‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 5 sur 45 · X.,,«slç · texte numérisé non relu

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40 ENTRETIENS SUR L'ÉBUCAnON.

ment de bonnes religieuses, ou font fort bien dans les autres places où la Providence tes a conduites. Un des meilleurs moyens de les contenir est de les occuper, les faisant travailler avec doueeur, travaillant avec elles pour leur apprendre à bien faire l'ouvrage que vous leur commettez, et pour qu'elles n'aient jamtds lieu de croire que vous les surchargez pour éviter le travail que vous pourriez prendre. Il faut pourtant là-dessus être raisonnable : il y a des rcBcontres où il faut les laisser ftùre , et où il suffit de voir comment elles font ; la discrétion et ia bonne foi doivent vous régler dans ces rencontres, et alors je suis sûre que les demoiselles seront assez raisoimiûiiles pour n'être point blessées de ce que vous les ferez travailler. »

ENTRETIEN XV'

(Qu'on ne dCYroit point ulmetira dut la commaïuiiU une alla qui ne MToit fit propre aux c1um>, qnind même elle ïnroit du tileol pour 1m autm chu^ea.)

Madame dit un jour que ce n'étoit nullement son avis qu'on reçût une fille qui ne seroit pas propre à l'éducation, quand même elle auroit du talent pour les autres charges , parce que l'éducation des demoiselles étoit notre principale affaire ; qu'elle n'entendoit pas cependant qu'on dût exclure une fille parce qu'elle n' auroit pas le don de la parole,

' Recueil des Séponses, p. 63 et 64-

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ni de la facilité pour l'instruction, quand d'ailleurs elle pourroit être capable d'autres fonctions dans les classes, puisque ce qu'on appelle éducation ne se tei^ mine pas à la seule instruction , et qu'il y a mille autres choses à faire dont une fille qui a bon esprit peut fort bien être capable ; qu'en ces cas les maltresses devroient se partager ; que les unes instruiroient, et que les autres s'appliqueroient au reste, qui n'est pas moins nécessaire, mais qu'elle ne croyoit pas qu'on dût jamais recevoir une fille qui gujroit une entière incapacité pour les classes.

ENTRETIEN XV!'

M°" de Maintenon parlant aux religieuses de Saint-Louis sur les demoiselles, elles lui demandèrent comment elle feroit si elle étoil maltresse de classe ; « J'y serois peut-être aussi embarrassée qu'une autre, répondit-elle , quoique je vienne ici décider. — Mais que feriez-vous , ajouta M""' de la Haye', si vous étiez embarrassée? — Je recourrois à Dieu pour lui demander la lumière dont j'aurois besoin, répondit M"" de Maintenon , et je ferais simplement devant lui ce que je croirois de meilleur. — Mais, madame, dit encore la même,

* Lettres édifiantei, t. VI, p. GS7.

* Marguerilft Lemétayer de la Haye-le-Comte, Dée eq 1Ë74, morte en 1706. Elle Dl profession le 33 novembre 1695.

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43 KNTHBTieNB SGR L'ÊDDCATICW.

si Ton vous noinmoit première maîtresse et qu'on TOUS dit comme à une religieuse de Saint-Louis ; Ma sœur , voilà une classe dont on vous donne la conduite, et que vous trouveriez dans les filles qui ta composent bien des défauts, de la paresse, de la mauvaise humeur, de la grossièreté, de l'indocilité-, supposez même que cette classe eût été négligée, qu'on s'y fût relâchée sur la vigilance, sur l'éducation, que la règle n'y fût pas gardée; comment vous y prendriez-vous pour remédier à tout cela et donner à nos filles un autre pli? changeriez-vous tout d'un coup tout ce que vous trouveriez de mal? — Je m'en garderais bien, dit M"' de Maintenon; j'agirois plus tranquillement, je garderois exactement les règles, l'usage et les coutumes générales; je mettrois ordre aux choses les unes après les autres, mais en disposant tout avec douceur et modération; je tàcherois pourtant d'en venir efficacement à mon but, qui seroit cette éducation solide que je vous prêche continuellement en détruisant leurs défauts et en traviùllant à les remplir de toutes les vertus convenables à leur sexe ; je leur parlerois souvent en général et en particulier. Si je voulois, par exemple, attaquer leur paresse, je commencerois par leur faire quelques instructions sur la nécessité et la beauté du courage ; je leur dirois que je suis résolue de les rendre courageuses, sans leur reprocher qu'elles ne le sont pas; je descendrois cependant dans le détail des fautes qu'elles peuvent faire là-dessus ; je leur ferois voir que c'est une grande foiblesse de se plaindre à tout pn^s du froid et

