et qui sont toujours prêtes d'y voler dans

< ■ L'un de« ploa «âges homineB de ma cour et de mon royaume, a di«ait Louie XIV en i âTO. Il fut F;ouveineur du dac de

Bourgogne, ministre d'Ëtal et clierdu conseil des finances. [Voir les Mémoii-ti de Saint-Simon, I. XXI, p. G7,J

AVEC LES DAHBS DE SAINT-LOUIH (1708). 361

toas lesmomentsqu'èUes le praivent. — Il est vrai, répondit M"" du Péron, qu'il y en a qui ^ trouveiit toujours les moyens, car, ayant un jour demandé À une de nos sœurs comment die faisoit pour donner des temps extraordinaires aux classes, elle me répondit : n Cest que je veux accomplir mon quatrième vœu. » MC^ de Fontaines, qui étoit asâstante, dit que depuis deux jours elle avoit passé quelques heuresàune classe à la place des maîtresses que la mère supérieure avoit assemblées; que le temps s' étoit passé à chanter et à garder te silence, parce qu'elle n'avoit osé s'avancer de leur faire l'instruction, n'étant que suppléante ; que trois heures lui avoient paru fort courtes, tant elle y avoit trouvé du plaisir, et qu'elle y avoit bien pensé à Dieu. M"' de Maintenon lui répondit en riant : « C'est que vous n'êtes pas dévote; celles qui le sont ne s'y seroient peut-être pas si bien trouvées, n Sur cela M°° de Boissauveur la flt ressouvenir qu'il y avoit longtemps que, parlant à la communauté sur le même sujet, elle avoit dit qu'il ne falloit pas recevoir des novices plus dévotes que M"* de Fontaines. « Je le dis encore, dît M*"* de Maintenon, ce seroit bien assez; » ajoutant : n Vous ne devez recevoir aucune fille à la profession qui n'ait une inclination particulière pour les classes, et qui ne s'y porte avec une grande ardeur. Une novice qui n'aimeroit pas tout ce qu'on y fait, ou qui s'y donneroit avec peine, marqueroit assez qu'elle n'a pas de Vocation pour cet état ; comme une fille pleine de répugnance pour les malades n'en auroit pas pour les Hospitalières. »

S8S HNTiumwn smt l'^micatim.

La msltreise d'ouvnge, vonlaitt rendM an haa office i ses aides qui étoîcnt du noriciat, dit qu'on jour qu'oQleDraToitdonnépermiBtan de prier Dieu, dans les temps qu'elles pourraient avoir de libre, elles lui avoient demanda si elle trouvait bon qu'elles profilassent de cette penntssim. k. Je suis sâre, re^ prit M"" de Maintenon, qu'elles auroient bien voulu que vous leur eussiez laissé toute Ubert^. v Et sur ce qu'elle assura qu'elles étoient demeurées de fort bonne grâce à travailler avec elle, sans nwrquer trop d'empressement ni aucune peine, « Voilà, dit M"' de Huintenon, comme il faut dtre dvis toutes les chaînes, puisqu'on trouve Dieu partout et que nous ne devons ehercher que lui. »

H"' du Pérou ajouta : k Ce qui détourne un peu des classes, c'est ce jour de retraite que la conatitiiti(m permet} vous aves bien voulu qu'on le pût prendre un jour ouvrier, et sur cela il paraît qu'on 3 plus de peine à la faire les dimancbes et les ffttes, parce que, dit-on, ils sontdéjà consacrée à la prière; je crois pourtant que ce n'est pas tout & fait votre intention. — ■ N'estai pas ausâ marqué, reprit M"** de Maintenon, que la supérieure est en droit de refuser oe jour de retraite, dès qu'elle le jugera à propos? Mais on la presse peut-^tre, et elle ne peut pas toujours refuser. Il faut pourtant considérer qu'en prenant des jours ouvriers pour faire ces retraites, on relire vm roaltreese de la claase-, et si vous en faites use par mois, c'est l'ôter quatre fois la semaine, ow vous êtes quatre à chacune. Cela, joint à toutes les autres, qui vous en retireront QéceasaircmQnt, saroit

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AVEC LES DMI86 D8 SAIKMAUIS (1708). 365

biSD préjudiciable à rm demoiselles à qiù tous 6teB toujours nécessdres. Pour mot, j'aimerois mieux voir 3 ma clmee cinq maîtresses que quatre, et je serois ravie qu'outre cela il me vint encore des demoieelles noires et dm rubaos eoideur de feu '. u

ENTRETIEN LXIP.

«ttfl ftOI Mmt la mf )tMi4 enpnnnHni tt tùr* pltliir Ht

tJn jour de récréution que Madame demeura avec nous depuis deux heures jusqu'à quatre et demie, elle dit plusieurs choses Fort utiles en répondant à différentes questions.

« Quand vous apportez ici quelques écrits curieux et agréables , lui dit-on , peut-on les faire voir aux demoiselles ? — Oui, répondît Madame, si ta maîtresse générale juge que cela leur soit propre, et il seroit hon même qu'elle prit l'ordre de la supérieure, si la chose le mérite. Je voudrois que la maltresse géoèrale fût entièrement libre, soit de refuser, soit de différer de les donner d'abord à une classe oîi à l'autre, et que celle des bleues, par exemple, croie qu'on lui fait tort si l'on commence par les jaunes,

clasaes

GnndeB demoUellCs qui aîdeot a «es. > Leltm édiJUamt, t. V, p. MB.

