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bien loin sans être éclairées, en considératioD de leur bonne foi. Un bon moyen pour se préserver d'entrer dans ce parti, c'est de s'en tenir pour ses lectures aux auteurs anciens et approuvés, comme sont Grenade et Rodriguez , saint François de Sales, etc ; car ceux de MM. de Port-Royal portent un venin d'autant plus dangereux, que leur style flatte davantage le goût naturel et élève l'esprit. Pour moi, ajouta-t-elle, je n'ai jamais goûté aucun de leurs livres, quoique très-beaux : l'esprit en est coûtent, niais le cœur n'en est pas plus porté à servir Dieu, et je ne me suis jamais sentie portée au bien par leur lecture. Il n'en est pas ainsi de mon bon saint François de Sales : je n'en saurois lire une page sans mourir d'envie de servir Dieu, et sans qu'il me semble que je m'en vais faire des merveilles. » M™ de SÎwntenoa ajouta : « Défiez-vous surtout de tous les livres qu'on vous donne en cachette, car , s'ils sont bons, pourquoi en faire un mystère? s'ils sont suspects, pourquoi les lire ? »
Un jour, M™* de Mointenon ayant entendu lire aux demoiselles de la grande classe la vie de saint Charles Borromée, elle fit peser sur l'endroit oît il étoit dit qu'il faut respecter tout ce que font les personnes en autorité, surtout les souverains pontifes. « Vous comprenez bien , mes chers enfants , que c'est de notre saint-père le pape dont on parle ; je voudrois que le principal fruit que vous remportassiez de l'éducation de Saint-Cyr fût une grande soumission pour l'Église et un profond respect pour le pape. Quand vous sortirez d'ici , vous trouverez des
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personnes qui tâclierontde vous en âétourner, en vous disant que le pape n'est qu'un homme comme les autres. Il est vrai , c'est un homme ; mais un homme qui nous tient la place de Jésus-Christ, à qui il a promis son secours particulier, et qu'il ne lui refuse pas, surtout dans les décisions qu'il fait en qualité de chef de l'Église; c'est pourquoi elles sont toujours très-respectâhles, quand bien même il ne seroit pas aussi irréprochable dans ses mœurs et aussi saint dans sa conduite que son caractère le demanderoit ; nous ne lui devrions p^, même en ce cas, porter inoins de respect et lui être moins soumises, n faut faire une grande différenre entre la personne et le personnage : il se pourra trouver des papes déréglés dans leurs mœurs , mais ils seront toujours infaillibles dans leurs déciaons , lorsqu'ils prononceront sur la doctrine â la tète de l'Élise, et avec l'union du corps des évëques. Il est le successeur de saint Pierre, à qui Jésus-Christ a dit : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mcm Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Il y a eu , poursuivit M"* de Maintenon , dans tous les siècles des erreurs qui se sont élevées contre la saine doctrine; elles ont toujours été condamnées par l'Église de Rome, qui est le centre de la catholicité. C'est pour cela que les évêques ne se contentent pas d'exiuniaer et de condamner dans leurs synodes les erreurs qui naissent de leur temps ; ils envoient' leurs décisions à notre saint-père le pape, persuadés que sa décision comme chef de l'Église confirme la leur et sert de règle aux autres ÉgUses.
326 EKTRETIBNS SUH L'ÉDUCATION.
u Vous devez vous attendre que les libertins ou les hérétiquee vous appelleront les filles du pape. Oh! la grande louange, mes chères filles! plaise & Dieu qu'on ait k vous la donner souvent I On vous dira que l'éducation de Saint-Cyr est trop simple, et que vous n'êtes pas assez savantes sur votre religion. Il est vrai que cette éducation est simple, et c'est en cela qu'elle est meilleure que celle que ces personneS'là goùteroient davantage. Nous ne cherchons qu'à vous rendre de bonnes chrétiennes , très-raisonnables, et à vous bien fonder dans la religion catholique, afin que vous la portiez partout oiji vous irez.
