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Les noms des vents : sud, nc

6. Les infinitifs, adjectifs, etc., pris substantivement: le manger, le juste, le pourquoi.

Ajoutez : la plupart des noms de villes, et de montagnes : Boston, Athène, le Parnasse.

Sont féminins : Les noms de vertus et de qualités : générosité, politesse. Cependant courage et mérite sont masculins.

Ces règles se trouvent partout et ne vous présentent qu'un travail de mémoire, pas trop difficile, il est vrai. Mais il me tarde, mesdames, de vous intéresser en parlant à votre jugement. — Nous sommes impatientes aussi de sortir des nomenclatures et de vous entendre discuter une théorie. — Il n'y a pas de théorie à tous donner sur les règles qui précèdent, mais il y en a une très-curieuse à présenter sur les noms qui ont un même radical, comme mont et montagne, nue et nuage, vallon et vallée ; et sur certains substantifs qui sont d'un genre différent suivant leur signifioation, comme aigle, couple.

Avant de produire laf théorie, je vous pose quelques questions, mesdames.

De quel genre est le substantif couple ? — Il a deux genres, car on dit : une couple d'œu&, et un couple de pigeons. — Ne

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dît-on jamais une couple de pigeons ? — Non. — Pensez- vous ? Si TOUS allez chez votre voisin lui demander deux pigeons à mettre daos votre colombier, un mâle et une femelle, il vous comprendra quand vous lui direz : Donnez-moi un couple de vos pigeons. Mais voulez-voas faire servir sur votre table deux pigeons, vous enverrez votre cuisinière chez le poulailler, et si elle s'exprime bien, elle demandera au marchand de volailles une couple de pigeons. Il ne vous importe pas, n'estil pas vrai, que ces pigeons soient un mâle et une femelle ? — Ainsi, monsieur, une couple c'est simplement deux. — Oui, mais un couple répreseote deux êtres unis par l'affection ; un homme et sa femme, ou sa fiancée, deux amis ou deux amies. Castor et PoUux, Achille et Patrocle, Nisus et Eurjale, Mme de Sévigné et sa tille, Mme de Grignan. Voilà des couples au masculin. Mais ces deux personnes que je vois dans la rue et qui viennent de se rencontrer, ne sont rien qu'une couple. Ecartez l'une des acux et allez vous mettre à sa place, vous n'aurez rien détruit, il y aura toujours une couple de personnes sous ma fenêtre. — Et si je séparais les deux rouges-gorges qui nichent dans notre jardin? — Vous auriez détruit une unité, brisé cruellement deux cœurs qui ne faisaient qu'une âme. En vain vous donneriez à la mëre du nid un nouveau compagnon : elle ne le reconn^trait pas. Au lieu d^un couple joyeux et heureux, vous verriez sur votre érable une couple d*oiseaux tristes et solitaires.

Ces deux rouges-gorges qui nichent au jardin de mademoiselle ne sont-ils pas aussi une paire de rouges-gorges ? — Si, madame, ils sont pairs et compagnons, de même espèce, et toujours ensemble, «ayant le même sort, partageant la même fortune. Mais quand je les considère dans leur vie conjugale, dans leur amour, quand je les vois couver leurs œufs ou nourrir leurs enfants, ils deviennent un couple d'heureux oiseaux. On dit que nos mâles rossignols reviennent en France au printemps avant les femelles. A ce moment les mâles vivent

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ensemble en paix et bonne intelligence. Les deux ros.'iignol6 qui sont alors au verger de la ferme, qu'on voit toujours en même temps sur la haie d'aubépine ou au milieu des marguerites du gazon, ces deux oiseaux, dis-je, sont une paire de rossignols. Ils sont vraiment pairs et compagnons, eu attendant l'heure des combats. Mais une femelle arrive vers le quinze avril : les deux amis d'hier lui font à Tenvi leur déclaration d'amour. Le verger retentit des sublimes chants du combat, et madame accepte pour époux le plus harmonieux des deux artistes. Elle et lui forment un couple, et le troi* sième s'éloigne malheureux, et va vivre sans voix et sans amour dans le monde vulgaire des moineaux.

