SENS MORAL QUI ÉTABLIT NOS RAPPORTS AVEC LE CRÉATEUR
Le sens moral d'où nous vient l'idée d'un Être supérieur, créateur de toutes choses, répond comme les autres à un besoin de notre nature, seulement c'est un besoin spirituel, un instinct immatériel, une force invisible qui nous porte à reconnaître l'existence de Dieu. Nous sommes sa création, nous voyons la grandeur et la puissance de ses œuvres, nous voulons nous élever jusqu'à lui et nous sommes ainsi conduits à l'adorer et à le prier. Ce culte constitue la religion.
Le sentiment religieux a existé chez tous les peuples de la terre, dans tous les temps et tous les lieux. Certains hommes, et par suite certains peuples, se sont trompés sur l'objet de leur culte, mais ont cependant rendu hommage à un Être suprême. La généralité et la spontanéité de ce sentiment suffiraient pour prouver, au besoin, qu'il a été imprimé en nous
par Celui qui nous a créés, afin que nous puissions le connaître et le servir.
Bien que malheureusement ce sentiment soit très-affaibli chez beaucoup d'hommes, jamais il n'est entièrement éteint ; il se réveille au fond du cœur à l'aspect des merveilles de la nature, et, chez les âmes endurcies, par l'effet du danger ou de quelque grand malheur. Ne voit-on pas chaque jour des personnes, qui font si tristement profession de ne pas croire à la religion , se convertir spontanément et reconnaître la main de Dieu en présence de la mort?
Le sens moral religieux est mis en action par un besoin inné de l'âme ; il répond par sa source à la partie spirituelle de l'homme, et par son but à Dieu.
Ceci posé, quels rapports peuvent donc lier la santé à ce sens moral, et quels rapports unissent l'hygiène au sens religieux ?
Le sens moral religieux modère et dirige les autres sens moraux; il tend à les maintenir dans des limites convenables; quand il arrive, et cela a trop souvent lieu, que les sens moraux qui président aux besoins du corps s'égarent, que les passions nous entraînent dans une mauvaise voie , le sens religieux, dans ces moments de révolution des autres sens, peut seul dominer, s'il est écouté. La religion fournit le moyen de prévenir les égarements.
L'Église apprend que celui qui n'obéit pas à ses préceptes sera puni, tandis que celui qui les observe sera récompensé. Quant à moi, comme hygiéniste, je puis dire que celui qui suivra les préceptes de l'Église aura plus de chances de conserver sa santé, parce qu'il ne fera aucun excès , et réprimera les passions qui la compromettent toujours.
Enfin le sens moral religieux a cela de particulier qu'il
tend à se développer a mesure que les autres s'affaiblissent. En vieillissant, les besoins matériels sont moins impérieux parce qu'ils ont moins d'activité. Nous approchons du terme de la vie et du jugement dernier; par suite, nous nous détachons des liens qui nous retiennent ici-bas, et nos péiiséès sont plus occupées de la vie future. C'est ainsi que le sens religieux prend plus de force et domine. La maladie, les déceptions du monde, produisent le même effet chez beaucoup d'hommes ; aussi les accidents de la vie considérés comme des malheurs peuvent, au point de vue religieux, être regardés comme des épreuves utiles à ceux qui savent en profiter.
Pour terminer, je vous dirai que l'affaiblissement du sens religieux mène droit au relâchement des mœurs et à toutes les conséquences qui en résultent : misère, maladie et enfin désespoir. Ce dernier état de l'àme est sans contredit le plus funeste puisqu'il peut conduire l'homme privé de la foi à se soustraire à une vie qu'il s'est rendue insupportable, lui faire perdre ainsi le bonheur suprême en vue duquel il a été créé, et le précipiter dans sa damnation éternelle.
L'hypocrisie, c'est-à-dire la simulation d'une qualité qui n'existe pas, est toujours méprisable; mais combien ne l'estelle pas davantage quand elle s'applique à la religion, quand elle feint d'obéir au sens religieux qu'elle récuse : c'est un crime alors, et, si celui qui s'en rend coupable ne tombe pas sous les lois de la justice humaine, il y aura, pour le punir, une autre justice avec plus de foudres et de châtiments. La punition, d'ailleurs, ne se fait pas toujours attendre; la vie inquiète que mène l'hypocrite, toujours occupé à retenir le masque de vertu qu'il s'est imposé, mais toujours tremblant de le voir tomber, est une source de tourments continuels et
d'agitations morales et physiques : c'est encore là un vice que le corps nourrit d'un lambeau de sa chair,
Comme il peut se trouver parmi mes lecteurs des gens à qui le changement de conduite pourra déplaire, ils s'efforce* ront de croire que j'exagère le mal volontairement afin de les effrayer, que saisie, pour le plaisir de les critiquer, de les moraliser, comme ils disent (car on leur est toujours suspect quand on leur parie morale). J'ai à cœur de mériter la confiance de ces hommes récalcitrants; ce sont eux qui ont le plus besoin de connaître la vérité, et pour cela, je vais mettre sous leurs yeux quelques lignes d'un médecin qui a une grande autorité dans la science, c'est Bichat. Il écrivait pour des médecins,pou r des hommes qu'il n'aurait pu tromper; il ne sera donc pas possible de contester son savoir ni de le soupçonner d'exagération. 11 écrit dans un de ses ouvrages : « Rappro- « chez le temps où toutes les passions sombres (remarquez qu'il appelle passions ce que nous désignons sous le nom d'émotions), la crainte, la tristesse, le désir de la ven- « geance, semblaient planer sur la France, de celui où la « sûreté, l'abondance, y appelaient les passions gaies, si « naturelles aux Français; rappelez-vous comparativement « l'habitude extérieure de tous les corps dans ces deux temps a si différents, et vous direz si la nutrition ne reçoit pas ce l'influence des passions. Ces expressions : sécher d'envie, « être rongé par le chagrin, être consumé par la triste tesse, etc., n'annoncent-elles pas combien les passions ont « d'influence sur la santé du corps ? »
Je pourrais multiplier les citations sur ce sujet, nos ouvrages de médecine en sont remplis, tant il est vrai que, pour le médecin, toutes les émotions violentes ou f rojongëes sont des causes de maladies aussi évidentes que le sont les agents
physiques. Est-ce qu'une secousse morale violente, un «accès de fureur, une mauvaise nouvelle qui blesse nos affections ou nos intérêts, ne rendent pas malades aussi bien qu'un refroidissement ou un excès de fatigue? Un chagrin profond et prolongé, des sentiments de haine, de jalousie, l'amour-propre blessé et tant d'autres émotions n'agissent pas sur nos organes comme un mauvais régime, un air malsain? De là des maladies de langueur que nous désignons sous le nom de maladies chroniques.
En présence d'un pareil tableau, quel est l'homme raisonnable qui ne fera pas de sérieuses et utiles réflexions? Recueillons-nous un instant et faisons-les ensemble.
Tous ces malheurs, toutes ces maladies résultant d'une mauvaise direction donnée à nos facultés, on peut les éviter. Nos fautes n'ont d'autre excuse que notre faiblesse et notre mauvaise volonté. Nous avons la conscience du bien et du mal; nous avons la liberté de nos actes; céder aux passions qui sont des affections morales perverties, est donc une faute, puisque, en succombant, nous étouffons le cri de la conscience et de la raison.
Au nom de votre intérêt , cher lecteur, au nom de l'intérêt de ce corps pour lequel je vous parle et dont la santé vous est si précieuse, tenez compte de ces instructions, pensez-y, méditez-les pour les compléter, car ce que je vous ai dit ne touche qu'aux bases de la morale. D'ailleurs, les principes de morale qui foi ment l'art de se bien conduire, entrent dans l'éducation proprement dite , qui donne une bonne direction ï nos facultés morales, comme l'instruction a pour but le développement de nos facultés intellectuelles. Parmi les facultés de l'âme, celles qui ont rapport à la conservation du corps se manifestent dès l'enfance ; celles qui répondent à la conserva-
tion de l'espèce ne viennent que plus tard; celles enfin qui se rattachent à notre nature spirituelle doivent aller sans cç$se en se perfectionnant, depuis l'âge de raison jusqu'à la (in de la vie. L'éducation doit donc commencer dès l'enfance, deveniy de plus en plus active, à mesure que l'homme se fortifie, et continuer toujours.
Faites prendre racine à cette pensée dans votre esprit ; la destinée de vos enfants dépend de la direction qui aura été donnée à leurs facultés morales, tout est là. Faites donc en sorte qu'ils reçoivent une bonne éducation si vous les aimez sincèrement.
Je ne veux pas terminer cet entretien sans vous dire un mot sur les moyens d'arriver à cette bonne éducation dont l'importance est si évidente.
Exercez sur vos enfants une surveillance aussi soutenue que possible : un enfant abandonné à lui-même ne peut que se perdre; ayez soin qu'ils ne voient que de bons sujets, qu'ils ne lisent que de bons ouvrages, car les mauvaises fréquentations et les mauvais livres sont les fléaux de notre siècle; envoyez-les aux écoles avec exactitude, ils y puiseront l'instruction nécessaire au développement de leurs facultés intellectuelles qui doivent exercer sur leur vie une si grande influence; conduisez-les vous-mêmes, le dimanche, aux offices et aux instructions religieuses, ils y apprendront à connaître et à aimer notre divine religion , c'est-à-dire à suivre la route qui conduit au bonheur; en un mot, habituez-les, par vos exemples, à la pratique des vertus chrétiennes, et vous formerez ainsi des hommes aimés et estimés de toute la société, qui seront la joie, la consolation et le soutien de vos vieux jours.
Ainsi l'utilité d'une bonne éducation étant bien comprise, ses moyens de la donner vous étant connus, si vous aime*
vos enfants, si vous voulez les préserver autant qu'il est possible, des maladies et en faire d'honnêtes gens, vous ne vous contenterez pas de pourvoir à leurs besoins matériels et de développer leur intelligence, mais en même temps vous veillerez à ce qu'ils reçoivent une bonne éducation morale qui soûle peut leur donner ce que nous devons chercher dans ce monde, le bonheur et la santé. Récompense accordée seulement à ceux qui observent les principes ordonnés à la fois par notre religion, la saine morale et l'hygiène, si parfaitement d'accord dans l'intérêt du développement et de la conservation de tout notre être. Qui résistera à cette triple source d'enseignement ?
Hygiène des organes et du mouvement. — De l'exercice. — Effets de l'exercice. — Leur utilité et leurs inconvénients. — Du repos. — Du sommeil. Du somnambulisme. — Du charlatanisme.
Nous avons terminé, dans le dernier entretien, l'étude de l'hygiène des facultés intellectuelles et des facultés morales; vous pouvez vous rendre compte de l'influence qu'elles ont sur notre santé; maintenant je vous entretiendrai de l'hygiène des organes du mouvement.
Lorsque, par suite d'une détermination de notre volonté, nous exécutons un acte qui fait mouvoir un ou plusieurs des muscles qui entrent dans la composition de nos membres et de notre corps, il y a mouvement. Ainsi, le mouvement a pour cause notre volonté et pour agents les muscles qui se trouvent sous sa dépendance. Dès lors, je ne devais vous parler des mouvements qu'après vous avoir fait connaître leur moteur.
Le mouvement est une nécessité de notre nature et la conséquence de notre organisation; son excès comme son insuffisance sont également dangereux, et l'usage que nous en faisons a une grande influence sur notre santé. Aussi, l'hygiène établit-elle des préceptes pour nous apprendre a le régler.
Les mouvements, dont on désigne l'ensemble sous le nom
d'exercice, pratiqués simultanément par nos organes, en favorisent le développement et perfectionnent l'exécution de leurs actes, quand ils sont convenablement dirigés ; l'excès, au contraire, fatigue le système musculaire , le rend incapable de nous continuer son service : l'insuffisance de son action nous affaiblit et nous rend inhabiles aux fonctions que notre corps est appelé à remplir.
Ces principes s'appliquent non-seulement aux organes du mouvement, mais encore aux organes des sens et a ceux de nos facultés intellectuelles pour lesquelles un exercice modéré est également une condition de développement de force , de santé et de durée.
Chacun de nos muscles, pour obéir à un ordre du cerveau, autrement dit à un acte de notre volonté, se contracte et participe à un mouvement qui ne s'effectue qu'avec le concours de plusieurs muscles. Cette contraction active le développement des muscles, et leur donne plus de force, de précision et d'agilité. L'apprentissage de beaucoup de métiers en est un exemple, et l'habileté que déploient certains artisans, la force qu'acquièrent les hommes de certaines professions ne sont dues qu'à l'exercice intelligent et répété de la série de muscles dont ils se servent habituellement.
