DIABLE
'' Comme Aristote s'est trompé avec son sec, son humide, son chaud, son froid, Platon, et Socrate se sont trompés avec leur beau, leur bon, leur sage." — Montesquieu, 216.
" Depuis cinq jours je n'ai pas écrit : dans ce temps il est venu des feuilles, des fleurs, des roses." — Eu6:énie de Gujê- BIX, 201.
" Lu Waverley, Oh ! la déchirante mort d'un frère, l'horrible catastrophe à la fin. J'en suis tout émue,^ — Id. 361.
^ Notre promenade fut presque muette. Je marchais à côté d'Atala ; elle tenait le bout de la corde, que je l'avais forcée de reprendre." — Chateaubriand, Atala, 41.
" Chère amie, j'ai été bien malade. Me voici en convalescence, bien faible encore, mais, dit-on, hors de tout danger. C'est une bronchite aiguë qui est venue s'ajouter à ma bronchite chronique." — P. Mérimée, Lettres, 344.
Ces citations vous présentent les principaux rapports du participe dans la phrase. En voici les règles telles que les donne M. Littré. Je les reproduis à cause de leur brièveté. Après, je simplifierai encore, et je discuterai.
1^ Le participe passé employé f^ans auxiliaire s'accorde comme un adjectif en genre et en nombre avec le substantif ou le pronom qu'il modifie. (Voyez nos premiers exemples.)
2^ Tout participe passé, employé dans les temps composés d'un verbe actif, s'accorde en genre et en nombre avec le régime direct, quand il est précédé de ce régime : La femme que nous avons vue.
3^ L'accord du participe n'a. pas lieu quand le régime direct est placé après : Romulus a fondé Rome.
4^ Dans les temps des verbes passifs, le participe passé
s'accorde toujours en genre et en nombre avec le sujet du verbe : La vertu obscure est souvent méprisée.
5® Dans les verbes neutres qui se conjuguent avec l'auxî- Kaire être, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe : Cette dame est sortie.
6** Dans les verbes neutres conjugués avec l'auxiliaire avoir, le participe passé est invariable : Elles ont dormi longtemps.
7^ Dans les verbes réfléchis où le pronom personnel est régime direct, le participe passé s^accorde en genre et en nombre avec le pronom : Elles se sont frappées. Elle s'est souvenue.
8^ Dans les verbes réfléchis où le pronom personnel est régime indirect, le participe passé demeure invariable : Elles se sont plu à la lecture. Ils se sont partagé le gâteau.
9° Dans les temps composés des verbes impersonnels, le participe passé reste invariable, même quand le régime du ^erbe le précède: Les grandes chaleurs qu'il a ^t. La iisette qu'il y a eu.
10° Quand le participe passé conjugué avec l'auxiliaire Ksvoir est précédé du régime et suivi immédiatement d'tm înfnitif, on distingue trois cas: I. Si l'infinitif est un verbe neutre, alors le participe s'accorde avec le régime : Je les ai vus venir. II. Si le participe appartient à un verbe neutre, et l'infinitif est un verbe actif, le participe reste invariable, puisque l'action exprimée par l'infinitif porte sur le régime placé avant : Je vous envoie les livres que vous avez paru désirer. III. Si l'infinitif et le participe sont tous deux des verbes actifs, l'infinitif est suivi d'un régime ou n'en est pas suivi ; dans le premier cas il n'y a aucune difficulté ; le régime direct qui précède appartient au participe : Je l'ai entendue lire ce verset. Mais si l'infinitif n'est pas suivi d'un régime, il faut examiner la phrase ; si le régime direct appartient au participe passé, ce participe s'accorde avec lui ; s'il appartient à
ENTRETIENS SUR LA GRAMilAIRB. 227
rinfinîtif, le participe passé demeure invariable : Les liqueurs que j'ai vu verser ; les liqueurs que je leur ai vu verser. Mais on dira avec l'accord : Les liqueurs que je les ai vus verser.
11^ Quand un verbe est sous-^n tendu, le participe passe ne s'accorde pas avec le régime direct qui le précède, parce que ce régime appartient au verbe sous-entendu : Il a chercbé les plus noires couleurs qu'il a pu (sous-entendu chercher). Je lui aurais fait tous les vers qu'il aurait voulu (sous-entendu que je lui fisse).
Comprenez-vous ces règles, mesdames, et pourrez-vous les appliquer ? — Nous les comprenons, monsieur, mais elles sont nombreuses à retenir, et probablement nous ne les appliquerions pas toujours comme il faut. — £n conséquence, je vais les réduire et vous les faire comprendre assez bien pour que votre mémoire n'ait à faire aucun effort pour retenir.
