AVEC LES DEMOISELLES PB LA CLASSB BLEUE
noviciat, où on leur eût bien appris à se soumettre, et à rompre leur volonté, elles en seroient bien plus heureuses et plus contentes, car cell^ qui y ont été accoutumées dès leur jeunesse le font avec bien plus de facilité que les autres.
u Ce qu'on appelle proprement une personne bien née est une personne prête à faire tout ce que l'on a raisonnablement raison d'exiger d'elle. Je ne puis trop vous exhorter, mes chères enfants, à vous accoutumer à rompre votre volonté; vous vous en trouverez bien en quelque état que vous soyez dans la suite. Si votre fortune, par exemple, vous oblige à être chez quelque personne de condition, il fout obéir continuellement, être toujours prête à tout, et dans une sujétion continuelle^ il faut ordinairement, dans ces sortes de postes, rompre dix à douze fois les projetsqu'onpouvoitavoir faits. Si vous êtes mariées, vous ne ferez point vos volontés avec un mari, mais il faudra nécessairement faire la sienne. Si vous êtes religieuses, le vœu d'obéissance que vous ferez vous y obligera doublement. Ne vous imaginez donc point que la dépendance soit une pratique d'enfant. Qu'on me demande, à moi-même, si je reviendrai demain à Saint-Cyr : je n'en sais rien ; à quelle heure je dlnerù: je ne le sais pas, parce que, si je suis à Saint- Cyr, ce sera à onze heures, si je demeure chez moi, c'est à midi ; à la cour je dîne à deux heures. Il en est de même pour mon coucher, ce'n'est quelquefois qu'après minuit. On pourroit croire que c'est pour son plaisir qu'on se couche si tard, ou parce qu'on ne se soucie pas de le faire plus tôtj point du tout, on
seroit quelquefois fort aise de se coucher de bbnne heure, mais on n'est pas libre de disposer de soi. Vous qui êtes si bien instruites, à qui on tAche d'apprendre si tôt & obéir, faites-lé volontiers, solimettexvous sans peine à tout ce que l'on désire de vous: rien n'est meilleur, c'e»( le partage de noite sexe, et j'espère que vous proiiterez des leçons qu'on vous donne là-^dessus, et que vous excellerez dans l'art merveilleux de savoir se vaincre soi-même, et dé plier à toutes mains, selon la volonté de ceux dont vous dépendez; cttr ce n'est pas seulement pour le temps que vous êtes à Saiht-Cjr que je vous prêche cette obéissance, c'est pour toUt le temps de votre vie. Je vous l'ai dit cent fois, et Je vous le redis encore, il ne s'en trouve point où il ne faille se soumettre à quelqu'un; les princes et les magistrats obéissent, quoique ce soit eux qui ont l'aulorité en main : ils se soumettent aux lois, aux remontrances qu'on leur fait. Le pape même n'obéit-il pas à son confesseur, en ce qui regarde sa conscience? etc. Vous ne trouverez personne sur la terre de raisonnable qili ne se soumette. »
ENTRETIEN IXVI'.
Pour traiter toutes sortes de matières, la premtèi^e ' ftecueil des B^pmw$, p. 615. — Lettres éd^., t. Vil.