En effet, dans la partie mécanique des arts , les musiciens nous offrent un exemple de finesse et de rapidité de mouvements prodigieuses; les sculpteurs, les graveurs, les ciseleurs et les peintres ont une sûreté d'exécution qu'une longue pratique peut seule faire acquérir ; et dans les professions purement mécaniques, les horlogers, les tailleurs, les couturières nous offrent des exemples de rapidité et de précision remarquables.
Enfin les ouvriers qui portent ordinairement de lourds far-
deaux, ou qui se servent d'instruments pesants, ont les muselés des bras et des épaules très-développés , tandis que chez les marcheurs et les danseurs de profession , ce développement se fait remarquer dans les jambes.
L'exercice d'une partie du corps, accompagné du repos des autres, cause l'affaiblissement des muscles qui ne sont pas en activité : ainsi les professions manuelles, exercées dans la position assise, déterminent, à la longue, l'amaigrissement et l'affaiblissement des jambes; tandis que les exercices qui mettent en mouvement la plupart des muscles, comme la marche, la course, la danse et la natation ont une très-grande action par l'ébranlement qu'ils impriment en même temps à toute notre organisation.
De tels exercices, pris avec mesure, sont très-favorables à la santé; ils activent et facilitent les fonctions nutritives et digestives, développent la respiration, augmentent certaines sécrétions, déterminent l'afflux du sang vers les extrémités ; ils reposent les organes du cerveau et des sens fatigués par une longue application , et rendent de l'action aux membres engourdis pendant le travail d'une profession sédentaire.
Mais lorsqu'ils sont exécutés avec trop d'énergie, comme dans une marche forcée , les fonctions sur lesquelles ils ont de l'influence se trouvent excitées trop fortement; alors la digestion peut être compromise, la respiration est gênée, la transpiration trop abondante, les muscles se trouvent fatigués; ce trouble détermine la fièvre, et il y a ce qu'on appelle courbature, état maladif qui ordinairement se guérit par le repos, et qui, néanmoins, peut en certains cas devenir assez intense pour déterminer une maladie plus grave. Ainsi l'exercice musculaire que nous recommandons doit, comme celui de toutes les fonctions du corps humain, être pris avec ménage-
jgQ VINGTIÈME ENTRETIEN.
ment, afin qu'il n'en résulte aucun dommage pour la santé.
Les fonctions organiques, celles qui président à la nutrition, à la respiration, etc., agissent sans aucune interruption et sans repos jusqu'à notre mort; il n'en est pas de même des fonctions dites animales : celles-ci fatiguent les organes qui les exécutent, à tel point qu'il est nécessaire pour la santé de les interrompre de temps en temps et de nous reposer, soit partiellement, comme il arrive quand nous laissons dans l'inaction seulement certains organes fatigués par le travail, soit complètement comme dans le sommeil, où toutes les fonctions animales sont suspendues.
Le repos partiel du corps n'est pas seulement , comme le sommeil, une loi de la nature, que l'on ne peut enfreindre sans danger, il est encore prescrit par la loi religieuse qui nous fait une obligation de travailler six jours et de nous reposer le septième. Cette prescription de la religion, comme toutes celles que j'ai eu occasion de vous rappeler dans le cours de cette instruction, a un caractère de bonté et de prévoyance conservatrice pour notre santé, et nous sommes bien coupables de la méconnaître et de l'enfreindre.
Le repos, considéré sous le rapport hygiénique , doit être proportionné aux forces du travailleur et à la nature de son travail. Si, comme nous l'avons dit, l'exercice qui met en activité certains muscles , est favorable à leur développement et à leur perfectionnement, le travail prolongé sans relâche et sans repos, fatigue et rend malade. En général, la journée de travail est partagée par deux ou trois repos partiels selon la quantité d'heures qu'elle contient, et elle est terminée par \xi\ dernier repos qui est suivi du sommeil de la nuit.
Quand les heures de travail et de repos sont réglées d'une manière méthodique, le corps peut supporter un travail assez
rude sans trop de fatigue; il s'habitue facilement à exécuter A la même chose aux mêmes heures; mais si vous n'êtes pas réglés sous ce rapport, si, pour rattraper le temps perdu, ou pour tout autre motif, vous prolongez le travail pendant la nuit ou que vous vous pressiez trop, une fatigue inaccoutumée vous avertit qu'il y a danger, et, si vous persistez, vous êtes arrêtés par une maladie.
Le dimanche, nous devons suspendre nos travaux habituels; néanmoins, il ne faut pas considérer ce jour comme destiné à un repos absolu, car la religion nous impose le devoir de le consacrer au Seigneur; mais n'entendez pas par là qu'il soit nécessaire de passer toute la journée à l'église : un hygiéniste doit vous dire comment vous pouvez l'employer d'une manière utile à votre santé et agréable pour vous, en mettant en jeu des organes autres que ceux fatigués par le labeur de la semaine.
Après avoir consacré le temps nécessaire à remplir vos devoirs religieux, employez ce qui vous en reste à satisfaire vos affections de famille, à jouir du bonheur intérieur, soit qu'il consiste, comme fils, à passer votre temps avec vos parents et à leur être agréable, ou, comme père, à vous occuper à diriger l'esprit et former le cœur de vos enfants, en partageant leurs amusements. Ces jouissances de l'âme sont bien propres à délasser des fatigues du corps et à calmer les tourments et les soucis dont personne n'est exempt ; ce jour-là encore chacun a quelques devoirs de société à remplir, quelque ami à visiter ; donnez la préférence à celui qui est dans la peine, car lui, plus que personne, a besoin de vous. Que la tristesse où il se trouve, loin de vous repousser, vous attire vers lui ; songez combien vous seriez heureux si, par un bon conseil, par des paroles douces et consolantes , ou par tout autre moyen ,
Jgg VINGT IF M K RSTRF.TIF-N.
vouspouviez ramener le calftedane cette âme affligée. Trouvez rlin„v i,. temps d'éclairer el dq développer votre intelligence
par des lectures salutaires qui fortifieront vos bonnes «j alités (.j vous aideront ii repousser les mauvais penchante qui tNd une si grande tendance a dominer les hommes. Enfin des reu-
qjobs de famille el d'amis où vous vous livreriez ï des j m honnêtes, devraient terminer pour nous cette journée consacrée au repos; la nuit qui suivrai! serait calme, vous jouiriez d'un sommeil réparateur, et le lendemain, vous seriez disposés pour le travail, tout en conservant un souvenir de
p,,j\ et de bonheur que vous renouvelleriez avec plaisir. De cette manière tout y puerait , santé, famille el société.
il en est heaucoup parmi nous qui mènent cette vie agréable
et honnête, et on dit d'eux qu'ils sont bien heureux. Mais re bonheur n'est ni cher ni difficile; il est a la portée de UNIS; pourquoi tous ne veulent-ils pas en profiter? Pourquoi
en est-il tatat tjui se coud u i - « • 1 1 1 autrement, c'esfr-à-direj qui font mal! Geux-ci veulent, disent-ils, s'amuser [comme si les autres s'ennuyaient!) : il leur tant dos plaisirs -vils; ils travaillent pendant la semaine, ils veulent se divertir le dimanche, et pour cela ils boivent et ils mandent outre mesure; puis
leur raison les abandonne; ils passent la nuit et souvent foéme la journée suivante au jeu, a la danse, etc., et Unissent presque toujours par se quereller et se battre.
(les plaisirs sont dangereux, car ces malheureux dépensent
leur argent ,a détruire leur santé1, ils perdent leur réputation, l'habitude du travail et tombent dans tous les désordres. La misère arrive traînant à sa suite tous 1rs crine s, et ils deviennent une charge et une plaie pour la société. Lnlin, c'est un
malheur privé et ptibKc que la démoralisation d'un pèrode tainillc par les amusements de ce ^enre.
Il est des degrés dans le mal comme dans le bien. Beaucoup d'ouvriers se croient honnêtes gens et bons pères de famille, lorsqu'ils ne font qu'une partie du mal que je viens de i décrire, lorsqu'ils ne sont que rarement ivres, et qu'ils conservent un peu d'argent pour les besoins de leur famille ; ils appellent cette manière d'agir s'amuser honnêtement; mais ils se trompent , car il n'y a d'honnête et de bien que l'exécution entière de ses devoirs.
La première obligation d'un père de famille, c'est de s'occuper des siens ; il leur doit tout son temps, toute son affection et tout son argent. Ce devoir, comme tous ceux qui sont imposés à l'homme, trouve sa récompense en lui-même. Je vous ai fait tout à l'heure le tableau des bons et des mauvais ménages; il s'en trouve autour de vous; voyez, comparez et décidez quelle est la meilleure manière de passer la journée consacrée au repos.
Le repos absolu, le sommeil est indispensable pour la réparation des forces, son insuffisance a des inconvénients pour la santé, et l'insomnie prolongée par violence amène la mort. Dans les temps de barbarie, c'était même un supplice en usage. Le sommeil doit avoir une durée en rapport avec l'âge , le sexe, la constitution et les fatigues. Ainsi un jeune enfant a plus besoin de dormir qu'un adulte; celui-ci plus qu'un vieillard, et la femme plus que l'homme. Sa durée doit encore être en raison des fatigues éprouvées ; il est plus complètement réparateur pendant la nuit, et lorsqu'on se couche et qu'oi se lève aux mêmes heures. Pendant le sommeil, le corps (bit être débarrassé des vêtements qui le compriment et eoirhé horizontalement, la tête un peu élevée, sur un lit ni trop iur, ni trop mou. Les lits de plumes dont on se sert dan* nos campagnes sont malsains, parce qu'étant mous et chauds, ils
s'imprègnent de toutes les émanations souvent sorties du corps de plusieurs personnes, quelquefois même de malades, et exercent sur ceux qui en font usage une influence pernicieuse. Jugez de ce que doivent être ces lits qui ont vu naître, vivre et mourir plusieurs générations successives sans avoir été nettoyés une seule fois !
Lorsque, pour examiner un malade, nous entr'ouvrons les couvertures, il s'exhale une odeur nauséabonde qui nous indique souvent une des causes delà maladie dont il s'agit. Celui dont l'odorat est habitué à un pareil foyer d'infection ne s'en aperçoit pas lui-même, mais sa santé n'en souffre pas moins. Je dois donc recommander à ceux qui couchent sur des lits de plumes, de les faire nettoyer fréquemment. Les matelas de laine et de paille d'avoine, à défaut de crin, sont très-sains et faciles à tenir proprement ; ils doivent d'ailleurs être exposés une fois par mois au grand air et au soleil, rebattus ou renouvelés après une maladie. Toutes les autres parties du lit, draps et couvertures, seront aussi très-propres, et l'oreiller qui doit tenir la tête élevée sera plutôt ferme que mou, car, quoique cette dernière qualité soit plus agréable, elle a l'inconvénient de favoriser la congestion du sang à la tête.
Je vous ai déjà parlé des conditions de salubrité qui doivent présider à la disposition des chambres à coucher; j'ajouterai qu'il est malsain de coucher dans un lit renfermé par une alcove ou entouré de rideaux qui empêchent l'air de circuler librement et de se renouveler. Pendant le sommeil, la chaleur naturelle se reproduisant avec moins d'activité , il y a nécessté d'être suffisamment couvert. D'un autre côté, la peau ajant une puissance d'absorption plus grande que pendant la
veille, il est dangereux de dormir dans le voisinage des marais et sur le sol humide. Enfin, en sortant du lit, là peau est ordinairement chaude et moite; il faut alors avoir soin , pour prévenir les accidents causés par un refroidissement subit , de se vêtir promptement. Ce n'est pas toujours impunément que vous sortez de chez vous, le matin, à moitié couverts.
Le sommeil est plus ou moins complet, et par suite, plus ou moins réparateur. Ainsi quand le corps est malade, ou lorsque l'esprit est agité, il y a insomnie , rêves pénibles, et tout cela cause un certain trouble dans notre repos. Lorsque, au contraire, on est en bonne santé et que l'esprit est calme, tous les organes de la vie animale sont engourdis, et les sens, les muscles et le cerveau sont dans une inaction absolue; le repes est complet.
Lorsque le sommeil est imparfait, quelques parties du cerveau demeurent éveillées et fonctionnent encore; dans cet état, il peut y avoir souvenir du passé, réminiscence des préoccupations habituelles ; alors surviennent ces rêves si bizarres et quelquefois si pénibles : si à cela se joint l'excitation des muscles correspondant aux régions du cerveau, il y a ce que l'on désigne sous le nom de somnambulisme.