Comprenez-vous la différence, mesdames, entre cette paire et ce couple ? — Oui : il n'y a pas de couple au masculin sans affection. — Mais il y a des couples au féminin sans affection. ^ £st-îl donc indifférent de dire une couple de bœufs et une paire de bœufs ? — Nop certes. Soyez attentives, mesdames ; je me résume, et je réponds à votre question.

IjC couple représente deux êtres unis par l'affection.

La paire représente deux êtres, ou deux choses unies aussi, mais c'est l'usage ou l'habitude qui a fait cette union ; Tâm^ n'y entre pas.

La couple n'est rien que la réunion arbitraire ou fortuite d« deux choses d'une même espèce.

Voilà l'échelle de ces trois termes. Au haut le couple, Adam et Eve, qui vécurent heureux au paradis, et ne firent qu'une seule âme ; Achille et Patrocle : quand Hector eut tué Patrocle, Achille se sentit privé de la moitié de son être et fut au désespoir ; Virgile et Horace : celui-ci appelle le chantre de l'Enéide dimidium ANiMis mejë, moitié de mon âme.

Au second degré vient la paire, cette paire de gants unis par l'usage que nous en faisons, votre paire de ciseaux, cette paire de bœufs que le fermier met ensemble sous le joug et

iflAi

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que nous voyons tous les jours labourant la terre côte à côte. L'affection n'a rien à voir dans cette union de vos gants, m dans cette union des bœufs du laboureur. £lle n'a rien à voir même dans l'union des deux rossignols mâles qui ont vécu ensemble quelques jours. Leur union n'était qu'une camaraderie, ce n'était pas l'attachement de deux âmes. Dans une armée il 7 a mille et mille paires d'amis, ou de camarades plutôt, mais les couples d'amis sont rares là comme partout ailleurs : c'est pour cela qu'ils sont immortels, et l'objet de notre admiration.

Enfin la couple est au bas de l'échelle. Ce n'est rien que deux. Ces deux choses, ces deux êtres, sont réunis arbitrairement ou par accident. Ce sont les deux œufs de notre déjeuner, les deux pigeons du dîner, les deux bœufs que tue le boucher, ces deux femmes qui traversent ensemble le parc, qui ne sont ni amies ni camarades, qui ne se connaissent même pas.

Qu'est-ce qu'un mont et une montagne f

Ce sont deux synonymes qui présentent à mon esprit une masse considérable de terre ou de roche élevée au-des?us de la plaine. — C'est ainsi que M. Littré définit le mont. Il dit que la montagne a une signification plus compréhensive que le mont. — C'est tout juste le contraire qui est vrai, comme le démontrera la théorie que je vais vous présenter.

Avez-vous étudié la philosophie, mesdames? — Un petit peu, monsieur. — Avez-vous entendu parler en logique de genre et d'espèce, de compréhension et d'extension ? — Oui, mais nous n'y voyons pas clair, et nous vous prions de supposer que nous sommes entièrement ignorantes en logique. — Je le suppose donc.

L'animal est un genre parmi les êtres créés, n'est-ce pas ? — - Oui. — L'homme est une espèce du genre animal ? — Oui. — Le savant est une espèce de l'espèce homme ? — Oui. — Et le savant vertueux est une espèce de l'espèce savant? — Oui,

ime espèce particulière, car tous les savants ne pratiquent pas la vertu. — C'est vrai.

IL 7 a plus de savants que de savants vertueux ; il j a plus d'hommes que de savants ; enfin il y a plus d'animaux que d'hommes. Que concluez-vous de là, mademoiselle ? — Que le genre a plus d'étendue que l'espèce, et que l'étendue des espèces diminue à mesure qu'elles deviennent plus partîcu»lières. — C'est très-bien. Cette étendue est ce qu'on appelle en philosophie V extension d'un nom ou d*une notion. Veuillez retenir ce mot Pour appartenir au genre animal, un être doit réunir certaines qualités, n'est-ce pas ? — Oui, l'être doit vivre, se mouvoir. — C'est juste. Et pour appartenir à l'espèce homme, ne faut-il pas qu'un être réunisse les qualités de l'animal? — Si, mais cela ne suffît pas; l'homme a des qualités que les autres animaux n'ont pas. — Lesquelles ? — H jouit de la raison, et il parle. — Et le savant ? — Il a encore des qualités en plus, car il possède la science. — Oui, madame, et le savant vertueux ajoute à toutes les qualités qui constituent l'animal, l'homme et le savant, cette qualité supérieure de pratiquer la ver^u.

