‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 30 sur 52 · LE PRONOM INDÉFINI ET L'ADJECTIF INDÉFINI · texte numérisé non relu

LE PRONOM INDÉFINI ET L'ADJECTIF INDÉFINI

Nous voici arrivés à notre dernière étude des pronoms et des adjectifs, mesdames, aux indéfinis. Us ont été tout particulièrement mal compris et mal traités par les grammairiens. M. Littré lui-même semble ignorer souvent la différence qu'il y a entre un adjectif, nn pronom et un substantif, quand il traite les indéfinis. La question est trèsdiffîcile ; je réclame en conséquence toute votre attention.

Le caractère des indéfinis est, comme le terme Tindique, de donner aux choses une signification non définie. Les indéfinis ne particularisent pas, ne déterminent pas. Des mots comme quiconque, autrui, on, personne, ne marquent pas clairement Vextension qu'ils expriment (je vous ai expliqué ce terme. Voyez p. 49). Ils ne sont pas définis.

Je vais appeler les indéfinis devant vous, mesdames, et m'efibrcer de vous montrer qu'ils sont vraiment indéfinis, et de vous &.ire reconnaître ceux d'entre eux qui sont adjectifs et ceux qui sont pronoms. — Vous nous avez donné la clef, monsieur, pour reconnaître les adjectifs des pronoms: les premiers sont compagnons des noms, les derniers sont remplaçants. — Employez toujours cette clef, mademoiselle. Si M. Littré l'avait eue, il n'aurait pas commis les erreurs qui étonnent dans son admirable dictionnaire.

Un premier indéfini est on. C'est le plus grand, le plus riche de nos indéfinis, je puis ajouter, le plus riche que pos-

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fliède aucune langue moderne, une puissante beauté du français. Vous savez combien son équivalent vous manque en anglais, et dans quelle pauvreté vous, vous trouvez à cet égard. Vous n'avez aucun moyen de rendre pleinement, exactement, avec tout l'indéfini qui est désirable, ce que nous exprimons par ces deux lettres on. Cet indéfini est dans votre esprit, dans votre pensée, comme dans la nôtre, vous sentez comme nous le besoin' de le produire dans votre langage. Vous ne trouvez rien. Vous dites par exemple Thbt 8AT ; mais they est un pluriel, et non pas l'indéfini sans genre ni nombre ; vous dites onb says, mais one est singulier et trop déterminé. — Nous avons en outre, I am told, it i8 8AID. — Oui, ce sont des passifs que vous employez en désespoir de ne savoir comment exprimer votre pensée. — C'est vrai, monsieur. — J'ai parlé de l'anglais non -seulement pour signaler un avantage de notre langue, ce qu'il convient de ^re dans une grammaire française, mais encore pour mieux marquer la nature indéfinie du pronom on. Il n'est ni du masculin, ni du féminin, ni du pluriel, ni du singulier; il représente un être collectif, un je ne sais qui, et un je ne sais combien.

D'où vient dans le français ce précieux petit mot ? — Du latin qui cette fois nous a donné, chose étrange, plus qu'il ne possédait, car il n'avait pas lui-même cet indéfini, et était réduit à employer comme vous un pluriel dicunt ou un

passif DICITUR.

Vous connaissez le mot latin homo qui fait à l'accusatif UOMINEBI. — Oui, il signifie homme. — De l'accusatif homi- NEH le français tira homme, et du nominatif homo il fit d'abord Aom, qui devint om, puis on. On fut dans le principe traité conmie synonyme de homme, et considéré comme un Bubstanti£ — M. Littré l'appelle encore un substantif. — C'est une de ses distractions, madame. Il dit que on est un substantif abstrait, comme l'est, par exemple, la grandeur. On

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n'est point un substantif, il est remplaçant d'un substantif, aussi bien que quiconqtie, qtielqu^un, autrui, etc. IL remplace ce substantif, cet être collectif dont j'ai parlé. — Ne peut-il pas être employé substantivement? — Si, comme presque tous les mots des langues : le boire, les car, les pourquoi, le bon, le méchant, etc. On est substantif ici : Ne croyez pas tout ce qu'an vous dit, madame : cm est un sot qui se trompe biea souvent, qui médit, qui calomnie; on est une méchante langue.

Cet indéfini an est très-daîr dans sa grammaire ; c'était un nominatif en latin : il ne s'emploie donc que conmie sujet de la phrase. Il signifie dans la langue-mère homme, et pour cela il ne se dit que des hommes et point des choses. Il ne se dit même pas de Dieu, qui n'est pas homme, et qui ne peut être traité collectivement

Ne peut-il pas être suivi d'un adjectif au féminin, monsieur ? — Oui, mademoiselle, en vertu d'une figure de grammaire qui s'appelle syllepse. — Qu'est-ce qu'une syllepse? — C'est une figure qui règle l'accord non sur le mot lui-même, mais sur l'idée qu'on y attache. Ainsi le mot on est du singulier neutre, mais l'idée que mon esprit y attache peut en faire un féminin et un pluriel. Je pourrai donc dire en parlant à une femme : On est bien joUe aujourd'hui, car mon esprit voit dans an la femme à laquelle je parle. De même, par une syllepse qui me présente une idée de pluriel: ''Ici an est égatuc," paroles souvent écrites au-dessus de la porte d'un cimetière.

'' Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où Van est de se trouver seuls** — La. Bruy-

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