‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 21 sur 52 · LES ADJECTIFS ET LES FRONOM · texte numérisé non relu

LES ADJECTIFS ET LES FRONOM

Il f&ui les dîstîngaery et poor cela je Tais les appeler devant Yons tous ensemble.

Vous n'avez pas oublié la définition de Tadjectif? — Non» — Yoid œlle du pronom, telle que la donne M. lâttré. ^ (7est un mot qoi désigne les êtres par lldée d'une relation à l'acte de la parole, par opposition aux noms qui déugnent les êtres par l'idée de leur nature. Dans ce sens il n'y a de vrais pronoms que les pronoms personnels jej iUy il, se^ et les pronoms démonstratifs cduiy ceUe.**

U y a d'antres pronoms, d'autres vrais pronoms : vous le comprendrez après notre étude.

Cette définition n'est pas assez simple, pas trës-daîre, et trop longue. Je préfère dire que le pronom est un mot qui tient la place d'un nom. Il n'a par lui-même aucune signification, mais il remplace un nom avec toute la signification qu'a ce nom. Je parle de Hamlet : H est fou. Mon pronom il représente Hamlet absolument^ ni plus ni moins. Il et Samlet c'est la même chose : cette synonymie est par&ite.

L'adjectif ne remplace pas, il accompfiffne. C'est sa fonction d'accompagner. Donc tout mot que vous mettez à côté d'un sabstantif pour l'accompagner, et aussi le déterminer, ne peut être un pronom. Ce n'est pas un substituant, c'est on compagnon. Cette explication sera claire pour vous, mes-

dames, quand nous au^on^ passé en revue les adjectî& et les pronoms.

Vous connaissez l'adjectif qualificatif, grand, petit, qui accompagne le nom pour le qualifier ? — Ouï.

L'adjectif numéral, tin, deux, premier , deuxième, accompagne le nom pour le déterminer quant au nombre: deux volumes, le premier volume. — Cet adjectif n^accompagne pas toujours, monsieur : Je suis première. — Pardon, il accompagne je, qui est le synonyme parfait d'un nom. Je est la même personne que vous, madame, dans cette phrase. — Et si je dis : C'est aujourd'hui le cinq^ — Eh bien ! cinq est pour cinquième et accompagne jour, qui est sous-entendu. — C'est vrai.

Le premier pronom que je vous signale est le pronom per^ $onnel:je, tu,il,eUe,eUi., me, te, le, etc. Il remplace les personnes, celle qui parle, celle à qui l'on parle, ou celle de qui l'on parle : i/'aîme la grammaire, vous Taimez aussi, mesdames, et elle mérite notre amour. Efibrçons-nou« de la comprendre. Vous reconnaissez, n'est-ce pas, que ces six mots je, vous, V, elle, nous, la, représentent parfaitement votre professeur qui aime la grammaire, ses élèves qui aiment aussi la grammaire, cette grammaire qui mérite notre amour, cette grammaire que les élèves et le professeur doivent s'efforcer de comprendre. Nous serions réduits à parler ainsi, si nous n'avions pas de pronoms ; le discours serait bien long et fbrt désagréable par les répétitions. Mais j'ai employé ces six petits remplaçants qui tiennent lieu de professeur, élèves, grammaire, grammaire, grammaire, élèves et professeur.

En regard de ce pronom personnel, on peut mettre l'artide h, la, les, qui est un véritable adjectif déterminatif Car il accompagne le nom, pour le déterminer. La grammaire est intéressante: voilà un adjectif, n'est-ce pas? — Oui; il accompagne et ne remplace point. — C'est juste. Mais quand je parle de cette grammaire intéressante et que je dis : Nous

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voulons la comprendre, je n*aî plus l'adjectif dëtennînatîf la grammaire, mais le pronom personnel la qui est xm remplaçant de la grammaire.

Le pronom, mesdames, doit remplacer le nom tel qnll a été exprimé auparavant, ni plus ni moins. (Xest pour cela qu'il n'est pas permis de dire : H vous a rendu justice ; elle est rare chez un adversaire. Car le pronom elle signifie la justice, n'est-il pas vrai ? — C'est vrai. — Or il n'est pas parlé de la justice dans la phrase, mais de justice: rendre justice. Le mot justice est indéterminé. Ces choses indéterminées n'ont pas vie, si j'ose ainsi dire, et ne peuvent avoir de remplaçant — Comment faut-il dire, monsieur ? — Il vous a rendu justice ; la justice est rare chez un adversaire.

De même : Quand on est en santé, il &ut tout fftire pour la conserver. Il m'a reçu avec politesse qui m'a charmé. Voilà des phrases vicieuses. Dites : Quand on a la santé, il fiiut tout Étire pour la conserver. Il m'a reçu avec une poli tesse qui m*a charmé.

