‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 41 sur 52 · LE PARTICIPE PASSÉ · texte numérisé non relu

LE PARTICIPE PASSÉ

Ayant toute étude, je vous présente, sans explication, des exemples du participe passé. Veuillez remarquer leur orthographe, mesdames, et essayez de trouver par vous-mêmes la règle de leur accord. Vous serez alors bien préparées à comprendre ce que vous n'aurez pas pu découvrir.

" J'ai eu toute ma vie un goût décidé pour les ouvrages des anciens : j'ai admiré plusieurs critiques faites contre eux, mais j'ai toujours admiré les anciens." — Montesquieu,

^' Plutarque me charme toujours : il y a des circonstances attachées aux personnes, qui font grand plaisir." — Id. 216.

" J'écris d'une main fraîche, revenant de laver ma robe au ruisseau. Cest joli de laver, de voir passer des poissons, des flots, des brins d'herbe, des feuilles, des fleurs tombées^ de suivre tout cela et je ne sais quoi au fil de l'eau." — EuaiNis

DE GUÉKTN, 224.

** Tout nous peut être mortel, même les choses yaiYe* pour nous servir; comme, dans la nature, les murailles peuvent nous tuer, et les degrés nous tuer, si nous n'allons avec justesse." — Pascal, 410.

" Il y avait une grande querelle dans Babylone qui durait depuis quinze cents années, et qui partageait l'empire en deux sectes opiniâtres : Tune prétendait qu'il ne Êdlait jamais entrer

ENTBEIIENS STUt LA GBAMMAIBE. 221

dwui le temple de Mithra que du pied gauche ; l'antre avait cette coutume en abomiuatioD, et n'entrait jamaîg que du pied droit. On attendait le jour de la fête aolemnelle du feu sacré pour Bavoir quelle secte serait favorisée par Zadig. L'uuiverB aviùt les jeux sur ses deux pieds, et toute la ville était en agita^on et en suapens. Zadig entra dans le temple eu sautant à pieds joints, et il prouva ensuite, par un dii^cours éloquent, que le Dieu du ciel et de la terre, qui n'a acceptioa de personne, ne iait pas plus de cas de la jambe gauclie que de la jambe droite." — Voltaire, xviii. 90.

Quelle belle langue, monsieur ! — Je suis heureux que voua le sentiez, mesdames, et que tous compreniez pourquoi j'ai ' lait BÎ long:ae la dtation. Je continue.

" Tu as nn bon cceur, Marie, et ça me &it du bien de pleurer avec toi, mais approche donc tes pieds du feu ; tu as tes jupes toutes mouillées auBsi, pauvre petite." — G. Sa^nd, Mabe ait diable, 72.

" Et muntenant, blonde rêveuse, Maintenant, muse, & nos amours !

Dis-moi quelque chanson joyeuse.

Comme au premier t«mps des beaux jours.

Déjà la pelouse embaumée Sent les approches du matin ; Viens éveiller ma bieu-aimée.

Et cudllir les fleurs du jardin."

A. !>■ Musset, 116.

" Quand j'u passé par la pnurie, J'a vu, ce soir, dans le sentier, Une fleur tremblante et pétrie, Une pâle fleur d'églantier,"

222 ENTRETIENS SX7B LA GBAMMATKE.

^ Salut à ma fidèle amie !

Saluty ma gloire et mon amour I

La meilleure et la plus chérie

Est celle qu'on trouve au retour."

Id. 82.

^ Zadîg voulut se consoler par la philosophie et par l'amitié des maux que lui avait faits la fortime. Il avait dans un faubourg de Babjlone une maison ornée avec goût où il rassemblait tous les arts et tous les plaisirs dignes d'un honnête homme. Le matin sa bibliothèque était ouverte à tous les savants ; le soir sa table l'était à la bonne compagnie : mais il connut bientôt combien les savants sont dangereux. Il s'éleva une grande dispute sur ime loi de Zoroastre, qui défendait de manger du griffon. Comment défendre le griffon, disaient les uns, si cet animal n'existe pas ? Il faut bien qu'il existe, disaient les autres, puisque Zoroastre ne veut pas qu'on en mange. Zadig voulut les accorder en leur disant : s'il 7 a des griffons n'en mangeons point ; s'U n'y en a point, nous en mangerons encore moins; et par là nous obéirons tous à Zoroastre." — Voltaire, xviii. 74.