Le somnambulisme n'est donc qu'un sommeil incomplet, pendant lequel nos facultés morales et intellectuelles ainsi que nos sens ne sont plus en partie dirigés par notre propre volonté, mais par un instinct en quelque sorte mécanique. Les somnambules peuvent parler, marcher, agir, se servir des objets qui leur sont familiers, éviter quelquefois ceux qui pourraient leur nuire ; il en est même qui ont assez de lucidité pour répondre aux questions qu'on leur adresse; seulement ces actes et réponses, n'étant pas dirigés par leur volonté, sont
incohérents, et ils n'en ont eux-mêmes aucune conscience. Ces phénomènes, toujours remarquables, sont chez certains somnambules si extraordinaires, qu'ils paraissent merveilleux à ceux qui ne savent pas s'en rendre compte. C'est pourquoi ils ont été exploités par le charlatanisme, et, malgré leur rapport indirect avec notre enseignement, je vous en parle pour vous mettre en garde contre ces prétendus somnambules qui n'en veulent qu'à votre bourse, au détriment même de votre santé.
Si les charlatans somnambules se contentaient de paraître deviner ce qui se passe à distance, de faire des tours de physique amusants et autres divertissements de ce genre, je ne m'en occuperais pas ; mais, lorsqu'ils veulent vous faire accroire que dans l'état de somnambulisme ils voient le siège de votre maladie et peuvent en apprécier la nature, et lorsqu'ils osent vous prescrire un traitement, ils vous trompent, et alors mon devoir est de vous avertir et de vous éclairer. Leurs observations ne peuvent avoir aucune consistance ; par conséquent leurs remèdes sont sans valeur et souvent même fort dangereux pour le patient qui leur accorde sa confiance.
Si vous en avez vu quelques-uns réussir dans certaines circonstances, c'est que la supercherie aura été plus intelligente et que le hasard s'en est mêlé. Enfin, et ceci m'est pénible à dire, il y a des hommes revêtus d'un caractère honorable, de connaissances sérieuses, des médecins, qui ne craignent pas de prêter la main à dépareilles fourberies, dans un but de cupidité. Vous pouvez recevoir de ceux-là, sous le masque du somnambulisme, les conseils de la véritable science, mais soyez assurés que le somnambulisme proprement dit n'y prend aucune part.
Défiez-vous, mes chers lecteurs, de tous les gens qui s'éloignent de la médecine rationnelle, car, s'ils sont de bonne foi, ils sont ignorants, et s'ils ne sont pas de bonne foi, je vous laisse le soin de les qualifier.
Inïluerïce des climats et des saisons sur le corps, — Règles hygiéniques pour les chficrenis climats et saisons
Quoique nous ayons fait l'exposé de l'hygiène de toutes les fonctions qui concourent au développement, à l'entretien et à la conservation du corps humain, ma tâche n'est pas encore accomplie; il me reste à faire l'application de l'instruction hygiénique que je vous ai donnée à certaines circonstances particulières.
Les climats et les saisons modifient essentiellement les éléments auxquels nous sommes soumis, comme le tempérament, l'âge, le sexe et la profession de chaque individu modifient la constitution ; nous devons, afin d'éviter les accidents qui pourraient résulter de leur influence, employer, selon les cas, certaines précautions, avoir recours à des soins particuliers , dont la connaissance est indispensable. C'est ce qui fera le sujet de mes derniers entretiens.
La différence de température dans les divers climats est due principalement au rapport de chaque région avec le soleil qui l'éclairé et l'échauffé, et subsidiairement à la configuration de chaque pays, à la nature de son sol et aux objets qui le recouvrent et l'avoisinent. Les contrées les plus éloignées du
soleil, qui reçoivent ses rayons moins longtemps et plus obliquement, ont un climat froid. Le rapprochement du soleil, sa présence plus prolongée, et surtout l'action directe de ses rayons déterminent un climat chaud. Entre ces deux températures opposées se trouve une température moyenne, c'està-dire également éloignée du froid et du chaud excessifs, c'est le climat tempéré. Les montagnes élevées, couvertes de neiges et de glaces perpétuelles, entretiennent une température froide dans leur voisinage, et tandis que le côté qui reçoit l'influence du soleil est propre à la culture , celui qui en est privé est à peu près stérile. Plus le sol d'une contrée est élevé au-dessus du niveau delà mer, plus son climat est froid, et plus il s'abaisse vers le niveau de la mer, plus son climat se rapproche de la température normale de la latitude où elle est située. A un degré égal de latitude, la température, dans une région où le sol est blanc et sec, est plus chaude que dans celle où le sol est humide et d'une couleur foncée. La présence de vastes forêts concourt, à entretenir une température plus fraîche et plus humide. Enfin les mers qui entourent les îles et bordent les continents ayant une température toujours à peu près égale, adoucissent les climats froids et rafraîchissent les climats chauds des contrées qu'elles baignent ou avoisinent , et répandent en même temps de l'humidité dans l'air par l'évaporation continuelle qui se fait à leur surface. Toutes les grandes masses d'eau, fleuves, rivières et lacs, produisent les mêmes effets.
Quant aux saisons , vous savez que leur retour périodique est produit par la manière dont notre globe est éclairé par le soleil, par l'élévation et l'abaissement apparents de cet astre sur notre horizon. En été, sa présence étant plus prolongée el son élévation lui permettant de frapper presque perpendicu?
lairement le sol, la température est chaude; en hiver, au contraire, sa présence étant plus restreinte, et ses rayons ne nous arrivant que très-obliquement à cause de son abaissement, la température est froide. Comme pour les climats, la configuration et la nature du sol, les objets qui le recouvrent et Tavoisinent modifient les saisons et les avancent ou les retardent dans chaque contrée.
Connaissant ce qui détermine les climats et les saisons et aussi les circonstances accessoires qui les modifient, il vous sera facile de comprendre la profonde influence de ces agents extérieurs sur la constitution humaine et la raison pour laquelle les habitants des différentes contrées du globe présentent des variétés matérielles et morales si prononcées. Je vais essayer de vous expliquer ces phénomènes qui ne sont pas moins intéressants qu'utiles à connaître ; ensuite je vous dirai les règles hygiéniques qu'il est nécessaire de suivre pour chacun d'eux, et je terminerai par quelques mots sur les précautions que l'on doit prendre lorsque l'on change de climat, sur ce que l'on appelle acclimatement.
Tous les hommes, ayant une origine commune, devraient se ressembler et par leur nature spirituelle et par leur nature matérielle ; il n'en est pas ainsi, et quoique ces deux substances soient les mêmes partout, les divers climats les ont tellement modifiées qu'il existe des races d'hommes trèsdifférentes les unes des autres, non-seulement par le corps, mais encore par l'esprit. Cette modification que les climats exercent sur notre organisation s'explique ainsi : lorsque le climat est froid, une constitution robuste est nécessaire pour résister à l'action déprimante d'une température rigoureuse ; les organes digestifs doivent être de force à supporter la quantité d'aliments substantiels indispensable à la réparation des
pertes occasionnées par un grand déploiement de forces; et les organes de la respiration, source principale delà chaleur, doivent avoir assez de puissance et de développement pour entretenir une température constante et égale. Sous un pareil climat, la terre ne produisant aucun des objets destinés à notre conservation sans un travail dur, pénible et assidu, les hommes de ces régions ont besoin de faire usage de leur énergie physique et intellectuelle, de développer toutes leurs facultés pour pourvoir à leurs besoins ; ils deviennent forts, robustes et intelligents. Si le climat est chaud, il imprime à l'organisation un caractère particulier qui permet de reconnaître un habitant de ces contrées à des signes physiques extérieurs. En général, sa taille est moins élevée; il est plus mince et ses mouvements ont plus de vivacité que de force; son esprit a plus d'activité que de profondeur ; ses passions sont plus énergiques et ont moins de durée. L'action énervante de la chaleur l'empêche de se livrer à aucun travail pénible ; d'ailleurs, comme la terre produit presque spontanément tout ce qui est nécessaire à l'existence et que la température à laquelle il est soumis ne l'oblige pas à de pénibles travaux pour s'abriter, il a moins besoin que l'habitant des contrées septentrionales d'exercer ses facultés pour pourvoir à sa conservation.
Parmi les habitants de ces contrées, on trouve la race nègre qui, si elle diffère par la forme et la couleur, n'en est pas moins absolument semblable aux autres pour ce qui constitue l'humanité. Comment se fait-il donc que cette communauté d'origine, cette parenté spirituelle soient assez oubliées pour que d'autres hommes réduisent ceux-ci à l'esclavage '/Leurs intérêts et leur cupidité seuls sans doute les portent à commettre un pareil forfait. L'infériorité intellectuelle plutôt que phy-
sique de ces habitants des pays chauds, infériorité qui leur fait supporter l'esclavage, peut être expliquée par Piaftaeirce du climat sur le sol qu'ils habitent. C'est un devoir pour tes nations civilisées par le christianisme de leur porter la lumière intellectuelle et morale qui leur manque. Enfin, dans 1 s climats tempérés où les étés et les hivers sont séparés par des printemps et des automnes qui établissent une gradation entre ces deux saisons extrêmes, l'homme n'a pas trop à faire pour se défendre contre l'influence d'un froid intense et prolonge ou d'une excessive chaleur. Là, son activité doit pourvoir à ses besoins journaliers, et le travail est bien pour lui une obligation, mais elle n'est pas tellement impérieuse qu'il ne lui reste quelques moments de loisir qui lui permettent de cultiver son intelligence et de donner satisfaction à ses besoins moraux. Dans ces contrées favorisées par la nature, il peut acquérir, s'il sait profiter de ces avantages, un degré de développement intellectuel, moral et matériel qui le met à la tête de la civilisation. La France étant placée dans ces heureuses conditions, ïl ne dépend que de nous tous qu'elle occupe toujours parmi les nations le rang que la Providence lui a assigné.
Remarquez encore que chacun de ces climats subit dans certaines contrées des modifications qui peuvent les rendre insalubres, principalement par suite de l'humidité provenant de l'évaporation de grandes masses d'eau qui les entourent ou couvrent une partie de leur étendue.
Dans les climats froids et humides, les habitants sont petits, faibles, maladifs, leur vie est courte ; les végétaux et les animaux sont peu développés, peu nourrissants et ne suffisent qu imparfaitement à l'alimentation du petit nombre d'indigènes. Quand l'humidité accompagne un climat chaud, il en
résulte, sur le corps de l'homme, une action débilitante qui Fépuise et l'expose à être atteint d'une maladie dangereuse par la corruption de l'air provenant de la putréfaction rapide des matières organisées. Les pays où toutes ces causes d'insalubrité se trouvent réunies devraient être abandonnes s-ils ne pouvaient être assainis. Enfin, tous les avantages que présentent les régions tempérées, tant sous le rapport de la production du sol que sous celui de la santé des habitants, disparaissent quand l'humidité y est permanente. Les produits du sol sont alors plus aqueux ; ceux qui exigent l'action d'une chaleur forte et prolongée manquent complètement ; les animaux destinés à la nourriture de l'homme sont grands et volumineux, mais Fart peut seul donner à leur chair de la fermeté et des propriétés nourrissantes.
Les hommes, lorsqu'ils ne se défendent pas contre l'inflence de cette température humide , sont forts en apparence, mais sans énergie, et d'une constitution molle dite lymphatique qui dispose à beaucoup de maladies. Ils ont donc bèsoi i de lutter sans cesse pour se défendre contre toutes les causes d'affaiblissement dont ils sont entourés; et cette lutte, qui ne peut être exercée avec succès que par l'action de l'intelligence, dirigée spécialement vers leurs besoins matériels, continuée de génération en génération, peut non-seulement améliorer les productions du sol et les races d'animaux, mais encore les soustraire aux fâcheuses influences qu'ils avaient à redouter et modifier leur constitution : c'est le triomphe de la science et de l'art sur la nature. C'est ce qu'enseigne l'économie sociale, science nouvelle parmi nous, qui, si elle est bien dirigée, si elle s'occupe autant des besoins moraux que des besoins matériels, doit faire marcher l'humanité vers son amélioration et la civiliser réellement.
L'insuffisance des produits de ces contrées oblige leurs habitants à avoir recours aux autres nations; ils sont forcés de devenir négociants et navigateurs, et pour exercer convenablement les nombreuses professions qui découlent de ces travaux, il faut une activité intellectuelle, un développement des organes des sens et du mouvement qui mettent en action toutes les facultés humaines et qui ont pour résultat de constituer des natures fortes et énergiques.
