‹ Entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 41 sur 45 · AVEC LES DEMOISELLES UE LA CLASSE VERTE · texte numérisé non relu

AVEC LES DEMOISELLES UE LA CLASSE VERTE

mandez, car pour les personnes de communauté il semble que toutes les grâces et tous les moyens de salut viennent en foule au-devant d'elles; au lieu que nous autres, pauvres misérables mondains, il nous faut ramer sans cesse pour nous procurer ces secours qui seuls peuvent nous soutenir contre les mauvais exemptes et la perversité du siècle, et pour nous faire marcher dans le chemin étroit par lequel il faut nécessairement passer pour être sauvé et parvenir à ce royaume céleste pour l'acquisition duquel nous devons sarrifier toutes les choses de ce monde et notre vie, s'il était nécessaire; cela est-il aisé, Saint-Maixant? — Non, Madame, dit la demoiselle, je trouve que le chemin large l'est bien davantage, car il n'y a qu'à ne se contraindre en rien. — Oui, reprit M°" de Maintenon, mais où mène-t-il, ce grand chemin? — A l'enfer, répondit la demoiselle. — Oui, dit M"' de Maintenon, à la perdition étemelle; il faut donc bien se garder de le suivre, et, quoi qu'il nous en coûte, nous efforcer de marcher par le chemin que Jésus-Christ a tracé, u En continuant la lecture de la vie de saint Edmond, il fut dit que sa mère avait soin de lui envoyer de temps en temps de petits cilices et autres instruments de pénitence qu'elle mettait secrètement dam les paquets de linge et de bardes qu'elle lui envoyait ; sur quoi plusieurs demoiselles secouèrent la tète, faisant voir que ces sortes de présents n'auraient pas été de leur goût; M"' de Maintenon s'en étant aperçue, dit : « J'en vois quelques-unes d'entre vous à qui le soin de cette sainte femme

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330 BNTiienENS sur L'ÉBliCATtaH.

n'aurait pas fait plaisir; mais elles ne pensertMit peutrétre pas longtemps de mime, et nous pournms bien les voir les plus empressées à imiter celles de leurs compagnes qui sont mortes il y a quelque temps en odeur de sainteté ; je vous avoue que je ne pense jamais à ces chères enfants qu'avec une consolation infinie. La petite de Polignac, par exemple, qui avoit eu une conduite si édifiante, et à qui on trouva de petits recueils de ce qu'elle avoit retenu des conférences, des instructions et des lectures qu'elle avoit entendues sur la vie cachée; elle n'avoit pas naturellement beaucoup d'esprit ni de mémoire, mais elle avoit mis toute son application à suivre l'attrait que Dieu lui donnoit pour cette vie cachée dans laquelle elle avoit déjà fait bien des progrès, selon le témoignage de son confesseur et de ses maîtresses. La petite d'Argenleuil, qui étoit aussi de votre Âge et de votre classe, n'avoit-elle pas mille inventions pour se faire souffrir? elle ne mangeoit jamais de fruit, ni rien qui put flatter son goût. L'attrdt général des vertus étoit alors la mortification; il falloit les retenir et veiller continuellement sur elles pour les empêcher d'en trop faire; ce que je ne vous dis pas, mes enfants, pour exiger de vous des choses semblables; mais,* en vérité, il est bien juste que nous tâchions de souffrir quelque chose pour Notre-Seigneur, qui a tant souffert pour nous; cependant les mortifications auxquelles je voiu exhorte davantage, et qui lui seront les pUis agréables, et à vous les plus utiles, ne sont pas tant celles du corps que celles de l'esprit. Retenir une réponse

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AVKC LES DEHOlSEl-LEg DE LA CLASSB VERTE(ITIS). 3S1

mal à propos que l'on est sur le poiot de faire, uoe parole contre la charité, une raillerie, un bon mot qui ferait briller notre esprit, une excuse point nécessaire, et qui ne feroît que contenter notre amour-: propre i se retenir de cueillir une fleur, de regarder quelque chose d'af^%able, ne se pas pltundre du froid, du chaud et des autres incommodités légères qui se rencontrent, et cent choses de cette nature qui ne peuvent faire tort à votre santé, mais un trèsgrand bien à votre àme.