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du chaud et des moindres incommodités, et d'être si avisées pour fuir les plus petites contraintes. — Et si après cette instruction , dit M"" de Radouay', vous les entendiez s'en plaindre encore et que vous les vissiez, par exemple, s'enfoncer la tète dans les épaules, que leur diriez-vous? — Je leur dirois, répondit-elle : En avez -vous moins froid pour vous en être plainte? Si cela l'adoueissoit, je vous permettrois de le dire ; mais puisqu'il ne vous en revient aucun soulagement, je vims conseille de supprimer vos plaintes. — Vous les railleriez donc quelquefois? lui dit M"" de Saint - Périer ^ — Oui, répondit -elle, cela leur fait souvent mieux sentir le ridicule de ce qu'elles font de mal à propos qu'une réprimande sérieuse. — Il leur arrive quelquefois, dit M°" de La Neuville', de montrer tout ce qu'elles pensent, et de dire, par exemple : Oh que j'aime telle chose I oh que je hais telle autre ! — Voilà justement , reprit M°" de Maintenon , ce que j'appelle une conduite déraisonnable dont il faut bien les défaire ! Je lîsois, il y a quelques jours, un entretien de saint François de Sales, où il dit que ceux qui cherchent tout ce qui est conforme à leur inclination et qui fuient tout ce qui leur est contraire se privent par là de l'usage de leur raison, qui fait la différence de l'homme et de la béte, puisqu'au lieu d'agir par le principe de la raison que

< Voitïei Letira tur tédia:alion,p. lOa. ' \o\tleiLeUret tttr l'éducation, f. ISI.

■ Sœur de H" de La Haye. Elle fit protession en 1699, et mourut en 1136. *

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Dieu nous a donnée, elles le font par l'instinct naturel. 11 est surtout très-mal de montrer ainsi ses goûts et ses répugnances sur la nourriture i il y a en cela une bassesse dont les honnêtes gens auroient honte, et si quelques-unes de nos demoiselles avoient ce défaut, il ne leur faudroit pas soutîrir. )>

ENTRETIEN XVIP.

(Sur ccrUiBM pntiqnn religienuH. )

... 11 Pour répondre à votre question, je crois qu'en effet il y a des pratiques de piété tellement propres aux religieuses, et même à des ordres particuUers, que je ne pense pas qu'il convient d'en instruire les demoiselles comme de choses auxquelles elles fussent obh'gées , et d'exiger d'elles qu'elles les pratiquassent, comme seroit de ne se point excuser et de ne vous point dire les raisons quand vous les reprenez d'une chose qu'elles n'ont pas faites, ou qu'elles ont cru devoir faire; pour moi, je pense que j'écouterois leurs raisons si elles étoient bonnes, et que je ne leur ferois pas une querelle de ce qu'elles me les diroient, dès que c« seroit sans hauteur. Je ne dis pas qu'on ne fit fort bien d'instruire et d'exercer dans ces pratiques une fille qui voudroit être religieuse, en lui montrant combien elles sont utiles , et qu'elles sont en usage dans de siùnts monastères, qu'on ne pût même montrer ce bien aux autres et ' Kecueil des Répoma, p. 39.

