‹ Entretiens sur l'hygiène à l'usage des campagnes [electronic resource]Chapitre 6 sur 10 · DU SENS MORAL QUI ÉTABLIT NOS RAPPORTS AVEC LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DU SENS MORAL QUI ÉTABLIT NOS RAPPORTS AVEC LA SOCIÉTÉ

Les êtres qui, pour vivre et se défendre, ont besoin du secours de leurs frères, ont été pourvus, les animaux d'un instinct spécial, les hommes d'un sens moral qui les portent à se rapprocher les uns des autres et à vivre en société. Si les premiers obéissent à cette loi de leur nature en concourant nécessairement à une action commune, il n'en est pas de même chez l'homme qui est libre et qui peut résister à l'inspiration de ce sens moral. Dieu, dans l'intérêt de la conservation de l'homme, lui fait un commandement de ce qui est pour lui une nécessité inhérente à sa nature. 11 fait plus encore en attachant à l'accomplissement de ce devoir des jouissances, comme celles que nous procurent les bomies relations soeijJes, et en promettant à ceux qui le pratiquent dignement, des ré-

compenses éternelles. A ces caractères vous recçunai^ez l'amour du prochain, que la religion met au nombre des vertus chrétiennes sous le nom de charité.

Notre intérêt personnel nous rapproche, comme par nécessité, les uns des autres; notre raison nous dit de ne pas faire de mal à autrui pour que rien de mal ne nous soit fait à nousmêmes; et, au contraire, d'être utiles et agréables à tous, pour être payés de retour. Le véritable amour du prochain va plus loin : il rend l'homme bon et obligeant sans avoir en vue la réciprocité. La satisfaction intime qui lui donne la paix de l'âme, si favorable au corps, lui suffit. Le développement de ce sens moral stimulé par la doctrine chrétienne détermine la fondation de ces sociétés religieuses créées pour adoucir les maux qui nous assiègent depuis le berceau jusqu'à la lin de la vie; elles vont chercher la misère partout où elle se trouve; elles se multiplient pour découvrir les malheureux et en prendre soin comme d'un trésor. Ayons un profond sentiment de vénération pour ces religieuses qui, empressées d'obtenir les récompenses célestes, vont chercher la mort pour conserver la vie des autres ; elles portent leur dévouement dans les pays les plus insalubres, et vont suivre nos soldats sur les champs de bataille. Comme chrétiens, admirons aussi ces missionnaires qui vont porter les lumières de la foi dans des climats meurtriers, à des hommes à peu près sauvages, s' exposant à une mort prématurée et presque certaine.

L'amour de la patrie, ce sentiment si profond et si général dans notre pays, est un dérivé de l'amour du prochain; vous savez quels miracles il enfante, vous savez aussi quelle flétrissure s'attache au nom des traîtres.

Il faut nous tenir dans des sphères moins hautes. Disons seulement : l'amour du prochain, qui produit les bonnes rela-

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tions entre voisins et amis, porte à se secourir mutupllemenl clins la peine, à s'aider dans les travaux, à s'assister par des conseils et des consolations dans la douleur, ne serait-ce que par une bonne parole ou un serrement de main affectueux. Ainsi tous peuvent exercer la bienfaisance et la charité.

Par l'action de cette vertu, l'âme émue d'une manière si douce et si bienfaisante se dilate; le corps en reçoit une heureuse et utile influence. En voulez-vous un exemple? Regardez les personnes connues par leur charité, les qualités de leur àme se peignent sur leur physionomie qui exprime le calme, la sérénité, la douce satisfaction : voilà le prix du contact des bonnes œuvres.

Pourquoi donc, au lieu de cela, voit-on cette sorte de bonheur négligée et remplacée par les plus pénibles sentiments? Pourquoi ces haines, ces jalousies qui engendrent des querelles, des procès et donnent au corps une agitation chagrine, desespérée? Dieu a-t-il voulu, pour punir aussitôt ces dispositions si contraires à la charité et si nuisibles à la société, que nous souffrions nous-mêmes du mal que nous faisons aux autres? Ce que j'écris, ne l'ai-je pas observé mille fois, et c'est au médecin surtout qu'il est donné déjuger des déplorables excès que produit parmi les hommes l'absence du sens moral qui se rapporte à l'amour du prochain.

Cet état de dépravation ne se borne pas à amener les haines et les jalousies, il entraîne presque toujours Tégoïsme, c'est-àdire l'amour de soi-même à l'exclusion de tous autres.

L'égoïste reste insensible à toutes les nobles émotions; le malheur des autres ne le touche nullement; il rapporte tout à lui, il n'aime personne; en revanche, la société qui n'a rien à attendre de lui, le repousse et lui refuse toute jouissance, toute consolation. Ainsi isolé, l'homme est dans une situation contre

nature; il est malheureux et se trouve dans des conditions contraires à sa santé.

L'amour exagéré du prochain, remarquons-le, porte à des actes qui profitent à la société, et, sauf quelques cas particuliers, tout notre être se trouve bien de la pratique des bonnes actions envers le prochain.

C'est le même sentiment qui est exalté par certains politiques sous le nom de fraternité. Il est regrettable que ce nom si beau, si digne d'être populaire, qui nous vient du Christ, ait été indignement exploité par des hommes de révolution, par des factieux; il a servi à masquer d'exécrables crimes, et, dans nos annales, ce mot, au lieu de répondre à des sentiments humains et religieux, réveille en nous des souvenirs lugubres et menaçants.

Développez en vous la fraternité, mais qu'elle soit noble et vraie, sans arrière-pensée de révolutions sociales, le bonheur de tous y est intéressé.

Du sens moral qui nous porto à conserver noire dignité, — Du sens moral qui établit nos rapports avec le Créateur. — Un mot sur l'éducation des enfants.

Toutes les facultés morales dont nous nous sommes occupés dans le dernier entrelien se rattachent à la conservation de l'homme. Nous avons fait remarquer qu'elles se rencontrent chez les animaux sous forme d'instinct, et que l'énorme différence entre le sens moral et l'instinct consiste en ce que le sens moral est libre et rend l'homme maître de ses actions, tandis que l'instinct est lié aux besoins organiques, et fait de l'animal un être sans volonté, un esclave.

Quant aux sens moraux qui nous restent à étudier, ils n'ont aucun analogue chez les animaux : ce sont les sens qui président d'une part h la dignité humaine, et d'autre part à nos rapports envers Dieu.

Ces 'deux sens moraux ne sont pas mis en jeu, comme les précédents, par les besoins matériels; leur stimulant est intérieur et vient de l'âme elle-même; en conséquence, c'est par un mouvement spontané de l'àme que s'opèrent leurs manifestations. Si ces sens moraux n'ont dans le corps aucun organe qui leur corresponde plus particulièrement et dont l'action puisse être troublée, ils peuvent cependant être mal dirigés,

de manière à altérer la santé par la perturbation de notre organisation; c'est pourquoi l'étude de ces facultés de l'âme entre également dans le domaine de l'hygiène.

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