‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 39 sur 52 · LE PARTICIPE PRÉSENT ET L'ADJECTIF VERBAL · texte numérisé non relu

LE PARTICIPE PRÉSENT ET L'ADJECTIF VERBAL

La qnestioB des participes est difificile et importante, mesdames. Ils sont souvent peu connus et mal écrits même par des personnes très-instruites. M. Littré cite cette phrase d'un ancien grammairien, d'Olivet : " Vaugelas dit que la question des participes est ce qu'il y a, dans toute la grammaire û'ançaise, de plus important et de plus ignoré ; j'aimerais mieux dire ce qu'il y a de plus embarrassant."

Pour vous aider à la comprendre je l'ai beaucoup étudiée dans nos maîtres, et je vais m'efforcer de la rendre claire pour TOUS. Donnez-moi toute votre attention.

Vous savez qu'on donne ce nom au participe, parce qu'il participe de la nature du verbe et de celle de radjecti£

On le distingue en participe présent et participe passé: Aimant, aimé. Cest le premier qui sera le sujet de cet entretien.

Vous n'ignorez pas que notre participe présent vient du latin : amans, aimant ; yolens, voulant. — En latin les participes sont traités comme des adjectifs; ils s'accordent en genre et en nombre. — Oui, madame, et il en fut longtemps 4e même en français. " C'est vers le milieu du XVIP siècle, dit M. Littré, que l'ancienne règle fut changée. Amauld enseigna le premier, dans sa granmiaire générale, publiée en 1 660, qu'il fallait distinguer le participe présent en ant de l'adjectif verbal de même désinence; que le premier était

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indëclinable, et que le second était déclinable. L'Académie ratifia cette décision."

£d effet, le 3 juin, 1679, cette société, dont les résolutions sont des lois, dit : ^ La règle est £ûte, on ne déclinera plus les participes présents."

Mais, monsieur, les maîtres sont supérieurs aux grammaires et même à l'Académie. — Cest vrai. Eh bien, le plus grand maître de ce temps-là était Pascal; or en 1659, une année avant qu' Amauld donnât sa grammaire, Pascal publia le grand livre appelé les Lettres provinciales^ et là il traitait comme un mot indéclinable le participe. C'est sa pratique que la grammaire et l'Académie ont traduite en loi de la langue. — Cela est juste, monsieur*

Aujourd'hui donc, mesdames, nous avons cet embarras dont parle d'Olivet, de distinguer le participe de l'adjectif verbal, puisque celui-ci s'accorde et que l'autre ne le &it pas. Pénétrons dans cette distinction.

Je dte encore M. Littré. Il est inutile de dire autrement ce qui a été dit clairement par l'auteur du grand dictionnaire :

^ L'adjectif verbal marque un état, une qualité inhérente à la personne ou à la chose qu'il qualifie ; le participe marque une action passagère et déterminée. Les exemples suivants montrent l'un et l'autre emploi. Mugissant^ adjectif verbal : Tel enfin, triomphant de sa digue impuissante, un fier torrent s'échappe et Tonde mugissante traîne . . . DeliUe. Mugis» santj participe présent : La mer mugissant ressemblait à une personne qui, ayant été trop longtemps irritée, n'a plus qu'un reste de trouble." — Fénelon.

^ n va sans dire que toutes les fois que le participe a un régime direct, il est verbe et qu'il n'y a lieu à rien chercher. Dans les autres cas, où le participe n'a point de régime, ou n'a qu'un régime indirect, c'est d'ordinaire l'intention de

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récrivaîn qui du mot donné îalt soit nn adjectif verbal, soit nn participe."

Voilà tout ce que dit M. Littré du participe et de l'adjectif verbal. Cette théorie est juste et suffisante. Evidemment, quand le participe a un régime direct, il est verbe, donc invariable. Ouvrons les auteurs.