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264 BNTRBTIBNS SUR L'BDVCATIDN.

ni que la maîtresse des jaunes dise : u Cela a été aux bleues, donc c'est À notre tour à l'avoir; » car la maîtresse générale peut le donner aux vertes auparavant, et il n'est point nécessaire de le montrer à toutes. Lies maltresses, ajouta-t^-elle , sont ansà vives sur cela que les demoiselles; elles ont une passion de leur faire plaisir, et je n'en sache aucune qui en soit exempte. Les égards et les attentions les gâtent ; elles croient que tout leur est dû; elles ont des prétentions : les bleues s'ofTenseroient si on commençoit par les jaunes à faire voir une pièce nouvelle, et mol je voudrois que la maîtresse générale fût libre de commencer par tes rouges, et, bien loin de vous empresser pour avoir promptement une nouvelle conversation ' , une nouvelle tragédie, je voudrois que vous profitassiez de cette occaàon de modérer la vivacité de vos filles. Si je vous en disois les moyens, dit^lle agréablement, vous les écririez pour les mieux retenir, et quand l'occasion s'en présente, vous n'en profitez pas. Si j'apporte ici quelque chose, c'est à qui l'aura la première pour contenter l'inclination de ses filles; et puis, contre l'intention des supérieurs, qui voudroient bannir les écritures de la maison, f on se dépêche de faire copier cette conversation, afin que les demoiselles la sachent plus tôt; on prend le temps des exercices, du travail, pour la leur montrer, parce qu'on veut qu'elle soit aussitôt sue que donnée, et vous me venez ensuite demander de quoi occuper vos filles

' Voir le« Lettm sut FAlMcafiOK, p. 14£.

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AVEC LES DAH8S DE SAIKT-LOCIS (1708). S65

à la récréation, parce qu'au lieu de leur faire apprendre une tragédie à loisir pendant ces heures^â, vous les distribuez au commencement de janvier pour qu'elles soient jouées avant le carême ; et pendant cet intervalle, il faut faire une espèce de cessation de travail et d'exercices, et livrer ce temps a leur plaisir. Eln vérité, cela est-il raisonnable? Je voudrms qu'on les leur donnât un an avant que de jouer, afin qu'elles ne missent point d'autre temps que celui de leur récréation à les répéter. Je ne désapprouverois pas que, durant le carnaval, on prit des heures extraordinaires pour jouer ; il faut bien leur donner quelques relâchements, mais vous avez peur de faire mal à vos enfants. Si vous leur faites apprendre une conversation ou des vers dans les heures de récréation : n Cela est bien sérieux, ditesvous, pour des petites ; il n'y a que les grandes et raisonnables qui puissent goûter ce plaisir. » Quel inconvénient y a-t-il, ajoilta-t-elle , qu'elles s'ennuient? Ne faut-il pas les y accoutumer ? Cela leur arrivera souvent ailleurs. Pour moi, si je remarquois quelques filles qui témoignassent de l'ennui du jeu d'une pièce, d'un livre, je ne ferois pas semblant de m'en apercevoir ; et, bien loin d'éviter ce qui les peut contraindre ou lasser, je leur ferois faire si souvent et si longtemps, que je les habituerois à s'accommoder de tout. Je n'iroispas pressentir leur goût pour le satisfaire, ni creuser pour savoir si elles s'ennuient ou non ; c'est un abîme où plus on creuse, plus on trouvede misère : le plus sûr est de le combler sans le sonder. Je sais bien qu'il est bon que

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MB ËNtlttTlBNS «m L'fiaCCATtOH.

les mattresaes fasseat atteation ÀdiversiSer leurs lecture et leurs divertissements : la jeunesse a bosoîn de cette condescendance ; mais je ne voudrais pas que ce fût parce que les demoiselles ont marqué du dégoût, ni qu'elles s'aperçussent que j'ai cette atten~ tioQ Â ne les point rebut».

« -~ Vous ohftroberieit donc, dît une de nos sœurs, UQ livre de lecture commune, quoique vous vissiez qu'elles en sont lasse»? — Oui, répondit Madame. Quoi ! parce qu'elles ne pourraient souffrir d'entradre uneexpik»tion d'évangile, vous la retranoherieie! n faut «lier votre Chemin, et ne ftûre ni plus ni moins, pour ce qu'elles peuvent dire ou niontrer. Quand j'ai dit dans mes écrîts qu'il nefalloit pas trop pM-ler de Dieu, et qu'il y auroit moins d'inconvénient à ne pointcontenter entièrement l'ardeur des pieuses que ^guer les autres, j'ai prétendu parler des discours de morale qu'on Voudroit tenir au temps destiné à l'instruction, de peur de rebuter celles qui s'y ennuient, quoiqu'ea général il faille les ditersifter pour réveiller leur attention et ne pas toujoun parler de piété.

n — Ne pourrions-noifê pas, dit une de nos soeurs, rendre leurs lectures moins sérieuses dans les temps de récréation , c'est-à-dire depuis les Rois jusqu'au carâme, afin qu'elles écoutassent ensuite les autres plus volontiers? — Fort bien, dit Madame; TOUS êtes maîtresses de diversifier ainsi les tmnps : vouft avez des livres d'histoire agréables qui, m les réjouissant, vous fourniroient une ample matière de les instruire ; car il ne feut pas re^éàt

AVEC LU MHS DE WONW^U» (1Ï08). 367

cet exomc9 oomine um $imple lecture qui leur dose passer le temps, et que vous vous contentiez de leur demander ce qu'elles ont retenu , mais il faut qu'elles le comprennent, que vous en fasàez l'application à elles-mimes pour le règlement de leur conduite, en leur apprenant à réduire en pratique ce qu'elles entendent lire. Hais je ne permettrais pas, ajouta-t-elle, aux maltresses des petites olasses d'être un mois san» parler à leurs SHea du catéchisme ; elles l'oublieroient bien rite, et voua devez avoir une grande attention à en venir dans vos catéchismes à la pratique. Vous, y pouvez faire entrer tout ce qui regarde leurs meeurs aussi bien que leur instruction, et ptmr c^ il faut songer k se faire eptendre et à se proportionner à la portée de leur esprit. Je vous entendais faire hier, dit-elle i cette maîtresse; vous y disiez de bonnes choses, mais vous y parliez trop éloquemment ; je suis sûre qu'elles n'«ntendoieiit pas la plupart des mots que vous disiez, qui convenoient cependant fort bien au sujet que vous trailieï. Je ne dis p«a qu'il n'échappe quelquefois de ces expressions éloquentes, car voua parlez toutes bien ; mm quand il en est échappé quelques-unes, il faut les expliquer.