Avant tout, mettons de côté ce qui est clair et *facile pour chacun dans cette question.
Les règles 1, 4, et 5, données par M. Littré, ne présentent nulle difi&culté. Toutes les autres doivent être réduites à une seule règle que nous appellerons la règle du participe passé. Car les trois règles citées, qui considèrent le participe employé sans auxiliaire, ou dans les temps des verbes passifs, ou dans les verbes neutres conjugués avec l'auxiliaire être, ces règles s'occupent d'un participe qui joue exactement le rôle d'un adjectif. Je vous l'ai montré dans des exemples : il ne doit pas nous occuper un instant de plus.
Voici donc la règle unique du participe passé. Ce participe s'accorde en genre et en nombre avec le régime direct qui le précède. Hors ce seul cas, il est invariable.
Cest bien simple, mesdames. Ayez la force de ccmprendre cette règle à fond, soyez assez intelligentes pour toujours reconnaître le régime direct, et jamais vous n'écrirez mal un participe passé. — Il est difficile, monsieur, de toujours reconnaître le régime direct, et de savoir s'il est ou non le
régime du participe. — Oui, certes, mesdames. Mais cette connaissance n'est ni du français ni de l'anglais, c'est tout simplement une affaire d'intelligence, et tous ne comprendrez pas plus une phrase dans Yotre langue que dans la nôtre, aussi longtemps que tous ne saurez pas l'analyser et unir à son verbe le régime direct. Concluons que tout le travail à hire dans cette question du participe passé, c'est de s'exercer à reconnûtre le régime sûrement.
Je vais donc vous présenter de nombreux exemples. Nous avancerons du plus facile au moins ^ile et au plus difficile.
^ La justice et la modération de nos ennemis nous ont plus nui que leur valeur."
Avons-nous ici un régime direct précédant le participe ? — Non, monsieur, il n'y a pas de régime direct dans cette phrase.
— Et nousf — H est régime indirect: ont nuit à nous. — Concluez. — Nui est invariable à défaut d'un régime direct qui précède.
Les deux heures que j'ai parlé m'ont fatigué. J'ai agréablement passé les heures que j'sû conversé avec vous: où est le régime direct de parlé et celui de conversé? — Je pense qu'ils n'en ont pas, monsieur. — M les heures que f — On ne parle ni ne converse des heures ; les heures ne sont ni conversées ni parlées. Le qiie qui suit heure est complément d'une préposition : les heures pendant lesquelles. — Donc parlé et conversé sont invariables. — Ces deux verbes sont du reste neutres, monsieur, et n'ont jamais de régime direct.
— Je vous prie, mesdames, de ne pas diviser votre attention. Mettez-la toute à trouver le régime direct, sans vous soucier si le verbe est neutre ou actif, si non, nous retomberons dans la division des règles, et je veux ne vous en montrer qu'une qui résume tout et décide de tout. En outre, vous vous exposez à faire des fautes, si vous vous reposez sur le caractère neutre ou actif d'un verbe. Ceux qui sont neutres s'emploient quelquefois activement, et les autres neutralement. Ainsi Châ-
ENTHETIENS SUS LA 6BAMMAIBB 229
teaubriand écrit : ^ Bossuet a créé une langue que lui seul a parlée.** Voyez-vous le verbe neutre parler traité comme un verbe actif? — Oui.
Pleurer et courir sont neutres, et cependant nous disons bien: Les périls que nous avons courus; la faute que j*ai pleurée,
^ La tourmente a envahi les hautes neiges, et les dangers qu'il a courus pour en sortir seraient aujourd'hui insurmontables.*^ — G. Sand, Yalyèdre, 112.
Au contraire je dirai : ^ Les heures que j'ai écotUé m'ont appris beaucoup." Voilà le verbe actif écouter employé neutralement. Encore une fois ne cherchons que le régime direct Les moto ne sont rien.
^ On dit que le pape lui a ordonné de demeurer encore quelques jours à Bome, et lui a demandé un mémoire des principales choses que ce cardinal lui a dît dans son audience." — Racine, Lettre du 24 sept. 1691.
Où est le ré^me direct de dit? — Les choses que. Ce régime précède, monsieur, il faut écrire dites. — Évidemment : vous avez corrigé la faute &ite par Racine.
^ Pour mes amis, à l'exception d'un seul, je les ai tous conservés." — Montesquieu, 211.
Le régime est les qui représente amis» Ce régime précède, donc conservés s'accorde.
** H me restait une chétive maison. Je l'ai vue pillée et détruite." — Voltaire, xviii. 138.
Vue est Inen écrit H a pour ré^me F qui remplace mai"
«Offt.
