‹ Entretiens sur l'hygiène à l'usage des campagnes [electronic resource]Chapitre 7 sur 10 · SENS MORAL QUI NOUS PORTE A CONSERVER NOTRE DIGNITÉ · texte numérisé non relu

SENS MORAL QUI NOUS PORTE A CONSERVER NOTRE DIGNITÉ

L'amour du prochain, ce sens moral sur lequel reposent les relations des hommes entre eux, est fortifié et complété par celui qui nous donne le sentiment de la dignité humaine. L'homme pénétré des obligations que lui impose la nature supérieure, spirituelle de son essence, sait mieux que tout autre nonseulement ce qu'il se doit à lui-même, mais aussi ce qu'il doit à ses semblables; ce sens est donc éminemment social.

Or ce sentiment qui nous fait comprendre la valeur de notre personnalité, constitue l'amour-propre; il est essentiellement conservateur de la dignité de notre âme ; il exerce près d'elle la surveillance dont sont chargés les autres sens moraux par rapport à nos besoins matériels.

L'amour-propre, dans certaines limites, porte l'homme à agir toujours aussi honnêtement, qu'il soit seul, en famille ou en public; il ne se livre à aucun acte, ne fait aucun geste, ne dit aucune parole qui ne soient convenables, parce que, toujours, cet homme se sent en face de sa propre dignité qu'il respecte. Celui qui en est bien pénétré n'a pas une hauteur blessante pour ses inférieurs, ni une bassesse honteuse pour ceux qui sont au-dessus de lui; il sait commander et obéir sans arrogance et sans faiblesse ; respectueux envers ceux à qui il doit du respect, il est honnête et poli avec tous, et s'acquiert ainsi l'estime et l'affection des personnes qui ont des relations avec lui.

Au contraire quand l'amour-propre n'est pas contenu dans

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m sages limites, il devient un défaut antisocial, hisuppori'able à tous, et nuisible à celui qui en est possédé, car nos vices sont nos maîtres. Vous avez déjà nommé l'orgueil. L'orgueil nous donne une trop haute idée de nous-mêmes, nous trompe sans cesse, et nous porte à des actions blâmables et -idicules. L'orgueil conduit à l'égoïsme, car on ne peut s'élever au-dessus des autres sans les rabaisser a son profit. L'orgueil c'est la haine de la supériorité, le dédain de l'égalité et .e mépris de l'infériorité. Ce sentiment, qui n'est autre chose qu'une dépravation de l'amour-propre, peut se caractériser ainsi : il est faux, inhumain et funeste. Il est faux, car il ne peut entrer dans les vues de la Providence, comme il est contraire au bon sens, que nous soyons tous au premier rang, tous des hommes supérieurs; il est inhumain, car il amoindrit tout ce qui lui est étranger, et ne fonde son élévation que sur l'abaissement des autres ; enfin il est funeste, car il est la source d'amères déceptions, et celui qui est sous l'empire de ce vice est aussi méprisable qu'il est h plaindre. Or comment se pourrait-il que le bonheur existât avec des déceptions continuelles, et que notre pauvre corps restât en santé quand d'aussi puissantes causes d'impressions pénibles l'assiègent sans cesse? Comme exemple d'influence fâcheuse de ce vice, je vous dirai seulement que le plus grand nombre des aliénés sont atteints de folie orgueilleuse.

La vanité est une forme de l'amour-propre exagéré et perverti, qui porte à vouloir attirer les regards et les hommages des autres; elle est la source d'une foule de défauts et de mauvaises passions ; elle conduit de degré en degré à tous les désordres, les folles dépenses, le libertinage, les jalousies, etc. Prenez-y garde, car si l'amour-propre bien entendu est éminemment conservateur de notre dignité, la vanité, qui en est

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une déviation, nous entraîne loin de là, et nous livre l\ tous les vices.

L'absence de l'amour-propre conduit à l'insouciance, ;i la faiblesse morale qui se manifestent par des paroles puériles ou ridicules, par des distractions honteuses, par la débauche et l'ivrognerie. Ces désordres se reflètent sur l'extérieur de l'homme; il en porte l'empreinte sur ses vêtements sales, déchirés; ayant perdu le sentiment de sa dignité personnelle, il ne tient nul compte de l'estime publique qu'il méprise, et, comme il n'a plus de frein qui le retienne sur la pente du mal, il arrive ainsi au dernier échelon de la dégradation. "Vivre dans un milieu pareil, c'est courir toutes les chances d'une mauvaise santé.

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