L'Angleterre et la Hollande nous offrent un exemple de ce que l'homme peut faire pour améliorer sa position quand il est placé dans des lieux qui ne présentent pas des ressources suffisantes à leur population; et ce fait confirme de nouveau ce que je vous ai dit si souvent , « que le Créateur a donné à l'homme des facultés propres à le faire vivre sur cette terre; s'il gouffre et s'il manque du nécessaire, c'est parce qu'il ne fait pas un bon emploi de ses facultés. »
Maintenant que vous connaissez l'influence des différents climats sur la constitution de l'homme, il me sera facile de vous faire comprendre les règles hygiéniques que l'on doit suivre dans chacun d'eux. Ainsi, dans les climats froids, il faut un régime tonique et fortifiant , des viandes nourrissantes, des boissons spiritueuses, des vêtements chauds, des habitations également chaudes, et un exercice musculaire énergique. Là, les bonnes constitutions bien dirigées peuvent arriver à une vieillesse très-avancée. Dans les climats chauds, une nourriture légère plutôt végétale qu'animale, des boissons douces et acides, les infusions de thé et de café conviennent parfaitement et donnent de l'énergie aux organes épuisés par une excessive chaleur. Dans ces contrées, les boissons spiritueuses brûlent et tuent, et quoique les indigènes, qui les désignent sous le nom d'eau de feu, les aiment avec
passion, ils doivent s'en abstenir complètement. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi. Quant aux climats tempérés, toutes les règles que je vous ai enseignées dans les entretiens précédents leur corivfénnBiit particulièrement; je ne vous en dirai donc rien ici. Pour les climats humides, froids ou chauds, aucune règle, aucun régime ne peut vaincre leur influence délétère ; et comme je vous l'ai déjà dit, ils devraient être ou assainis ou abandonnés. Mais la science, aujourd'hui, a trouvé les moyens de rendre productifs et habitables les contrées jusqu'alors redoutées.
Enfin, les règles hygiéniques des climats froids s'appliquent aux climats tempérés humides : viandes nourrissantes, boissons spiritueuses, thé, café, habitations et vêtements chauds, exercice énergique.
Lorsqu'on quitte un pays pour en habiter un autre différent par sa constitution atmosphérique, notre organisation se trouvant brusquement soumise à des influences auxquelles elle n'est pas habituée, peut être dérangée; il est donc nécessaire, lorsque l'on change de climat, de prendre quelques précautions afin de conserver sa santé. Ceci ne doit pas vous étonner, car vous savez tous que quand un habitant de nos campagnes va demeurer dans une grande ville, souvent il tombe malade après quelques mois de séjour ; vous dites alors qu'il paye son tribut : c'est un effet du changement de climat plus encore d'un changement de nourriture, de travaux et d'habitation; et, si à ces causes matérielles il se joint des troubles moraux, comme le chagrin d'avoir quitté son village, on a ce que vous appelez le mal du pays, et ce que nous autres, médecins, nous désignons sous le nom de nostalgie; maladie qui ne peut être guérie que par le retour.
Lorsque le changement de climat est bien tranché, par
exemple, lorsque l'on va de France dans les colonies ou bien en Algérie , toutes les constitutions étant plus ou moins troublées par ces grands déplacements, les personnes faibles et délicates doivent ne pas s'expatrier; ces climats sont dangereux pour les vieillards, et les enfants ne les supportent plus facilement qu'en prenant de grandes précautions. Il faut combiner le voyage de manière à arriver à l'époque où la température est moins élevée, suivre en commençant le régime des habitants de la contrée, car il y a dans chaque région des règles d'hygiène traditionnelles , basées sur l'expérience, auxquelles il faut se soumettre. Ainsi, dans l'Algérie, où les transitions du chaud au froid sont subites, il convient d'avoir des vêtements ordinaires en laine, et d'autres supplémentaires qui, au besoin, se mettent et se retirent facilement par-dessus les premiers. Le régime doit être plus végétal qu'animal, et l'usage du café est préférable aux boissons alcooliques dont l'abus est mortel sous ce climat.
Par ces moyens, les colons peuvent, sans inconvénient pour leur santé, aller chercher les avantages qu'offre aujourd'hui cette contrée devenue française, où le sol était tellement salubre et productif sous la domination romaine qu'on l'appelait le grenier d'abondance de Rome, et qui n'est devenu stérile et sauvage que depuis qu'elle a été abandonnée en grande partie à elle-même par une population étrangère à la civilisation, vivant principalement du produit des pâturages, des chasses et des rapines. Placée sous notre domination, elle doit nourrir et enrichir ceux qui savent la cultiver ; car, il en est de la terre comme des hommes, elle a des facutés qui, lorsqu'elles sont délaissées se perdent complètement; elle produit des ronces, des épines, comme l'homme inculte produit
vingt-unième entretien. 207
des vices; mais cultivez-la bien, elle vous donnera des trésors et de grasses moissons.
Quant aux règles hygiéniques applicables aux saisons, dont il me reste à parler, elles sont les mêmes que celles des climats. Si la saison est chaude et sèche, le régime doit être léger, les boissons douces, acides, et Ton doit s'abstenir de tout liquide spiritueux ; si elle est chaude et humide, le régime doit être tonique, le thé et le café sont très-favorables dans ce cas ; si elle est froide, usez des viandes nourrissantes, des boissons alcooliques avec modération et faites un exercice énergique.
Enfin, je terminerai cet entrelien par une dernière remarque qui doit encore vous donner un exemple de la bonté et de la sagesse de Celui qui a créé toutes choses.
L'homme trouve dans chaque contrée tout ce qui lui est nécessaire pour sa conservation. Dans les pays froids, les viandes, les végétaux et les assaisonnements destinés à son usage, ont des propriétés fortement nourrissantes et excitantes, très-propres à entretenir sa force et son énergie; il y trouve des fourrures et des laines qu'avec un peu d'industrie il fait servir contre les intempéries de l'air. Dans les contrées chaudes, les substances alimentaires, les boissons et les assaisonnements ont une saveur, un arôme et des propriétés plutôt excitantes que nourrissantes, qui lui rendent l'énergie que lui ôte le climat ; le coton que produisent ces contrées peut lui fournir des vêtements légers et suffisants pour le garantir des ardeurs du soleil. Usez donc de ce que la nature met à votre portée, vous vous en trouverez bien ; tandis que malheur à vous , si, par suite de goûts dépravés, vous transgressez les règles propres aux conditions dans lesquelles vous êtes placés !
■es
Du tempérament. — Ce qui le constitue. — Examen des différents tempéraments. — Règles hygiéniques applicables à chacun d'eux. — Premiers soins à donner aux attaques d'apoplexie, aux coups de sang.
Je vous ai dit que le tempérament, l'âge, le sexe et la profession imprimaient à notre constitution de nombreuses modifications : avec des soins, on petit éviter les accidents qui naissent de l'influence exercée sur nous par ces différentes conditions. Je vais dire quelques mots des tempéraments et des règles hygiéniques qui leur sont applicables.
Lorsqu'un homme supporte bien la fatigue, travaille longtemps, vous dites de lui qu'il a un bon tempérament; si, au contraire, ayant le désir de travailler, il n'en a pas naturellement la force, alors il est mou, il a un tempérament faible. Quand il est vif et ardent, vous le désignez comme un homme courageux et ayant du nerf. Enfin, s'il manque d'action et de bonne volonté, si son intelligence est affaiblie, vous dites qu'il n'a pas de cœur, qu'il n'est propre à rien. Eh bien ! j'accepte votre classification des tempéraments, quoiqu'elle ne soit pas tout à fait celle des savants, parce qu'elle me permettra de faire, suivant chaque nature, des applications hygiéniques qûe vous comprendrez plus facilement. Voyons d'abord ce qui
constitue chaque tempérament, les causes qui le déterminent et le modifient.
Il est en nous deux classes de fonctions au moyen desquelles nous exécutons tous les actes de la vie : Tune nous donne la force; l'autre, l'énergie; la première, purement matérielle et organique, est principalement représentée par le système sanguin, et l'autre, qui est immédiatement sous la dépendance du cerveau, dont les manifestations ont lieu par l'intelligence et les sens, a pour instrument le système nerveux : l'un et l'autre de ces deux systèmes forment la base de tout tempérament, et selon que l'un prédomine sur l'autre, il est ou sanguin ou nerveux. S'ils sont dans un état d'équilibre complet, l'homme jouit à un haut degré de toutes ses forces ; il a ce qu'on peut appeler un tempérament mixte et bon ; cet état n'est qu'une exception, et le plus souvent l'un des deux systèmes l'emporte sur l'autre. Outre ces deux types, il en existe deux autres qu'on peut appeler la négation des premiers. Ainsi, lorsqu'un homme a le système sanguin tellement affaibli, tellement pauvre, qu'il n'a pas de force, qu'il est mou, que chez lui les tissus blancs dominent, il a un tempérament que l'on nomme lymphatique. Si son intelligence est affaiblie, s'il n'a pas d'énergie, si ses sens manquent d'activité et son système musculaire de force, tout cela est le résultat d'un amoindrissement du système nerveux, qui le rend incapable de travail. Enfin, chacun de ces derniers types peut s'allier avec l'un des premiers d'une classe différente et former encore autant de sous-types; mais nous nous occuperons seulement des premiers parce que tous les autres viennent s'y rattacher.
Les tempéraments dépendant de notre organisation sont nécessairement héréditaires; ils nous sont transmis par nos
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parents comme la forme du corps, les traits et le caractère: mais ils peuvent être modifiés considérablement par diverses circonstances matérielles et morales, telles que la qualité d« la nourriture, Péducation, les relations sociales, la profession, ete. Trop développés, ils ont de graves inconvénients, et fouatios efforts doivent fendre à les entretenir dans de justes limites, afin d'en obtenir tous les avantages qu'ils peuvent nous procurer.
Le tempérament sanguin est dû à la puissance et à l'éaérçic des organes digestifs qui leur permettent d'assimiler une grande quantité de matière nutritive. 11 se reconnaît a la fermeté des chairs, à l'animation du teint, à la coloration de la peau, au volume et à la saillie des vaisseaux sanguins. La ivoirine ordinairement est large et bien développée, le sang riche et abondant, les mouvements forts et énergiques; celui qui le possède est actif et entreprenant, ses passions sont énergiques, et il a besoin de toute la force d'une raison éclairée pour leur donner une bonne direction. Ce tempérament est plus commun dans les climatsfroids ou tempérés que dans les climats chauds. Dans les premiers, le régime, le travail, l'habitude, l'air, tout en un mot concourt à en favoriser le (lèveloppement qui, bien dirigé, donne la force et la santé. Toutes les règles hygiéniques que je vous ai enseignées dans les précédents entretiens lui sont particulièrement applicables. Si le système qui le produit domine trop, il dispose aux maladies inflammatoires, aux hémorrhagies, aux coups de sang. Dans ce cas il est nécessaire de suivre un régime adoucissant dont les légumes, le lait, les fruits et les boissons aqueuses seront la base; pour obtenir une amélioration réelle et durable, il dqit être continué des années entières, car, lorsqu'il s'agit de
VINGT-DEUXIEME ENTRETIEN. 2ii
mortifier ce qui constitue matériellement le corps, vous comprenez qu'il faut beaucoup de temps.
Lorsque le sang se trouve appauvri, le corps imparfaite» ment nourri est faible, maigre ou bouffi; la peau est pale, 1< s chairs sont flasques, les mouvements lents, l'esprit paresseux et les facultés morales engourdies. Cet état, qui constitue le tempérament lymphatique, lorsqu'il n'est pas originaire, petit * provenir d'une mauvaise nourriture et d'un air malsain; il se rencontre plus particulièrement chez les femmes et les enfants. Pour se soustraire aux fâcheuses influences qu'il a sur nous, il faut éloigner toutes les causes qui favorisent son développement et se placer dans des conditions opposées, c'està-dire respirer un air vif et pur, avoir une nourriture fortifiante, des boissons toniques et e\;ita::!es.