280 SKTBETIENS SUR LA GBAMMAIBE.
^ Four moi, satîs&îsant mes appétits gloutons.
J'ai dévoré force moutons."
La Fontainb, tU. L
Le r^îme soit ; donc dévoré est invariable.
*^ Tout fait, tons se sont séparés sans retour.
Misérable troupeau, qu'a dispersé la crainte."
Racine, Athalib, t. 1102.
Voyez-vous où est le régime, mesdames ? — N'est-ce pas se représentant ious^ — Si. Se séparer n'est-il pas un verbe pronominal ? — SL — Séparer n'est-il pas un verbe actif ? — Si. — £h bien ! Ces verbes pronominaux formés d'un verbe actif ont toujours leur régime direct dans le pronom, et ce pronom précède toujours, donc toujours le participe s'accorde.
*^ Mais sa langue en sa bouche à l'instant s'est glacée^
Et toute son audace a paru terrassée."
Racine, Athalie, v. 41L
^ C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit, Ma mère Jésabel devant moi s'est montrée^ Comme au jour de sa mort pompeusement parée."
Id. V. 490.
** Je le veux croire, Abner, je puis m'être trompée^ Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée."
Id. y. 583.
Cest le verbe être^ monsieur, que vous nous donnez dans ces derniers exemples. — Oui, un faux verbe être^ il masque le verbe avoir; c'est avoir qu'il signifie. Voilà pourquoi nous cherchons le régime, comme si avoir était dans la phrase et non pas être, ' Je puis m'être trompée, c'est-à-dire, je puis avoir trompé moi-même. Jésabel s'est montrée, c'est-à-dire a montré elle-même ; sa langue s'est glacée, c'est-à-dire a glacé elle-même. — Nous comprenons.
^ Ils m'ont ferme leur temple, et œs peuples barbares,
De mon sang prodigaé sont devenus avares."
Racikb, Andkohaqub, t. 493.
Cet exemple n'a rien à £iîre dans la question des participes^ monsieur, vous nous l'avez dit avec raison. Sont devenus est le passé indéfini du verbe neutre devenir. Or les participes de ces verbes neutres conjugués avec l'auxiliaire être sont traités conmie des adjectifs. On dit : Ils sont devenus, comme on dit Us sont petits, ils ne sont pas grands. — C'est bien, mademoiselle; j'avais voulu vous surprendre.
Elles se sont parlé. Elles se sont trompées.
Le se de la première phrase est un régime indirect : elles ont parlé l'une à l'autre : donc pas d'accord. Se est régime direct dans la seconde phrase, puisqu'on dit tromper quelqu'un : donc accord.
Elles se sont aperçues de leur erreur.
On dit apercevoir quelqu'un et apercevoir quelque chose. Or il y a ici un nom de personne se et un nom de chose erreur. Mais erreur est évidemment employé comme régime indirect. Donc c'est se qui est régime direct, puisque le verbe aperce* voir doit absolument en avoir un.
Ces hommes se sont servis de leur crédit pour me nuire.
Faites absolument le même raisonnement. Vous ne vous tromperez jamais, si vous vous attachez fortement à trouver le régime direct.
Elle s'est enfuie ; elle s'était emparée de mon âme ; elle ne s'est pas souvenue de moi ; elle ne s'est pas souciée de ma peine, et ne s'est pas repentie de sa cruauté.
Voilà un accord diflScile à expliquer, monsieur. — Ne vous découragez pas, mademoiselle. — Ces verbes s^ enfuir^ s^ emparer^ se souvenir, se soucier, se repentir, n'ont pas de régime direct — Comment le savez-vous ? Nous ne pouvons pas leur donner une forme non pronominale ; ils sont pronominaux essentielle-i
ment, et malgré Tapparenoe contraire, ils ont un ré^me direct, qui est toujours leur second pronom. Par conséquent, il^ s'accordent.
Concluons: toutes les fois que tous trouverez un verbe pronominal, qui n'a pas d'autre forme que la forme pronominale, soyez sûres que le pronom qui précède est régime direct, et faites l'accord sans raisonner davantage. — Mais je dirais correctement : Je me suis doutée de cela.. — Oui. — Cependant 9e dernier a une autre forme, douter, — Pardon ; se douter n'est pas la forme pronominale de douter ; c'est un autre verbe absolument, ayant une signification toute dififérente. Traduisez en anglais et vous serez édifiée sur ce point. — I doubt IT. I SUSPECT THAT HE WAS THERE. Je ne me doutais pas de cela : I had not the least idea of it. C'est vrai, monsieur. Il y a là deux verbes différents dont l'un n'est nullement le pronominal de l'autre. — Donc $e douter est essentiellement pronominal, et a toujours son régime direct dans le pronom qui précède.
