‹ Entretiens sur l'hygiène à l'usage des campagnes [electronic resource]Chapitre 3 sur 10 · HYGIÈNE DES FACULTÉS MORALES · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES FACULTÉS MORALES

Il ne suffit pas, pour être un homme complet et conserver sa santé, d'avoir un corps sain, bien constitué et une intelligence bien développée; il faut encore donner une bonne

direction à ces autres facultés de l'âme que nous avons désignées sous le nom de facultés morales.

L'homme doit ses facultés morales à la sensibilité qui, vous le savez, est comme l'intelligence une propriété de Pâme. Ne confondons pas cette sensibilité avec celle qui nous est commune avec les animaux et qui n'a de rapport qu'avec nos sens. La sensibilité de l'âme proprement dite est indépendante de tout ce qui est matériel. C'est par l'effet de la sensibilité animale que nous apprécions les propriétés physiques des corps, leur pesanteur, leur couleur, etc; c'est par l'effet de la sensibilité de l'âme que nous connaissons la valeur morale des choses immatérielles, le bien et le mal : la sensibilité de l'âme éclaire nos actions, soit qu'elles aient pour but l'intérêt de notre conservation, nos rapports avec les autres hommes ou ce que nous devons à notre Créateur ; elle est la partie essentielle de l'homme, puisqu'elle préside à tous ses actes et qu'elle détermine la manière d'être de chacun, son caractère distinctif.

Rappelons ici que l'homme est libre, pour qu'il soit bien compris que nous sommes maîtres de nos actes, et par suite responsables envers nous-mêmes par rapport à notre santé. Cette liberté est, comme l'intelligence et la sensibilité, une propriété de l'âme; il ne faut pas la confondre avec l'instinct qui permet aux animaux de distinguer ce qui leur est utile ou nuisible, dans l'intérêt de leur conservation, instinct qui leur a été donné dans la mesure nécessaire pour atteindre le but de leur nature; tandis que la liberté de l'âme chez l'homme est complète; elle accompagne et dirige toutes ses actions, elle est enfin indépendante de toutes contraintes extérieures.

Donc, si, par le sens moral, nous avons connaissance du bien et du mal, par sa liberté, nous avons le choix entre l'un

et l'autre, et nous sommes responsables de nos actes envers Dieu, envers la société, et j'ajouterai, envers nous-mêmes, puisque de leur bonne ou mauvaise direction dépendent notre espérance dans l'autre vie et ici-bas notre santé.

Vous comprenez, j'espère, l'importance hygiénique des facultés morales; je ne vous ai rien dit en dehors des principes, des connaissances que possèdent tous les hommes; seulement on ne s'en rend pas toujours compte, on exerce ses facultés, sans chercher à comprendre leur origine, leur nature et leur portée. Cette indifférence n'est pas sans inconvénients : figurez-vous un ouvrier se servant d'un outil ou d'une machine dont il ignore la composition ; il les dérange et les détériore, il n'en tire pas au moins le meilleur parti ; il en est de même de l'homme qui n'a pas appris à connaître les attributs de ses propres facultés, il les gouverne mal et les laisse s'égarer dans une mauvaise direction.

Le trouble des facultés de l'âme agit directement sur le cerveau, et lorsqu'il provient de secousses violentes et prolongées, il peut déterminer ces maladies mentales si dignes de pitié, la manie, la démence et la folie. Cet état anormal de l'âme, par la réaction du cerveau sur n\s autres organes, porte le désordre parmi eux et les rend malades. Le cœur, l'estomac et le foie paraissent plus particulièrement sous l'influence des affections morales ; l'impression éprouvée par ces organes, quoique indirecte, est tellement évidente que les médecins croyaient autrefois qu'ils étaient le siège de certaines sensations morales ; on dit encore, dans le langage ordinaire, que l'on souffre au cœur quand on a de la peine, que le chagrin serre l'estomac. Ces expressions employées par tout le monde indiquent qu'il est bien connu que les émotions

morales peuvent produire une altération profonde sur certains organes et compromettre la santé.

