INFLUENCE DES SENS SUR LES AFFECTIONS MORALES
Nous avons traité des soins qu'il est nécessaire de donneraux sens pour conserver leuractivité et leur finesse ! Cessons étant nos seuls moyens de communication avec le monde extérieur, c'est par leur intermédiaire que l'âme reçoit les sensations qui l'impressionnent et la portent, suivant leur nature, vers le bien ou le mal. Le moral est d'abord atteint, puis, par réaction, le physique ne tarde pas à être altéré. Nous avons un double intérêt à ce que notre âme ne reçoive par les sens que de bonnes et saines impressions. Quelques exemples rendront plus évidente cette influence des sensations sur la santé.
Le sens de la vue nous procure des émotions qui élèvent l'âme, lorsqu'il se porte sur quelques merveilles de la nature et sur un chef-d'œuvre exécuté par les hommes; l'âme
est attendrie et agréablement émue, lorsque ce même sens la fait assister à une bonne action ; elle est blessée, au contraire, quand elle est impressionnée par des scènes de colère, de débauche.
Il peut arriver aussi que l'âme s'habitue a de pareils tableaux; alors elle ne les évite plus et finit par y trouver une certaine jouissance : c'est une véritable dégradation ou maladie du sens moral.
Ce que je viens de dire du sens de la vue peut s'appliquer à tout autre sens. Nous avons déjà parlé du sens du goût, si favorable à tout notre être quand il est maintenu dans de saines limites, et qui devient si funeste dès qu'il est altéré par l'excès. Nous recevons par l'audition de nombreuses et profondes impressions. Tout le monde sait l'influence de la musique qui peut calmer, adoucir ou exciter notre àme. C'est aussi par ce sens que nous arrivent les bonnes ou mauvaises paroles, les bons ou mauvais conseils qui nous portent au bien ou au mal et fortifient ou altèrent notre moral.
Nous ne sommes certainement pas toujours maîtres des impressions qui nous arrivent par les sens ; cependant, ayant le sentiment du bien et du mal, avec la liberté de résister ou de céder, selon notre appréciation raisonnée, nous pouvons et nous devons repousser les mauvaises impressions, recevoir et rechercher les bonnes. Si c'est pour nous une nécessité et un devoir rigoureux de faire un bon usage de nos sens, nous sommes bien ennemis de nous-mêmes, bien coupables, quand nous cédons aux funestes entraînements qui nous arrivent par ces voies ! Le plus souvent, nous trouvons dans ce monde la récompense ou la punition du choix que nous avons fait par la jouissance ou par la perte de notre considération et de notre santé ; et s'il en est quelquefois autrement, rappelez-vous
que Celui qui nous éprouve nous tiendra compte dans l'autre vie de l'usage que nous aurons fait ici de nos sens.
11 est encore une sensation déterminée par la souffrance du corps, dont je dois vous parler parce qu'elle est. essentiellement conservatrice : c'est la douleur physique. Cette douleur est l'indice d'une altération matérielle , c'est le cri du corps qui souffre, et la souffrance exprime le besoin de la santé; c'est une demande de secours du corps à l'âme, il faut en tenir compte. Ainsi, quand vous éprouvez un malaise qui rend pénibles les travaux ordinaires, s'il ne provient pas d'accidents passagers, il peut être le précurseur d'une maladie prochaine; c'est un avertissement auquel il ne faut pas résister.
Il n'est pas à craindre, qu'à l'exemple de certaines personnes oisives, vous soyez préoccupés de douleurs purement imaginaires, ou, qu'exagérant des souffrances peu importantes, vous passiez votre vie à redouter un mal dont on peut ainsi hâter la venue et qui, dans tous les cas, rend la vie triste et pénible. A vous, hommes de rudes travaux, le meilleur conseil à donner, c'est de vous mettre en garde contre l'insouciance du danger ou contre une prétendue nécessité de travailler, et d'aviser, sans délai, aux moyens de prévenir ou de guérir une maladie que la souffrance vous révèle à son début, alors que la guërison est encore facile.