(iT— Pourrions-nous, dit M"" de Veilhant, au tMûps de l'instruction, lire quelquefois aux demoiselles certains chapitres du Nouveau Testament qui conviennent à tout le monde, en leur faisant l'explication et l'application? — Assurément, répondit Madame; il est bon de leur montrer que la morale la plus sévère souvent n'approche pas de la force de certains pas-

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26S ElfTBETIEIfS SCK L EDUCATIOlf.

sages de l'Évangile, qui est cependant d'obligation à tous tes chrétiens. C'est ce que je fais remarquer au Roi quand il lit dans ma chambre le Nouveau Testament j je lui dis, sur ceux où Notre-Seigneur parle si fortement de la nécessité de renoncer à soi-même, de porter sa croix, de ne point aimer le monde : (1 Voyez, sire, combien l'on a tort quand on se plaint <i que les prédicateurs demandent des choses trc^ « difficiles; tout ce qu'ils disent approche-t-il de ce II que Jésus^hrist dit lui-même ? u

Une autre demanda si une première maltresse ne feroit pas bien, quand elle parle aux demoiselles en particulier, de tirer dans le Nouveau Testament ou dans l'Imitation quelques versets et leur en faire l'application. « Non, ma sœur, répondit-elle; ces entretiens particuliers ne sont pas pour dire simplement de bonnes choses à ces filles, telles qu'on les trouveroit à l'ouverture d'un livre, mais pour en venir au détail de leur conduite, et leur dire : Vous faites bien telle chose, continuez; mais ayez soin de le faire avec un bon motif, car, sans cela, il vous seroit inutile; je m'aperçois que vous prenez un mauvais esprit, songez à vous en défaire; vous mar^ quez une mauvaise humeur, qui seroit fort incommode aux autres , travaillez à la vaincre. Ainsi du

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AVEC LKS DAMES DE SAINT-LOUIS (1708). 369 ENTRETIEN LXill'.

OndemandaàMadamesi la manière de faire le catéchisme n'étoit pas de ces choses qu'on doit laisser àla liberté des maltresses, ou s'il falloit observer l'uniformité dans les classes, puisqu'on doit se propor- (îonneràla capacité des demoiselles: « Vouspouvez bien, dit Madame, en vous proportionnant à la portée de vos demoiselles, être cependant uniformes dans la méthode d'enseigner le catéchisme. Les classes sont partagées de façon que vous le pouvez aisément, puisque les demoiselles y sont à peu près de même Âge; car je conviens que la manière d'instruire les rouges est différente de celle qui convient aux bleues. — Dans la classe rouge, dit une autre, n'y a-t-îl pas de la différence à faire selon les temps? lors, par exemple, qu'il y a des nouvelles venues, ne doit-on pas s'en tenir à la lettre ? — Comme cette classe, dit Madame, sera toujours composée, par- ■ tie d'ignorantes nouvelles venues, partie de plus avancées, vous ne pouvez mieux faire que d'en venir toujours aux premiers principes pour qu'elles sachent bien les éléments de la doctrine chrétienne, entremêlant cependant la lettre du ca-

' Rtcueil des Réponses, p. 5SC,

Sî.

B70 ENTRUTWItt 8DR L'tBVUTKM.

téchisme de quelques explications pour vos plus avancées qui s'ennuieroïent d'entendre toujours la même chose. Mais vous ne ptHivez manquer sur cela de vous tenir à la manière dont MM. de la Mission* vous apprennent à le faire, qui est de poser d'abord pour fondement ce que dit le catéchisme, et puis d'ajouter des questions qui leur fassent comprendre par jugement ce qu'elles savent par mémoire, et ne pas embrasser trop de matières 4 1» fois. ^- Elles foitt, aJQuta^t-on, upe ipijhitude de questions qui n'ont souvent aucun rapport au sujet de Vinstruc-^ tiqn et du catéchisme ; ne faut-il pas leur pqiQndrei afin qu'elles soient instruites sur tout? — Pourquoi iNir souifrez-'VQus cela? dit Madame j n'estH:epas ce que j'attaque depuis si longtemps) et ce qui les rend raisonneuses, peu simples? C'est ce qui rend aussi les classes tuantes. Je l'ai éprouvé dans les temps que j'y allais plus souvent : elles m'accabloient par cette multitude de questions : j'avois beau résoudre leurs diflicultés ou répondre que j'ignorois ce qu'elles me demandoient; elles revepoient toujours sur les mêmes questions, ravies de discourir et d'embarrasser. C'est un des plus mauvais caractères . qu'elles puissent avoir : il faut l'attaquer et le corriger dès les rouges, en leur ôtant la liberté de faire des questions inutiles et curieuses qui ne servent point à former leur raison et leurs mœurs, Tout ce (ju'on doit Içur permettre, ç'egt ij' exposer siœple-

■ Les prêtres de Saint-Laiare ulUcbés i la maison de Saint- Cyr.

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AVEC U» DAIOtt DE MllrM,OUIS (1708). 371

DtWt c(s qu'elles n'enteodânt pas et d'en demander l'iateUigence. Vous devej même être attentives à les préveoir sur cela en leur expliquant tous les mots de la leetureou du catéchisme dont vous croyez qu'elles ne savent pas la signification : mais gardez-vous d'en faire des discoureuses qui questionnent pour le plaisir de parler, et qui veulent se divertir en sortant de l'attention aux instructions pour ^ jeter dans une multiplicité de questions frivoles sur tout ce qui leur passe par l'esprit. »

On demanda encore à Madame si elle approuvait qu'on Ht faire les demandes du catéchisme par une demoiselle. « Pourquoi non ? dit Madame : plus vous pourrez ainsi les exercer, et mieux vous les formerez. Cette manière n'est pas nouvelle : je l'ai vu pratiquer parfaitement aux vertes; cela leur donne de l'émulation et leur apprend à parler haut, surtoot quand celle qui fait les questions est à une table différente de celle qui répond. Il ne faut pas aussi vous lier de telle manière que vous n'osiez les faire vous-même ( mais si vous vouliez faire taire vos questions au chœur par une demoiselle, ce seroit une ipnovat}qq, parce que vous êtes dans une pratique cantraire, et il y auroit du danger de commettre vos fiUeg ^ fftire des fautes qui pourroient être une occasiçin à quelque irrévérence devant le saint-sacrement.