Ne vous laissez donc pas surprendre, mesdames, quand vous avez un verbe pronominal qui a une autre forme, et examinez si ce n'est pas un pronominal essentiel établi dans la langue à côté d'un autre verbe qui n'est pas pronominal. Vous le reconnaîtrez toujours en vous assurant si la signification des deux formes est ou n'est pas la même.
Ces dames se sont phi^ à faire du bien : se plaire n'est que le pronominal de plaire^ car la signification est la même dans plaire à quelqu'un et se plaire à soi-même. Or plaire n'a jamais de régime direct; doue se dans se plaire est un régime indirect, et plu reste invariable.
Je vous ai dit que les verbes qui sont pronominaux essentiels ont toujours leur régime direct dans le pronom. — Oui. 11 y a une exception, mais elle est unique. C'est s* arroger. Du reste vous ne pourriez pas vous y tromper, puisqu'on dit s'arroger une chose, un droit Vous voyez bien que chose ou
ENTBETIEKS SUB LA GBAMMAIRE. 233
droù est le rëgîme direct. Or un Ycrbe ne peut avoir deux régîmes directs. Donc «' est régime indirect : arroger à soimême un droit ; et le participe sera variable ou non, suivant que le régime direct précédera ou suivra. Mais, encore une fois, ce régime n'est pas le pronom, par l'unique exception qui régit le verbe s* arroger. Ecrivez par conséquent: H s'est arrogé des droits. Les droits qu'il s'est arrogés.
Comment faut-il raisonner : Il Si'est attribué des biens ? — Ne voyez- vous pas le régime direct ? — Si : des biens. — Je vous ai dit qu'un verbe ne peut avoir deux régimes directs. — Donc se est régime indirect. — Oui. — Cest conoime dans s'ar" roger, — Oui, mais je n'avais pas à vous citer ^attribuer, parce qu'il n'est pas un pronominal essentiel. Il n'y a qu'à le traiter comme tout autre verbe : chercher son régime et écrire le par« ticîpe en conséquence.
Comprenez-vous : Us se sont succédé t — Oui, ils ont succédé l'un à l'autre. Se est régime indirect.
Elle s'est louée de vous, elle s'est plainte de moi, elle s'est réjoute de cela. — On dit : réjouir, plaindre, louer quelqu'un. Donc se est le complément direct.
" Ce voyage n'est rien, mais il répond cruellement à une question que je me suis adressée en secret toute ma vie." — O. Feuillet, Sci^ES, 33.
Question que est le régime direct ? — Oui.
Ils se sont dit des injures; les injures qu'ils^ se sont cKtes» Elle s'est senti le courage de parler. — Évidemment injures et courage sont nos régimes.
Us se sont découverts devant ces dames. Es se sont décoU' vert la tête. — La tête est le régime ici ; dans le. premier exemple, c'est se.
Reconnaissez de même le régime dans ces exemples : Ils se sont frappés à la tête, ils se sont frappé la tête ; elles se sont blessées au doigt^ elles se sont blessé le doigt ; elle s'est per*
284 ENTRETIENS SUE LA GBAMM ATEjf.
9uctdé cela, elle et son amie se sont mutuellement pei'sttctdées» <— - Cest clair et facile, monsieur. — Oui, madame.
La grande sécheresse qu'il a fait. Les malheurs qu'il est arrivé, H s'est rassemblé une grande foule. Il s'est trouvé beaucoup de dames au concert. — Lnpossible de découvrir là un régime direct — Cest vrai.
^ C'est dans la Zitterthal, dît-on, que sont les plus belles femmes du Tjrol. J'en ai vu beaucoup de fort jolies, en effet, mais trop bien nourries." — P. MiBiMiE, Lettres, 16.
Où est le régime ? — C'est en. -^ Que représente-t-il ? — Les femmes du Tyrol. — Toutes ? — Non, P. Mérimée ne les a pas vues toutes. — Donc en ne représente pas les femmes. -^ Il représente un certain nombre de ces fenmies. — Oui, quelque chose d'indéfini, de neutre, et conséquemment qui ne peut être pluriel. Concluez pour moi, madame. — Quand en est régime direct le participe est invariable, puisque en ne peut représenter le pluriel. — Vous comprendrez donc ces exemples.