AVEC LE& DiNCS DE gàlNT-LOUlS (1709). 301
muitresse des rovgeg demanda un jour à Madame si elle pourrait permettre aux plus jeunes de faire des . poupées aux récréations , que cela serviroit à les - rendre adrQit^s ew les réjouissant, i* J'aimerois toujours mieux tout autre chose que l'oUiveté, dit Madame; mais vous les rendrez bien plus adroites en leur faisant fvre des choses utiles qui les formeront encore mieus, et je ne crois pas que vous leurdeviez laisser faire des poupées. Les filles commenoent à être capables d'apprendre à travailler de bonne heure, et |es moins habiles savent biep vite tirer quelque utilité de leurs doigts. Vous n'en avez poiqt qui n'aient sept ans accomplis, et vous ne pouvez trop tût les occuper utilement pour elles, aliit d'avancer leur éducation le plus qu'il est possible. Les enfants, d'ordinaire, prennent plaisir à tout ce qu^ l'on leur fait faire, et il n'y a que manière de s'y prendre avec eux, en leur montrant avec douceur et patience, prenant la peine de remettre ou de faire remettre par quelqu'un de raisonnable leur ouvrage en bon train quand on a été obligé de leur défaire, car il pe faut rien négliger afin de parvenir à leur donner à toutes le goût de l'ouvrage, qui s'acquiert communément par l'habitude. Quant aux poupées, outre la perte du temps, ou trouveroient-ellesdequoi les faire? Vous les mettrez dans la tentation de couper leurs dentelles, d'eOiler leurs rubans, et de prendre tout ce qu'elles pourront trouver pour les habiller; car je ne crois pas que vous leur fournissiez de quoi le faire, n'ayant rien dans la maison dont on ne fasse usage, et que vous vendez vos guenilles pour faire du
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papier. Je n'dmerois pas, encore une fois, & laisser faire des poupées i de pauvres filles qui manqueroient de tout si elles étoient chez leurs parents. — A quoi " donc les réjouir aux heures de récréation, reprit la maîtresse, car elles ont besoin de quelques amusements, et on leur défend plusieurs jeux, ou parce qu'ils sont d'un grand bruit, ou qu'ils font de la pou^ sière? — Il faut bien qu'elles jouent, dit Madame, et qu'elles se divertissent à tous les jeux d'usage parmi les enfants; mais l'on ne doit permettre à la classe que des jeux paisibles, et réserver pour le jardin tons les jeux de mouvements, ceu^ où il faut sauter, courir, et«., et ne jamais souffrir qu'elles se pressent, se poussent, se tiraillent, qu'elles se jettent par terre, qu'elles jouent à des jeux de mains, qu'elles marchent et sautent sur les bancs et sur les tables, et encore moins sur des tabourets, qu'elles se fassent porter, qu'elles se traînent dans une chaise, qu'elles se coiffent de leiir ouvrage, et d'autres jeux semblables qui causent une grande ruine. >>
Madame a eu la bonté de donner aux classes un grand nombre de jeux d'échecs, de dames, etc., et a fort recommandé de les y entretenir toujours aus^ régulièrement que les livres, parce qu'il est de grande conséquence d'occuper la jeunesse innocemment et utilement, et que ces sortes de jeux sont propres à cela. M Je crois, nous a-t-elle dit bien des fois agréablement, cette dépense si nécessaire que j'ai presque envie de la fonder, de crainte qu'à l'avenir vous ne la voulussiez pas faire, la regardant inutile. » Lorsque Madame va aux classes les dimanches, elle parait
ravie de voir les demoiselles occupées d'une partie de daines ou d'échecs, et plusieurs fois elle a mis de l'argent pour celle qui gagneroit, afin de les affectionner à ces petits jeux.
« Est-il vrai, Madame, lui dit-on encore, que vous désapprouveriez qu'on oblige les demoiselles d'avoir des gants dans leurs classes lorsqu'il fait froid ? — Oui, dit-elle, je désapprouverois infiniment qu'dles en eussent lorsqu'elles font quelque chose oïl il ne convient pas d'en avoir^ par exemple : en portant un bouillon à une malade, en pliant du linge, ou en des occasions semblables où c'est une malpropreté et une vraie négligence d'en avoir; mais je voudrois que l'on t&chàt de les préserver des engelures, parce que tant qu'elles durent elles les rendent inhabiles k toutes sortes d'ouvrages. On pourroit, pendant les grands froids, faire tiédir l'eau avec laquelle elles se lavent les mains, et leurs sœurs converses en seroient chaînées : ceci pour les petites classes. »
ENTRETIEN LXVII'
Madame me^ dit un jour qu'il y avoit longtemps
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S94 ENTRETIEN» SVR l'EttUCATiON.