Savez-vous comment on nomme l'ensemble de ces qualités en philosophie ? — Non. — C'est la compréhension. — Ainsi, monsieur, la compréhension est la plus grande quand l'extension est la plus petite? — Evidemment; toutes les fois que vous ajoutez à la compréhension d'une notion, vous diminuez son extension, vous chassez des individus. — Donc le genre est plus étendu, l'espèce est plus compréhensive. — Oui, elle est plus riche de qualités.

Eh bien, mesdames, dans ces termes qui paraissent synonymes, termes qui partagent un même radical, comme mont et montagne^ et aussi dans ces termes qui ont deux significations suivant leur genre, comme couple^ les hommes ont donné au masculin la prééminence. — C'étaient des hommes, monsieur. — Oui, mesdames, pardonnez-leur ; c'étaient des hommes du

vieux temps, des temps barbares, contempondns de la formation des langues. Ils ont cru que le mâle était une espèce du genre femelle, qu*il était plus riche par conséquent, qu'il avait les qualités de la femelle, et d'autres qualités en addition, que l'homme avait la force en propre, que le mâle oiseau avait le chant ou le brillant plumage, que le cerf avait les cornes.

Et c'est en vertu de cette théorie, monsieur, que montagne est du féminin et mont du masculin ? — Oui, madame. — C'est pour cela que nuage est du masculin et nus du féminin ? — Oui. — Est-ce pour cela aussi que vous dites un vallon et une vallée f — Sans doute. — Et pour cette même raison vous avez dit un couple qui signifie tant, et une couple qui est si peu de chose ? — Tout juste.

Voyez cet amas de vapeurs, ces masses blanches ou grisâtres, suspendues dans l'air et qui troublent l'azur du firmament. Elles sont bien haut, bien loin, bien vagues dans leurs contours, et confondues toutes ensemble comme un troupeau de moutons. Ce sont des nueSy rien que des nues : elles sont femelles. Mais attendez : l'aquilon souffle avec furie, voilà des masses noires qui descendent des nues, et s'épaississent et se dessinent au-dessus de nos têtes. Elle prennent une figure propre, elles deviennent mâles. Ce gros nuage qui va se précipiter sur la terre a bien sa forme à lui ; il ne ressemble à aucun autre. Avez-vous un crayon, madame, vous pouvez le dessiner. Le nuage est donc une espèce de nue, une nue plus caractérisée, plus riche, une nue fuite mâle.

Et le montj monsieur ? — C'est le mâle parmi les montagnes ; c'est un mont parce qu'il a sa figure à lui, parce que vous pouvez le reproduire sur la toile, et le faire reconnaître à tous ceux qui l'ont vu ; c'est un mont, et non pas une simple montagne, qui n'est rien qu'une élévation considérable. Les hommes l'ont baptisé, cet être mâle et complet : c'est le mont Athos, le Parnasse, le Pinde, l'Hélicon, le mont Washington.

Contînnez, monsieur ; nous sommes intéressées. — Je n'ai pas à revenir sur le couple et la couple f — Non : nous corn* prenons que le couple est masculin parce qu'il a aussi sa figure à lui, comme vous dites, son existence propre, et qu'on ne peut pas séparer les êtres qui le forment sans détruire une yie, une unité. — Vous vous expliquez bien, mademoiselle.

La vallée est plus grande que • le vaUon, n'est-ce pas ? — • Oui. — Le vallon est plus petit, mais revêt davantage une forme qui lui est propre ; il a plus de figure ; c'est pour cela que les poëtes décrivent amoureusement les vallons où ils ont trouvé le bonheur. Quant à la vallée, ils l'appellent profonde et immense ; ils la traversent sans s'y arrêter, à moins qu'un accident poétique ne se présente à eux.

" Quand j'ai traversé la vallée, Un oiseau chantait sur son nid ; Ses petits, sa chère couvée,' Venaient de mourir dans la nuit Cependant il chantait l'aurore.