« J'ouhliois encore la fidélité à garder votre silence et votre règle, l'obéissance et le respect envers vos maîtresses-, voyez que d'excellentes pratiques vous pouvez faire sans nuire à votre santé, car malgré l'admiration que vous me voyez pour vos anciennes compagnes, que je regarde comme des saintes, je suis fort d'avis que vous ménagiez et fortifiez votre santé pour être dans la suite plus en état de soutenir la règle des différentes maisons religieuses auxquelles, selon les apparences, Dieu destine plusieurs d'entre vous. Priez donc de tout votre cœur, aimez Dieu sincèrement, servez-le fidèlement par vos exercices de chaque jour; fuyez soigneusement tout ce qui peut lui déplaire; ne faites jamais si vous le pouvez des fautes volontaires, quelque légères qu'elles soient; gardez exactement les commandements de Dieu et ceux de l'Eglise ; ménagez bien toutes les occasions de peine que Dieu vous envoie; ayez l'habileté d'en foire votre profit pour le ciel, car il veut bien nous tenir compte de tout ce que nous endurons avec soumission à ses ordres.

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332 ENTRETIENS SUR L'ÉBUCATIOS.

quoiqu'ils soient désagréables à notre nature. Dne bonne ménagère dans le monde ne laisse rien perdre, et met tout à protit, de même une bonne ménagère pour Dieu profite de toutes les occasions pour pratiquer la vertu, et sait souffrir mille petites choses secrètement entre Dieu et elle, sans que personne s'en aperçoive; cette vertu, mes enfants, quoique bien parfaite, n'est point au-dessus de votre âge; elle me parait très-droite et très-solide, et telle que je la désire à moi-même. Adieu, mes enfants. »

ENTRETIEN LXXVl'.

iS.rH«Ji«rilio,..)

H°" de Maintenon ayant demandé aux demoiselles de la classe jaune sur quoi elles désiraient qu'on leur fit l'instruction, M"° de Chardon proposa l'indiscrétion ; M°" de Maintenon la renvoya à la Conversation ^ qu'elle avoit faite sur cette matière.

Elles demandèrent ce que c'étoit que de rompre eu visière'. « Cest, dit M"' de Maintenon, dire des choses désobligeantes en face, comme de reprocher ouvertement à une personne les défauts de l'esprit ou du corps , quelque malheur arrivé dans sa famille et choses semblables. Elles demandèrent des exemples

' Lettre! édlfiaxta, 1. vn, p. I43.

' CooTeratktion XI. — On lit celte conTerMtion et le» demoiseheg roDt des questions sur ce qu'elles n'entendeot {>as. * C'est une expression de la Cmtveriatim.

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AVEC LES UKHOISELLES DE LA. CLASSE JAUNE (tTlfi). 333

sur l'iDdiscrétion : C'en est une, répondit M" de Maintenon, de parler d'un défaut devant une personne qui l'a, relever les avantages d'une belle taille en présence d'un bossu, de parler du désagrémetit d'une personne qui a quelque autre difTormité devant quelqu'un qui seroit borgne ou qui auroît la bouche de travers ou qui boiteroit et pareilles choses ; dire qu'on seroit bien fâché d'avoir des parents qui fussent morts sur un écbafaud devant une qui a un semblable malheur dans sa famille ; vanter la noblesse devant des personnes qui ne sont pas nobles et qui tiennent cependant un certain rang par leur fortune.

