INFLUENCE DU SENS DE LA CONSERVATION DE L'ESPECE
C'est l'amour maternel et paternel qui préside à la conservation de l'espèce humaine. Ce sentiment donne les jouissances les plus douces et les plus pures; avec la réciprocité de l'amour filial, il procure les plus heureuses émotions qui
puissent charmer le cœur; ces jouissances de famille sont la source féconde de consolations et d'espérances aussi utiles au corps qu'à l'âme par le bien-être qu'elles nous causent.
Les animaux ont, pour assurer la conservation de leur espèce, un instinct qui répond à notre sens moral : il les porte à bien soigner leurs petits, à les élever avec une sollicitude admirable ; mais, quand l'animal a grandi, quand l'instinct lui a révélé qu'il peut se passer des soins de ses parents, il les quitte sans souvenir du passé, et, eux-mêmes ne sentant plus la nécessité de protéger leur petit devenu fort, l'abandonnent sans regret; l'instinct a rempli sa loi, et voilà tout. L'homme, au contraire, qui est régi par un sentiment plus noble, donne et reçoit avec amour les soins de la famille; quand le temps de la faiblesse est passé, il se souvient que le bienfait de l'existence, après Dieu, il le tient de ses parents, et c'est une dette qu'il paye par une reconnaissance tendre et pieuse qui ne finit qu'avec sa vie.
Ce sens moral, source d'un véritable bonheur, et dont l'exercice a une si grande et si heureuse influence pour la conservation de l'espèce et l'éducation des enfants, peut, comme les autres, être exagéré, perverti ou affaibli.
L'exagération a sa source dans une tendresse aveugle, inintelligente, qui empêche les parents de refuser à leurs enfants ce qui peut leur nuire et de réprimer leurs caprices. La moindre conséquence de cette funeste faiblesse est de laisser croire aux enfants qu'ils dôivent obtenir tout ce qu'ils désirent, et qu'il n'y a pour eux ni impossibilité, ni danger. Capricieux, désobéissants, mal élevés, ils sont un sujet continuel d'inquiétudes et de chagrins. Malades, ils deviennent intraitables, sont exposés à périr sans secours, sous les yeux de leurs parents en proie à de tardifs remords. Ces défauts des enfants
deviennent les germes de vices qui, se développant avec l'âge, compromettent l'avenir et la santé.
L'affaiblissement, l'absence et la perversion de ce ms moral sont plus rares que son exagération. Il est tellement contre nature de ne pas aimer ses enfants, qu'il est impo il I ! d'expliquer cette monstruosité autrement que par une maladie profonde de l'âme. L'abrutissement causé par un vice habitue! comme l'ivrognerie et la débauche ôte à l'àme toutes ses facultés et la pervertit. Dans ces conditions anormales, tous les bons sentiments lui sont étrangers, et que peut alors devenir l'amour paternel ? Les enfants sont abandonnés et quelquefois sacrifiés par le crime. Mais n'insistons pas sur des maux dont la réprobation de la société et les sévérités de la loi suffisent à inspirer l'horreur.