Il est donc d'une haute importance de bien diriger les facultés morales ; nous allons, pour mieux les étudier, les ranger dans une classification qui, si elle n'est pas scientifique, aura du moins l'avantage de faire saisir plus facilement l'ensemble des principales questions de l'hygiène morale.

1° Du sens moral qui préside aux besoins physiques du corps : nous considérerons son influence sur l'alimentation, sur les soins extérieurs du corps, puis nous terminerons l'examen de ce sens conservateur agissant parla prévoyance ;

2° De l'influence des sens externes sur les facultés morales;

3° De l'influence du sens de la conservation de l'espèce; 4° Du sens moral qui préside à la conservation de la dignité humaine ;

5° Du sens moral qui nous met en rapport avec Dieu.

Je demande toute l'attention du lecteur pour l'étude d'un sujet qui intéresse si fortement chacun de nous dans sa propre personne, dans ses facultés supérieures, dans ses rapports avec ses semblables et même avec son Créateur ; n'oubliez pas que la santé est également intéressée à ce qu'une bonne direction soit donnée à ces facultés.

Du sens moral qui préside à la conservation de l'homme. — Son influence sur l'alimentation. — Sur les soins extérieurs du corps. — De la prévoyance. — De l'influence des sens sur les affections morales. — De l'influence du sens de la conservation de l'espèce. — Du sens moral qui établit nos rapports avec la société

DU SENS MORAL DE L'HOMME QUI PRESIDE A LA CONSERVATION PHYSIQUE DE L'HOMME.

L'homme éprouve des sensations internes qui l'avertissent des divers besoins du corps, et le portent à mettre en activité certaines fonctions organiques nécessaires à la conservation de la vie. La Providence a attaché à l'exercice de ces fonc- r lions, c'est-à-dire à la satisfaction de ces besoins physiques, une jouissance sensuelle qui en assure l'accomplissement. L'instinct produit le même effet chez l'animal; il a faim, il mange; il a soif, il boit; quand il est rassasié, il s'arrête. L'homme, nous devons le répéter encore, l'homme est libre ; il peut obéir ou ne pas obéir à ses besoins instinctifs ; il peut les satisfaire dans les limites de la sobriété, comme leur ré-

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sister et faire abstinence. Malheureusement il peut aussi outrepasser les besoins par gourmandise ou intempérance; il en arrive ainsi quand, au lieu de boire seulement pour apaiser la soif et aider la digestion, on fait abus de boissons alcooliques pour flatter l'organe du goût. Or, ce sens n'est jamais rassasié, plus on lui donne, plus il demande; il finit bientôt par se blaser, et exige des excitants plus forts pour réveiller l'engourdissement occasionné par l'abus des boissons enivrantes. L'excès dans le manger, cette autre perversion du sens moral conservateur, que l'on nomme gourmandise, n'a pas moins d'inconvénients pour la santé.

L'homme qui s'adonne à ces vices se dégrade moralement; il fait servir à sa honte et à son abrutissement des éléments destinés à augmenter son énergie, et trouve les langueurs de la maladie au lieu de la vigueur de la santé.

Ainsi, ce n'est jamais sans de funestes effets et une punition immédiate qu'on manque aux préceptes moraux qui règlent la satisfaction des besoins qu'éprouve notre corps pour sa conservation physique.

L'ivresse, effet immédiat de l'abus de certaines boissons, montre quelle perturbation elles produisent dans nosplusnobles facultés, puisque l'homme ivre est privé de sa raison. L'habitude de ce vice entraîne des congestions, des altérations de l'estomac et des intestins, elle mène vite aux infirmités et à une mort prématurée.

Les effets de la gourmandise sont également funestes à la santé. Une nourriture trop abondante et trop succulente fatigue l'estomac, le rend malade et finit par l'user. Il y a plus de maladies dues à l'excès qu'à l'insuffisance de la nourriture.

