LOW, A POOR FELLOW
Qu'est-ce que La beauté du diable, monsienr ? — C'est une beauté, mademoiselle, cette beauté que la jeunesse suffit à donner. La jeune fille que la nature n'a pas £ûte belle, est
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jeune cependant ; cela seul est une beauté : elle a la beauté du diable.
Ou ne s'imagine guère que le diable mette de Tordre dans 863 affaires. Il agit brusquement et eu désonlre. Quand on £ût comme lui, quand ou travaille, quand on écrit sans soin, c'est à la diable qu'on travaille. Je ne sais qui a dit : Pardounez-moi cette lettre écrite à la diable»
Quand le soleil luit et qu'il pleut en même temps, nous disons: Le diable bat sa femme et marie sa fille.
Qu'est-ce que lïrer le diable par la queue^ monsieur ? — C'est une position peu enviable, madame. Quand ce diable des mystères emportait en s'enfujant un butin qu'il venait de faire, l'homme qui le suivait en le tirant par la queue était réduit à une triste extrémité, n'est-ce pas ? — Déplorable. — Eh bien, nous disons de l'homme qui est dans une position gênée, qui doit recourir à mille expédients pour sordr d'embarras et pour vivre : Il tire le diable par la queue.
Ne dites-vous pas d'un grand mangeur: Il mangerait le diable et ses cornes f — Si; il Êiut un grand appétit pour cela.
Le diable ne signifie-t-il pas quelquefois rien f — Je ne sais mademoiselle. — Dans cette phrase: Il a le diable dans sa bourse f — Vous avez raison ; il n'y a rien dans la bourse, quand le diable j est. M. Littré donne l'origine de cette expression, telle qu'elle est expliquée par St- Gelais: "Un charlatan avait promis de faire voir le diable ; pressé de remplir sa promesse, il ouvrit, en présence de la foule qui len courait, une bourse vide :
Et c'est, dit-il, le diable, oyez-vous bien, Qu'ouvrir sa bourse et ne voir rien dedans.*'
J'ai entendu donner une autre explication, monsieur.— Faites-nous en part, madame. — L'expression vient des Italiens, qui ont ce proverbe : Abbiamo trovato il diayolo
KEL CATiNO, D0U8 avoiis trouvë le diable dans lo plat Autrefois, en Italie, on représentait au fond des plats quelque figure de diable. Quand les plats étaient vides, on j voyait le diable, et c'est une misère, quand on a faim, de voir cette figure dans le plat — U est curieux, madame, que les Français et les Italiens aient fait diable synonyme de rien^ mais je ne doute point que l'explication de St- Gelais ne soit la bonne.
Eevenons à la formation des féminins des adjectifs. — Mais vous n'avez rien dit de diablesse, monsieur. — On le prend aussi quelquefois en bonne part, car on dit une bonne, et une pauvre diablesse ; il arrive même que petite diablesse est la plus tendre des expressions amoureuses. — Est-ce possible ? — Dans le célèbre roman de George Sand, Consuelo, un jour que l'héroïne est plus grande, plus belle que jamais, son ami enthousiasmé s'écrie : ^^ ô ma belle ! ô ma sainte ! ô ma diablesse ! ô ma reine ! pardon ne-min d'avoir pensé à moi-même au lieu de me prosterner devant toi pour t'adorer."
Nous disions donc que les adjectifs terminés par e au masculin ne changent pas au féminin. Nous avons nommé les trois exceptions à cette règle.
Comment se forme le féminin des adjectifs terminés par une consonne ? — Par l'addition d'un e, ainsi : sain, saine ; grand, grande. — Voilà la deuxième règle, mais elle a de nombreuses exceptions. Cherchons-les. Quel est le féminin de bon ? — Bonne. — Celui de paysan? — Paysanne. — On écrit de même : ancienne, baronne, bouffonne. Formulez cette première exception à la règle. — Un grand nombre d'adjectifs doublent la consonne finale au féminin. — Consultez le dictionnaire, mesdames, quand vous avez un doute sur ce point. L'ai:a-ogie vous tromperait : on écrit baronne avec deux w, et de même moutonne, mignonne, patronne, etc. On double le n dans paysanne ; on ne le fait pas dans sultane, mahométane, anglicane, etc.
Quel est le fëmînin de malin et de bénin f — C'est maligne et bénigne. — Voilà une deuxième exception.
Les adjectifs en ettx forment une troisième exception : yertnenx, vertueuse. Ceux en f en forment une quatrième : bref, brève.
Et les noms en eur, monsieur, comme conncnaeurf — Ils ont toutes sortes de féminins que l'usage seul peut vous enseigner. Voici quelques exemples : connaisseur, connaisseuse ; chanteur, chanteuse; demandeur, demanderesse; défendeur, défenderesse. . . . — Je ne comprends pas ces deux derniers mots, monsieur. — Ce sont deux termes de droit : celui qui introduit une affaire devant un tribunal ou une cour de justice, qui poursuit un autre pour obtenir le redressement du tort qui lui a été fait, ou une réparation pour le dommage qu'il a éprouvé, celui-là s'appelle demandeur; si c'est une femme, elle est demanderesse. L'autre, celui qui est poursuivi par le demandeur et qui a à se défendre, joue au tribunal le rôle de défendeur. Vous connaissez, n'est-ce pas, cet axiome de droit : La preuve incombe au demandeur ? — Oui, monsieur, cela est juste au tribunal comme dans la société ; celui qui accuse doit prouver. Que deviendrions-nous, si les accusateurs étaient crus sur parole ? — C'est vrai, madame ; la calomnié aurait beau jeu. Mais continuons nos exemples.
Pécheur, pécheresse ; inventeur, inventrice ; conducteur, conductrice ; meilleur, meilleure ; supérieur, supérieure ; gouverneur, gouvernante ; serviteur, servante ; buveur, buveuse ; (léiTotteur, décrotteuse ; créateur, créatrice.
Vous voyez qu'il n'y a pas de règle à donner pour les adjectifs en eur.
Quel est le féminin de poli f — C'est polie. — Cela nous donne une troisième règle ; formulez-la. — Les adjectifs terminés par une voyelle autre que e muet prennent un e au féminin.
Arrêtons-nous. — La troisième règle n'a-t-elle pas d'excep-
tîons ? — Oh que si I il y a des exceptions partout en grammaire. C'est pour cela qu'il est si peu utile et même dangereux de s'attacher trop aux règles. Par leur généralité elles induisent en erreur. Ainsi, en vertu de notre troisième règle, il faudrait dire favorie, foue^ heaue^ moue, — L'usage nous a appris à dire favorite^ folle^ i>eUey molle. — L'usage aussi TOUS a familiarisées avec les féminins irréguliers, blanche, douce, épouse, fraîche, franche^' longue, vieille, sèche, rousse, nouvelle, puldique» Ne connaissez-vous pas tous ces féminins ? — Tous, monsieur. — H est certain, mesdames, que nous connaissons généralement les formes de la langue qui sont irrégulières, tout aussi bien que celles qui sont régulières. Cela est une preuve évidente que c'est la pratique seule qui nous enseigne utilement ; la règle que nous avons apprise par cœur nous a rarement rien appris.
Adieu, mesdames ; les adjectiâ feront encore le sujet de notre prochain entretien*
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