ADJECTIF POSSESSIF ET PRONOM POSSESSIF
Les adjectifs possessifs sont mon, touj son, notre, votre, ïeur^ pour le masculin singulier ; ma, ta, sa, notre, votre, leur, pour le féminin siugulier ; mes, tes, ses, nos, vos, leurs, pour le pluriel des deux genres.
C'est le cas-régime de la vieille langue qui nous est resté dans mon, ma, etc. Us viennent des accusatifs meum, meam; TUUH, TUAM ; SUC7M, SUAM. Les pluriels mes, tes, etc., sont les accusatifs latins méos, meas : sucs, suas, etc.
Leur vient d'un génitif latin, de illorum: illobux libeb, le livre d'eux, ou leur livre ; illorum libri, les livres d'eux, ou leur livres. C'est ainsi qu'il faudrait écrire leur livres, puisque leur est un génitif pluriel. On a oublié la signification et l'origine de ce mot quand on lui a donné la marque du pluriel leurs.
Vous savez, mesdames, que le féminin, ma, ta, sa, devient mon, ton, son, quand le substantif féminin commence par une voyelle ; mon amie, mon espérance, mon illusion. Quel contresens que ce masculin qui qualifie un féminin I Cette manière de dire a contre elle la logique ; ^^ Elle n'a pour elle que la sanction brutale de l'usage," dit M. Littré. — Ma amie serait désagréable à l'oreille, monsieur. Votre langue évite avec soin les hiatus. — C'est vrai, mademoiselle, mais notre vieille langue évitait aussi l'hiatus, et sans sacrifier la logique gram-
matfcale. — Comment disait-elle ? — Elle disait m'amîe, m*esperance, m'illusion ; et t'amîe, t'espërance. M'amie pour ma amie était aussi bon que l'amie pour la amie. De ces belles formes on a conservé ni amour : amour était autrefois féminin. Mamie nous a laissé ma mie en deux mots* ^ Ma mie, ô TOUS que j'adore," dit Béranger, dans sa chanson PIua de politiqite.
Les pronoms possessifs sont : le mten, le tien, le sien, le nôtre, k vôtre, le leur, pour le masculin singulier ; la mienne, la tienne, la sienne, la nôtre, la vôtre, la leur, pour le féminin singulier; les miens, les tiens, les siens, pour le masculin pluriel ; les miennes, les tiennes, les siennes, pour le féminin pluriel. On dit au pluriel des deux genres: les nôtres, les vôtres, les leurs.
Ils étaient autrefois des adjectiûi possessifs comme mon, ton, etc., c'est-à-dire qu'ils accompagnsdent le nom, au lieu de le remplacer. On disait un mien frère, un sien ami. On le dit enoore*quelquefoi8, mais mon frère est l'expression ordinaire. Le Renard demande au Loup de lui apprendre son métier :
^ Je le veux, dit le Loup : il m'est mort un mien frère.
Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras."
La Fontaikb, xii. 9.
Mien est encore adjectif dans cette phrase de J. J. Bousseau: ^'EUe avait beau séparer son bonheur du mien, je le voyais mien en dépit d'elle." Car ce dernier mien accompagne le. Vous reconnaissez le -pour un pronom personnel, n'est-ce pas ? — Oui, puisqu'il est le remplaçant de bonheur, le bonheur de la dame dont il est parlé. — Le premier mien, du mien, est-il adjectif? — Non, certes, monsieur, car il remplace mon bonheur ; vous nous avez dit que les pronoms remplacent et que les adjectifs accompagnent. — C'est exact.
Notre père présente un adjectif, n'est-ce pas ? — Evidemment
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— Mab son père est le mien, le nôtre, le TÔtre, le leur ? — Ce sont des pronoms : ils remplacent.
Le mien, le tien, le sien, sont quelquefois des substanti£u
^ On dispute beaucoup sur le mien et le tienJ*
Au pluriel tous ces pronoms possessif sont aussi employés comme substantifs pour signifier les proches, les parents, ou ceux qui sont de notre parti: Nous sentons cruellement la perte des nôtres. Le général Grant et les siens. Ceux-ci sont les partisans du général, si vous parlez d'une campagne électorale. Autrement ce peut être sa fenmie et ses enfants.
Veuillez ip'interroger, mesdames.
Faut-il dire : j'ai mal à la tête, ou j'ai mal à ma tête?^ Comme vous ne pouvez avoir mal à la tête d*un autre, et que c'est vous qui parlez de votre propre mal, ma est inutile. Dites donc : j'ai mal à la tête. On évite d'employer l'adjectif possessif quand la possession est marquée d'ailleurs. Ainsi : il est blessé au bras, à la jambe. Mais dites : elle lui donna tsa main à baiser.
J^ai mon mal de tête se dit aussi, mais a une autre sîgnifica« tion quQfai mal à la tête^ il signifie que c'est un mal que j'ai souvent, et qui est comme mien. C'est une trisle possession que j'aL
Vous comprenez pourquoi on dit : J'ai reçu la lettre que TOUS m'avez écrite, et non pas j'ai reçu votre lettre que vous m'avez écrite ? — Oui, la possession est marquée d'ailleurs, et votre est inutile. — C'est pour cela que nous ne disons pas comme vous : I hâve changed my opinion, mais j'ai changé d'opinion.
Et c'est pour cette raison encore que avec les verbes pronominaux, nous n'employons pas l'adjectif possessif, le second pronom marquant suffisamment la possession: Je me suis blessé à la main. Me indique que c'est ma main que j'ai blessée et non celle d'un autre. Quand on emploie sans néces-
site les adjectiâ possessif, c'est pour donner à la phrase une force exceptionnelle : Je l'ai vu de mei yeux^ entendu de me$ oreilles, — Faut-il répéter les adjectif possessifs devant chacun des substanti& qu'ils déterminent ? — Cette répétition est réglée comme celle de l'article: je vous renvoie donc au chapitre de l'article.
Ainsi, monsieur, on peut dire : Mes përe et mère, comme on dit: les père et mère de cet enfant? — Oui, l'usage a consacré cette manière peu correcte de s'exprimer. N'étendez pas, je vous en prie, cette incorrection, et soyez aussi précises que possible, mesdames, dans vos discours.
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