qu'elle avoit envie de me parler sur |bb demoiselles du ruban noir, qu'elle craiguoitquelesdliciàFes qui en avoient dans leurs ofSces nes'eà regardasBontpas assez chargées. « Elles le sont cependant, dit-elle, autant qu'une maîtresse l'est des demoiselles de sa classe, au moins pour la conduite extérieure ; ainsi, elles doivent les former, les veiller, les reprendre, et ne s'en pas reposer sur la nudtresse générale, puisque c'est elle qui les voit le moins, et qu'elle ne peut répondre de ce qu'elles font dans leurs charges. C'est ce qui doit engager les ofOcières à en prendre un plus grand soin, à profiter de toutes les occasions de leur montrer quelque chose, de les rendre raisonnables, de leur apprendre à bien employer leur temps, à être exactes o faire ce qu'cm leur dit, fidèles à se trouver aux lieux, où elles doivent être, enfin il faut leur servir de mères et les reprendre avec charité de leurs débuts et de leurs mauvaises manières. Par tous ces soins, les ofhcières peuvent avoir autant de part à l'éducation que les maltresses des classes, et comme elles n'en ont la plupart qu'une dans leur office, elles ont encore plus de moyens qu'elles de leur être utile.
M Quoique vous les deviez reprendre, continua Madame, il est cependwt bon de les ménager devant les demoiselles sur qui elles ont souvent quelque autorité et qui les doivent regarder comme leurs aînées ^ ainsi je ne voudrois pas prendre le temps qu'elles sont avec elles (lors par exemple qu'elles en gardent dans les charges), pour leur dire tout ce qu'on trouve à redresser dans leur con-
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AVtC t,Ei DAMKS DE BAIHT-LOUIS (1710). S0&
duite ou des fautes qu'elles n'oot pas faîtes devant les demoiselles, c«r pour celles qu'elles leur voient faire il est bon de les reprendre devant elles : une mère gronde bien sa fille devant la compagnie si elle fait une incivilité ou qu'elle dise une sottise. U seroit plus contre leur bonneur de ftûre des choses mal à propos devant les demoiselles que à'&i être ' reprises, quand elles sont assez sottes pour n'y pas prendre garde.
Autant, dit-elle encore, qu'il faut ôtre attentive à former les demoiselles du ruban noir, à les rejjrendre, i ne leur rien laisser passer, autant seroît" il à soubailer que vous eussiez beaucoup de considération pour ce corps-là ; vous en avez besoin, vous voyez même que vous ne sauriez vous en passer, il faut donc songo- à le conserver, et pour cela les bien traiter, leur témoigner en tout* oce«sion qu'on les considère et qu'on les aime, leur donner la préférence sur les classes, leur choisir ce qu'il y a de meilleur; si l'on a, par exemple, quelque (ilajsir à faire aux demoiselles, commencer par les noires; en un mot, jevoudrois les bien traiter et les bien reprendre. »
Elle ajouta : « Je crois qu'il faudrott aussi leur faire trouver une utilité sensible à être noires. Yos filles commencent à compter; elles voient que huit sous par jour, qu'elles auront de la rente de leurs mille écue, ne sont pas grand'chose; elles sen- .tept le besoin où elles pourront être de gagner le reste par leur travail, surtout depuis qu'on fait faire aux classes certains ouvrages dont elles espèrent du
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profit; elles n'ont pas beaucoup d'empressement pour avoir le ruban noir , nous nous en sommes bien aperçues ; il est même assez naturel qu'elles aiment mieux apprendre des.ouvragesqui leur peuvent être utiles, que d'employer le tempsà vous servir dans vos cbarges, et si vous leur donnez ce ruban sans qu'elles le désirent, elles feront mille fautes, puisqu'elles en font bien lors même qu'elles l'ont désiré longtemps. Il faut donc tâcher qu'il y ait une grande émulation dans les classes pour parvenir à cette distinction-, c'est pourquoi je pense qu'il seroit peutêtre à propos de faire quelques présents à ces filleslà quand elles sortent, régler une certaine somme pour leur donner de plus qu'aux autres, à proportion du temps qu'elles auroient été noires , afin de leur faire désirer cet état et de les affectionner au service de votre maison. »