Lorsque les organes des facultés morales et intellectuelles sont très-developpes, c'est-à-dire lorsque le système nerveux a une grande énergie, il en résulte une grande surexcitation de tous les organes placés sous sa dépendance. Cet état constitue le tempérament nerveux. Quoique souvent originaire, il est. cependant le résultat de l'éducation, qui, comme vous le savez, est à l'âme et à ses instru mords ce que hv nourriture est à la partie matérielle du corys; il se rencontre jplus particulièremënt à un point {rès-prono^ce dans les pays l'haiuls, et il est plus commun chez les fem ^ «u€ ohoz les ho nunes. Il se reconnaît à une sensibili* , ex(jessive, quelquefois nuM11° maladive, à une mobilité ^ pigées, d%oà ll lvsllU° ^^rtains desordres dans les açti \ jos ^ns;uions morales sont déréglées, souvent fauss- ^J^sdeceteiûpérament est fâcheux,
■ *î^^.«^vîsrj£
tive; les digestions se font mal et la santé est compromise. Toutes les maladies que je vous ai signalées comme dues aux désordres des affections morales n'ont pas d'autres sources : on dit vulgairement des personnes dont le système nerveux est excessivement développé et déréglé, que chez elles la lame use le fourreau. Cette figure est bien exacte : en effet, elles maigrissent et succombent prématurément à quelque maladie du cœur, du foie, de l'estomac ou de quelque autre organe essentiel.
Pour prévenir les funestes effets de cet état sur la santé, il faut s'abstenir de nourriture excitante et principalement de ces boissons enivrantes qui portent directement leur action sur le système nerveux, car si vous augmentez trop son activité, votre raison ne pourra plus le diriger et le dominer comme il est nécessaire. Le régime doit donc être doux quoique substantiel, et il faut surtout éviter ces impressions trop vives qui viennent provoquer des pensées de nature à troubler l'âme.
Avec ce tempérament bien développé et en même temps bien dirigé, les facultés intellectuelles et morales ont toute l'étendue et la profondeur que permet l'organisation cérébrale; c'est le tempérament propre à ces hommes de génie, la gloire des siècles qui les ont vus naître et l'honneur des nations qui les ont produits.
Pour terminer l'étude hygiénique des tempéraments, il me reste à vous entretenir du quatrième genre, que j'appellerai apathique, qui résulte de l'insuffisance et de la faiblesse du système nerveux. Ceux qui naissent ainsi ont les facultés intellectuelles très-bornées, les sensations obtuses et les affections morales engourdies. Pour eux, toutes les impressions de l'âme qui émeuvent sont amoindries; ils vivent dans la plus
complète apathie et dans la plus grande insouciance; enfin, si l'action du système nerveux est trop réduite, il en résulte l'abrutissement et même l'idiotisme.
L'hygiène ne peut malheureusement rien contre l'idiotisme; mais elle a quelque pouvoir sur l'abrutissement, sur l'amoii drissement du système nerveux. Généralement cet état est dû à la mauvaise direction que les facultés ont reçue dans renfonce, ou plutôt au manque de soins et de culture dont elles ont été l'objet. Quelquefois pour les adultes il provient d'un travail manuel purement machinal qui laisse l'intelligence dans l'inaction la plus complète pendant de longues années; l'isolement habituel laissant l'âme et le cœur sans émotion, favorise aussi cet état misérable; et trop souvent l'usage des boissons qui stupéfient et engourdissent le cerveau, concourt au même résultat. Pour combattre autant que possible les effets désastreux d'un pareil tempérament, il faut d'abord écarter toutes les causes qui l'ont produit ou bien qui servent à l'entretenir. L'éducation de l'enfant doit être faite avec soin et intelligence; le régime doit être excitant, et on doit chercher à réveiller en lui, par l'exercice des facultés intellectuelles et morales, ce système nerveux engourdi.
J'ai dû vous exposer d'abord les types des quatre tempéraments principaux que peut présenter la constitution humaine; mais il est rare que chacun d'eux soit assez prononcé pour effacer les autres. Le plus communément, ainsi que je vous l'ai déjà dit, ils sont mixtes, c'est-à-dire que le tempérament sanguin peut se rencontrer avec le développement exagéré du système nerveux ou son affaiblissement; de même aussi le tempérament lymphatique existe avec toutes les modifications que peut présenter le système nerveux. Ainsi, par suite de notre organisation primitive ou de notre manière de vivre,
notre constitution présente ordinairement la prédominance d'un ou de deux tempéraments sur les autres. Afin de détruire l'influence- fâcheuse que peut avoir pour notre santé cet excès d'un tempérament, il faut, par un régime matériel et moral bien entendu, modérer et affaiblir celui qui domine, fortifier et développer celui qui se trouve opprimé. Par exemple, un tempérament lymphatique et nerveux devra laisser en repos son intelligence, faire taire ses passions, avoir un régime fortifiant et non excitant et prendre de l'exercice. Le sanguin, qui a de la tendance à tomber dans cet état d'engourdissement moral et intellectuel qui conduit à l'abrutissement, devra avoir un régime matériel doux et excitant tout à la fois, et le système nerveux devra être réveillé par des occupations intellectuelles et des émotions morales qui en augmentent la sensibilité.
Ces développements suffiront, ce me semble, pour vous faire comprendre la manière dont on doit diriger les constitutions afin d'éviter les maladies dues à l'exagération d'un tempérament. Ne me dites pas que mes conseils ne peuvent vous convenir, et qu'il vous est impossible de vous y soumettre, parce que vos occupations ne vous le permettent pas, que votre métier ou votre profession vous obligent d'ailleurs à faire toujours la même chose et ne vous laissent pas la possibilité de vous occuper de votre santé. Je vous répondrai que toutes les règles ci-dessus vous sont parfaitement applicables. A l'égard du régime matériel, vous avez toujours, quel que soit l'état de votre fortune, la faculté de choisir les aliments et les boissons qui conviennent à votre santé, parmi ceux dont vous faites usage habituellement; pour ce qui est des distractions et de l'exercice qui peuvent vous être nécessaires, il vous est t oujours possible d'y consacrer les heures et les jours
de repos qui vous sont accordés et prescrits. Ainsi, vous le voyez, Fart de savoir vivre, pris dans son acception hygiénique, consiste à utiliser, dans l'intérêt du corps, les ressources que chacun possède, et à mettre, suivant les circonstances, de l'harmonie dans cette machine, compliquée il est vrai, mais si bien organisée qu'en observant, avec le plus simple bon sens, les règles hygiéniques, on peut la soustraire à un grand nombre de maladies et la conserver longtemps en bon état.
Je terminerai cet entretien par quelques conseils sur les premiers soins à donner aux hémorrhagies et aux coups de sang, accidents particuliers aux tempéraments sanguins.
L'hémorrhagie nasale, plus effrayante que dangereuse, est, comme vous le savez, une perte de sang par le nez. Il n'importe de l'arrêter que dans le cas où elle se prolonge et est abondante. On y parvient ordinairement en employant quelques lotions d'eau fraîche sur la tête et sur la figure, en tamponnant l'ouverture du nez avec de la charpie imbibée de vinaigre et en comprimant fortement avec le pouce le côté du nez où se fait l'écoulement.
Le coup de sang ou apoplexie n'est autre chose qu'une hémorrhagie intérieure; le sang, au lieu de sortir par le nez, se répand dans le cerveau. Il y a alors subitement perte de connaissance, cessation de mouvement et danger de mort. 11 faut, au plus vite, appeler le médecin, et, en attendant, ne pas rester oisif. Je ne vous conseillerai pas d'ouvrir une veine, car cette petite opération ne peut être faite que par une personne expérimentée; mais hàtez-vous de débarrasser le malade des vêtements qui peuvent gêner la circulation du sang, placez-le la tête élevée; faites continuellement des ablutions d'eau froide sur sa tête, ou, au moins, ayez soin qu'il ait toujours la tête couverte de linges mouillés et froids sans cesse renou-
velés. Attirez le sang aux extrémités des membres par des bains de pieds chauds, brûlants même; enveloppez les pieds de cataplasmes synapisés. En continuant ces soins jusqu'à l'arrivée du médecin, vous aurez lait tout ce qui vous est possible pour arrêter le mal. Dans un cas aussi grave, si le malade revient à lui, il peut rester paralysé d'un ou de plusieurs membres, ce qui tombe dans le domaine de la médecine.
» cap <
Hygiène des enfants, des vieillards et des femmes. — Premiers s ii^ a donner à quelques maladies de l'enfance : croup, convulsions et diarrhée.
Tous les principes que j'ai posés, toutes les prescriptions que je vous ai faites, ont eu pour but principal l'homme adulte; je dois maintenant vous faire connaître les soins hygiéniques particuliers qu'exigent le vieillard, l'enfant et la femme.
L'enfant, à sa naissance et pendant les premiers mois de son existence, n'a que des besoins organiques, c'est-à-dire ceux qui servent au développement matériel de son corps. Dans les premiers moments de l'existence, il suffit qu'il soit convenablement nourri, couvert et tenu proprement. Le lait de sa mère donne à l'enfant un aliment naturel en rapport avec ses besoins et les forces digestives de ses organes ; pour lui, rien ne peut remplacer avantageusement cette nourriture. Si elle vient à lui manquer, l'enfant doit être confié de préférence à une bonne nourrice; les soupes, les bouillies et le lait des animaux ne devant jamais être ajoutés que pour suppléer à l'insuffisance du lait maternel, et cela quelques mois seulement après la naissance. Il est indispensable de tenir l'enfant dans
la plus grande propreté pour que rien ne s'oppose aux excrétions qui sortent en abondance à travers la peau et aussi pobr que cette membrane si fine et si tendre ne soit pas ^Itérée par le contact des matières acres et irritantes. La malpropreté est la cause principale des rougeurs et des plaies que l'on voit trop souvent sur le corps de ces pauvres petites créatures négligées par leurs parents. Les vêtements ne doivent jamais être étroits ni trop serres, afin que rien ne s'oppose à son développement et qu'il conserve toute la liberté de ses mouvements. Je vous engage même à le laisser souvent tout à fait libre s'ébattre sur un tapis au soleil ou dans une chambre chaude, et vous le verrez devenir fort et vigoureux; il marchera plus tôt. D'un autre côté, ce jeune corps qui produit une chaleur qu'il perd très-vite, a besoin d'être enveloppé de façon à conserver une température modérée; il faut donc ajouter à la couche ou à la chemise de toile qui couvre la peau, un vêtement de coton ou de laine, selon la saison.
Vous vous rappelez le rôle important de l'air sur notre organisation et l'influence qu'il exerce sur notre santé; eh bien! vous devez comprendre que l'enfant, cet être si frêle et si délicat, a besoin de respirer un air de la plus grande pureté. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi, et, même à la campagne, vous voyez des enfants étiolés, dans un état de pâleur dû à l'aspiration habituelle de l'air vicié d'une chambre malpropre ou incomplètement aérée.
Ayez donc soin, vous qui aimez vos enfants, de les entourer dès leur naissance de propreté, d'air et de soleil, sans cela tous les autres soins que votre tendresse pour eux vous portera à leur prodiguer deviendront infructueux, et vous aurez la douleur de les voir malingres et maladifs.
Pendant les premiers mois de sa vie pt pendant la durée de sa première dentition, l'enfant est exposé à de nombreuses maladies. Les soin$ hygiéniques que je viens d'indiquer sont les meilleurs et les plus sûrs préservatifs. Cependant je crois utile de vous parler des premiers secours à donner à un enfant en cas de certaines maladies qui doivent être détournées promptement.
Le croup se reconnaît à l'enrouement du cri et de la voix, à la toux rauque et surtout au sifflement de la respiration :en approchant l'oreille, on observe facilement ce caractère particulier de la maladie de l'enfant. Ce sifflement se produit dans la partie supérieure du conduit que je vous ai désigné sous le nom de larynx, et se distingue facilement du bruit que produit l'air en traversant les fosses nasales embarrassées , car il se fait entendre, même lorsque l'enfant respire par la bouche. A tous ces signes, et principalement au dernier, vous devez reconnaître la présence du croup; ne vous en laissez pas imposer par la gaieté de l'enfant, par son apparence de santé et par l'absence de la fièvre, le croup est là, il faut le combattre dès son début et au plus vite; une heure ou deux après, il n'est peut-être plus temps. Sitôt- que vous aurez reconnu ces terribles symptômes, faites ce que je vais vous dire en attendant le médecin. Dans un verre d'eau tiède, mettez un grain ou cinq centigrammes d'émétique; donnez à l'enfant une ou deux cuillerées à bouche de cette solution toutes les cinq minutes, jusqu'à ce qu'il vomisse. Si le râle persiste, continuez; suspendez s'il cesse, et recommencez s'il reparait. Si la face est rouge et la peau brûlante, appliquez au milieu du cou une, deux ou trois sangsues selon l'âge de l'enfant, et, en même temps, tenez le corps chaudement, surtout les pieds. Cesprc-
miers soins peuvent guérir ou au moins arrêter les progivs de la maladie et rendre les prescriptions du médecin plus efficaces.