« -^ N'est-il pas nécessaire, dit une autre, que les deipoiselles sachent le catéchisme par cœur? — Il est hem, dit Madame, qu^ elles exercent leur ménioire, et il n'y a rien qu'il convienne mieux de leur

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272 KITUTIE^ SBR l'sDDCATIIM.

faire apprendre que le catéchisme ; mais, do reste, je fais peu de fond sor ce qu'elles apprmnent «nsi : j'aimernis mieux qu'elles ne retinssent que six lignes et qu'elles les comprissent que d'apprendre un volume entier sans savfnr ce qu'elles disent.

« — Ne trourez-vons pas de la dî(réreDce,ditune autre, entre la facilité d'apprendre par cœur quelque chose d'un livre ou de retenir un sermon d'un bout à l'autre ? D me semble que pour le premier on n'a besoin que de la mémoire et que pour le second il faut avoir été attentive et l'avoir un peu compris. — Je ne sais, dit Madame, s'il faut plus de jugement pour retenir un sermon qu'on a entendu que pour apprendre par cœur dans un livre ; mais je ne ferois pas grand casde l'un ni de l'autre : la mémoire n'est pas un talent bien rare, elle ne fMt rien au mérite, et j'aimerois mieux une fille qui auroit retenu les meilleurs endroits du sermon et qui en sauroit faire une juste application, qu'une qui le sauroit d'un bout à l'autre par mémoire. »

Madame de Vandam, qui a beaucoup de mémoire, déploroit ce talent, comme s'il eût été incompatible avec le jugement. Madame lui dit : « Il ne faut pas le mépriser, il a son utilité comme un autre : on doit le conserver et même le cultiver quand l>îeu l'a donné et le mettre à profit, mais je ne voudrois pas qu'on estimât une fille pour ce seul avantage : une marque qu'il est peu solide, c'est qu'on l'attribue à notre sexe au lieu qu'on réserve le jugement aux hommes. — Est-il impossible, lui dit-on, d'avoir l'un et l'autre de ces talents à la fois? — Nullement,

dit Madame, il y a des personnes qui ont du jugement sans avoir de mémoire, je ne les trouve pas beaucoup à plaindre-, d'autres qui étant dépourvues de jugement y suppléent par une grande mémoire, et c'est peu de chose-, pour celles qui n'ont ni mémoire ni jugement, elles sont bien mal dans leurs affaires. — Seriez-vous d'avis, dit une de nos soeurs, que pour cultiver la mémoire des demoiselles, on leur fit apprendre beaucoup de choses P — Non, dit Madame, cela preudroit uu temps qu'on emploieroit bien plus utilement » on formoit leur ra^on. Il n'est pas question de remplir leur esprit, mais qu'elles comprennent ce qu'elles pratiquent. — La plupart, dît H*" de Berval, retiennent plutôt par mémoire qu'elles ne comprennent ce qu'elles entendent : une preuve de cela, c'est que ces mémoires prodigieuses, qui savent tant de choses par cœur, ne peuvent rapporter ce qu'il y a de principal dans une lecture qu'on leur fait, au lieu qu'on en voit d'autres qui apprennent difficilement et qui redisent d'une manière fort juste les meilleurs endroits de l'instruction et des lectures qu'elles ont entendues, — C'est une marque, dit Madame, que les premières ont plus de mémoire que de jugement et les secondes plus de jugement que de mémoire, et en cela elles leur sont préférables. »

L,.,....C()o>^lc

ENTRETIEN LXIV

que Hadune dobi ■ danDéca : étn iobn lur

Madame, ayant entendu dire que quelques petites demoiselleE d« la classe rouge avoient osé giter la tragédie de Jonalha», mettant au lieu des perstHinages de Samuel et de Sadl des noms d'animaux et faisant de tout cela un assemblage bizarre, elle marqua un très-^and mécontentement à la communauté de ce qu'au lieu de les r^rendre, on s'étoit amusé à les écouter, h Est-il rien de si ridicule? dit-elle ; œ n'est pas assez dire, il faut le norarner profanation. Quoi! tourner ainsi sottement des paroles de l'Écriture sainte dont cette pièce est composée ! Si vous le regardez du c6té de la piété, c'est ce qu'on appelle profaner une obose sainte; sï vous consultez le bon sens, vqus m'avouerez qu© c'est une impertinence de gâter une bonne cbose. Quand celte pièce seroit profane, un esprit raisonnable ne pourroit prendre plaisirà ce ridicule : c'est ce qu'on appeUe une farce. Je ne connoitrois que Poliobinelle capable de cette sotte plaisanterie : on lui parla d'tiymenée; il répond : cbeminée; tout le menu peuple éclate de rire ; mais les honnfttes ^ gens haussent les épaules. Est-il possible qu'à Saint-Cyr on souffre quelque cbose de pis, et qu'au lieu de faire

' Lettres édifiante!, U VI, p. 733. -~ Recueil det Réponses,

3, Cookie

taire à le première parole de Sob enfants à qui de pareilles sottises passent par l'esprit, od les donne en spectacle ? Vous ne devez pas donner à vos demoiselles une éducatitm trop élevée ni curieuse comme nous avions fait d'abord; mais aurai il ne faut pas que vous leur en donniez une rampante et peu raisonnable, ni tolérer, par une simplicité qu'on doit plutôt appeler petitesse, des choses pitoyables, tel qu'est, par exemple , de faire jouer un noël où la sainte Vierge et saint Joseph sont introduits sur le théâtre allant de porte en porte mendier un 1<^^ ment.