Une seconde classe de pronom est le pronom possessif, A. côté de ce pronom se présente Yadjectif possessif. Les grammairiens les confondent souvent : ils sont très-difTérents cependant

L'adjectif est mon, ton, son, etc. Le pronom est mien, tien, sien, etc. Le premier accompagne le nom, l'autre le remplace. Voici mon livre, voilà votre livre: mon et votre accompagnent livre ; mais ce livre n'est pas le vôtre, c'est le mien, nous présente deux pronoms : le votre, le mien, sont des remplaçants ; ils remplacent ce livre. Est-ce clair, mesdames ? — T II n'y a pas moyen de confondre.

Le pronom démonstratif est une troisième classe de pronom. Distinguons-le de Vadjectif démjonstratif

Ce, cette, ces, voilà l'adjectif: Ce poëte (je parle d'A. de Musset) est mon poëte favori ; cette rose que vous avez est bien belle : ce et cette sont des compagnons de poète et de

rose ; ils ne remplacent pas poëte et rose. Mais : Je préfère Musset à Tennyson ; celui-ci n'est qu'un dilettante, celuilà est un grand poëte. Cette phrase nous donne le pronom, car celui-ci remplace Tennyson, et celui-là Musset

Ceci est beau, cela e§t laid ; cette rose est celle que je préfère. Ceciy cela, celle, sont évidemment des pronoms.

Quatrième espèce de pronom, le pronom relatif ou conjonC' tif: qui, que, quoi, lequel, etc. Il unit un substantif à une proposition subordonnée : La rose est une fleur que j'aime, qui est belle et de la meilleure odeur. Que et qui sont des pronoms. Ils remplacent un nom : laquelle jleur j'aime, la* quelle fleur est belle. "11 y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui l'on vient de donner." Ce qui est le remplaçant de Vhomme qui vous regarde avec des yeux qui vous bénissent, et que vous avez plaisir à rencontrer.

Quand qui, que, quoi, sont interrogatifs ou exclamcUifs, ils sont aussi pronoms : Qui entre ? Que demande-t-il ? Je ne sais quoi. Qui, que, quoi,BOiit les remplaçants de quel homme et quelle chose,

JJ adjectif interrogatif ne remplace pas, il accompagne le substantif pour le qualifier comme interrogatif: Quel poëte anglais préférez-vous ? Quel que soit votre désir je l'accomplirai, si je puis. Ce dernier quel est le compagnon de désir, aussi bien que le premier est celui de poëte.

La cinquième et dernière espèce de pronom est le pronom indéfini. Ne le confondez pas avec \ adjectif indéfini. Encore une fois celui-ci accompagne, le pronom remplace : Un poëte, plusieurs poëtes, quelque poëte, un poëte quelconque^ nid poëte, tel poëte : vous voyez ces adjectife accompagner le substantif poëte.

Mais quiconque, quelqu^un, chacun, autrui, sont des pronoms indéfinis. Es n'accompagnent pas, ils marchent seuls et remplacent entièrement le substantif qu'ils représentent. Quelqu'un a dit que Shakspeare n'a pas écrit de tragédies : je

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ne sais pas qui est ce quelqu'un, mais quelqu^un représente, remplace un homme dans ma phrase. Donc quelqu'un est un pronom.

Cette revue des adjectiâ et des pronoms suffit«lle pour vous apprendre à ne pas les confondre, mesdames? — Oui, monsieur. — Je ne m'y arrête donc pas plus longtemps, et je prends le moment qui nous reste pour vous dire ce que vous avez à connaître sur les adjectifs autres que l'adjectif qualificatif

BNTBBTIENS BUB XA QBAMMAIRB.

L'ADJECTIF STJMËRAL.

Nous Barona qu'il détermine le nom en j ajoutant ime idée de nombre.

On dis^gue l'adjectif numéral cardinal et l'adjectif numéral ordinaL Le premier désigne le nombre des objets, et l'antre leur ordre, leur ntng.

Les adjectiâ nnméranz cardinaux sont un, déttx, trois, etc.

Vous savez, mesdames, que les Latins déclinuent les trois premiers nombres nifus, dtto, et très. Le français a eu, jasqu'aa quatorzième ùècle, deux cas pour un et deux, le GBB-sajet ot le cas-régime. Ukds nous donna uni, et unuk un; D0O donna dui, et duos deux. M. Brachet produit ces ex<jiij[iles: Utu chevals et ^i bœufe moururent (Unus CAIIALLU8 ET DUO BOYBs). Il tua un cbeval et detix bœufe. C'est donc le cas-régime un et deux qui est resté dans la langue. Youa vons souvenez que noua avons constaté le même phénomène ponr le substantif rarticle, et l'adjectif qualificalii

Tues, Qdatcok, QrraQCE, bei, bepteh, OCto, notem, DECEM, devinrent en français trois, quatre, ànq, six, sept, huit, neuft dix.

L'ndecim, dpodecim, etc., signifient clairement par leur composition un et dix, deux et dix, etc. Notre grande contraciioQ de ces mots, produite par la place de l'accent tonique latin, nous a laissé onze et douze, où l'on ne reconnaît nlua DECEM dix.