Les convulsions ont des signes qui permettent h tout le monde de reconnaître cette maladie! L'enfant perd connaissance, son corps se roidit, ses membres ont des secousses involontaires, ses traits se contractent et se relâchent, les paupières sont entrouvertes et agitées , le globe de l'œil se meut rapidement et le miroir se cache sous la paupière supérieure ou se retourne en dedans; quelquefois les dents se serrent et produisent un craquement. Cette crise peut durer quelques instants; elle peut être suivie'd'un calme parfait, d'une agitation ou d'un profond accablement. Comme cet état exige un traitement énergique et intelligent qui n'est pas toujours le même, il est indispensable d'avoir recours au plus vite à un médecin. En l'attendant, couchez l'enfant sur le dos, la tête élevée, dénouez tous les liens de ses vêtements et surtout ceux qui serrent le cou, enlevez son bonnet et couvrez la tête de linges trempés dans l'eau froide, qui seront renouvelés à mesure qu'ils commenceront à s'échauffer; enveloppez les pieds et les jambes de cataplasmes de mie de pain ou de farine de lin chaude arrosée de vinaigre : laissez à l'enfant la liberté de ses mouvements et continuez vos soins après la crise pour en prévenir de nouvelles ; faites-lui avaler quelques cuillerées d'eau sucrée avec un peu de (leurs d'oranger ou une légère infusion de fleurs de tilleul. Point d'autres médicaments, point de drogues, point d'élixir ; surtout soyez calme auprès de ce pauvre petit être; qu'il n'entende pas de bruit, de cris, point de secousses ni de grands mouvements, qu'il y ait de l'air dans la chambre; si le médecin tarde à venir, et si les accès se renouvellent, ou si l'enfant est profondément assoupi, vous
pouvez utilement, et sans danger au moins, appliquer une ou deux sangsues derrière chaque oreille sans cesser les autres soins.
A cet âge, le dévoiement est une maladie qui effraye moins les parents, mais qui, cependant, fait bien des victimes; on l'attribue à la dentition, à un refroidissement, à une mauvaise digestion. 11 cesse, puis reparaît. L'enfant continue à teter ou à mander; son appétit varie. Il n'est pas alité; cependant il maigrit, il perd de son activité; son caractère change , il crie souvent, trop heureux si on n'attribue pas sa maladie h des vers, et si on ne le gorge pas de tous ces vermifuges que vendent les charlatans. Quand, même en bonne santé, ses excrétions renferment des vers, on continue de lui donner des drogues qui purgent; alors la fièvre arrive, nous sommes appelés, et nous trouvons un enfant épuisé, ayant ce que nous appelons une maladie chronique des organes de la digestion, maladie grave qui aurait pu être prévenue avec un peu d'attention. Le dévoiement est presque toujours dû à un mauvais régime et à un air malsain. Les bouillies épaisses et réchauffées, les soupes ou les légumes mal préparés, réchauffés ou altérés, les fruits qui ne sont pas mûrs ou bien ceux qui sont pourris, le café au lait qui pour beaucoup d'enfants remplace trop souvent les soupes et les bouillies, ont des inconvénients que nous constatons tous les jours. Ces accidents peuvent cependant être évités facilement avec un peu plus de soin dans le choix et la préparation des aliments, et les vers si communs le seraient moins , car ils se développent surtout dans les corps mal nourris, comme ces insectes de la peau dont le nom seul inspire du dégoût et provoque une sensation désagréable, sont l'apanage des personnes qui manquent aux règles de la propreté en portant du linge sale et en ne se lavant pas.
Ici je termine ce que j'avais à vous dire sur les soins quYxip* la première enfance; ils sont bien importants puisque la santé et l'avenir de vos enfants en dépendent. Pour parcourir une longue carrière, il faut constituer le corps sur des bases solides. Tous les hommes doivent travailler; mais quand le travail est nécessaire à l'existence, il faut se bien porter pour pouvoir soutenir les fatigues d'une profession corporelle. Veillez donc à ce que, dès leur plus bas âge, il ne s'établisse pas chez vos enfants des germes de maladies qui se développeraient plus tard; ne leur donnez pas moins de soins qu'aux grains, aux arbres et aux plantes que vous confiez à la terre. Pour ceux-ci, une fois le terrain préparé , vous les arrosez , vous les abritez, vous dirigez leur développement, vous les taillez, vous les redressez et les soutenez. Aussi , vous êtes récompensés en raison de vos soins et de votre intelligence. Qu'il en soit donc de même pour vos enfants; soignez-les dès leur entrée dans la vie, soignez-les toujours, et ils rapporteront de bons fruits.
Un vieillard inspire à tout homme bien élevé un sentiment de respect et de vénération instinctif dont on ne se rend pas toujours compte, sentiment dû à plusieurs causes que je tiens à vous expliquer et qui sont de nature à augmenter les soins et les égards dont nous devons entourer la vieillesse.
On ne parvient à un grand âge qu'après avoir bien su conduire son corps et l'avoir préservé de tout excès, parce qu'on a été à la fois un homme intelligent et moral, en un mot, parce qu'on a été un homme honorable. Les passions n'ont pas consumé la vie, on a su éviter les faiblesses et les écarts inhérents à notre nature; l'expérience est venue et elle peut éclairer par ses leçons l'enfance et la jeunesse. C'est pour ces motifs principalement que les vieillards doivent être un objet
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de vénération : noire dévouement, notre reconnaissance h leur égâM s'ils sont nos pires, ou simplement nos bienfaiteurs, ne sont pas des dettes que nous payons , c'est un devoir j np rieux que nous remplissons et dont nous devons compte a Dieu qui nous le prescrit.
Chez les vieillards, les forces physiques s'afFaîblissenI sflôïs que l'intelligence et le sentiment gagnent encore et s'épurent; ils ont, par conséquent, besoin d'une bonne nourriture, d'un air sain comme du calme de l'esprit et des sens. Si tous nos organes avaient une force égale, si, dans le cours de la vie, aucun d'eux n'éprouvait d'atteinte, s'il existait enfin dans notre organisation une harmonie parfaite, nous parviendrions à un âge très-avancé. Mais il n'en est pas ainsi: un vice héréditaire, une maladie contractée pendant l'enfance, les fatigues professionnelles, et plus encore une mauvaise direction de nos facultés morales viennent frapper au organe et l'affaiblir, le rendre impuissant; on devient infirme, et cet état est permanent pendant la vieillesse.
A cette époque de la vie, les résultats de toutes les impressions fortes que l'on a éprouvées pendant la carrière parcourue se font sentir; on souffre alors des excès du corps qui remontent à la jeunesse : il faut qu'elle se paye, comme on dit: quelquefois c'est une juste punition, mais plus souvent aussi c'est la conséquence d'un rude labeur entrepris pour soutenir sa famille ou pour servir son pays. Quoi qu'il en soit, un vieillard infirme doit être un objet de sollicitude pour tout le monde et de soins particuliers pour ceux qui lui sont attachés par le sang ou la reconnaissance. Les organ s digestifs étant plus faibles et les besoins du corps moins grands, on doit lui choisir des aliments d'une digestion facile et cou en , nt, sous un petit volume, une quantité suffisante de matières nutritives
des mets simples et assaisonnés de manière à faciliter la digestion ; enfin des boissons légèrement toniques nécessaires pour soutenir les forces. Les excès en tout genre et spécialement en aliments et en boissons excitantes sont funestes à cet âge; ils produisent un désordre qui éteint subitement la vie ou rend gravement malade. Pour un vieillard, un air pur est indispensable ; ses sécrétions étant souvent ralenties, on doit leur venir en aide. A cet effet, la peau qui, comme tout le corps, a perdu de sa vitalité, a besoin d'être tenue proprement, et le développement de la chaleur naturelle ayant moins d'activité, il faut employer des vêtements plus chauds.
Les facultés intellectuelles et morales ne doivent être exercées que de manière à entretenir les connaissances acquises. Tout excès en ce genre use de même que l'absence d'action, et fait tomber dans un état d'abrutissement qui, s'il n'est pas senti par celui qui en est atteint, n'en est pas moins pénible pour ceux qui l'entourent. Toute passion vive, colère ou sensuelle détermine des accidents qui mettent fin à la vie des vieillards. Chez ceux qui ont conservé la sensibilité du cœur, si les affections tristes agissent comme des poisons lents, les jouissances paisibles de la vie de famille, les douces distractions que donnent les souvenirs du passé, peuvent, à la fois, prolonger la vie et la rendre agréable.
Il arrive un moment où les vieillards ne peuvent plus se procurer eux-mêmes tous ces soins physiques et moraux ; c'est alors le devoir de leurs enfants , de leurs parents et de tous ceux qu'ils ont obligés de les leur donner.
Le sentiment seul, du devoir suffit pour faire honorer la vieillesse ; puis , ceux qui s'en acquittent comme il convient sont honorés à leur tour. Les soins que vous aurez prodigués aux vieillards, les égards dont vous les aurez entourés vous
seront rendus un jour. Instruite par votre exemple, la génération qui vous suit rendra plus douce votre vieillesse et vous aurez lait ainsi votre devoir et un bon calcul.
Toi' es les règles hygiéniques concernant l'enfance et la vieille.se s'appliquent indistinctement à l'homme et à la femme. Mais, pendant la durée de l'âge adulte, la femme a besoin de soins particuliers, à cause des indispositions auxquelles elle est sujette et des fonctions importantes qui lui ont été attribuées par la nature, qui font d'elle l'agent actif de la reproduction de notre espèce. Pour remplir ce devoir impérieux, il lui fallait une organisation plus délicate et plus sensible; elle avait besoin d'une grande énergie pour supporter les veilles et les fatigues de la maternité : tout cela lui a été dépaili , car si la femme a moins de force corporelle que l'homme , moins de ces facultés qui donnent l'autorité et le pouvoir, en revanche elle a plus de sensibilité de cœur, plus de dé\ eloppement et de finesse dans les sentiments moraux ; ses mouvements sont plus souples et plus doux.
Cette constitution de la femme et les fonctions qu'elle est appelée à remplir la disposent à des maladies particulières dont je n'ai pas à vous parler ici. Je vous dirai seulement à vous, déjà mariés ou qui le serez bientôt, que vous ne devez pas souffrir que vos femmes exécutent des travaux manuels trop énergiques. A elles les soins du ménage et les professions qui demandent plutôt de l'habileté et de la patience que de grands efforts musculaires. Veillez à ce qu'elles se ménagent lorsqu'elles sont devenues mères; n'oubliez pas combien elles sont impressionnables et ne troublez pas le cœur de celle qui nourrit vos enfants, car toute révolution détermine un trouble qui fait plus de mal encore à l'enfant qu'à la mère. Exigez, autant que cela peut se faire, qu'elles nourrissent clles-nicmes
leurs enfants. S'il en résulte pour elles queJques douleurs nu des fatigues, elles en seront bien dédommagées; d'abord matériellement parce qu'elles se rétabliront plus promptement après leurs couches, et qu'elles seront préservées d'une foule de maladies et d'indispositions auxquelles sont exposées celles qui veulent se soustraire à ce devoir de la nature; et ensuite, moralement, elles seront récompensées non-seulement par la satisfaction qu'elles éprouveront de voir leurs enfants venir à merveille sous l'influence d'une nourriture naturelle, mais encore par une foule de petites jouissances qu'une complète maternité peut seule procurer, et qui, se renouvelant chaque jour et à chaque instant, font oublier les fatigues, les veilles et les soucis.
N'entraînez jamais vos femmes dans ces lieux où tous les sens sont excités; éloignez d'elles les boissons spiritueuses qui portent à tous les désordres et causent la ruine des ménages. De plus, que les parents disposent leurs filles à la tâche sérieuse qui les attend en les éloignant des plaisirs qui peuvent les énerver, en fortifiant leur âme contre les écueils de leur sexe, de manière à en former des mères de famille bien constituées.
La santé de vos enfants dépend souvent de celle de leur mère. Je viens d'appeler votre attention sur les conditions fondamentales d'une bonne santé pour une femme. Vous ne vous doutiez peut-être pas des conséquences d'une fausse conduite ou de simples négligences à cet égard. Maintenant que vous êtes prévenus, il ne tiendra qu'à vous de les éviter.