Madame nous a souvent donné l'exemple de ce qu'elle nous propose à ses dépens : elle leur envoie souvent des fruits, des oranges, de la pâtisserie, elle leur fait des présents. Un jour, elle mit deux douz^nes de gants blancs fort beaux sur la table de leur chambre; comme elle n'y trouva personne, elle écrivit an petit billet adressé à la maltresse générale : « Voilà des gants pour les nnires, que vous leur donnerez quand vous serez contente d'elles. » Elle a mené quelques-unes des demoiselles noires à Versailles, à Marly, à la paroisse du village, et lorsque ces demoiselles, pénétrées de reconnoissance de sa bonté, s'assemblent en corps pour la remercier, elle les reçoit toujours fort bien et s'arrête pour leur, fjùre âes
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AVEC MADAME DE CLAPtON (ITH). 297
amitiés, leur disant avec bonté: k Vous êtes les filles ainées de Sùnt-Cyr, vous êtes l'élite des classes, vous Êtes le bras droit des Dames de Saint-Louis, leur b&ton de vieillesse, n Et elle leur donne ainsi mille témoignages de considération et de bonté, jusque-là qu'elle veut qu'elles se chauffent à son appartement. En attendant qu'on fût convenu de leur donner quelque chose quand elles sortiroient de la maison, elleyasuppléé en donnant elle-même quinze louis à toutes celles qui sortirent, depuis qu'on proposa de leur donner quelque chose jusqu'au tempâ qu'on en prit la résolution.
ENTRETIEN. LXVIIP.
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Madame de Maintenon ayant parlé à plusieurs personnes de la communauté, et craignant que nous eussions excédé en certaines choses et poussé trop loin l'épargne et le ménage, craignant aussi qu'on ne chargeât les demoiselles, de trop d'ouvrage dans la maison, me marqua combien cela lui faisoit de peine : « Je suis très-persuadée, me dit-elle, que, dès que
■ Lellrei édifiantes, t.V,p. S07. — Mémoirea Ae Langnetde Gergy, p. 401.
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M8 iMTRETIBNS SUR l'&DIJCATION-
j'aurai jutrlé sqr cela, on y remédiera^ je ne suis point en peine qu'o|i y manque; j'ai hien plus à craindre, au contraire, qu'on ne se porte trop tôt & ce que je veux; maisoe qui m'afflige, c'est la crainte que j'ai pour l'avenir, et la pente qu'on aura peutêtre à retomber dans ce que je reprends aujourd'hui, car si on s'y laisse aller de mon temps, que ne fervt-on point un jour? Cependant, quelle injustice seroit-ce ? Quoi ! si ces pauvres enfants ne se plaignent pas, si elles souffrent tout suis dire un mot, fiuidroit-il pour cela retrancher et prendre sur elles? Et quoique ce qui a été réglé pour leur habillement soit très-simple, trouver encore à diminuer quelque chose, et cela, pour de petits ménages qu'on peut appeler de vraies vilenies, des lésines et des ravauderies pitoyables ! Car, en vérité, ma sœur, quand vos grandes filles, par exemple, ont porté plus d'un an leurs habits, il est excessif de les faire durer encore aussi longtemps sur les petites ; c'est ce que je ne puis souffrir. Il en est de même de je ne sais combien d'autres choses, que l'on a poussées à un tel degré, depuis quelque temps, que je ne sais comment on peut fournir aux raccommodages, car voilà ce que cela fait : on rapetasse continuellement, sans songer que H d'un côté cela épargne quelque chose, on y met tant de soie, de fil et de temps, que l'un revient bien à l'autre.
« Qu'est-ce encore que cet honneur que les mattresses se sont fait de faire tant d'ouvrage dans leurs classes? Elles n'ont qu'à le laisser si on leur en donne trop , si on les presse excrasivement ; qu'elles