« Une personne indiscrète fait tout mal à propos, elle entre à contre-temps, elle sort de même ' ; entrer mal à propos, c'est rendre visité à une personne quand elle est en affaires ou qu'elle est avec une autre qui lui est assez intime pour être bien aise de se trouver seule avec elle ; on sort à contre-temps quand, après avoir &it cette indiscrétion, on fait sentir à la personne qu'on s'aperçoit qu'elle seroit bien aise de se trouver seule avec son amie et qu'on sort sur-le-champ ; c'est l'embarrasser et l'obliger à se défendre, car il n'y a personne qui ose convenir tout franchement qu'elle est de trop dans la conversation ; quand on a tant fait que de faire une visite mal à propos, il faut faire comme si on ne s'apercevoit pas de l'embarras qu'on cause , rendre sa visite très-courte, et chercher un prétexte pour en sortir honnêtement, et le plus tdt qu'on peut, sans faire sentir que c'est parce qu'on s'aperçoit qu'on

' Phrase de la Convenalltm.

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334 ENTRBTIEHS SUB L'&MiCATlON.

interrompt la conversation Commencée avec l'autre personne, à moins que celle qu'on va voir ne fût en affaire, car pour lors il seroit de la prudence de ne pas passer outre et de remettre la visite à un autre jour. Une personne indiscrète n'entend point ce qu'on veut qu'elle sache et elle écoute ce qu'on ne veut pas qu'elle entende ; parce que dans le pranier cas, au lieu d'écouter ceux qui parlent et d'entrer dans le Bujet de la conversation, elle l'interrompt pour dire ce qui lui vient dans l'esprit 3 elle écoute ce qu'on ne veut pas qu'elle entende dans une conversation dont elle ne devroit pas Atre, au lieu de se retirer prudemment quand eUe voit- des personnes qui parlent basj rien ne rend si indiscrète que de n'être occupé que de soi, c'est ce qui fait qu'on les ennuie ; rapportant tout à soi, ne parlant que de soi, de ses maux, de ses atTaires, rien ne rend si désagréable dans la société, ie connois une jeune personne de la cour qui est baie de tout le monde sans être mauvaise , mais seulement parce qu'elle n'est occupée que d'elle-même et qu'elle veut toujours en parler. On m'en faisoit des plaintes un de ces jours, OD prétendoit qu'elle nuisoit aux autres par les rapports qu'elle m'en faisoit. Je répondis : Comment me diriut-eUe ce que font les autres, elle qui ne parle que d'elle-même? La personne qui m'en faisoit des plaintes convint avec moi que c'étoit là es effet son tort et ce qui l'a fait haïr. Je ne sache pas d'ailleurs qu'elle ait jamab fait ni dit de mal à personne.

« Pour éviter les indiscrétions, il faut, comme je vous le disois tout à l'heure, être occupé des autres

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plus que de soi; penser avant que de parler si ee qu'on va dire ne fera de peine à personne, s'il n'aura pas de mauvaises suites ; prendre garde si en se plaçant on n'incommode point quelqu'un. — N'est-ce pas une indiscrétion , dit M"* de Chabot , de révéler un secret ? — Cela passe l'indiscrétion , répondit M"* de Maïntenon ; c'est une perfidie qui est bien opposée à la probité dont nous parlions l'autre jour, c'est une infamie dontulie personne d'honneur n'est pas capable. Lequel afmeriez-vous mieux, dit^lle, en apostrophant H"* de Vandeuil, de dire indiscrètement votre secret à quelqu'un ou de déclarer oelui qu'un autre voosauroit confié? — J'aimerol» mieux, dit la demoisdle, dire celui d'un au^e. — Ce sentiment est plus naturel que généreux, repartit M"* de Maïntenon, car révéler un secret qu'on vous a confié est une trahison, une bassesse, une infamie, et si vous dites le vMre ce n'est qu'une imprudence qui ne porte d'ordinaire préjudice k personne ; votre secret est à vous, vous 6tes maltre^e de le dire à qui il vous piatt, si vous le placée mal tant pis pour vous : c'est une indiscrétion ; mais le secret qu'on vous a confié est un dépôt qui doit être sacré et dont vous ne pouvez disposer; c'est pourquoi toutes les r^les éa christianisme et de l'honneur vous imposent ta nécessité de ne le pas violer; mais il est de la prudence de ne vous pas engager au secret avant de savoir si vous pouvez, en conscience, ne pas décUuvr ce qu'on veut vous donner sous le secret.