« Cela vient, ajouta Madame, de ce qu'on fait les choses sans demander conseil : devroit-on jamais tolérer dans la maison aucun de ces ooëls ridicules qui mêlent des circonstances sottes et risibles aux plus saints de nos mystères? Quelle utilité trouvezvous à les faire chanter à vos demoiselles? Si c'est pour les divertir, faut-il qu'elles se récréent aux dépens de ce qu'il y a de plus auguste dans notre religion? Si c'est pour exciter leur piété, l'exciterez-vous par des choses aussi peu sérieuses? On souffre cela parmi le peuple qui est plus simple : on les a d'abord composés pour les instruire du mj'stère d'une manière aisée à retenir, et puis il s'y est mêlé des choses tout à fait sottes à quoi l'on ne prend pas guxle, et qui ne sont pas si dangereuses à tous ces gens-là qu'à vos filles, qui en prendroient plutôt occasion de s'en réjouir qu'elles ne s'en édifieraient et qui pourroient même en abuser. Ne l'avons-nous pas vu au commencement, quand on fit représenter

L,.,....C()0^^le

276 ESTiBnen ant l'Adocathm.

l'époax et l'épouse du Cantine de* cantiques, quoique ce fussent de beaux ver^? De plus, votre foO' datioD TOUS obligeant d'élever la noblesse du royaume, il faut inspirer à vos demoiselles une piété solide et raisonnable qui puisse se soutenir dans les différents états où il plaira à Dieu de les appeler. Remplirez-vous les intentions de vos fondateurs, quand vous ferez de toutes les séculières que vous avez ici des Ûlles pleines de petitesses, de bvvers. d'idées basses ^ grossi^^s de notre religion ? Combien seronirelles déconcertées quand elles se trouveront tournées en ridicule par les personnes de bon ' sens sur des choses qu'elles aurcmt reçues de vous comme merveilleuses? Comment conserveront-elles les instructions solides que vous leur aurez données, si elles se sont confondues avec toutes ces puérilités? C'est ce qui me rend si vive à attaquer ces travers par la crainte qu'ils ne deviennent des défauts généraux et perpétuels dans la communauté, parce qu'en bonne philosophie on ne sauroit donner auxautres ce qu'on n'a pas. Commentdoncdonnerezyous â vos demoiselles cette droiture et cette solidité dont je vous parle si souvent, si vous ne les avez pas vous-mêmes?

'I — Il faut espéra, lui dtmes-nous, Madame, que vous nous les communiquerez, et qu'étant notre mère et notre institutrice, vous nous laisserez votre bon esprit : c'est de quoi nous avons bonne envie. — Oh ! pour ce bon esprit , je ne présume pas de l'avoir, répondit-elle ; mais si Dieu m'a donné quelque droiture, il ne tiendra pas à moi que je ne

.C.K,gle

VOUS la comiDunique ; vous savez avec quelle ardeur je vous souhaite un bon esprit et avec quelle franchise je vous parle. Je connois votre bonne volonté ; vous êtes ravies d'être éclairées, d'être reprises, d'être redressées ; mais ce n'est pas assez, il faut entrer dans la pratique. Vous me parlez de vous laisser mon esprit; vous auriez un goût bien différent du mien, si vous preniez plaisir à ces cantiques et à ces fades représentations qui inspirent si peu de respect pour nos mystères. Je n'ai jamais pu souffrir qu'on -se fit un jeu des choses saintes; j'ai toujours cru qu'on devoit parler de Dieu comme de Dieu, c'està-dire sérieusement et respectueusement; je voudrois que l'on cessât d'en parler plutôt que de le faii'e d'une manière qui ne seroit pas convenable. C'est ce qui m'afflige à l'occasion des religieuses : comme elles sont pleines de Dieu, elles le veulent toujours mêler dans leurs conversations, et parce qu'elles ont cependant besoin de se délasser et de relâcher l'arc, elies rient et plaisantent sur des choses de piété comme sur des indifférentes. Cela ne convient point en général aux religieuses, combien plus devez-jous l'éviter, vous qui élevez de jeunes séculières à qui il faut inspirer un grand respect pour tout ce qui regarde la religion !

H — Pourroit-on, dit une de nos sœurs, employer dans un jeu quelques circonstances d'une histoire de l'Ancien Testament, par exemple, pour représenter un proverbe on figurer l'histoire même sans discours, comme qui représenteroit le sacrifice d'Isaac? — Non, dit- Madame, cela n'en seroit pas meilleur

278 ENTRCTIES9 SDR L'ÉDUCATIOS.

pour être fait en silence. Vos filles doivent avoir tant de vénération pour les choses saintes, qu'elles n'oaent les faire entrer dans leurs divertissements. Il n'en faut parler que d'une manière qui élève l'esprit à Dieu, avec autant de solidité que vous en pouvez remarquer dans ces excellentes pièces que je vous ai données. Vous voyez même que je n'ai pas voulu qu'elles vous missent dans leurs jeux, qu'elles fissent des prises d'habits, des professions, parce que cela ne m'a pas paru assez respectueux. Comment tolérerois-je qu'elles y employassent l'his' toire sainte? On doit leur apprendre à traiter toujours sérieusement les choses sérieuses, et vom devez absolument retrancher des jeux de vos demoiselles tout ce qui contrefait les cérémonies de l'église ou certaines actions respectables des couvents , par exemple , l'élection d'une supérieure, l'exhortation que lui fait l'évéque en pareil cas, etc.