^^ En fait de livres lisibles je ne sais rien de neuf ; j'en ai essayé beaucoup pour passer les soirées de solitude, et je trouve qu'il n'y en a pas qui vaillent la peine qu'on les coupe." — Id«
P. Mérimée parle de l'éducation des petits enfants :
'^ La grande question est de savoir s'il faut leur dire des bêtises, comme on nous en a dit, ou bien s'il leur faut parler raisonnablement des choses." — Id. 185.
Voici Bacine qui fait une faute, dans cet emploi de en :
^ Je prévois que M. de la Chapelle aura bientôt matière à des types plus magnifiques qu'il n'en a encore itnaginésJ* — Lettbe 1 BoiLEAu, 21 mai 1692.
Racine n'est pas fort sur la grammaire. — Non, madame, nous ayons eu souvent à le corriger.
" Et puis, sans parler du follet ni de la peur que Landry en avait eue, elle conta qu'il avait manqué de se noyer en prenant à faux le gué des roulettes, la veille de Sainte-Andoche.* — G. Sand, Fadette, 164.
Voilà eue ad féminin, mesdames. — H y doit être, monsieur, car le régime direct n'est pas en dans cette phrase, c'est la peur. En est un régime indirect, et signifie de cela, c'est-à-dire du follet. — C'est fort bien, madame. Vous comprenez donc ces exemples : Mon ami est au Japon ; les lettres que j'en ai reçues sont intéressantes. J'aime les fraises, j'en ai mangé ce matin. Boileau, flatteur quelquefois, a dit: ^^ Louis XIV a lui seul fait plus d'exploits que les autres n'en ont lu^ Et Voltaire : " Il n'est que trop vrai qu'il y a eu des anthropophages; nous en avons trouvé en Amérique." Et DeliUe: " La renommée que Virgile décrit d'une manière si brillante est fort supérieure à toutes les imitations qu'on en a faites,^^
" Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ?" — Cbwrages est le régime, et l'adjectif quels qui l'accompagne ne peut rien changer à la règle du participe.
La grammaire des grammaires cite cet exemple de Voltaire:
^ Je sais tout ce que j'ai commis
Et combien de devoirs en un jour j'ai trahis^
Où est le complément ? — C'est devoirs.
Combien avez-vous gagné depuis un mois ? Ce participe est^il au singulier parce que combien est au singulier ? — Non, monsieur, combien n'est pas le régime, c'est argent sous-entendu, et voilà pourquoi gagné est au singulier. — Racine a-t-il bien
écrit donné dans ce vers : '' Combien à yos malheurs ai-je donné de larmes ?" — Oui, parce que le régime est larmes et qu'il ne précède pas le participe.
Le peu d'attention que tous avez donnée à la question vous l'a fait comprendre : le peu d'attention que vous avez donné à la question vous a empêché de la comprendre: comprenez-vous pourquoi il y a accord dans un cas et non dans l'autre ? — Je pense que ouL Dans le premier cas le complément est attention^ puisque j'ai donné de l'attention, une faible attention, il est vrai, mais de l'attention enfin. Et, dans le second cas, je n'ai pas donné d'attention ; il y a eu manque d'attention. Des lors le peu est seul régime, et en conséquence le participe reste invariable.
Écrivez donc : Le peu d'affection que vous m'avez témoignée m'a soutenu. Le peu d'afibction que vous m'avez témoigné m'a découragé. Le peu de troupes que ce général avait réunies lui ont suffi pour battre l'ennemi.
Vous savez que- les verbes coûter et valoir n'acceptent pas de régime direct Ib sont neutres: Ce livre a coûté dix francs. Il est évident qu'ils sont neutres, puisqu'on ne peut pas les tourner par le passif, ce qu'on peut Êdre pour tout verbe actif. Impossible de dire : Dix francs sont coûtés, ou dix francs sont valus. Disons donc : Les dix francs que ce livre a coûté. Cependant ces verbes s'emploient au figuré, et alors on les traite en poésie comme des verbes actifs ; ils ont un régime direct. Racine a dit : ^' Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés. Que de soins m'eût coûtés une tête si chère ! " A ce sujet, M. Littré dit avec raison : " On ne peut considérer ces exemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permises en poésie."
Il nous reste le cas ^e plus difficile, mesdames, celui qui réclame le plus votre attention pour la reconnaissance qu'il faut faire du régime direct C'est celui où le participe est suivi d'un verbe à l'infinitip Prenons des exemples.
^' Je Youdraîs savoir qael était le caractère des danses que vous avez vu danser." — P. AIérimée, Lettres, 120.