ô ma muse ! ne pleurez pas :

A qui perd tout, Dieu reste encore.

Dieu là-haut, l'espoir ici-bas."

Musset, Poésies nouvelles, 84

" Oui, c'est bien le vaUon f le vallon calme et sombre I Id, l'été plus frais s'épanouit à l'ombre ; Ici durent longtemps les fieurs qui durent peu ; Ici l'âme contemple, écoute, adore, aspire.

Et prend pitié du monde, étroit et fol empire, Où l'homme tous les jours fait moins de place à Dieu I

Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes ; Là des ormeaux brodés de cent vignes grimpantes. Des prés où le faucheur brunit son bras nerveux ;

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Là des saules pensif qnî pleurent sur la rive. Et comme une baigneuse indolente et naïve, Labsent tremper dans l'eau le bout de leurs cheyeax.

Là-baS| un gué bruyant dans des eaux poissonneuses^

Et pour couronnement à ces collines vertes, Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes*

Oui, c'est un de ces lieux où notre cœur sent vivre Quelque chose des deux qui flotte et qui Tenivre ; Un de ces lieux qu'enfant j'aimais et je rêvais, Dont la beauté sereine, inépuisable, intime, Verse à l'âme un oubli sérieux et sublime De tout ce que la terre et l'homme ont de mauvais/*

y. Huoo, Feuilles d'automne, 804.

<' Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance. N'ira plus de ses vœux importuner le sort ; Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort"

LAJfARTiifE, 1ères Méditations, 160.

C'est ainsi que le poëte commence une belle poésie intitulée : Le vallon. Il le décrit, le vallon de son enfance, car cette image est imprimée dans son imagination. On ne se souvient pas d'une vallée : le souvenir du vallon peut donner au poëte le mal du pays. N'est-ce pas, mesdames ? — Oui, monsieur. Mais expliquerez-vous ainsi qu'on dise une tombe et un tom" heaUy une barre et un barreau^ une côte et un coteau, une terre et un terrain f — Oui, et cent autres termes. Il ne &ut pas que je vous explique tout, mesdames ; vous avez la théorie : faites-en l'application. — Qu'est-ce qu'îiwe barre, monsieur ? — C'est un morceau de fer ou d'autre métal long et étroit — Et le barreau f — Dans son Dictionnaire des synonymes, M.

Lafaje dît : ^ Le barreau est une barre ayant une certaine forme, et appliquée à un usage spécial : c'est une barre de fer mise en dehors des fenêtres." — Pourquoi la barre est-elle du féminin ? — Ce n'est rien qu'une barre, elle n'a pas d'existence, de forme déterminée. Je la coupe en deux, en trois, en dix, et j'ai autant de barres. — Et le barreau ? — Oh ! c'est autre chose ; je ne puis pas y changer sans le détruire. C'est un individu qui a sa figure.

** Un noir cachot peut illustrer mes vers ; . A. ses barreaux je suspendrai ma lyre."

BÉRANOBB.

Les barreaux du cachot de Béranger en garnissent les fenêtres; ils ont été faits pour ces fenêtres-là; ils ont pris leur forme définitive.

Cest de la même manière que diffèrent la tombe et le tombeau. Le mort est dans la fosse. Elle est couverte d'une table de marbre ou de pierre. Cette grande table c'est la tombe. Les grands et les riches élèvent sur la tombe un monument à la mémoire de celui qu'ils pleurent : c'est le tombeau. Comme toutes les fosses, toutes les tombes se ressemblent, n'est-ce pas ? — Oui, monsieur. — Mais les tombeaux, ils ont chacun leur forme propre, chacun leur manière de rappeler le souvenir de celui qui n'est plus.

Dans l'Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, Bossuet dit : " Que ce tombeau nous convainque de notre néant pourvu que cet autel nous apprenne en même temps notre dignité." Et dans l'Athalie de Racine, Abner qui croit que la race de David est éteinte depuis huit ans, s'écrie :

'' Les morts après huit ans sortent-ils du tombeau 9 "

A. de Musset dit, en s'adressant au Christ :

^ Nous sommes aussi vieux qu'au jour de ta naissance. Nous attendons autant, nous avons plus perdu.