AïEC LES DAMES DE SAINT-LOUIS {1699). 45

les y faire aspirer comme à l'exercice d'une grande vertu ; mais il y a bien des choses à faire auparavant qui sont plus pressées : fuir le péché, pratiquer te bien qui convient à leur état, u

ENTRETIEN XVIll'.

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H Vous me demandez quelles sont les personnes qu'il faut avertir des fautes qu'on verroit faire aux demoiselles^ je vous assure que, pour moi, je ne sais pas ce que vous pouvez remarquer dans la conduite des demoiselles que leurs maltresses ne voient mieux que vous ; vous ne devez pas les examiner, n'en étant pas chargées. C'est, dites-vous, que vous les avez vues badiner pendant que vous leur faisiez le catéchisme, ou que vous en avez remarqué qui étoient assises pendant le Magnificat ou la rtiesse. £ti bien! c'est peut-être une Mie qui se trouve mal, et qui prend beaucoup sur elle de n'être pas à l'infirmerie ; c'en est une autre qui arrive et n'a jamais oui dire qu'il fallût ôtre à genoux ou qu'il fallût prier Dieu; ou ce sera un jour malheureux qu'elles ne vous écouteront pas parce qu'elles auront vu un je ne sais quoi qui les distrait, quoique d'ailleurs les maltresses en soient contentes; je voudrois donc

' Stcvâl dw Réponses, f.Z\.

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46 ENTRETIEKS SUR l'ËDUCATION.

qu'on laissât les maltresses en rqios. S'il arrivoit pourtant qu'on remarquât des fautes de quelque conséquence , par exemple la sœur converse qui couche dans chaque classe, si elle voyoit des choses dont les maltresses ne s'aperçussent pas, je crois qu'elle devroit d'abord le dire à la première maltresse, à qui l'on fera toujours plaisir de l'avertir immédiatement; et si la chose était de telle nature qu'elle dût revenir à la supérieure , il serait bon d'aller à elle. Enfm, il faut prendre la voie qu'on croit la meilleure, et s'adresser à la personne que, de bonne foi , on croit la plus propre à remédier au mal. »

ENTRETIEN XIX"

{Soi In Jnwiiallea fqi nal ig ptrUic. )

IB mm ITAO.

Le 28 mars 1700 on demanda à Madame si ce qu'elle marquoit dans ses écrits, que le temps que l'on permet aux demoiselles d'aller au parloir doit ordinairement se réduire à une demi-heure, s'entend pour les proches parents, comme père et mère, et si cela se doit observer même dans le temps du quartier '■ «Oui, répondit Madame, c'est des plus proches parents dont j'ai voulu parler, puisque si les demoiselles sont demandées par d'autres, elles

> Recueil det Séponset, p. âGS.

< Les parents n'étalent admis A visiter les demoleellet qne pendant les octaves des quatre grandes (ét«8 de l'année. On appelait ce temps le quartier.

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nedoiventques'yprésenter, et sortir presque aussitât; une demi-heure est plus que suffisante pour nos demoiseUes qui n'ont aucune affaire a traiter. Cela n'empêche pas que si un pke ou une mère que l'on sauroit être fort raisonnahles demandoient à voir leurs filles plus longtemps, ou à les voir en particulier, surtout celles qui sont assez âgées pour penser au parti qu'elles veulent prendre , on ne dût avoir pour eux cette complaisance, et il ne faudra pas être ric-à-ric avec eux, pour uu quart d'heure de plus ou de moins, parce qu'il n'y a point d'égard qu'on ne doive avoir pour un père et une mère; mais généralement parlant, une demi-heure suffit aux demoiselles pour voir leurs proches, dans le temps même du quartier, et ce seroit encore trop pour des parents éloignés, surtout de jeunes cousins, et même de jeunes frères qu'il faut observer de près, et avec lesquels il faut couper court. » Madame de Bouju' lui dit : «Si un père et une mère obtenoientde parler a une Qlle en particulier, pourroit-on les y laisser une partie de la matinée ou de l'après-dlner. — Oh! Dieu non, répondit Madame, une demi-heure suffit pour le nécessaire; le plus seroit un amusement, si ce n'est dans le cas que j'ai dit. D'abord, il faut que vos demoiselles et leurs parents sachent que vous ne leur devez rien, et qu'ils ne sont pas en droit d'exiger de vous les mêmes complaisances qu'ils trouvent dans les autres couvents, où les filles payent de bonnes pen-

' Voir les Letlrei sur l'éducation, p. 2Î9.