Le mot danses est-il le régime direct de vu ou de danser ? Là est la question. Voici un moyen qui vous permettra toujours de reconnaître si le substantif est régime du participe ou de l'infinitif. C'est le seul que j'emploie moi-même dans tous les cas où j'ai un doute. Ne vous occupez d'abord que de l'infinitif. Demandez-vous quel est son régime. Vous le trouverez facilement. Si ce régime est le substantif exprimé dans la phrase, alors le participe se trouve abandonné et invariable, sans régime, ou plutôt ayant pour régime l'infinitif qui le suit, et cela ne peut affecter son invariabilité.
Si au contraire l'infinitif n'a pas pour régime le substantif qui précède le participe, je vous dirai pour employer une expression pittoresque, mettez cet infinitif à la porte, chassezle. Il vous restera alors une phrase simple, sans infinitif qui complique. Appliquons .ce moyen, vous le trouverez sûr et facile. Appliquez-le tout de suite vous-mêmes à la phrase de P. Mérimée. — Le régime de danser est danses, monsieur. — Donc danses n'est pas le régime de vu, et ce participe reste invariable.
" Tu ne l'as donc pas oubliée toi, ta pauvre chère mère ? — Non, puisque je l'ai vu mettre dans une belle boîte de bois blanc" — G. Sand, Mare au diable, 81.
Qu'est-ce qu'on a mis dans une boîte ? — La pauvre chère mère. — Donc mère est le régime de mettre, et encore une fois le participe vu n'a pas le substantif pour régime et est invariable.
** Je les ai vus entrer et sortir, voilà tout." — Id. 119.
Entrer et sortir quoi ? — On n'entre ni ne sort rien. Ce sont des verbes neutres; ils n'ont pas de complément.—
Chassez-les par conséquent Qae vous reste-t-il? — Je les ai rt». . Evidemment les est régime de vus.
" Quand je Taî vue arriver, elle m'a semblé trop jeune et trop faible pour Fouvrage de la ferme." — Id. 125.
Nous comprenons, monsieur. Nous chasserons arriver^ car ce verbe ne peut avoir de régime direct. Il nous reste Je toi vue, avec /' ou ^a qui représente la jeune fille.
"Tu t'es laissé embrasser, Marie." — Id. 132.
Embrasser qui ? f qui représente Marie. — Laissé n'a dono d'autre régime que l'infinitif et est invariable.
** Les femmes que vous m'avez conseillé de rechercher ne me conviennent pas." — 6. Sand, Mabe au diable, 140.
Bechercher les femmes, donc conseillé est invariable.
Je les ai entendties m'attaquer. Je parle de femmes. Où est le régime de attaquer f — C'est rn ou moi. — Attaquer a donc son régime avec lui ; chassons-le ; il nous reste je les ai entendues. Je parle de dames et je dis : Je les ai vues offrir des présents. Offrir a son régime des présents ; je le supprime et j'ai : je les ai vues. Je leur ai vu offrir des présents.
— Offrir des présents peut être écarté, mais vu reste invariable, parce qu'il n'a aucun régime direct qui le précède : leur est un régime indirect. — La liqueur que je les ai vus verser.
— Verser a pour régime liqueur. J'efface les deux mots liqueur et verser ; il me reste : Je les ai vus. — Mais écrivez : La liqueur que je leur ai vu verser.
Voici des exemples que je prends en partie à la Grammaire des grammaires. On ne peut donner trop d'exemples. Vous les écrirez tous correctement, si vous appliquez la règle que vous avez.
*< Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis ?" — Racinx.
^ Allez, dis-je, et sachez quel lien les a vus naître." — Vol-
TAIBE.
" Cette nnît, je l'aï vue arriver en ces lienx." — Racine.
A peine l'avions-nons entendue parler. Je vous envoie les livres qne vous avez paru désirer. Je les ai vus combattre les ennemis. Combattre a, son ré^me : les ennemis ; efi^cez donc combattre les ennemis.
"Je l'ai vtie à genoux consacrer ses fureurs." — Racine.
Je parle d'une grande artiste, une chanteuse de talent : Je l'ai entendue chanter.
Examinons cette phrase, mesdames, et suivons notre procédé d'élimination de l'infinitif. Chanter quoi ? -^ Je ne sais quoi, mais quelque chose, n'importe quoi. — Chanter a doue son régime sous-entendu. — Oui. — Effacez-le. — H vous reste, Je l'ai entendue.
Je parle d'une belle romance, que j'admire : Je l'ai entendu chanter. Chanter quoi? — La romance bien sûr. — Donc vous ne pouvez effacer chanter^ et le participe se trouve abandonné sans autre régime que l'infinitif qui le suit, et reste conséquemment invariable.