H — On raconte cependant dans la vie des saints, dit une de nos sœurs, comme une chose de bon augure, que dans leurs jeux ils imitassent les cérémonies de l'Église, qu'ils fissent des sermons, des prédications, qu'ils chantassent la messe. — Nous ne savons pas, dit Madame, comment les saints faisoient ces sortes de représentations ; elles pouvoient être accompagnées d'une simplicité qui les rendoit louables; le monde étoit plus ample autrefois, et Ton a été obligé de défendre bien des choses dont l'institution étoit pieuse et utile. Par exemple, l'hâtel de Boui^ogne, i Paris, avoit été

AVEC LBS DAMES DS BAIRT40VI3 (1706). 279

établi pour représenter 1» Passion de Jésus-Christ; l'on y mettoit un homme en croix, l'on portoit à sa bouche une éponge pleine de vinùgre, et l'on imitoit ainsi toutes les autres circonstances de la Passion de Notre-Seigneur •, le peuple y assistoit avec tant de piété qu'il fondoit en larmes. La simplicité ayant diminué, il s'y est mêlé de sî grands abus que l'on a été obligé de défendre cette représentation, et cet fadtel de Bourgogne ', qui avoit été destiné pour une fin ai édifiante, sert à présent de théâtre pour représenter les plus mauvaises pièces.. Voilà comme l'on peut abuser des plus merveilleuses choses et ce qui oblige d'en blâmer et d'en retrancher comme dange* reuses d'autns qui en elles-mêmes et dans leur origine étoient très-bonnes. C'est pourquoi l'exemple des saints, qui dans leur jeunesse contrefaîsoient les cérémonies de l'Eglise, ne doit pas être une raison pour vous de le tolérer à vos demoiselles, quoique je ne les condamne point en général.

« — ' Désapprouveriei-vous, lui dit M"' de Bouju, que comme elles jouent quelquefois à la madune, faisant des visites et en recevant, elles jouassent aux religieuses? — Non, répondit Madame, ce jeu n'a rien âe mauvais en lui-niéme ; il est assez indifTérent

t L'bûtsl de Bourgogne était aitué i Paiis, riie UauNiiiell, I& où se trouve aujourd'hui la halle aux cuirs. Lee coj^frèiet de la Fastlon s'y établirent, en elTet, sous te règne de François t", panr y Jouer les pièces sBintea qu'on a)tpeIaU mgttèrei. Pitii tard, an y joua dea baufToniierieii des pastorales, 4ea comédies, et «nfin, josqu'eu i680,1e»cheIâ-d'(euvredeCocueilleetdeRaclne. En lesn, h fiiree Ualtennu s'y étM\t, et c'est de ces pièces, eo effet, tiès-mauvaises, que H>°'deïl^iintflpai| veqt pnleT*

280 ENVRETrEItS SDR L'ÉDDCATIOH.

qu'elles se réjouissent à représenter une communauté, qu'elles établissent une m^tresse, des pensionnaires, qu'elles aillent au parloir, pourvu qu''eiles n'y mêlent ni cérémonies de l'Église ni pratiques religieuses', qu'elles pourroiect tourner en ridicule et pour lesquelles on doit leur inspirer un grand respect.

<i II faut ainsi, ajouta-t-elle, retrancher de leurs plaisirs les choses dont elles pourroient abuser : l'industrie de l'éducation est de les rendre utiles ; mtùs si l'on n'a pas assez d'esprit et d'adresse pour y mêler de l'utile, il faut au moins en hannir tout ce qui pourroit être dangereux. Mais vous n'éviterez pas tous les inconvénients dont nous venons de parler, tant que vous aurez cette avidité que je vous reproche à leur chercher de nouveaux cliants, de nouveaux jeux, de nouveaux spectacles. Rien n'est si dangereux que ce goât pour la nouveauté, et il est naturel à l'homme, surtout à la jeunesse; mais bien loin de le nourrir et de le satisfaire, vous devez plutôt l'amortir pour ainsi dire en ne lui donnant point d'aliments. Toute votre sûreté est de ne rien innover : il faut vous contenter des pièces et des conversations que je vous ai données ; il y en a assez pour diversifier. Croyez-vous que ceux qui donnent des spectacles publics en changent si souvent? Les tragédies qu'on joue aujourd'hui sont lesmêmes que celles qu'on jouoit il y a quatorze ans; le mieux qu'on puisse faire est d'entrejnèler quelques nouvelles pièces à ces anciennes qui reviennent * PraUqneB de couvent.

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toujours. Pourquoi vos demoîseUes 3efoiit-«lle8 plus dégoûtées que tous les gens du inonde? Où est la raison de leur chercher quelque chose de nouveau ? Tout ce que vous pourrez leur permettre, c'est de jouer des proverbes, pourvu qu'on supprime dans la représentation ce qui sentirott l'amour ou quelque passion dangereuse, et que cela se compose 8ur-le~ champ sans écritures, car il n'en faut pas faire une pièce. Il

On demanda à Madame si elle appelleroit faire quelque chose de nouveau de joindre des morceaux de différentes pièces; qu'on mêlât, par exemple, des morceaux de la tragédie à'Esilier, avec des stances de M. l'abbé Testu', et que de tout cela ensemble on en fit une représentation, « On peut, répondit Madame, ne jouer qu'un acte d'Éslher, si l'on D'à pas le temps de la jouer entièrement ; mais où est l'utilité d'y mêler des stances? Chantez-les seulement, quand vous voudrez vous donner un opéra spirituel. N'est-ce pas dommage de démembrer ces excellentes pièces pour en faire un mélange et un galimatias qui, dans le fond, ne vaudra rien, et que les gens de bon goût ne pourront approuver, quoique celles qui l'ont arrangé le croient merveilleux? Qui vous a dit que ces pièces rapportées conviennent les unes aux autres ? Tout cela ne prend-il pas votretemps? Encore une fois, il ne faut rien de nouveau, vous avez de tout ce qu'on peut désirer : des tragédies, de la musique, des conversations; jouissez-en,

' Les StaiKet chrétiennes de l'abbé Testu, mises en musique pii Oudot, étaleot souvent chantées à Ssint-Cyr.

2Si ENTRETIENS 8UR L'KDDC»I0N.

et voHS en réjouissez, puisqu'on vous les a données; mais bornez-vous donc là. C'est à quoi je cnûns que vous n'ayez bien à» k peine, car vous avez un grand penchant à leur chercher des pUisire nouveaux.