Hygiène des ouvriers. - Conseils hygiéniques sur L'apprentissage - Hygiène des professions divisées en trois catégories : 10 professions sédentaires intellectuelles, 2<> professions sédentaires actives, 3<> professions qui s'exercent à l'air libre.
Pour terminer l'examen des circonstances qui modifient notre constitution et exigent des soins hygiéniques particuliers, il me reste à vous parler des professions. Vous remarquerez que tout dans mes entretiens a été dit au point de vue de l'intérêt des ouvriers en général, maintenant il existe des règles particulières à certaines professions, suivant leurs conditions hygiéniques.
L'avenir de l'homme dépendant de la profession qu'il embrasse et celle-ci ayant une grande influence sur la santé, je dois, comme hygiéniste, vous donner quelques conseils qui vous aideront à reconnaître celle qui peut convenir à vos enfants, puis vous indiquer les moyens de diriger vous-mêmes votre santé dans les différents métiers que vous exercez.
L'enfant doit toujours être guidé dans le choix d'une profession, afin que celle-ci soit en rapport avec ses dispositions, son intelligence, ses forces physiques, ses goûts eî aussi avec la fortune de ses parents. Lorsqu'il y a accord entre
toutes ces considérations, il a de grandes chances de réussite. Si, au contraire, une tendresse mal éclairée, une ambition déraisonnable engagent les parents à adopter une carrière qui flatte davantage leurs propres vues, ils sont conduits à faire des dépenses en pure perte et même à compromettre un avenir qui leur est cher. Il en est de même lorsque les parents veulent contraindre une vocation bien prononcée qui n'est pas un caprice ou une illusion, comme en ont si souvent les jeunes gens au moment de prendre un parti. Pour éviter ce double écueil, attachez-vous à reconnaître le caractère, le degré d'intelligence, la capacité physique de vos enfants. Consultez prudemment leurs propres dispositions ; éclairez-les et usez de votre autorité pour les introduire dans la voie qui leur convient, car une profession adoptée au hasard engendre souvent pour la vie entière les conséquences les plus graves.
Il est des constitutions fortes et robustes qui peuvent supporter sans danger presque tous les exercices si variés des différentes professions ; il en est d'autres, au contraire, dont les organes ont une faiblesse relative qui les dispose à contracter facilement les maladies qui dérivent de certaines influences. 11 faut tenir compte de la disposition organique et ne pas prendre un métier qui fatigue des parties déjà faibles. Ainsi, un enfent ïélicat, d'un tempérament lymphatique, se trouvera mal dans une profession absolument sédentaire, comme celle de tailleur, de cordonnier, etc. Dans ces conditions, sa santé et sa constitution se détruiront complètement, les sources de la vie ^eront atteintes et facilement épuisées ; tandis que s'il avait choisi une profession s'exerçant à l'air libre et demandant de l'activité musculaire , tous ses organes auraient pris de la force et sa constitution n'aurait fait que s'affermir. Je pourrais multiplier les développements de ce genre ;
mais cela est si clair que vous m'avez déjà compris ; en sorte qu'à l'aide de vos connaissances hygiéniques vous vous attacherez avec soin à reconnaître ta nature de la constitution de vos enfants pour en faire principalement le point de départ de la profession à leur donner.
Beaucoup d'ouvriers chez qui le sentiment paternel n'est pas éclairé ou se trouve éteint, regardent comme le point le plus important que leurs enfants gagnent quelque chose le plus tôt possible. Ils ne leur laissent pas même le temps d'aller aux écoles, d'apprendre à lire et à écrire et d'acquérir l'instruction nécessaire pour faire leur première communion. A la ville, on s'empresse de les envoyer dans les fabriques ; à la campagne, on les oblige à aider aux ouvriers, ou à ramasser sur les chemins et dans les champs des engrais et de la nourriture pour les bestiaux. Avec de pareils exercices à cet âge, le développement intellectuel et physique se trouve comme arrêté chez les premiers par suite d'un travail purement mécanique et de l'insalubrité de l'atmosphère des ateliers; ils restent pendant toute leur vie maladifs et sans énergie. Les seconds prennent de bonne heure des habitudes opposées à tout travail intellectuel, c'est-à-dire des habitudes de vagabondage et de paresse; et, quand vient l'âge de l'apprentissage, ignorants et déjà débauchés, il ne sont propres à rien. Souvent ils quittent la maison paternelle et ne peuvent être occupés qu'aux travaux les plus pénibles et les moins productifs ; n'ayant aucune aptitude, n'ayant pratiqué aucun travail régulier, ils sont incapables de quoi que ce soit. S'il arrive que le temps et les circonstances les tirent d'une condition aussi misérable, privés des premières connaissances nécessaires, ils ne peuvent sortir des premiers échelons de la carrière qu'ils ont embrassée. Mais le plus souvent cette classe d'individus vient de
bonne heure et à plusieurs reprises peupler les prisons et les hôpitaux.
Cette vérité a inspiré à un philanthrope de notre époque, l'honorable M. Demetz, la pensée de créer un établissement en vue de ramener chez ces jeunes vauriens déjà condamnés pour vols ou autres méfaits, le sentiment de la dignité humaine et avec lui les principes de morale , de travail et de conduite qui leur ont manqué ou qu'ils avaient perdus. Cet établissement, fondé àMettray, fait l'objet d'une juste admiration, et que vous partagerez vous-mêmes en songeant à tout ce qu'il faut d'habileté, de dévouement et de persévérance pour faire pénétrer la lumière dans ces âmes de ténèbres, pour reporter au bien les tendances de tous ces esprits adonnés au mal, enlin, pour créer ou refaire des hommes avec des natures brutes ou dégénérées.
Les malheureux parents qui abandonnent ainsi leurs enfants s'excusentsur leur misère; ils invoquent la nécessité; ils disent être dans l'impossibité défaire aucun sacrifice pour eux. C'est là une erreur ou un vain prétexte, car l'éducation est gratuite en France pour les pauvres, et jusqu'à l'âge delà première communion, le travail d'un enfant n'est pas assez productif pour qu'il soit permis à des parents d'en faire un objet de spéculation. D'ailleurs , entre les classes, les jours de congé et pendant les vacances qui correspondent ordinairement à l'époque des plus forts travaux de la campagne, les enfants arrivés à un certain âge ont bien assez de temps pour travailler selon leurs forces qu'il importe de ménager. D'un autre côté, un enfant qui a reçu les premiers éléments de l'instruction trouve à apprendre une profession en donnant du temps à défaut d'argent.
Les dangers d'un état en désaccord avec les goûts et les
VINGT- QU AT R l E M E ENTRETIEN. 2(M
forces, les dangers encore plus grands qui résultent de l'absence de toute profession chez un individu n'existent pas seulement pour vos enfants ; ceux des personnes riches, qui n'ont aucunement besoin de gagner leur pain, doivent cependant, comme les vôtres, obéir à cette loi générale du travail.
Ceux qui veulent s'y soustraire, ceux qui Remploient leur activité qu'à se créer des jouissances sensuelles qui deviennent bientôt pour eux des besoins factices insatiables, au lieu de pourvoir seulement aux besoins réels relativement restreints et de porter ensuite leur intelligence vers un but supérieur, enfin, ceux qui ne savent pas épargner leur fortune, tout en exerçant la charité, tombent dans une ruine inévitable.
Le défaut de travail engendre le désordre de la conduite, et celui-ci, à son tour, entraîne la perte des richesses, de la santé et de la considération. Le jeune homme qui en est arrivé là se trouve au mêmeniveau de dégradation quel'enfant du pauvre à qui toute bonne direction a manqué. La misère et la démoralisation établissent entre l'un et l'autre une sorte d'égalité.
Sous le rapport hygiénique, nous devons considéreriez professions suivant les facultés et les organes qu'elles mettent en activité, et suivant l'influence sur la santé tant de l'exercice qu'elles nécessitent que du milieu dans lequel l'ouvrier se trouve placé.
Je vous ai dit ailleurs qu'un exercice medéré est favorable au développement et à la conservation de nos facultés et de nos organes, qu'un exercice forcé les épuise, de même que l'inaction les affaiblit; par conséquent, dans notre but hygiénique , nous envisagerons les professions d'après le genre d'exercice qu'elles occasionnent, en groupant ensemble celles qui mettent en jeu les mêmes organes quoique avec une certaine variété de mouvements. Nous établirons donc seule-
ment trois catégories de professions, savoir : les professions sédentaires intellectuelles, dans lesquelles les muscles sont inactifs en tout ou en partie; les professions sédentaires actives, qui s'exercent à l'intérieur, mais avec le concours du système musculaire, et enfin, les professions extérieures, c'està-dire celles qui s'exercent à l'air libre.
Dans les travaux intellectuels tels que ceux des écrivains, artistes, fonctionnaires, etc., l'activité se produit principalement dans le cerveau ; les sens sont faiblement occupés et les muscles restent dans le repos. Si ce genre de travail qui occupe exclusivement l'esprit est trop actif ou trop prolongé, le cerveau se fatigue, tandis que tous les autres organes privés d'exercice s'affaiblissent, se troublent, et la santé peut être compromise. Il est donc indispensable que les hommes qui se livrent aux lettres, aux sciences et aux arts, prennent quelques précautions pour entretenir les fonctions organiques. Ils doivent éviter de travailler aussitôt après leur repas, marcher pendant quelques heures chaque jour,' chercher quelques distractions en dehors de leurs travaux habituels, et surtout ne pas prendre sur leur sommeil pour travailler. Malheureusement cette dernière prescription est quelquefois pour eux la plus difficile à remplir; car, si un artisan peut exécuter sa besogne en causant, en chantant et en pensant à autre chose, s'il est le maître de la suspendre et de se reposer quand il lui plaît, il n'en est pas ainsi de celui qui travaille avec son intelligence; pour ce dernier, son occupation le suit partout, aussi bien à la promenade et pendant les repas qu'au cabinet. Poursuivi par ses idées, il ne peut prendre part à aucune distraction ; trop souvent même la nuit ne l'arrête pas et le sommeil n'est pour lui qu'une agitation dont le but est le même que celui de la journée.
Ayez donc un peu plus de considération, vous, ouvriers industriels, pour des hommes qui abrègent leur vie en cherchant par un travail d'esprit les moyens d'être utiles à l'humanité, et méprisez seulement ceux qui emploient leurs facultés à faire des ouvrages contre la religion, la morale et la société.
Les ouvriers qui exercent à l'intérieur des professions sédentaires, tels que les horlogers, les bijoutiers, les couturières, les brodeuses, les cordonniers, les tisserands, etc., éprouvent une partie des inconvénients qui incombent aux travailleurs intellectuels. Certains muscles restent aussi inactifs et s'affaiblissent, l'harmonie organique se trouble, et la santé est facilement compromise lorsqu'on néglige d'exercer, par un moyen quelconque, les parties qui restent inactives.
D'un autre côté, dans chacune de ces professions il y a des organes qui sont plus particulièrement fatigués. Ainsi, chez les horlogers, les yeux travaillent et la vue s'altère promptement ; les couturières et les brodeuses se tiennent ordinairement courbées et se déforment la poitrine; les cordonniers, forcés d'appuyer continuellement leurs formes sur l'estomac, blessent cet organe.
Je ne puis que conseiller à tous d'éviter la fatigue et de faire le plus souvent possible un exercice d'un genre opposé à celui de leur profession.
D'autres ouvriers également sédentaires exercent des professions plus actives, comme dans les ateliers, les mécaniciens, les menuisiers, les charrons, les serruriers, les chaudronniers, les peintres, etc. Ils se trouvent dans des conditions moins défavorables que ceux dont je viens de parler, parce que l'exercice qu'ils font est suffisant pour entretenir le développement de tous leurs organes, pour faciliter la circulation et
aider la digestion. Cependant quelques travaux obligent à prendre des précautions, surtout pour des ouvriers qui, enfer més dans des ateliers, mettent en œuvre des matériaux exhalant des odeurs malsaines et éprouvent plus ou moins les inconvénients d'un air altéré. Dans ce cas, il est vrai que les ouvriers ne sont pas exposés aux variations atmosphériques, mais ils ressentent bientôt les influences plus fâcheuses d'un air vicié. La plupart sont pâles, maigres ou bouffis et disposés aux maladies dites organiques dont le début est obscur, la marche lente, et pour lesquelles, par ces motifs, le médecin est ordinairement appelé trop tard. Il faut prévenir ces conséquences en renouvelant souvent l'air des ateliers avec un bon système de ventilation combiné avec une bonne méthode de chauffage, et en sortant pendant la durée de chaque repas et pendant tout le temps consacré au repos.