Voilà une belle femme: Je l'ai vu peindre. Voici une femme de talent, elle peint admirablement : je l'ai vue peindre. Faites l'application de l'exemple précédent. C'est absolument la même chose. Je parle de voleurs qui ont pillé votre maison : Je les ai vus piller. Mais je parle ensuite de votre maison qu'on a pillée: Je l'ai vu piller. C'est encore le même cas, n'est-ce pas? — Oui.
Comment écrivez-vous : Cette femme mourait de faim ; je l'ai ^tY manger? — Je laisserais ^/^ invariable, je ne sais pourquoi, car l'infinitif manger n'a pas' pour complément la femme ; on n'a pas mangé la femme. — C'est vrai, mais le participe fait n'a pas* non plus pour complément la femme.
242 ENTBETIENS SUB LA GBAMMAIBE.
n'avais imaginé qu'elles Tétaîent. C'est le, un neutre, et non pas les, qui doit remplacer ce membre de phrase, et comme conséquence le participe est invariable.
Vous reste-t-il un doute sur la question du participe, mesdames ? — Non, monsieur ; votre règle unique explique tout, et nous pandt à cette heure claire comme le jour.
Nous commencerons demain la grande, longue, difficile, mais très-belle et très-intéressante étude du subjonctif.
Adieu, mesdames.
LE SUBJONCTIF
Cette question est la plus grande et la plus difficile de notre langue, mesdames. Elle m'a occupé seule plus que toutes les autres règles de la grammaire. Pour me préparer à vous en parler, j'ai étudié des milliers de pages de nos maîtres et noté tout ce que j'y ai trouvé de remarquable. Cependant je n'ai pas la prétention de tout décider sur ce point. Une entière lumière ne vous sera pas donnée sar le subjonctif. Cela est impossible. Et est-ce désirable ? Je ne le crois pas. L'entière lumière lui ôterait son grand charme. Co serait matérialiser en quelque sorte cette nuance si délicate qui exprime la pensée de l'écrivain. Car c'est dans la pensée d'abord, mesdames, que réside le subjonctif. Il y a des gens qui pensent sans subjonctif, sans nuance, grossièrement ; leur langue est en conséquence privée du subjonctif, et commune, aussi bien que leur esprit. Les maîtres les plus grands peuvent seuls nous le présenter dans son véritable emploi et sa beauté. La lecture attentive d'un roman de George Sand vous édifiera mieux sur cette question que toutes les grammaires du monde.
Aussi je vous donnerai de très-nombreux exemples des grands écrivains. Souhaitons qu'ils nous pénètrent de leur esprit délicat et distingué. Conduits par eux, nous nous approcherons tous les jours davantage d'une solution, et tous les jours nous serons saisis davantage par le charme, l'irrésistible séduction de la poursuite. En eôet, mesdames, le subjonc-
244 ENTBETIENS ST7B LA GKAMMAIBE.
tif est comme cette recherche de la vérité qui a fait dire à un philosophe allemand: Si Dieu se présentait à moi avec la vérité dans sa main- droite et la recherche de la vérifé dans sa main gauche, et qu'il me donnât à choisir, je prendrais la main gauche, car la recherche est l'occupation et l'attrait de notre esprit C'est pour cela que nous refuserions aussi une solution entière sur le subjonctif, et que nous ne voudrions pas renoncer au plaisir de la poursuite.
Tout de suite, pour habituer votre oreille et préparer votre esprit, je vous lis des passages qui montrent l'usage du subjonctif.
^ Nous voudrions trouver des honnêtes gens, parce que nous voudrions qu'on le fût à notre égard." — Montesquieu, 230.
''Je suis presque aussi content avec des sots qu'avec des gens d'esprit : car il y a peu d'hommes si ennuyeux qu'ils ne m'aient amusé ; très-souvent il n'y a rien de si amusant qu'un homme ridicule." — Id. 208.
" Quand j'ai voyagé dans les pays étrangers, je m'y suis attaché comme au mien propre ; j'ai pris part à leur fortune, et j'aurais souhaité qu'ils fussent dans un état florissant." -^ Id. 208.
'' Ce qui m'a toujours donné une assez mauvaise opinion de moi, c'est qu'il y a fort peu d'états dans la république auxquels j'eusse été véritablement propre." — Id. 209.
'' Cicéron, selon moi, est un des plus grands esprits qui aient jamais été : l'âme toujours belle, lorsqu'elle n'était pas faible." — Id. 216.
'' J'ai ouï dire au cardinal Imperîali : Il n'y a point d'homme que la fortune ne vienne visiter une fois dans sa vie ; mais lorsqu'elle ne le trouve pas prêt à la recevoir, elle entre par la porte et sort par la fenêtre." — Id. 232.