« Il y a «ne chose, ajouta Madame, que je voudrais bien obtenir des maltresses, c'est qu'on leissit à chaque classe les livres qu'on y a mis, sans les prêter aux autres. Les livres sont un article bien important dans votre maison*, vous ne sauriez ol»er' ver trop exactement la règle de n'en laisser entrer aucun qui n'ait été examiné et approuvé par vos supérieurs i je ne dis pas seulement les livres de oonséquenoe, mais je dis généralement; vous ne devriez pas laisser entrer un manuscrit, un imprimé, sans cette précaution; vous n& sauriez croire combien elle est essentielle. Où seroit la bonne foi, de ne pas lire les meilleurs livres sans la permission de son évoque, et de laisser introduire tous -ces petits livres, couverts de papier bleu, qui pour Tordiniare ne contiennent que des sottises ? Est-ce qu'il n'y a que las bons livres qui ont besoin de l'examen P Mon Ueu ! que cette facilité à doimer l'entrée à ces petits livres sans approbation vous exposeroit à de terribles dangers ? Si les jansénistes et les quiétistes vous connoissoient ce foibla, ils uiroient bientôt trouvé le secret de voua débiter toutes leurs erreurs par de petits itnpnntés, des maximes, des sentences qui se vendent presque pour rien , des cantiqura nouveaux , et spirituels. C'est dans ces sortes de livres qu'on trouve les choses les plus dangereuses, j>arce qu'ils

3, Cookie

AVEC LES DuMBa DE BAIKT-Unn {1708). tS3

ne aoBt pas sujets à l'examen et à la oensure. Vous y trouvwez des pauvretés pareilles i celles dont les nodU, la plupart, lunt remplis, ou des erreurs semées avec des choses qui paraissent \es plue précieuses et contre lesquellas on n'est point en garde, parc* qu" Ml n'y soupçonne point de mal. SouvenezvauB de ce eanlique que nous fîmes chanter à H. de llefuix*, par M" de BeauUeu, quil'appeloit un ponv peux gBlÎQOAtiaa : n'est-tl pas rempli d'erreurs des quiétistes? Au nom de Dieu, bannisse* tout cela de votre maison ; ne laissez jamais entrer chez vous aucuns livrée ni manuscrits, sans approbation, sans examen ou permission de vos supérieurs, ni par le canal de ce qu'on appelle honnêtes gens, ni par celui des dévots, ni même par celui des filles qui entrent pour vous servir. On pourroit bien faire passer par Qlles ce qu'on n'oseroit pas vous donner autrement.» M"" de Blosset dit qu'il venoit quelquefois de ces imprimés, par des enveloppes, des paquets qu'on porta de Paris, que les demoiselles ramassent ; et qu'elles avoieot trouvé depuis peu une partie du M«rcvre ffolani^, dont elles avuient ramassé les feuilles. « Quoi I dit Madwne, vous souffres que ces

1 Bointet, ëTéqDs. âa Heaui. Il vint wuTent à Salnt-Cyr, à t'^oqutl à<i qul«ti!iine, dinil les erreurs avaient été adoptées par quelques Pâmes. 11 ^'agit sans doute ici 4'"Q 4^^ cantiques de H»* Ouyon, qu'on St ebantet devanl lui par Hi» de Beaulieu, l'une 4b(| b«llBa volK i'Btlh*r.

* Reciiell qui paraissait tous l^s inoiq, qt contenait des nouvelles politiques, des anecdotes, des contes, des pièces de vers, etc. Il avait commence en 1605, soua le nom de Hercure français, etUtlBltaB 1103.

=, Cookie

284 ENTAET1EN8 StIR l'ËDUCATIOH.

feuilles qui servent d'enveloppes tombent ainsi dans les mains des demoiselles! qu'elles les ramassent I qu'elles les relient! qu'elles les lisentl Voilà ce que j'appelleroismatièredeconfessionpourune mal tresse si cela m'étoit arrivé! — Nous voilà instruites pour jamais sur cet article, dirent-elles toutes. — Je le désire, repartit Madame, et que vous transmettrez à celles qui viendront après vous cette même fidélité et cette même exactitude à ce qu'il n'entre rien de suspect chez vous. »

A la fin de cette conversation, M"" de Lb Bozière demanda à Madame ce que devoit faire une maîtresse qui auroit souffert o» fait faire aux demoiselles quelque chose de mal à propos, par exemple, de chanter des noels, dont il étoit question de faire une repré> sentation, un jeu peu convenable, si l'onpouvoit se contenter de ne les plus faire faire aux demoiselles, comptant qu'insensiblement elles l'oublieront. « Il faudroit, dit Madame, leur défendre de continuer, car, croyez-moi, s'il y en a d'assez simples pour croire cela bon, vous en avez d'assez spirituelles pour voir qu'il ne vaut rienetpourconclure que, puisque vous ne voulez plus qu'elles jouent et qu'elles chantent comme auparavant, c'est une marque que vous vous êtes ravisée et qu'on n'a pas approuvé ce qu'on avoit fait. Le détour que vous prendriez pour trouver des prétextes de l'abolir,' sans leur en dire la raison, ne serviroit qu'à leur faire voir que vous n'*tes pas de bonne foi. — Ce ne seroit donc pas, ajouta-t-on, une imprudence d'attirer leur mépris, que de leur dire tout franchement : « Mes enfants, je vous «vois

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AVEC LES DEHOieeLLBS DE LA CLASSE BLEUE (1709). 385

fait apprendre ce jeu, cette chanson, ou je ne croyots point de mal-, mais après y avoir bien pensé, je trouve que cda ne vaut pas grand' chose par telle et telle raison ; ainsi je vous conseille de l'oiihlier et de vous remplir de choses plus solides ; je ne veux plus du tout qu'on le faœe.» ^- Je goùterois fort, dit Madame, ce procédé droit et simple ; je suis persuadée que, bien loin de vous faire mépriser de vos demoiselles, elles vous eslimeroient davantage-, vous leur donneriez par là l'exemple de la bonne foi et de la simplicité qu'elles doivent pratiquer en semblables rencontres. Il n'y a rien de si grand que cette droiture qui va jusqu'à n'être point honteuse de se rétracter quand on a eu tort. — Ne pourroit-on pas simplement leur dire : « Nous ne faisons plus telle chose parce que les supérieurs l'ont désapprouvé?» — On le pourroit,ditMadame, mais j'aimerois mieux leur dire les raisons que l'on a eues de changer d'avis, parce que cela leur formera à elles-mêmes le jugement et la raison.