Indépendamment de ces mauvaises influences, il en est qui proviennent spécialement des matières servant à certaines fabrications. Ainsi les corroyeurs, les vidangeurs, les ouvriers qui fabriquent le blanc de céruse, les broyeurs de couleurs, les étameurs de glaces et bien d'autres, respirent pendant tout le temps de leur travail .un air imprégné de substances putrides ou vénéneuses qui, introduites dans le sang par la respiration, l'empoisonnent lentement. Depuis quelques années, la science appliquée à l'industrie a trouvé le moyen de détruire ou d'atténuer beaucoup les dangers de ces professions, et bientôt il n'y aura plus que les ouvriers indociles, imprudents et rebelles aux bons conseils, qui en seront victimes. Parmi les découvertes faites dans ce but, je vous citerai seulement les substances connues sous le nom de chlorure de chaux et de soude qui ont la propriété de désinfecter les matières putrides et de purifier tous les lieux rendus insalubres
par la décomposition des matières organiques. Cette découverte est due au génie bienfaisant de l'honorable M. Labarraque.
La dernière catégorie dont j'avais à vous parler, comprend toutes les professions actives qui s'exercent à l'air libre; die est la plus importante parce qu'elle réunit un plus grand nombre d'ouvriers, tels que les cultivateurs, les vignerons., les jardiniers, les marins, les maçons et tous ceux qui travaillent aux constructions. Tous ont un avantage commun bien précieux, c'est de respirer un air pur et sain, à moins qu'ils ne soient placés dans le voisinage d'émanations putrides, ce qui est une exception. Ils sont, à la vérité, plus particulièrement exposés aux variations atmosphériques ; mais il leur est facile de s'en garantir en se couvrant convenablement. D'ailleurs l'exercice, par lui-même, les préserve en partie de l'action du froid et de l'humidité, et il leur suffit de ne pas conserver sur eux des vêtements mouillés pendant les moments de rtpos, pour éviter les accidents occasionnés par un refroidissement. Il leur est plus difficile de se soustraire à l'influence débilitante de l'excessive chaleur; les moissonneurs particulièrement en sont fort incommodés. Des vêtements en toile, simples, légers et d'une couleur claire, un large chapeau de paille, peuvent seuls les protéger contre les rayons d'un soleil trop ardent. Ils doivent, pendant le temps consacré aux repas et au sommeil, éviter le voisinage des eaux et tous les lieux trop Irais, car la cessation brusque de la transpiration détermine une perturbation intérieure qui est souvent le point de départ de graves maladies. Ces professions mettent en action toutes les facultés physiques; elles placent les ouvriers dans les conditions les plus favorables au développement et à la conservation des forces; quelques-unes, et particulièrement l'agriculvure,
exigent en outre le concours des facultés intellectuelles. En effet, l'agriculteur ayant besoin d'étudier, d'observer et de réfléchir sur la portée des travaux qu'il est appelé à exécuter, son intelligence se trouve continuellement en action, et surtout aujourd'hui que, pour être au niveau des progrès, il doit en quelque sorte unir la science de la théorie à celle de la pratique, être à la fois industriel et négociant.
La profession qui met continuellement l'homme en présence de la nature dans ce qu'elle a de plus beau et de plus précieux doit par cela même le rendre plus moral et plus religieux.
Parmi les ouvriers agricoles, ceux dont le travail est purement manuel, ceux qui ne font que remuer la terre, épandre les fumiers, détacher le grain de l'épi, etc., sont, il est vrai, dans de bonnes conditions pour l'exercice des organes essentiels à la vie matérielle; mais, comme tout homme dont l'intelligence reste inactive, ils sont exposés à perdre graduellement leurs facultés intellectuelles. N'est-il pas vraiment affligeant de voir un si grand nombre d'ouvriers parvenus à l'âge de 60 ans n'être plus que des machines, tandis que, s'ils avaient su, même dans les instants de loisir, occuper leur esprit à des lectures morales et instructives, rechercher les distractions auxquelles participent le cœur et l'intelligence, ils auraient conservé dans un âge avancé les plus précieuses facultés?
Quant aux autres professions dont l'exercice se fait en plein air, elles sont, comme l'agriculture, placées dans de bonnes conditions hygiéniques ; et, si la santé des ouvriers de cette catégorie se trouve quelquefois altérée, la cause doit en être attribuée bien plus aux imprudences qu'ils commettent ou aux excès qu'ils font, qu'au milieu dans lequel ils vivent.
Ici je termine ce que j'avais à vous dire sur chaque profes-
sion, et sur les causes de maladies auxquelles sont plus particulièrement exposées certaines classes d'ouvriers. S'il n'est que trop vrai que la plupart des travaux auxquels nous sommes tous obligés fatiguent notre corps et usent nos organes, vous voyez qu'avec des précautions toujours possibles on peut atténuer beaucoup ces effets et même les prévenir entièrement. Ce qui nous consolera de l'obligation du travail, ce qui en adoucira les ennuis passagers, c'est que ceux qui ne travaillent pas ne laissent pas pour cela leurs organes en repos. Au lieu de s'en servir utilement pour eux et pour les autres, ils en font des instruments de jouissances purement sensuelles dans lesquelles ils s'usent plus vite que les ouvriers laborieux.
Travaillons donc, tout en nous ménageant, et prenons les précautions que l'hygiène nous conseille pour travailler longtemps en conservant notre santé.
Résumé des leçons précédentes. — Enumération des divers avantages que l'on peut retirer de l'étude du cours d'hygiène.
J'ai terminé la tâche que j'avais entreprise; je vous ai exposé tout ce qu'un médecin, qui a une longue expérience et qui connaît les habitudes, les préjugés et les besoins des populafions ouvrières et agricoles, peut enseigner dans l'intérêt de la santé, au milieu des influences contraires sans cesse agissantes dans les différentes conditions delà vie. Je n'ai plus qu'à résumer cet enseignement et à examiner le profit qui doit en r&ulter pour vous.
Je vous ai appris à connaître les besoins du corps sous le rapport de la nourriture, et les propriétés des aliments qui servant à votre régime. Entre les substances mises à votre disposition, vous saurez le choix que vous avez à faire. Les viandes et les légumes seront préparés et assaisonnés avec plus de soin, sans exclure pour cela l'économie.
Pouvant de même vous rendre compte des effets des différentes boissons qui désaltèrent, aident aux digestions et fortifient le corps, vous en ferez un meilleur usage et surtout vous éviterez l'abus qui détruit la santé
Connaissant l'importance delà respiration qui, durant toule notre existence, introduit l'air vital dans nos poumons, sachant que la santé dépend de la pureté de l'air qu'on respire, instruits sur les causes qui peuvent le vicier, vous saurez prendre toutes les précautions nécessaires pour maintenir autour de vous une atmosphère salubre et atténuer les émanations malsaines que vous seriez forcés de respirer.
Vous ignoriez l'utilité des sécrétions; vous les regardiez comme une source de malpropreté, et vous n'en teniez compte que pour vous soustraire à leurs inconvénients. Aujourd'hui, éclairés sur l'importance de leur régularité, vous veillerez à ce que les conduits et les pores par lesquels elles sont expulsées du corps soient libres; vous accorderez les soins nécessaires à la peau, principal organe des sécrétions.
Vous saurez mieux approprier les vêtements à vos besoins en vous rappelant qu'ils doivent protéger le corps sans le blesser, et qu'ils sont pour vous non de simples ornements, mais avant tout des moyens contre l'action des influences extérieures.
Connaissant la sensibilité des organes des sens et les causes qui peuvent les altérer, vous saurez mieux vous en servir et les ménager de manière à en jouir jusque dans là vieillesse.
Beaucoup d'entre vous ne se doutaient nullement des inconvénients qui résultent pour le corps de l'ignorance et de la mauvaise direction donnée à nos affections morales, et, au point de vue de la santé, ils ne pouvaient attacher aucune importance à l'instruction et à l'éducation. J'ai donc été conduit à vous démontrer et à vous rendre sensibles les dangers auxquels sont exposés ceux qui négligent le développement de leur intelligence, et qui s'abandonnent à leurs passions.
D'après mes convictions, il a été infiniment consolant pour
moi ae vous faire voir et de vous répéter qu'en tous ces points les conseils d'une bonne hygiène sont d'accord avec les vœux des plus sages législateurs, des moralistes les plus distingués et aussi avec les prescriptions de la vraie religion, en sorte qu'en accomplissant les préceptes que je vous ai tracés pour la santé du corps, vous remplirez les devoirs de bons citoyens et de chrétiens véritables.
Il y a quelques années, il a été jeté parmi vous de nombreuses théories sociales avec la prétention séduisante de parvenir à un bonheur égal pour tous les hommes, à une liberté d'action complète pour chacun, et par suite à une fraternité générale. Illusion contraire à la nature de l'homme, à ses droits et h ses devoirs réels! Il en est résulté momentanément un désordre social dont riches et pauvres ont été plus ou moins victimes. La partie morale de mon enseignement vous prémunit contre ces égarements.
Le travail étant pour tous une obligation, j'ai dû vous faire comprendre la nécessité de l'exercice et vous éclairer sur les moyens de ménager les agents principaux du mouvement, suivant chaque profession, et de maintenir les autres en harmonie.
Exposés aux variations atmosphériques souvent considérables provenant du changement de saisons et de climats, vous avez appris à les adoucir et à prévenir la perturbation profonde qui peut en résulter dans l'économie du corps.
Afin de vous rendre plus facile l'application des règles d'hygiène, je suis entré dans les circonstances particulières déterminées par le tempérament, l'âge, le sexe et les professions. Je n'ai pas pu prévoir ce qui convient à chacun en particulier, car il y a autant de constitutions différentes que d'individus, et telle impression qui rend l'un malade ne produira
aucun effet sur l'autre. Vous comprenez donc qu'on ne peut poser en hygiène que des règles générales. C'est à chacun de s'étudier, de s'observer et de prendre dans les principes établis ce qui lui convient spécialement.
Pour rendre mon enseignement aussi complet et aussi utile que possible, j'ai essayé de vous mettre en état de donner les premiers soins aux indispositions légères afin de prévenir le développement de maladies graves, et les premiers secours pour les accidents qui peuvent compromettre la vie en cas de retard et de négligence. A cet égard, je n'ai pu trop vous mettre en garde contre les charlatans qui exploitent votre bourse au détriment de votre santé.
Si tous les hommes se conformaient aux préceptes de l'hygiène et aux lois de la société et de la religion avec lesquelles ils sont toujours d'accord, ils y trouveraient les bases les plus solides du bonheur sur la terre. Il n'est pas nécessaire de faire des révolutions politiques et sociales pour être heureux, il suffit de combattre les passions qui assiègent notre corps et notre âme. C'est pourquoi j'ai cru indispensable dans ce cours de m'adresser à la raison pour l'éclairer, la fortifier, afin de vous mettre en garde contre vos véritables ennemis.
Toutefois l'homme créé pour la société n'a pas a considérer seulement son bien-être personnel; sa nature a cela de particulier qu'il ne saurait trouver une complète satisfaction isolément, c'est-à-dire en dehors de ses semblables.
La bienfaisance dont nous voyons journellement les prodig es, inspirée par ce sentiment naturel, a pris depuis quelque te rps un immense développement; on ne se contente plus de remédier au mal lorsqu'i est arrivé, on s'occupe encore activem eut de le prévenir, c'est-à-dire de faire ce que j'ai appelé de Vhygiènevublique et morale. Ainsi le gouvernement surveille.
les voies publiques, l'assainissement des habitations; il éloigne d'elles les professions insalubres, fait examiner les boissons et les substances alimentaires, favorise l'établissement des lavoirs et des bains à bon marché, etc.; voilà pour l'hygiène proprement dite. Puis, quand il s'occupe de l'éducation des enfants, quand il prend soin des enfants abandonnés, quand il favorise les établissements de bienfaisance, quand il fonde les caisses d'épargne, celles de retraite pour la vieillesse; quand il soutient les sociétés de secours mutuels, etc., il fait de l'hygiène morale, puisque toutes ces institutions sont en faveur de l'humanité.
Arrivé au terme de ma tâche, ma récompense sera bien douce si j'ai pu vous dévoiler quelques-uns des mystères de notre organisation et les moyens de la réglementer, car parla j'aurai agrandi le cercle de votre intelligence, fortifié votre moralité et contribué à la conservation de votre corps.
TABLE DES MATIÈRES