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48 ENTRETIENS SUR L'ËDDCATION.

sîons. — J'avois cru, dit madame de Etouju, que le temps du quartier étoit livré aux demoiselles pour voir leurs parents, et que ce n' étoit que pour ceux qui les demandoient hors le quartier qu'il falloit être fort réservé. — Il est vrai, dit Madame, que ce temps est en quelque sorte livré aux demoiselles, c'est4-dire que toutes ont la liberté d'y aller voir leurs proches, mais non pas d'y passer la moitié du jour. Il faut tenir la main que chacune ni soit pas trop longtemps, afin que toutes y puissent trouver place, et défaire vos demoiselles de la mauvaise habitude qu'elles ont de presser leurs parents de rester avec elles plus longtemps qu'ils ne voudroient, si ce n'est un enfant à un père et à une mère : une ravge, par exemple, qui dira à son père qui veut s'en aller ; Mon père, restez encore un peu, lui donnera par cet empressement une marque d'amitié qui lui fera plaisir; mais pour d'autres parents, cela ne convient pas. — Faudroitil souffrir, dit madame de Champigny ', que les demoiselles chantassent au parloir ou qu'elles y disent des vers ? — Il ne faut avoir cette complaisance, répondit Madame, que pour un père et une mère, encore faudroit-il attendre qu'ils le demandassent avec instance, et qu'ils fussent seuls ; autrement nos parloirs deviendroient irréguliers comme ils le sont dans d'autres couvents, où l'on en fait des es-

< Francoise-Calheilne-Scbolastique Bourdoué de Ctiamplgny, née en 1672, morte en 174!. Elle fit profession le 9 décembre 1684. C'éUit une des beUee voli qui chantaient dans \e% cbieure A'Either.

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pèces de théâtres. » — Madame de Cbampigny demanda si étant seule avec son père au parloir, elle y pourroit chanter, en cas qu'il le souhait&t. — «Non, dit Madame, ce ne serait pas une chosebienséante à une religieuse de chanter ati parloir; il faut répondre que cela ne se fait point ici. »

M""deSaint-Périerracontaqu'unepetite fille avoit entretenu un de ses parents au parloir avec autant d'esprit et de vivacité que l'auroit pu faire une fille de quinze ans, et qu'on l'en avoit louée. — «Mon Dieu, reprit vivement Madame, ne louez jamais vos filles d'être causeuses ; je l'auroisplutôtreprise d'avoir tant parlé. 11 faut leur apprendre qu'on juge qu'une fille a du bon sens, quand elle ne se presse point de répondre, qu'elle rougit , qu'elle hésite, qu'elle n'ose parler, parce que c'est une marque qu'elle a assez de raison pour craindre de dire des sottises, qu'eUe sent qu'elle n'a rien à dire et qu'elle aime mieux se taire que de parler mal à propos. Elles devroient être timides, répondre un oui ou un non, et souvent par une simple révérence bien respectueuse, car toute fille qui répond vivement à des gens qu'eUe connolt peu est une étourdie, et les gentillesses qu'on admire dans les jeunes filles sont ordinairement de vraies marques de folie, au jugement des personnes de bon sens. Ne vous ai-je pas raconté que lorsque madame la duchesse de Bourgogne vint en France, avant qu'elle n'arrivât, ceux qui en venoient dire des nouvelles au Roi, croyant faire leur cour, inventèrent miUe reparties agréables qu'ils disoient qu'elle avoit faites? on trouvoit tout cela fort joli;