h Mais, Madame, dit la maîtresse, A quoi soi demoiselles conoottront-^lles les gens qui sont ds ces partis opposés à la vr«e catholicité ? — D'abord, répondit M"' de Maintenon , on leur donnera d'autres maximes que celles qu'on leur enseigne ici, qui sont conformes k la foi générale de l'Eglise. Je vous diroîs volontiers comme saint Paul aux Gâtâtes : « Si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que je vous ai annoncé, quand ce seroit moitnème, ou un ange, qu'il soit anathème. m Quelque apparence de vertu , d'austérité, de sainteté, d'humilité même que vous voyez dans ces personnes, ne vous y laissez pas séduire, car les hérétiques ont toujours paru sous le masque d'une piété feinte ; on dirait, à les voir, qu'ils sont d'une mortificati<m et d'une humilité parfaites; mais or ne trouve, dans le fond de leur doctrine, qu'orgueil et que mépris de prochain. Avec cet extérieur si édifiant, qu'on les
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atlaque, qu'on les nomme des noms qu'ils méritent ! vous connoltrez bientôt ce qu'ils sont. D'ailleurs, ils censurent et critiquent tous ceux qui ne sont pas de leur parti et qui ne pensent pas comme eux.
Il Les jansénistes ont écrit des lettres diffamantes, pleines d'aigreur, d'animosité et de médisances contre les jésuites ' , parce que cet ordre a toujours tenu plus ferme contre les nouveautés. Ces lettres sont si mauvaises, qu'elles ont été brûlées par la main du bourreau, et qu'on ne peut les lire sans danger de commettre un péché mortel , puisque s'il y a du péché mortel à entendre une médisance faite d'une personne particulière, à plus forte raison y en a-t-il à prendre plaisir à lire ces libelles, qui dénigrent tout un ordr« respectable.
« Tout le but de cette instruction , mes chères enfants, tend a vous porter à demeurer toujours attachées à la simplicité de la croyance catholique et à ne chercher aucun raflinement dans la dévotion. Ne vous piquez donc point d'avoir ce qu'on appelle un esprit élevé au-dessus du commun ; vous l'aurez assez étendu si vous savez vous sauver : il n'en faut guère plus à notre sexe; le surplus lui est ordinairement nuisible, car l'orgueil et la superbe s'y mêlent presque toujours, et vous savez que c'est un péché que Dieu déteste et qu'il punit avec sévérité, souvent même dans ce monde. »
' Mme de HainlenoD ïeut parier des Leltret provinciales d«
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ENIKIiTIENS SUH L EDUCATION.
ENTRETIEN LXXV
M" de Maintenon étant entrée dans la classe verte pendant qu'on y lisoit la vie de smnt Edmond, où il est d'abord parlé de la piété de sa mère, elle dcinanda8M"'deBoumeufsi elle croyoit qu'il fût fort nécessùre d'avoir de la piété dans le monde, et la demoiselle ayant répondu que oui, M"' de Maintenon ajouta : « Oui, assurément, et bien plus que dans les couvents, où on ne voit que de bons exemples, et où tout ce que l'on fait et tout ce que l'on entend a rapport à Dieu, et y rappelle incessamment. Cependant, grâce à sa bonté, quoiqu'il soit difficile de se sauver dans le monde, il n'est pas irapossible ; mais quelles précautions croyez-vous qu'il faut prendre pour ne pas manquer cette grande affaire du salut même au milieu du monde, mademoiselle de Vandeuil, lorsqu'on y est nécessairement engagé par son état? — Madame, dit la demoiselle, je crois qu'il faut avoir un grand recours à la prière et une grande fidélité à ses exercices de piété, et à fréquenter les sacrements. — Cela est bien dit, réprit M*"' de Maintenon ; il est de foi que notre salut est attaché à la prière, et personne n'a tant besoin de prier que ceux qui demeurent dans le monde; je pense quelquefois que c'est à eux principalenaent que Notre-Seigneur a dit ; Cherchez, frappez et de-
' Cellres édlfimle*. t. Vil, p. (î.