a Voici un petit détail des plus communes indiscrétions qu'il faut tâcher d'éviter avec soin, n

336 ENTRBTieSâ SUR L ElilCATIOX.

l'on ne veut pas être fort désagréable en société : K Choisir la place la plus commode ; prendre ce qu'il y a de meilleur sur la table ; interrompre ceux qui parlent; parler trop haut; montrer par quelque ' air du visage que ce que l'on dit vous fâche ou vous ennuie, ou qu'on le trouve trop long; parler de soi, de ses sentiments, de ses aventures, de sa naissance, de sa famille, de ses répugnances, de ses inclinations, de sa santé, de ses maladies ; non point que l'on ne puisse faire quelquefois quelques-unes de ces choses-là, mais il faut que cela soit rare; dire dans ce que l'on raconte des circonstances inutiles; allonger ce que l'on dit au lieu de le raccourcir ; ne pas montrer d'attention à ce l'on nous dit; parler bas à l'oreille devant quelques personnes à qui l'on doit du respect; parler ou faire du bruit à un spectacle en cérémonie ; parler de quelque défaut devant ceux qui l'ont; parler pour parler, sans qu'il y ait de l'utilité ou du plaisir pour les autres; rire immodérément; se mettre devant le jour.de quelqu'un qui travaille ou qui fait quelque autre chose ; s'approcher trop près de quelqu'un qu'on respecte ; ne pas écouter une lecture oi!i l'on se trouve ; ne pas attendre la On d'une histoire qui nous ennuie ; se trop presser dédire ce qu'on vient d'apprendre; montrer qu'on savoit ce qu'on veut dire ; se servir de ce qui est aux autres ; parler trop vivement ; hasarder de gâter ce qui est aux autres; montrer qu'on voit et qu'on entend ce qu'on veut vous cacher; écouter quelqu'un qui parle bas; dépenser librement ce qui n'est point à nous; faire des questions inutiles ; montrer qu'on

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sait un secret; quand quelque chose devient public montrer qu'on le savoit; montrer qu'on devine ce qu'on ne nous veut pas dire; s'avancer trop; ne pas craindre de faire attendre ; ne pas craindre d'incommoder les autres ; emprunter trop facilement ; garder trop longtemps ce qu'on emprunte; lire les lettres qu'on trouve; ne pas ménager ses domestiques sur leur travail, sur leurs pas, sur leur repos; présumer de ses forces, et pour le corps et pour l'esprit; se pousser trop par des austérités qui ne sont pas de notre état, sans prévoir que nous manquons ensuite à ce qui en est; parler de.sa conscience à ceux qui n'en sont pas chargés-, parler trop de ses confesseurs ; vouloir que les autres pensent et agissent comme nous; répondre trop facilement des autres: porter son jugement facilement , soit des choses soit des personnes ; ^r et parler sans réflexion assurer ce qu'un n'a pas vu; parler avec décision demander a une dame quel âge elle a; regardei par-<lessus l'épaule ce qu'elle lit ou ce qu'elle écrit rire de ce qu'on n'entend point; rire des façons des étrangers qu^ nous paroissent singuliers, ou de leur langage quand ils ne parlent pas bien le françois. »

ENTRETIEN LXXVIP,

(Snrrinalitnl.)

Juntr 171 «.

Quelques particulières de la communauté s'étant ■ LtUra Édifiantes, t. VU, p. 157.