'' Sa femme, plus ménagère que docte, avait néanmoins pour la science le même respect que pour la religion. H suffisait
que M. Obemay fût adonné à certaines études, pour quVlle regardât ces occapatîons comme les plus importantes et les plus utiles qui pussent remplir la vie d'un homme de bien, et quand cet époux vénéré demandait un peu de sans-gêne et d'abandon autour de lui pour se reposer de ses travaux, elle s'ingéniait naïvement à lui complaire, persuadée qu'elle travaillait pour la plus grande gloire de Dieu dès qu'elle travaillait pour lui." — G. Sand, Valvèdre, 7.
^ Il est possible que vous soyez douce et bonne, mais vous n'avez jamais aimé." — Id. 105.
" Que tu sois belle ou laide, Fanchon, dit Landry, en. lui prenant la main, je crois comprendre déjà que ton amitié est une très-bonne chose, et si bonne que l'amour en est peut-être une mauvaise en comparaison." — Id. Petite Fadette, 156.
" Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne." — La Bruyère, 118.
" La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues." — Id. 119.
" Il est moins rare de trouver de l'esprit que des gens qui se servent du leur, ou qui fassent valoir celui des autres et le mettent à quelque usage." — Id. 152.
'^B semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l'orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections." — La Rochefoucauld, Maxime
" H n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas." — Id. Maxime 61.
" On n'a guère de défauts qui ne soient plus pardonnables que les moyens dont on se sert pour les caoher." — Id. Maxms 411.
" Mme Pasta m'a dît, ce qui m'a frappé comme une idée juste, que depuis Rossini, on n'avait pas fait un opéra qui eût de l'unité, et dont tous les morceaux tinssent ensemble." — P. MJ^RiMÉE, Lettres 1 une inconnue, ii. 21.
" Les tableaux de l'Académie de Venise m'ont plu, j'entends ceux des maîtres de second ordre. Il n'y a pas un Paul Yéronèse qui vaille les Noces de Cana^ pas un Titien qui Boît à comparer avec le Denier de César de Dresde, ou même le Couronnement d'éptîies de Paxis. J'ai cherché un Gior gione. H n'y en a pas un à Venise." — Id. 18.
^J'étais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre h très-haute et très-puissante princesse Henriette- Anne d'Angle terre, duchesse d'Orléans. Elle, que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à la reine sa mère, devait être si tôt après le sujet d'un discours semblable, et ma triste voix était réservée à ce déplorable ministère, ô vanité, ô néant, ô mortels ignorants de leurs destinées ! L'eût-elle cru il y a dix mois ? Et vous, messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu, qu'elle dût si tôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même ? Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes, n'était-ce pas assez que l'Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort ? Et la f'rance qui vous revit avec tant de joie, environnée d*un nouvel éclat, n'avait-elle plus d'autres pompes et d'autres triomphes pour vous, au retour de ce voyage fameux d'où vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances ? Vanité des vanités, et tout est vanité ! C'est la seule parole qui me reste ; c'est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, ime si juste et si sensible douleur. Aussi n'ai-je point parcouru les livres sacrés pour y trouver quelque texte que je pusse appliquer à cette princesse. J'ai pris, sans étude et sans choix, les premières paroles que me présente l'EccIésiaste, où quoique la vanité ait été si souvent nommée.
ENTRETIENS STJB LA GBAMMAIBE. 247
elle ne Test pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose. Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain, et dans une seule mort Êdre voir la mort et le néant de toutes les grandeurs hpuiaines.**
— BOSSUET, EXORDE DE l'OrAISON FUNÀBRE DE LA DU- CHESSE d'Orléans.
^ Qu une chose aussi visible qu'est la vanité du monde soit si peu connue que ce soit une chose étrange et surprenante de dire que c'est une sottise de chercher les grandeurs, cela est admirable." — Pascal, 113.
^ Celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble bien malheureux et bien injuste. Que s'il est avec cela tranqidlle et satisfait, qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu'il fasse le sujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature." — Id. 160.
'^ Aucun bruit ne se faisait entendre, hors je ne sais quelle harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des bois ; on eût dit que l'âme de la solitude soupirait dans toute l'étendue du désert" — Chateaubriand, Atala, 43.
^ ô première promenade de l'amour I il Êiut que votre souvenir soit bien puissant, puisque après tant d'années d'infortune vous remuez encore le cœur du vieux Chactas." -^ Id. 42.
248 SNTBETIENS SUB LA GBAMMATRE,
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LE SUBJONCTIF (SUITE)