‹ Entretiens sur l'hygiène à l'usage des campagnes [electronic resource]Chapitre 2 sur 10 · HYGIÈNE DES FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

Les facultés intellectuelles comprennent un grand nombre d'opérations de l'esprit : l'attention, la comparaison, le -jugement, la mémoire, etc. L'hygiène de chacun de ces attributs de l'intelligence, envisagée séparément , ne présenterait que des nuances difficiles à saisir et sans utilité ; nous réunirons dore, sous le nom de facultés intellectuelles, tout ce qui tient a l'intelligence et à l'esprit qui n'est qu'une variété de l'intelligence.

♦ C'est par l'effet de l'intelligence que les hommes inventent et créent les merveilles des arts et des sciences; c'est elle qui, marchant dans les voies de la Providence, dévoile de temps à autre quelques-uns des mystères de la nature dont profite l'humanité; c'est à elle aussi que les sociétés civilisées doivent leur bien-être et leur supériorité sur celles qui négligent la culture de cette faculté de l'âme; c'est enfin par son développement graduel et continu que l'homme et la société

DIX-SEPTIEME ENTRETIEN. loi)

sont perfectibles, c'est-à-dire avancent chaque jour dans la voie du progrès, caractère distinguant profondément l'humanité de tous les animaux qui ne peuvent sortir du cercle dans lequel ils ont été enfermés par l'instinct donné à chaque espèce.

L'intelligence dont nous sommes doués n'a pas en chacun de nous la môme portée : chacun reçoit avec la vie une étendue et une nature d'esprit différentes; il n'est pas plus de ressemblance entre l'esprit des hommes qu'entre leur taille et leur physionomie. Cette variété des facultés intellectuelles était nécessaire pour satisfaire aux vues de la Providence qui a voulu que chacun de nous eût une mission différente à remplir dans la grande famille de l'humanité. Ainsi vous comprendrez qu'il est de notre devoir de développer cette intelligence pendant l'enfance etle'jeune âge, et de continuer h la cultiver pendant toute la vie. Il n'est pas donné à tous d'atteindre les hautes régions de la science, c'est un privilège accordé par le Créateur, mais tous peuvent et doivent augmenter la mesure de l'intelligence qui leur a été départie, et tous doivent en faire un bon usage pour leur utilité personnelle et dans l'intérêt de leurs semblables.

Ces principes posés, faisons-en l'application à notre enseignement.

C'est par les sens qu'arrive à notre esprit la connaissance des choses extérieures : ainsi la vue, l'ouïe, le toucher, nous servent h percevoir la couleur , le son et certaines propriétés des corps; telle est, avec les idées innées, celles que nous devons à notre nature spirituelle, l'origine de toutes nos connaissances premières. L'intelligence, mise en jeu par les sensations, se développe en même temps que les sens ; elle continue à s'accroître par l'instruction qui est le seul moyen de

cultiver cette belle prérogative. Je suis amené par là à vous faire remarquer quel prix on doit attacher à l'instruction des enfants, et quel soin il faut mettre à leur donner cet élément de grandeur, de puissance et de liberté. L'âge de l'enfant ne comporte qu'une certaine somme d'instruction, carie cerveau, qui est l'instrument matériel de l'intelligence, comme tous les autres organes, lorsqu'il est trop excité, se fatigue et devient malade; si, au contraire, on le laisse dans l'inertie par défaut d'exercice intellectuel, il s'affaiblit et s'engourdit comme un membre sans activité; d'un autre côté, le cerveau présidant au jeu de nos organes, quand il souffre , ceux-ci souffrent pareillement.

A cause de l'importance de ce sujet, je veux vous donner ici quelques conseils.

C'est à l'âge plus spécialement consacré à l'instruction, pendant la jeunesse, que se font surtout sentir les inconvénients de l'excès du travail intellectuel. L'émulation, qui profite si puissamment à l'instruction, alors qu'elle reste dans de saines limites , peut devenir funeste à certains jeunes gens plus ambitieux que robustes, ou que des parents aveugles excitent à un travail forcé. D'une excitation cérébrale trop prolongée résulte une irritabilité qui prédispose à un grand nombre de maladies, et particulièrement aux maladies nerveuses, si longues, si douloureuses et, disons-le, si fréquentes aujourd'hui. En outre, par suite du trouble qu'occasionne la fatigue du cerveau, les organes, ceux même qui ne sont pas sous sa dépendance immédiate, peuvent être affectés : ainsi la digestion, la respiration et la nutrition se font d'une manière incomplète, et de là encore la source de nombreuses maladies qui rendent la vie pénible et en abrègent la durée.

Quand, au contraire, on néglige le développement de l'intg$igence, c'est-à-dire l'instruction qui est son aliment essentiel, surtout pendant le jeune âge, l'homme reste incomplet a; aans un état d'infériorité qui le rend incapable de remplir dans la société le rôle qui lui a été assigné par la Providi ne il perd ainsi le premier titre dont l'homme ait à se glorifier, celui d'être intelligent ; il est privé de toutes les nombreuses jouissances que donne l'instruction, et devient incapable de gouverner même ses intérêts les plus simples ; et ce n'est pas encore le seul résultat fâcheux de cette inertie de l'intelligence, la physionomie elle-même se modifie et trahit par sa grossière expression la rudesse de l'âme inculte et quelquefois l'idiotisme; enfin, l'absence d'action intellectuelle laisse le corps dans un état d'engourdissement qui ne peut être que funeste à la santé.

La santé, qui constitue principalement le bonheur matériel, est intéressée à la culture de l'esprit, et nous devons nous attacher à conserver entre ces deux principes de notre être, le corps et l'âme, l'harmonie la plus parfaite, tout en soumettant le principe inférieur, qui est le corps, au principe supérieur, qui est l'âme: il vous a été démontré que si la culture forcée de l'intelligence peut user prématurément, une intelligence complètement négligée laisse le corps dans un état d'infériorité, de langueur qui n'a pas moins d'inconvénients.

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