50 ENTRETlÉIfS SUR L'fiDUCATIW.

mais quand le Roi étoit seul avec moi, nous didoos tous deux : Il faut que cette petite soit une folle et une étourdie, si à son âge elle s'avance de dire tant (le choses. Nous fûmes ravis au contraire de voir qu'elle étoit fort timide, car au commencement elle ne disoit presque pas un mot. i

ENTRETIEN XX'

Le 12 d'avril de Vannée 1700, Madame nous dit à la récréation : « Je crains qrfon ne compte trop ici sur ce que les demoiselles qui se présentent pour le noviciat ont fait aux classes ; on aura vu commettre une faute considérable à une fille, on lui aura vu <{uelques défauts, c'en est assez pour être prévenue contre elle; cela n'est pas juste; vous ne devez compter pour le bien et pour le mai que sur la perse vérMice, parce qu'une fille qui s'est soutenue la même dans toutes les classes montre que c'est son caractère. Ainsi je ne ferois pas faire un long noviciat à celle qui auroit bien fait partout, et silns en exclure une dont on auroit été mécontente dans les premières classes , et qui parottroit fort changée à la classe bleue, je prolongerais son noviciat, afin de lui donner le temps de s'affermir dans

* jBecueiJ de* Bépomu, p. 423.

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le bien, si son changement étoit sincère, etd'éproaver s'il est dissimulé, ou si c'est un esprit léger et inconstant dont il serait à craindre qu'après avoir bien fait ijuelque temps , elle ne retombât dans ses premiers défauts.

« Une des choses à quoi vous devez autant vous appliquer dansie cboix de vos'sujets, continua Madame, c'est de connoltre le caractère des filles : il est trèsimportant de n'en prendre que de bons, parce que c'est ce qui se rectifie le moins : la piété qui peut retrancher tous les vices n'ôte que rarement les défauts qui viennent du caractère de l'esprit. Pour moi , j'aimerois mieux ce que vous appelez ici une méchante, qui n'est souvent qu'une espiègle, que jene m'accommoderois d'un esprit de travers , ou d'une mauvaise humeur, quoiquepieuse. J'aime assez ce qu'onappelle de méchants enfants, c'est-à-dire enjoués, glorieux, colères, et même un peu têtus, une tille un peu causeuse, vive et volontaire, parce que ces défauts se corrigent aisément par la raison et la piété, et même presque toujours parl'àge seul. Maisunespritmal fait, un esprit de travers se soutient en tout. — Qu'appelez-vous, lui dit-on, un esprit de travers, un esprit mal fait ? — C'est, répondit Madame, un esprit qui ne se rend point à la raison, qui ne va point au but, qui croit toujours qu'on veut lui faire de la peine , qui donne un mauvais tour à tout, et qui, sans être malicieux, prend les choses tout autrement qu'on n'a prétendu les dire. Mais rien n'est pire qu'un esprit faux, ou déguisé et dissimulé, ou entêté et opiniàbre ; prenez garde à tous ces défauts, et à l'humeur,

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ce sont les plus importuns pour une commuaauté ; car rien n'appesantit plus le jougde la supériorité que d'avoir à gouverner des esprits difficiles, auxquels il faut mille ménagements. Dieu souffre tous ces défauts parce qu'on peut bien être sauvé, ayant l'esprit mal fait : il est, ajouta-t-«lle agréablement, plus indulgent que nous, car il reçoit bien des gens en son paradis que je serois bien fâchée que nous admissions dans notre communauté. » Madame de Riencourt ' demanda si c'étoit la même chose d'être un peu boudeuse ou d'être de mauvaise humeur. H Non, répondit Madame en riant; je permettrois bien un peu de bouderie ; il n'y a guère d'enfants qui n'y soient sujets; ils n'ont pas pour cela l'esprit mal fait; mais j'appelle une mauvaise humeur, celle d'une personne aisée à blesser, qui est soupçonneuse, qui philosophe sur un air, sur une parole, enfin avec qui l'on n'est point à son aise, à qui l'on craint d'avoir affaire , au Ueu qu'une fille de bon esprit est celle qui prend tout en bonne part, qui laisse tomber beaucoup de choses sans les relever, et qui, bien loin de croire qu'on a dessein de l'attaquer, quand on n'y pense pas, ne s'aperçoit pas même de celui qu'on auroit de la fâcher, qui s'accommode de tout , qui trouve des facilités à tout ce qu'on veut, qu'une supérieure peut mettre sans ménagement à toutes les charges et avec toutes sortes de personnes; voilà ce que j'appeUe un bon esprit ; c'est un trésor pour une communauté. Ainsi ce que