Plus livide et plus froid, dans son cerceuîl immense» '

Pour la seconde fois Lazare est ëtendn,

Où donc est le Sauveur pour entr'ouvrir nos tombes f

Où donc le vieux saint Paul haranguant les Romains,

Suspendant tout un peuple à ses haillons divins ?

Où donc est le Cénacle ? où donc les Catacombes ?

Avec qui marche donc Taurëole de feu ?

Sur quels pieds tombez-vous, parfums de Madeleine ?

Où donc vibre dans Tair une voix plus qu'humaine ?

Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu ? "

A. DB MUSSBT, POÉSIBS KOUVBLLBS, 2.

Pardonnez-moi, mesdames, d'avoir prolongé la citation. — Nous vous en remercions, monsieur : c'est si beau, si grand. -^Le sens de la beauté ne permet pas qu'on s'arrête au milieu d'un passage quand on cite de tels vers. Et puis je prends plaisir à jeter des fleurs sur la grammaire. H ne faut pas, mesdames, que cette profonde étude des lois du langage soit aride, et par suite abhorrée. — C'est notre plus grand bonheur, monsieur, d'étudier de la sorte le code de votre langue. — Écoutez donc encore Musset:

^ Puisque, jusqu'aux rochers, tout se change en poussière ; Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ; P<oisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre ; Puisque sur une tombe on voit sortir de terre Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain ;

ô muse, que m'importe ou la mort ou la vie ?

J'aime et je veux pâlir ; j'aime et je veux souffrir ; J'aime et pour un baiser je donne mon génie ; J'aime et je veux sentir sur ma joue amaigrie 'Et'^seler une source impossible à tarir."

A. DK MUSSBT, FoÉSIBS NOUVELLES, 86.

SIJTTBBTIENS SUB LA 6BAHMAIBE. 65

H faut bien finir, mesdames. La théorie que je vous ai présentée explique les genres de : on fondre et la foudre ; un aigle et une aigle ; un œuyre et une œuvre ; une graine et un grain ; la pâte et un pâté ; un limaçon et une limace ; une Gôte et un coteau ; une forteresse et un fort; une charrette et un chariot ; une bande et un bandeau ; un espoir et ime espérance ; le point du jour et la pointe du jour ; etc., etc.

La théorie sera grandement confirmée denudn, quand nous nous occuperons du nombre des substantifs. Car de même que le masculin exprime plus que le féminin, le singulier exprime plus que le pluriel.

N'avez-vous pas le temps de nous dire la différence entre l'espérance et l'espoir ? nous ne la soupçonnons pas. — Z'«spair est plus particulier ; c'est quelque chose de très-préds que nous désirons obtenir» L^ espérance est plus vague : grâce à Dieu, elle nous accompagne tout le long de la vie ; nous avons tous l'espérance d'un heureux avenir. Le poëte dit à sa muse:

*^ S'il ne te fismt, ma sœur chérie, Qu'un baiser d'une lëvre amie, Et qu'tme larme de mes yeux.

Je te les donnersd sans peine ; De nos amours qu'il te souvienne, Si tu remontes dans les deux.

Je ne chante ni Yespérance^ Ni la gloire, ni le bonheur.

Hélas ! pas même la souffi*ance.

La bouche garde le silence Pour écouter parler le cœur."

A. DB Musset, Poésies kouvblles, 61.

Pauvre Musset, il avait perdu Yespoir de regagner le cœur de celle qu'il aimait, et malgré les sollicitations de

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fia muse, il ne voulut plus cbantery pas même la vague e^é* rance.

Racine a bien employé le mot espoir quand Pyrrhus qui rencontre Andromaque lui dit :

** Me cberchiez-Yous, madame ?

Un espoir si charmant me serait-il permis ? "

Voyez-vous comme l'espoir est particulier ? — OuL — Le fils d'Achille était amoureux de la veuve d'Hector ; la vague espérance d'un bonheur indéterminé est devenue dans son cœur l'espoir de conquérir l'amour d' Andromaque, et de la posséder un jour comme sa reine. Qu'il serait heureux si elle le cherchait en ce moment, comme lui la cherche toujours !

^ Un espoir si charmant me serait-il permis ? '^

Adieu, mesdames»

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