33S nmBTiu» icm L'feDCCA.TioN.

récriéef i la récréation sur la commodité qu'il y a à trouvar Im habits d'tnrer et d'été dans ses eetlulM aa commencament de cbaque Eaisoa^tans nmr «u la peine d'y braraillar, ni même d'y songer. H"* de Uaintenon leur dît : « û'oye^vous que cela ne le fasse que pour vous faire jouir du repos et de IV bondance, et que pendant que la plupart des religieuses pratiquent rigoureusement la panrreté, n'ayant pas le moyen d'en clttnger, on n'ait eu ea vue que de vous rendre plus heuFHisesqu'eUes? Non, assurément, mais on a voulu, en vous mettant 1 votre aise, que vous ne fussiez occupées que de vos filles, et voua (t\xt tout ce qui pourroit vous détourno- de l'assiduité nécesswre auprès de vos demoiselles. Prenez donc cela, mes chères filles, dans l'esprit qui l'a fait faire, jouissez des commodités que l'on vous donne et du soin que vos supérieures ont de vous ; mais en oiftnie temps livrez-vous tout entières à votre principale occupation, et ne la quittez jamais. H

Après cela M"* de Maintenon paria assez longtemps sur ce que cette maison avoit de différent des autres maisons religieuses, et elle voulut qu'im l'écrivit; il fut recueilli sur-le-champ, et on le lui lut ensuite -, eUe le trouva bien, et dit qu'il falloit le conserver; le voici tel qu'il lui fut montré :

(t U faut que les Dames de Saint-Louis se mettent bien dans l'esprit et comprennent que leur établissement est singulier dans l'Église, et que ce qui se fait de plus excellent dans les autres communautés ne leur doit point servir de règle ; il faut soutenir

AVEC LES nUGIBUIES »K SAINT-UMlIt (1716). S39

votre maison sur le pied où éO» est présentemoitf et De jaimls rien ionerer sous quelque prétexte qufl ce puisse âUe. L'intention de vos fondateurs, en THtt ■<ili)îiiHiil , a été de faire élever chrétienn»* mffiat denx cent cinquante demoiselles; on n'avtnt d'abord point intention que vous fussiez religieuses, mab l'expérience nous ayant fait voir que les vœux simples ne vous engagent point absolument, vous auriez pu vous dégoûter ou on se serait dégoûté de TOUS, ce qui auroit fait un cbangeraent perpétuel dans votre maison, et empêché qu'on ne pût rien établir de stable. On n'a point trouvé de moyoi plus propre pour vous fixer que de vous faire faire des vaux solennels ; mais en vous faisant religieuses, on a com pris que vous seriez entièrement différentes des autres; on vous a déchargées de la gnmde quantité de prières, d'austérités, et généralement tout ce qui auroit pu vous détourner de votre bonne oeuvre ; c'est pourquoi on n'a pas voulu vous donner toutes les pratiques, toutes les observances et les régula^ rites qui sont en usage dans les autres maisons religieuses, qui vous auroient empôdhées de vous donner entièrement à l'éducation de vos demoiselles, «t c'est pour éviter tout ce qui pourrait vous en détourner qu'on vous a donné celle de n'^ler guère BU parloir, et de n'écrire que rarement. Vous ne pouvez point m'accuser de ne vous point vouloir parfaites et de n'avoir voulu ici que des personnes qui ne priassent Dieu que le matin et le soir; je vous ai toujours désiré et demandé une grande perfection, même dans les commencements ; je suis per»

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340 ENTRETIEMS SUR l'eUUCATIUN.