ENTRETIEN LXV

(Conlra l'tff rit ie cacholterie el inr l'obtùiia». ) 170»,

u Mes chèr^ enfants, je viens vous parler de deux choses importantes, et bien différentes l'une de

■ LeUrei édifiantes, t. VI, p. 143.

.Coo^^le

t86 ENTIIETIKII& SVR l'éducation.

l'autre, maii qui ne se nuisent point, et doivent ménw s'accommoder ensemble : 1b première est sur l'esprit de cachotterie, que je voub prie de détruire absolo' • ment parmi voas. Soyez bien aises que vos maltresses voient tout ce que vous faites, parce que vous n'êtes fas encore assez mûres et expérimentées pour juger de ca qui est bien ou nwl, et ceux qui veillent sur votre conduite Bont en état de vous le faire remarquer, ce qui vous formera extrêmement la raison. Dans le monde on jugeroit très^m&l d'une fille qui voudroit se cacher de sa mère, ou d'une femme qui, voyant entrer son mari, cscheroit un livre, un papier, ou se cacheroit elle-même -, il en ooncevroit de terribles soupçons. Quand donc vous voyez arriver une de vos maîtresses, il ne faut pas vous cacher de ce que vous dites ou de ce que vous faites, et, si elle vous le demande, il faut lui dire simplement ce que c'est. Ce qui retient quelquefois les jeunes personnes sur cela, c'est qu'elles croient qu'on va les blAmer et les reprendre. Ne craignez rien, voua ne serez reprises que pour votre bien, et selon la qualité de la faute que vous faites-, si elle est considérable, on vous le fera voir avec bonté, car on ne se servira jamais de votre propre aveu pour vous punir ; au contraire, on vous saura gré de votre droiture; si c'est une enfance, on vous le fera remarquer, et si c'est une chose indifférente, on vous dira qu'il n'y a point de mal, et ainsi on vous apprMidra à fwre un discernement juste. Plus je vis, et plus l'expérience me .fait voir que l'esprit de cachotterie est ce qui perd la plupart des jeunes personnes ; et tout no qu'il y a de

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AVEC LES DEMOIEELLBS DE LA CLASSE BLBUE (l 709). SS7

genB éclairés, que j'ai consultés, m'ont toujours dit de méD)6.

« Quand je reviendrai vous voir, je prétends qu'on me puisse dire qu'il n'y en a aucune d'entre vous qui fasse des fautes considérables; pour les fautes légères, il n'est pas étonnant que vous en fassiez quelques-unes, et elles ne m'emptoheront pas- de vous venir voir, quand d'ailleurs vos maîtresses seront contentes de vous, et je prendrai plaisir à écouter toutes les demandes que vous voudrez me faire, et à vous faire connottre ce qui est mal en soi, et les rusons qui te rendent te). J'emploierai de bon cœur, et avec plaisir, tout ce que Dteu m'a donné de lumières et de raison, à votre service ; mais promettezmoi donc que vous prendrez pour toujours mm conduite franche, ouverte, sans aucun déguisem' ut ni détour, n'ayant rien de caché pour vos maU'ofises tant que vous serez ici, et que vous conserverez ce même bon esprit à l'égard des personnes dont voua dépendrez, comme vos pères, vos mèrss, onp: s ou tintes, maris ou autres personnes, quand vous serez dehors. »

Elles le lui promirent toutes. Puiï elle ajouta : « Croyez, mes enfants, que ce que je vous deu:,inde est très-raisonnable, et pour votre seul bien^ vous le pouvez voir vous-mêmes, pour peu que vo^s réfléchissez sur ce que je viens de vous dire; j'y ajouterai encore, pour achever de vous convaincre. que j'ai connu une femme de qualité et de grand mérite qui avoit pris auprès d'elle une jeune demoiselle dans le dessein de lui faire sa fortune en l'éta-

288 ENTRETIENS SOR t'BDCCATION.

blissant après qu'elle y auroit demeuré quelque temps; mais qu'elle en fût dégoûtée, et la renvoya sans avoir rien fait pour elle de ce qu'elle avoit projeté, uniquement parce qu'elle lui trouva un air mystérieux ; dès qu'elle entrait dans sa chambre elle avoit toujours quelque chose à cacher, tantôt un livre, tantôt un ouvrage, une autre fois un papier, et je vous assure que toute femme sage et raisonnable en auroit fait autant qu'elle, et que qui que ce soit ne s'accommode d'une personne dans la conduite de laquelle on ne voit point clair.

<( La seconde chose que je vous demande est de vous appliquer à l'obéissance, delà pratiquer de bon o<L-ur, d'en prendre une bonne habitude, et ne point regarder cette vertu comme ne convenant qu'aux jeiuie» personnes ou aux religieuses. Je puis vous assurer, avec cette sincérité que vous me connoissez et avi;c laquelle je vous parle toujours, qu'elle est de tous les états et de tous les &ges. Demandez à cette demois'.le, ajouta-t-elle en montrant M'" d'Aumale qui av.;': l'honneur d'être chez elle à la cour', si elle n'a pa.s besoin de beaucoup de soumission, et si elle sait à i|Uelle bieure elle se lèvera et se couchera, et ce '|i:'elle peut faire à chaque heure du jour. If n'en Bâ' ;^)BS, dans le monde, comme de vous, à qui tout tm. réglé et marqué; on ne sait pas souvent, d'une heure à l'autre, ce que l'on fera, surtout quand on est dans la dépendance : plût à Dieu que les personnes qui y sont eussent fait auparavant un bon

* Voir les Lettre* sur Péducaiion, p. aS3.

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