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Les noms des dizaines du latin tigintî, tbiginta, etc., sont devenus vingt, trente, etc., septante, octante, nouante. Il est regrettable que nos absurdes soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, aient remplacé septante, octante, nouante, plus simples, plus clairs, et même plus agréables à l'oreille.

Quatre-vingts nous est resté de l'habitude qu'avait l'ancien firançais d'employer les multiples de vingt pour exprimer un nombre pair de dizaines. On disait quatre vin^, six vingts, sept vingts, huit vingts, etc., au lieu d'octante, cent vingt, cent quarante, cent soixante, etc. L'Hôpital des Quinze-Vingts de Paris est, dans son nom, un souvenir de la vieille langue. On dirait aujourd'hui l'hôpital des trois cents : cet hôpital fut fondé au treizième siècle par Saint Louis pour entretenir trois cents aveugles, quinze-vingts aveugles.

Un est le seul nombre cardinal qui dt une forme particulière pour le féminin : une femme, vingt et une femmes.

Ces nombres ne prennent pas non plus le signe du pluriel. Cent^ et vingt font seuls exception : ils prennent une « quand ils sont précédés d'un autre nombre cardinal ; cependant « ne se met pas s'ils sont, en même temps, suivis d'un autre nombre. Ecrivez donc: Quatre-vingts hommes, quatre-vingt-dix hommes, cent hommes, deux cents hommes, deux cent vingt honmies. On dit les wm au pluriel : c'est l'adjectif indéfini ; dans un autre sens ne mettez pas d',« : Trois un de suite (111) font cent onze.

L'adjectif numéral ordinal estpremiery deuanème, ou second^ troisième^ etc.

Premier vient de frimabius, tecond de secundus. Les autres nombres ordinaux se forment en ajoutant ième aux nombres cardinaux : trois, troisième. S'il y a un e dans le nombre cardinal, on le supprime: quatre, quatrième. On ajoute u après le q de cinq : duquième. Le / de neuf se change en v.* neuvième.

On dit premier, et second ou deuxième, mais dans les nom-

bres composés on dît unième et deuxième seulement ;* vingtunième, vingt-deuxième.

L'ancienne langue tirait du latin les dix premiers nombres ordinaux. Elle disait : prime de primus, second de secun- DUS, tiers de tertius, quart de quabtus, quint de quintus, sixte de sextus, setme de septimus, aitave de octayus, nane de nonus, dîme de decimus.

Prime est resté dems prime-cdx>rd. — Second nous reste concurremment avec deuxième. — Tiers reste dans tiers-étaty une tierce-personne. — Quart dans la fièvre-quarte, — Qu'est-ce que la fièvre-quarte, monsieur ? — C'est une fièvre intermittente, qui revient tous les quatre jours.

Quint est resté dans Charles- Quint l'empereur, et sixtequint le pape, et l'on dit la quinte musicale. — Sixte a laissé la sixte musicale. — Setme et oitave ont entièrement disparu. — None est resté dans le bréviaire catholique. Anciennement on nommait les heures par les nombres ordinaux : il est prime, il est none, il est dîme, pour il est une heure, neuf heures, dix heures. Les nones sont donc les prières que le prêtre doit réciter à la neuvième heure. — IMme est resté dans la dîme : au mojen-âge on payait aux seigneurs la dîme, c'està-dire le dixième des récoltes.

Les adjectifs numéraux cardinaux ont les deux genres et les deux nombres : premier, première ; les premiers, les premières, les seconds, etc.

Henri I, Henri II, Henri HI, Henri IV: lisez Henri premier, deux ou second, trois, quatre. En parlant des souverains, c'est le nombre cardinal qu'on attache au nom, sauf l'exception indiquée: premier, et second ou deux.

On emploie aussi le nombre cardinal en parlant des heures, des mois, des années courantes : H est deux heures, c'est aujourd'hui le douze juillet, nous sommes en mil huit cent soixante-quinze.

Bemarquez l'orthographe de mil dans ce cas.

Une dizaine, une douzaine, une vingtaine, une trentaine, etc^ une centre, un millier, un million, sont des noms de* nombres collectif.

On dit: il est une heure, une heure et un quart, une heure et demie, deux heures moins un quart, midi, et minuit.

Les parties d'un tout se nomment: un demi, im tiers, un quart, un cinquième, un centième.

Le double, le triple, le quadruple, le centuple, marquent deux fois, trois fois, quatre fois, cent fois la chose.

^ Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire, Faites, si tous pouvez, votre cour sans vous nuire, Le mal se rend chez vous au quadruple du bien."

La Fontaine, viiL 8.

Neuf est le triple de trois. Un triple coquin est trois fois coquin, très-coquin, coquin au superlatif.

De ces mots viennent les verbes doubler, tripler, etc., et les adverbes doublement, triplement, quadruplement. On ne dit pas quintuplement ni centuplement, mais on dit au quintuple, au centuple.

^ Depuis la découverte de l'Amérique, tout a doublé, triplé, quadruplé de prix." — Batnal.

Dieu nous rendra au centuple ce que nous donnons aux pauvres.

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