suadée que les Dames de SaiiU-Louis ne peuvent être trop parfaites et qu'elles doivent être des sainiet^ mais que toute leur perfection consiste à s'acquitter pfufaitement de leurs exercices de religion et du soin des demoiselles-, tout doit se rapporter à cela. Si on avoit voulu que tous eussiez ià autant d'offices et d'austérités qu'il y en a dans la plupart des monastères, le Roi, votre fondateur, étoit assez puissant pour transporter ici une maisoa d'Ursulioes ou de filles de Sainte-Marie, plutôt que d'y établir de nouvelles religieuses; mais il ne l'a point fait, afin que, votre Institut étant unique et singulier, vous ne tinssiez à rien, et que vous n'eussiez ni communautés ni supérieures qui voulussent introduire chez vous les coutumes de leurs maisons; et, quoique nous ayons pris ici des fiUes de Sùnte- Marie des pratiques qui nous ont été très-utiles, et que nous leur ayons l'obligation de nous avoir donné une sorte de gouvernement religieux qui ^t admirable, nous n'avons pas pris toutes les coutumes ni toutes les pratiques de leurs mfùsons, mais seulement celles qui ont pu convenir à l'éducation des demoiselles. Nous avons laissé tout le reste; car, pour ce qui regarde les classes, elles ne nous ont rien appris, et elles étoient les premières étonnées de la facilité avec laquelle on les gouverne.

« Vous devez honorer et estimer toutes les autres religieuses plus que vous, les croire plus saintes, vous regarder comme les moindres et les dernières de toutes; mais vous devez aimer votre Institut de préférence à tous les autres; il seroît impos^le.

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AVEC LES HELIUIEUSES DE SArNT-U)IllS (1716). 341

dans une aussi grande maison qu'est la v6tre, d'obsenrer les mêmes régularités, par rapport aux hommes, qu'on fait ailleurs; par exemple, dans un couvent de Carmélites, où ils n'entrent que rarement, c'est une nouvelle chez elle quand le médecin y est venu, et ici vous l'avez tous les jours; vous ne sauriez non plus vous dispenser d'avoir des ouvriers pour l'entretien de votre jardin et de vos bâtiments, aussi vous ne pouvez observer sur cela les coutumes des autres musons. On a essayé de vous donner les pratiques des filles de Sainte-Marie conuoe de baisser leur voile, de sonner une clochette lorsqu'il y a des hommes dans la maison ; mais on n'a pas trouvé que cela put convenir dans la vôtre, où il est si fréquent qu'il en devient impraticable, et parce que vous avez un grand nombre de demoiselles à qui il faut à la vérité inspirer une grande modestie, mais rieu de singulier. Je compte infiniment davantage sur vob% piété que sur cra dehors extérieurs de régularité qui sont incompatibles avec vos emplois, et nous voyons que tout ne consiste pas en cela, puisque dans les maisons où elles ont été établies avec le plus d'exactitude il ne laisse pas d'y avoir quelquefois des scandales, et que dans les communautés les plus exposées, comme les filles de la Croix et de l'Union- Chrétienne, on n'a encore jamais oui dire rien qui en approchât. Encore une fois, c'est votre piété et votre vertu qui vous garderont, si vous êtes fidèles à remplir vos devoirs et à garder votre règle; on peut dire que votre vie est très-sainte, et qu'il n'y a rien-dé plus grand que ce que vous faites, puisque

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242 BimiEnBHB H>n l'bmic&thm.

voua n'Mes occupéM d^nis le matiii joiqu'au »ak qu'à faire coonoUre Dieu, k eropteher qu'il ne doit ofTensé, et i le bien servir.

• Les supérieures doivent avoir sno d'entretenir une sainte joie (Uns U communauté^ de donner des récréaticms et de les diversifier -, vous pouvez, misait très-utilement, voua amuser de vos demotsdles comme nous faisicms quelquefois par ces répélUims si agréables qu'elles font de temps en temps; cda leur met d'excellentes t^toêes dans l'esprit, cela les réjouit eUesHnémes, caf elles sont bien aisée d'être écoutées, qu'on les voie ; cela est bon ausu à leur donner une bonne contraance, â leur apprendre à bien prononcer, et il est bien juste qu'elles eontribuent à votre plaisir. »

ENTftBTiBN LXXVIIM.