' Charlotte-Catherine de Riencourt, née efi 1061, morte en 1741. Elle fltprofeMioD le 9 décembre leei.

— C.Mglc

je crois de plus important dans une fille , après la bonne vocation et la piété , c'est ce bon esprit : quand vous trouverez cela, passez par-dessus les autres défauts , car vous ne trouverez jamais de sujets accomplis. — Quels défauts pourroit avoir une personne qui auroit ces bonnes qualités? dit madame de Gautier'. — Elle pourroit, répondit Madame, être un peu glorieuse, ou trop vive, ou dissipée, ou prompte, ou impatiente, ou lente, peu capable, peu intelligente , mais tout cela se corrige avec le temps et la piété. » — Madame de ta Haye dit qu'on trouvoit dans la petite de BoulainvilUers toutes les bonnes qualités dont Madame venoit de parler; qu'elle avoit toujours contenté ses m^tresses, et n'avoit jamais rien eu à démêler avec ses compagnes. — « Il est vrai, repartit madame de Gautier, que c'est un bon esprit, mais elle parolt avoir un tempérament bien délicat, quoiqu'elle soit rarement malade. — û-oyez-vous, reprit fortement Madame, que les tempéraments les plus délicats rendent le moins de service à la maison? Vous même êtes une preuve du contraire -, et combien en avez-vous ici de malsaines qui remplissent toutes les charges où on les met! Quand une fille délicate à du courage joint un bon sens et un bon esprit, elle vous est plus utile qu'une fille fprte et robuste qui n'auroit pas ces bonnes qualités. Croyez-moi, Dieu partage ses dons, et vous ne trouvez pas tout dans

' Voir les Lellres sur VMucalioti, p. Î9.

. * DemoiBelle de Sainl-Cjrr qui Qt protraslon aux Carmélites de Paria.

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54 BNTRETIEHS SUR L'ÉDUCATION.

la même personne ; il est rare que ces esprits doux, faciles et accommodants se trouvent dans un corps

ESTRETIEN XXI'.

( Da l'utililj d'impinr le (ott ie l'oiifnse ii

la airil ITDO.

Le ISd'avril 1700, M"" de la Roïière» ayant dit i la récréation que l'on étoit fort occupé d'exciter le goût des demoiselles pour l'ouvrage, et de leur donner sur cela de l'émulation, Madame dit : « Vous ne pouvez leur inspirer rien de meilleur ; comptez que c'est procurer un trésor à vos filles que de leur donner ce goût de l'ouvrage , car sans avoir égard à la qualité de pauvres demoiselles qui les mettra peut-être dans la nécessité de travailler pour subsister, je dis que, généralement parlant, rien n'est plus nécessaire aux personnes de notre sexe que d'aimer le travail : il calme les passions , il occupe l'esprit, et ne lui laisse pas le loisir de penser au mal , il fait même passer le temps agréablement. L'oisiveté, au contraire, conduit à toutes sortes de maux ; je n'ai jamais vu de filles fainéantes qui aient été de bonne vie; il faut nécessairement prendre goût à quelque cbose ; on ne peut vivre sans plaisir, si on ne trouve point à s'occuper utilement, il faut en chercher à autre chose. Que peut faire une femme qui ne sauroit demeurer chez elle , ni trouver son plaisir dans les occupations de son ménage, et dans

' Seeueil de Réponses, p. 536- — lettre* édif., t. V, p. 53T.

* \olTlei Lellres sur l'éducation, ç. 19i.

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