Un autre besoin du corps est d'être protégé contre les va-

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dations atmosphériques. La Providence ne nous a pas fourni, comme aux animaux, un vêtement naturel ; elle nous a donné le sentiment de ce besoin, et l'intelligence pour le satisfaire, et vous n'avez qu'à obéir à ces guides. L'homme ne laisse à découvert que le visage, qui est l'expression de tout son être, et les mains, dont le libre usage lui est continuellement nécessaire. Je n'ai plus à parler ici des vêtements, mais je rapj« -lierai seulement que pour satisfaire aveuglément les exigences de la mode, vous vous exposez à comprimer des organes qui ont besoin de liberté pour exécuter leurs fonctions, et aussi h ne pas garantir convenablement certaines parties du corps contre le froid et l'humidité, et que par suite vous pouvez compromettre votre santé.

Nous venons d'exposer les effets du sens moral conservateur des besoins matériels du corps; il en est encore un autre qui consiste dans la prévoyance, et dont je dois vous parler avec quelques détails.

La prévoyance, vous le savez, nous porte à faire des provisions, des économies pendant que nous sommes jeunes et bien portants, en prévision de nos besoins pendant la vieillesse et la maladie. Elle est tellement naturelle et nécessaire pour la conservation de l'individu qu'elle a été donnée aux animaux sous forme d'instinct. Ne voyez-vous pas dans nos champs, dans nos bois mille insectes prévoyants ramasser pendant l'été la nourriture de l'hiver?

La prévoyance, comme toutes les autres manifestations de Pâme, est sous la dépendance de notre volonté; nous sommes libres de diriger ce sentiment d'une manière utile à notre santé, de l'exagérer ou de le négliger. Je vais vous apprendre ces divers effets au point de vue de l'hygiène.

C'est parla prévoyance que l'homme, portant sa pensée au

delà du moment présent, songe à l'avenir et pourvoit à ses besoins : il sait que les ressources personnelles lui manqueront, et il prépare ainsi le repos de sa vieillesse; et déjà cette prévision est une jouissance et la récompense immédiate de son travail. Le gouvernement, aidé par les efforts individuels d'une société chrétienne, encourage le développement de ce sentiment dans les masses par les sociétés de secours mutuels et les caisses de prévoyance et de retraite pour la vieillesse. Il faut profiter des moyens mis si généreusement à votre disposition.

L'exagération de la prévoyance devient avarice, passion honteuse qui rend l'homme inutile à la société. Celui qui en est possédé recherche la richesse, non plus pour les avantages qu'elle procure, mais pour la matière elle-même. L'avare fait son dieu de son trésor, c'est là sa seule pensée ; il est étranger à tous les bons sentiments; il se livre à un travail excessif, il s'impose des privations pour satisfaire sa passion insatiable, il est rongé par l'inquiétude de perdre et de quitter l'objet de son unique affection : de là des tourments et des insomnies qui réagissent sur sa santé. C'est ainsi que vous voyez le plus souvent un avare avec un corps grêle, une figure décharnée et une expression soucieuse et maladive.

L'imprévoyance, qui conduit à la prodigalité, est beaucoup plus commune que l'avarice. C'est être prodigue que dépenser follement les ressources du présent ou les appliquer à des plaisirs sans but utile. Le prodigue néglige son travail, il entame bientôt, absorbe son patrimoine, et ensuite le produit du travail de sa famille ; puis viennent la misère et le désordre qui en sont presque inséparable. Placés dans cette voie, l'homme est écrasé par ses privations personnelles (car il ne parviendra pas plus que l'avare à satisfaire ses désirs), par

les sacrifices qu'il impose autour de lui, et enfin par les remords trop tardifs. Tout cela conduit inévitablement à de graves maladies et à une fin prématurée.

Une autre aberration du sens moral de l'imprévoyance porte l'homme par l'appât d'un gros bénéfice à exposer son argent dans des jeux ou des loteries, ou à le risquer dans des entreprises commerciales plutôt hardies que sûres. Pauvres malheureux ! il n'y a pas de repos pour eux ; ils tentent successivement tout et épuisent dans ces luttes avec le hasard les forces qui leur avaient été données pour en faire un plus utile et plus noble usage. Ce trouble profond et incessant de l'âme réagit sur le corps et contribue au développement de nombreuses maladies. Ajoutons, pour compléter ce tableau, que les déceptions continuelles poussent trop souvent ces malheureux au suicide.

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