^ Autour de nous, il est tombé une quantité de neige incroyable, et rien n'est plus beau en ce moment que la vue de nos montagnes toutes blanches, erUaurc^nt notre petfte oasis verdoyante.'' — MiaiMiE, 214.

" Deux malheureux sont comme deux arbrisseaux Êdbles qui, s'appuyant l'un sur l'autre, se fortifient contre l'orage." — Voltaire, xviiL 138.

Vous savez que se est le régime direct de appuyant.

Racine n'a pas observé la règle dans le passage suivant. Joad rappelle à Abner les prodiges Êuneux accomplis par Dieu:

^ Les morts se ranimants à la voix d'Elisée." — Bacikb, Athalie, V. 124.

Il a bien écrit le participe dans cet autre passage.

^ Sur le point d'attaquer une reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide.

Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui. Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui, Conserve l'héritier de tes saintes promesses. Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses."

Racine, Athalib, v. 259.

Voltaire écrit : ^ Zadig se figurait les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se dévorant les uns les autres sur nn petit atome de boue." — Voltaibb, xviiL 100.

En dehors de cette règle, mesdames, il faut consulter le sens, l'idée qne vous voulez exprimer. De mandez- vous si c'est une action que vous avez à marquer, ou si c'est un état que vous décrivez. Les maîtres seuls peuvent nous initier à bien £dre cette distinction. En voici des exemples :

^ On ne s'imagine Platon et Anstote qu'avec de grandes robes de pédants. C'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis." — Pascal, 110.

Une action. Pascal veut nous dire qu'ils riaient comme tout le monde, et non pas nous les dépeindre dans cet état.

^ Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange, D'os et de chair meurtris, et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux

Que des chiens dévorants se disputaient entre eux."

RacinSi Athalie, y. 608.

Un état. Ces chiens sont dans cet état toujours, dévorer est un caractère inhérent à leur nature.

" Tout à coup elle aperçut les débris d'un navire qui venait de faire nauô*age, des bancs de rameurs mis en pièces, des rames écartées ça et là sur le sable, un gouvernail, un mât, des coràsigeB flottants sur la côte." — FiNELON, 1ère page du

TiuÊMAQUE.

Ces cordages ne flottent pas pour un moment déterminé, ils sont dans un état permanent — Mais si je dis : j'ai vu deux vaisseaux flottant rapidement vers la côte ? — Ce serait le verbe évidemment ; vous marquez une action que les vaisseaux accomplissent Je continue à citer.

^ Moi, je crois bien que tu t'es trompé, répondit la petite

Fadette, toujours souriant et pleurant.*' — G. Sand, Fadette, 222.

Action. Elle continuait de sourire et de pleurer. Ce n'est nullement son état d'être ausL

^^ Ce qui nous rend si changeants dans nos amitîës, c'est qu'il est difficile de connaître les qualités de l'âme, et facile de connaître celles de l'esprit." — La Rochefoucauld, Max- IME 80.

^ Les dames que j'avais laissées minces comme des fuseaux sont devenues des éléphants, car le climat de Madrid est des plus engraissants" — Mérimée, 75.

« Mon cousin qui était un des plus savants arabisants, et qui avait passé vingt-cinq ans en Egypte, ou à Djeddah, me disait qu'il n'ouvrait jamais un livre sans apprendre quelque mot nouveau, et qu'il j en avait cinq cents pour dire lion, par exemple." — Id. 131.

Vous comprenez ? — Oui, le climat de Madrid est engraissant, et le cousin de P. Mérimée a l'habitude de s'occuper de la langue Arabe. Cest un état qui est marqué dans les deux exemples. — Mais voici une action. Le même auteur écrit de Fontainebleau, où il était auprès de Napoléon III: ^ Notre grande attente en ce moment est celle des ambassadeurs siamois, qui viennent jeudi. On dit qu'ils se présenteront à quatre pattes, selon l'usage de leur pays, rampant sur les genoux et les coudes. Quelques-uns ajoutent qu'ils lécheront le parquet, saupoudré de sucre candi à cet efiet" —

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