^' Il n'y a point de gens, que j'aie plus méprisés que les petits beaux-esprits, et les grands qui sont sans probité." — Montesquieu, 211.

^ J'ai la maladie de Êdre des livres et d'en être honteux quand je les sA faits" — Id. 213.

" Sophocle, Euripide, Eschyle ont d'abord porté le genre d'invention au point que nous n'avons rien changé depuis aux règles qu'ilsTnous ont laissées; ce qu'ils n'ont pu faire sans une connaissance parûdte de la nature et des passions." — Id.

^ On aurait dû mettre l'oisiveté continuelle parmi les peines de l'enfer ; il me semble au contraire qu'on l'a mise parmi les joies du paradis." — Id. 227.

" Pourquoi te pleuré-je dans ton berceau de terrOi ô mon

nonveau-në ? Quand le petit oisean devient grand, il &at qu'il cherche sa nourriture, et il trouve dans le désert bien des graines amëres. Du moins tu as ignoré les pleurs ; du moins ton cœur n'a point été exposé au souffle dévorant des hommes. Le bouton qui sèche dans son enveloppe passe avec tous ses parfums, comme toi, ô mon fils ! avec toute ton innocence. Heureux ceux qui meurent au berceau I ils n'ont connu que les baisers et les souris d'une mère." — Chateaubriand, Atala, 45.

" Que me veux-tu, chère fleurette, Aimable et charmant souvenir ?

Demi-morte et demi-coquette.

Jusqu'à moi, qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,

Tu viens de Êdre un long chemin.

Qu'as-tu vu ? que t'a dit la main

Qui sur le buisson t'a coupée $ "

A. DB Musset, 181.

** J'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaîté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté, Qui Élisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie.

J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est étemelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré.

224 ENTBETIEKS SUB LA 6RA3fMAIBE.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde,

Le seul bien qui me reste au monde

Est d'avoir quelquefois pleuré."

Id. 176.

^Me voici devant un charmant bouquet de lilas que je /iens de prendre sur la terrasse. Ma chambrette en est omlaumée. — Eugénib de Guérin, 66.

^ J'aime à instruire les enfants, à ouvrir ces petites intelligences, à voir quels parfums sont renfermés dans ces boutons de fleurs." — Id. 176.

^^ L'empire jouit de la paix, de la gloire et de l'abondance : ce fut le plus beau siècle de la terre ; elle était gouvernée par la justice et par l'amour. On bénissait Zadig, et Zadig bénissait le ciel." — Voltaire, xviii. 173.

^' Il n'y a pas de nation qui ait plus besoin de religion quo les Anglais. Ceux qui n'ont pas peur de se pendre doivent avoir la peur d'être damnés" — Montesquieu, 223.

^' Les Anglais sont occupés, ils n'ont pas le temps d'être polis." — Id. 225.

** Le plaisir de la critique nous ôte celui d'être vivement touchés de très-belles choses." — La Bruyère, 119.

" Les hommes sont trop occupés d eux-mêmes pour avoir le loisir de pénétrer ou de discerner les autres. De là vient qu'avec un grand mérite et une plus grande modestie l'on peut être longtemps ignoré." — Id. 152.

^ J'ai quelquefois des joies d'enfant, comme celle de venir pour quelques jours ici. On ne saurait croire combien je suis venue gaiement prendre possession de cette maison déserte. C'est que là, vois-tu, je me trouve seule, tout à fait seule, dans tm lieu qui prête à la réflexion." — Eugiênie de Gui- RIN, 96.

" M. le curé et sa sœur sont venus faire ta fête et boire à ta santé." — Id. 97.

" Nous ne pouvons sortir d'ici ; il y a là une fosse, un

ëtang, je ne sais quoi devant nous ; et derrière, je ne saurais pas non plus dire ce qu'il j a, car je ne comprends plus par quel côté nous sommes arrivés,^' — G. Sand, Mare au

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