« Il y a, dit une autre fois M"' de Bouju a M"" de Maintenon, des maîtresses qui ont l'attrait de s'attacher à perfectionner particulièrement tes demoiselles les mieux nées et de plus, grande espérance ; d'autres de s'fq>pliquer aux plus défectueuses ou aux plus tardives; lequel mmeriez-vous mieux'? — Je ne voudrois pas, répondit M" de Maintenon, en négliger une seule, non pins que de préférer les unes

' lettra ét^/ianU*, t. Vil.

)C«eamiMDo«inMtt«4i««fB.dAiul'eiitnliMiXXXVU,y. lUt

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AVBC LK8 DUES SB ■Aim^LOOIft (1716). MS

ÉusMitnii, «t je vous conjure, mes ch^^ Ules, A'étiblir pour jamais cet raprit dans votre maison ; que les soins soient égaux pour toutes, que l'intérêt soit le même, et qu'aucun de ces enfants, que Dieu et le roi vous confieot, ne puisse se plaindre avec justice d'avoir été moins bien traité que d'autres. ]'avois pensé autrefois que vous feriez une bonne œuvre de vous appliquer davantage, quoique d'une manière imperceptible , à Former les filles d'une naissance plus distinguée ; je vous l'ai même écrit en quelque endroit ' ; maïs, toutes réflexions faites, je pense différemment présentement , et je persiste à vous recommander d'avmr nne conduite é^e, et la mëms attention, le même zèle et les mêmes soins, généralement pour toutes vos demoiselles ; l'expérience nous faisant voir qu'il n'y en a point qui ne puisse parvenir à des places et & des fortunes où tout ce qu'elles auront pu prendre ou apprendre ici de bon ne sera pas de trop. Ce n*est pas une raison parce qu'une fille est excessivement pauvre quand elle vient ici de la laisser là et de s'y moins appliquer qu'à une autre, sous prétexte qu'elle n'en sera que plus malheureuse si elle retombe dans la même misère dont la bonté du Roi l'a tirée: croyez que aj YOMs avez soin de l'élever en bonne chrétienne, d'en faire une ûlle raisonnable et de lui donner le plus de talents qu'il vous sera possible, vous lui rendrez un tré§-grand service; cette piété, cette raison, ces tidents, lui aideront à porter la pauvreté avec plus

' Volt le» Lettra »w i

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344 ENTRSTieSS SUR l'eddcatim.

de courage, à en soulager une partie, et peat'étre i l'en tirer tout à ffùl, comme nous l'avons déjà tu en pjusieiirs. »

ENTRETIEN LXXIX'

JniUet 171 B.

M"' de Maintenon ayant fait venir dans son appartement' les sis plus rdsonnables de la classe verte, leur dît : « Ce n'est point, mes enfants, pour vous faire le catéchisme que je vous envoie chercher aujourd'hui , mais pour vous parler sur la manière de vivre avec la politesse et les bienséances qui conviennent. Puisque INeu vous a fait naître demoiselles, ayez-^nles manières; que celtes d'entre vousquï ont été bien élevées chez messieurs- leurs parents les conservent, et que les autres s'appliquent avec soin à les acquérir. Cela est plus important que vous ne sauriez croire ; la grossièreté rebute tout le monde et même les personnes les plus vertueuses; cela inspire malgré soi un certain dégoût qui fait qu'on évite d'avoir affaire aus personnes qui n'ont ni attention, ni pohtœse, ni savoir-vivre. Je vous en ai souvent parlé dans les classes, mais votre maison se

> Leltret édifiantes, t. VI[, p. 219.

* La vieUiesM empêchait U^' de HalatenoD d'aller dan« le* clawea «os^ aouvrot qa'MlreTolB : pour contiDvet hou œufre d'éducation, elle ralaalt qnelqueroU venli des demoiselles dans sa chambre, et leur donnait aet iDttructlone ordinaire». Quand ella fit celle-ci, qui est pleine de grice et de bon sens, die avait près de qualre-vingt-deuii ans.

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